‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 22 sur 96 · L ŒUVRE DE NAPOLEON III · texte numérisé non relu

L ŒUVRE DE NAPOLEON III

dans chaque génération quelque goutte de leur sang, quelque étincelle de leur foi.

Garibaldi et ses fils mirent plus d'empressement et d'ardeur dans leur fuite que leur troupe. Il n'y avait plus d'armée révolutionnaire. M. Rouher prononça alors à la Chambre son fameux jamais 2. « Jamais l'Italie ne s'emparera de Rome. » Le lendemain, Napoléon, après l'avoir félicité, lui dit : « En politique, il ne faut point dire Jamais. »

Le 18 novembre, la session législative s'ouvrit en France; Napoléon III y dénonça avec grands ménagements la perfidie italienne, mais s'y montra favorable à l'unité italienne.

De son côté, le roi Guillaume, ouvrant le Parlement prussien, prononça un discours d'où l'Italie put conclure que, malgré son désir, la Prusse n'avait pu empêcher la France d'aller au secours du Pape. Cette intervention aurait soulevé contre elle le sentiment des catholiques de toute l'Allemagne et l'œuvre de Sadowa eût été compromise. Dans ce discours, Guillaume substitua adroitement le mot Allemagne au mot Prusse et insista sur « le but pacifique » du mouvement allemand » qu'il représenta comme « reconnu et apprécié par toutes les Puissances de l'Europe », qui toutes avaient reconnu le royaume d'Italie.

2. Rouher, décontenancé par les attaques de Thiers, monta à la tribune et après avoir essayé de justifier le passé, prononça ces admirables paroles : « Il y a un dilemme: le Pape a besoin de Rome pour son indépendance, l'Italie aspire à Rome qu'elle considère comme un besoin impérieux de son unité. Eh bien ! nous le déclarons au nom du Gouvernement français, l'Italie ne s'emparera pas de Rome! Jamais (voix nombreuses: Non, jamais, jamais!) jamais la France ne supportera cette violence faite à son honneur et à la catholicité! Elle demandera à l'Italie 1: 'énergique application de la Convention du 15 septembre, et si cette Convention ne rencontre pas dans l'avenir son efficacité, elle y suppléera elle-même. Est-ce clair? » Puis, pressé par Berryer et pour dissiper toute équivoque, il remonta à la tribune et ajouta : « Quand j'ai dit Rome, j'ai parlé de la capitale du territoire actuel, et je comprends dans la défense du pouvoir temporel du Pape le territoire actuel dans toute son intégrité. »

Mais, hélas! quand on applaudissait Rouher, déjà l'avenir lui échappait, gros des conséquences des fautes passées, il disait: Jamais! et avant que trois ans fussent écoulés, c'était fait.

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