LA PLUS GRANDE ALLEMAGNE
De son côté, la secte, elle non plus, n'était pas assouvie. La France, « boulevard de l'Eglise », comme, les peuples l'estimaient encore, restait debout et paraissait vouloir se raffermir sur ses bases. Il fallait l'abattre définitivement. Toutes les pensées, tous les efforts et de la Prusse et de la judéo-maçonnerie se mirent à cette tâche. L'Allemagne, en vue de la guerre de 1914, qui, dans sa pensée, devait nous achever, employa, dès 1870, tout son génie, toute son activité, toutes ses ressources sans cesse grandissantes à préparer une nouvelle campagne contre nous. Elle s'appliqua sans relâche à augmenter le nombre de ses armées de terre et de mer et à les pourvoir de tout l'utile, avec une prévoyance inouïe. Elle fit les plus grands sacrifices pour se donner une marine rivale de celles des plus puissantes nations. En un mot, elle se prépara pendant quarante ans à la guerre actuelle qu'elle voulait décisive, quelles que fussent les difficultés, les oppositions qu'elle pourrait rencontrer. On sait à quel point de perfection cette préparation fut portée.
De son côté, la secte se préparait à tirer du nouveau triomphe de l'Allemagne, le profit qu'elle avait escompté. Ce qu'elle veut, elle, on ne saurait trop le répéter, c'est l'anéantissement, si possible, de l'Eglise catholique. Qu'elle disparaisse de ce monde !
Le 8 mars 1803,, un certain Civinimi avait écrit dans le Bulletin officiel du Grand Orient d'Italie : « Le jour où nous entrerons à Rome, non seulement nous aurons fait l'Italie, mais nous aurons défait la Papauté ». Le 11 août de la même année, il compléta ainsi sa pensée : « Notre Révolution a pour but de détruire l'édifice de l'Eglise catholique. Nous voulons une destruction totale du moyen âge dans la dernière forme qui reste, le catholicisme. » Le moyen âge, c'est-à-dire la civilisation chrétienne.
L'année précédente, le 12 juillet 1862, un des chefs de la Franc-Maçonnerie italienne avait dit au Parlement :
La base granitique de la future politique d'Italie doit être la guerre
CONTRE LE CATHOLICISME, SUR TOUTE LA SUPERFICIE DU GLOBE. NoilS devons
combattre la prépondérance catholique dans le monde, partout, et avectous les moyens.
Dans les derniers jours de décembre 1890,, un émissaire de la Franc-Maçonnerie allemande était envoyé en Italie par le prince Schoenach-Carolath, pour s'entendre avec la secte alors présidée par Lemmi. Le correspondant romain du Cittadino di Brescia dit à ce sujet : <x Les diverses Maçonneries européennes et américaines n'ont qu'un point sur lequel elles sont toutes d'accord : c'est la lutte à outrance contre l'Eglise catholique. » Il aurait pu ajouter : et contre la France.
Mais qu'est-il besoin d'appeler les étrangers en témoignage? Voici ce que le prince Napoléon a dit dans son fameux discours à Ajaccio :
« L'Empire, c'est le triomphe de la démocratie moderne, de la Révolution, qui a été enrayée par quinze ans de Restauration et par dix-huit ans de libéralisme parlementaire, mais qui déborde aujourd'hui de toutes ses digues impuissantes. On a fait trop d'hésitation et de prudence jusqu'ici ; on aurait dû s'allier franchement à la Prusse et à l'Italie depuis un an. L'heure est venue où le drapeau de la Révolution, celui de l'Empire, doit être largement déployé. — Quel est le programme de cette Révolution? — C'est d'abord la lutte engagée contre le catholicisme, lutte qu'il faut poursuivre et clore ; c'est la constitution des grandes unités nationales, sur les débris des Etats factices et des traités qui ont fondé ces Etats ; c'est la démocratie triomphante ayant pour fondement le suffrage universel, mais qui a besoin, pendant un siècle, d'être dirigée par les fortes mains des Césars ; c'est la France impériale au sommet de cette situation européenne ; c'est la guerre, une longue guerre, comme condition et instrument de cette politique.
» Voilà le drapeau et le programme.
» Or, le premier obstacle à vaincre, c'est l'Autriche.
» C'est le repaire du catholicisme et de la féodalité ; il faut donc l'abattre et l'écraser. L'œuvre a été commencée en 1859 ; elle doit être achevée aujourd'hui.
108 l'œuvre de napoléon ni.
» La France impériale doit donc rester l'ennemie de l'Autriche; elle doit être l'amie et le soutien de la Prusse, la patrie du grand Luther, et qui attaque l'Autriche par ses idées et par ses armes; elle doit soutenir l'Italie, qui est le centre de la Révolution dans le monde, en attendant que la France le devienne, et qui a la mission de renverser le catholicisme à Rome, comme la Prusse a pour mission de le détruire à Vienne. Nous devons être les alliés de la Prusse et de l'Italie, et nos armées seront engagées dans la lutte avant deux mois. »
M. de Marcère, interviewé par un rédacteur du Soleil, à l'occasion du congrès anti-maçonnique tenu aux premiers jours de l'année 1902, lui dit : « Il n'y a pas à se le dissimuler, c'est en France tout particulièrement que se porte l'effort de la désorganisation maçonnique, et cela pour une besogne qui évidemment correspond à la réalisation d'un plan immense, où il est clair que nous, France, avons été sacrifiés ». Cette opinion, M. de Marcère, qui n'est arrivé qu'assez tard à penser ainsi, l'a aussi exprimée dans les livres qu'il a publiés depuis.
Nous sommes en 1917, l'Eglise subsiste, malgré l'œuvre de la République qui est venue s'ajouter à celle de Napoléon III, pour la réalisation du plan immense, et dont nous allons avoir à nous occuper dans la section suivante.
Les ambitions de la secte ne sont donc pas plus assouvies que celles de l'Allemagne par ce qu'elles ont déjà obtenu. La Prusse devenue l'Allemagne veut devenir « la plus grande Allemagne » ; et la secte, maîtresse de Rome, veut de Rome partir à la conquête du monde, comme Berlin après s'être assujetti les Germains veut s'assujettir toutes les races humaines 4.
LTn dernier mot sur Napoléon III avant de quitter l'exposé de son œuvre néfaste. Nous l'empruntons à L. Veuillot.
Quand l'Empereur s'est déclaré fondé de pouvoir universel des Français, et a été, il faut le dire, agréé en cette qualité par tant et tant de millions de suffrages, il prenait une grande charge qui pouvait, avec un peu de soin, le mener très haut dans le présent et dans l'avenir.
La France était à lui, se donnait à lui. Elle mettait à sa disposition toutes ses forces, ne lui demandant que de les employer loyalement, no-
4. Les paroles aussi bien que les actes des interprètr-s les plus autorisée de sa pensée ne laissent aucun doute sur cette volonté. Nous le verrons plus loin.
blement, vigoureusement. Il nommait à toutes les magistratures politiques, civiles, même religieuses ; il choisissait l'évêque, le sénateur, le député ; le juge, le journaliste et le garde champêtre, et tout l'entre deux. Il faisait la paix et la guerre, la loi et les règlements. Rien qui ne fût dans sa main, même la littérature, même les arts. Il a tout pris du côté de son agrément. Ici commence la logique de la situation actuelle. A quoi bon refaire l'histoire de cette décadence ? Elle serait cruelle. Quand on dressera le bilan (il faudra bien y venir), on verra quel aveugle agent de la révolution a été l'empereur Napoléon III. Dans quel dessein, par quelles lacunes, je l'ignore ; mais certainement aussi, en tout cas, par amour de l'agrément et de la commodité.
Il a eu vingt ans. Vingt ans, le temps de refaire le monde ! le temps de planter sa dynastie au milieu d'une génération sérieuse et virile, appelée à combattre sans doute, mais non sans espoir, et qui eût regardé son fils comme le chef naturel du parti de l'ordre affermi dans ses voies. Il a eu vingt ans pour consolider l'unité française, seule bien formée au milieu des nations ! Vingt ans pour étendre au monde entier les plis du drapeau français et catholique, et donner à la tille aînée de la civilisation chrétienne un patronage que tous les grands et fermes cœurs qui sont dans le monde la conjuraient de prendre.
Et telle était la profondeur du chagrin et du ressentiment de la France après le régime de Louis-Philippe, qu'il n'a pas fallu moins de vingt ans à l'Empire pour nous ramener à ce point culminant de Louis-Philippe, où toute la France s'est écriée : ce Assez! assez, quoi qu'il puisse advenir! »
On cite un fameux discours de Napoléon Ier, revenant d'Egypte : « Qu'avez-Yous fait de la France? Je vous l'avais laissée, etc. » Quel écho terrible et moqueur redit aujourd'hui ces paroles : Qu'avez- vous fait de la France?... qu'avez-vous fait de l'Europe?
Nous avons rapporté le propos 5 tenu à L. Veuillot par un capucin, en 1857, deux ans avant que Napoléon III allât en Italie déchaîner la révolution qui voulait mettre fin à la royauté pontificale. Depuis quarante ans siégeait à Rome la Haute Vente qui avait reçu mission de préparer les voies à ce crime à la fois politique et religieux, dans le monde diplomatique, dans l'esprit public et par les événements qu'elle susciterait ou favoriserait selon les circonstances.
L'interlocuteur et L. Veuillot s'étaient rencontrés sur la place Saint-Pierre. Une faible lumière brillait aux fenêtres du Vatican. Le fils de saint François dirigea son doigt vers elle et dit ce que l'on a pu lire déjà dans une épigraphe: « On veut chasser le Pape d'ici. S'ils y parviennent, il reviendra ou le Vatican croulera et broiera le monde. Ses pierres rouleront par la terre,
Deux lignes de ce propps ont été données ci-dessus en exergue.
1 10 l'œuvre DE NAPOLÉON III.
renverseront les trônes et les maisons. Des débris du Vatican, Dieu lapidera la race humaine et il faudra rebâtir ici cette demeure ou périr. »
Le trône de Napoléon III et celui de Nicolas II ont disparu l'un dans la tempête de 1870, l'autre dans celle de 1914. Sans doute que l'on en verra d'autres crouler. Les maisons-familles comme habitations sont renversées sur mille points du monde et les pierres qui les abattent continuent à rouler, lapidant les hommes non par milliers, mais par millions. Elles ne cesseront leurs ravages que lorsque la clef de voûte de l'édifice social chrétien aura été replacée là d'où elle doit tout soutenir.