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CHAPITRE XXI

En Algérie et Tunisie,

II existe une école, un parti, une race d'ennemis de Dieu. Ils ne veulent pas que Dieu soit, où ils veulent que Dieu ne soit plus. Ils sont implacablement conjurés contre sa loi, contre son Eglise, contre ses enfants. Rien ne les éclaire, rien ne peut les toucher,, rien ne leur fait honte. Pour accabler la vérité, pour la détruire, tout leur est bon; ils savent faire de l'absurdité même une arme redoutable ; ils noieraient l'Eglise dans le sang et dans les larmes du genre humain. On les voit dans le passé; on les rencontre dans le présent toujours les mêmes: constants et appliqués à faire le mal. L. Veuillot.

L'œuvre du cardinal Lavigerie. — Regrets de 'M. de Castries. — Ce qui devait être fait. — Nos gouvernants favorisent les mahométans et les juifs. — Résultat. — La loi de séparation en Algérie. — Satisfaction de l'Allemagne.

« Il faut accomplir l'œuvre, disait Louis Veuillot, alors que s'achevait la conquête de l'Algérie ; il faut rendre à la religion chrétienne ce champ immense. » Telles étaient à l'époque de la conquête, telles sont toujours les vues des vrais Français. Ce n'est pas ce que se proposait le gouvernement de Juillet, ce n'est pas ce qu'il voulait. Ce ne fut pas ce que voulut le Second Empire. La troisième République veut tout le contraire. Mais gouvernement de Juillet, Empire et République ont exécuté et exécutent sans y penser, et même en voulant le contraire,, les desseins de Dieu. **

La République est venue ajouter la Tunisie à l'Algérie.

Dès 1875, l'archevêque d'Alger, Mgr Lavigerie, visita Saint-

L>1N l'œuvre de la république.

Louis de Carthage et prit position avec les Pères Blancs sur les collines de Byrsa. A la fin de 1876, il ajouta aux quelques pieds de terre qui entouraient la pauvre chapelle, neuf hectares, tout le plateau de l'ancienne acropole carthaginoise, avec l'intention d'y élever une église et un collège. Il médita dès lors avec M. Roustan d'arracher la Tunisie aux convoitises italiennes et de la donner à la France. En creusant les fondations du collège, on découvrit les ruines de Carthage, des inscriptions sans nombre et, pour ainsi dire, les gisements successifs des civilisations punique, grecque, romaine, chrétienne, arabe superposés. Le P. Delattre s'occupa de grouper ces débris au nombre de plus de cent mille et de les commenter dans plus de cent trente publications. Le collège Saint-Louis fut ouvert en octobre 1880 avec un dispensaire pour l'assistance des malades.

Cependant l'Italie, qui s'était habituée à considérer la Tunisie comme un fief déjà occupé en majorité par ses nationaux, s'agita lorsque Jules Ferry, sous prétexte de punir les déprédations des Kroumirs, ordonna — après s'être fait donner au congrès de Berlin l'assentiment de l'Europe — à nos troupes d'entrer en Tunisie. Du 22 avril au 12 mai elles occupèrent le Nord de la Régence et imposèrent au Bey le traité de Bardo. Au cours d'une seconde expédition, Sfax, Kacroman et les places du Sud furent soumises.

En 1882, Mgr Lavigerie pouvait écrire au cardinal préfet de la Propagande :

ce Militairement parlant, l'occupation, ou pour mieux dire, la conquête de la Tunisie est achevée. Depuis deux mois toutes les positions stratégiques sont à nous. Je demande à Dieu de n'être pas trop au-dessous de ma tâche qui est de faire refleurir la foi et les vertus chrétiennes sur les ruines de Carthage. »

Le 15 mai 1890, en la fête de l'Ascension, fut consacrée la nouvelle cathédrale de Carthage par le cardinal Lavigerie assisté de cinq évêques. Elle fut suivie d'un concile où les Pères recherchèrent dans les conciles d'Afrique d'autrefois ce qui pouvait être remis en vigueur dans l'Afrique nouvelle.

De la Tunisie, les Pères Blancs se portèrent dans la région des Grands Lacs qui s'étend du 10e de latitude Nord au 15e de latitude Sud. Stanley venait de l'explorer pour la première fois. Deux centres de missions y furent établis, l'un auprès du Tanga-

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nika, l'autre .auprès -du Nyanza. Là surtout il y avait à lutter contre le mahométisme et le commerce qu'il faisait des habitants saisis et qu'il vendait pour l'esclavage. Il se vend chaque année en Afrique environ quatre cent mille esclaves. Des bandes de négriers arabes, armés jusqu'aux dents, fondent à l 'improviste sur ces peuplades sans défense, brûlent les huttes de paille, enlèvent les femmes et les enfants avec un petit nombre d'hommes valides.

Nous aurons à parler de cette mission lorsque nous dirons quelles espérances donne le monde de nos jours au point de vue chrétien. Nous avons ici à montrer l'œuvre de la République. En Afrique comme en Asie elle fit la guerre au catholicisme en soutenant ses adversaires : les protestants à Madagascar et dans l'Annam ; en Algérie, en Tunisie et ici en favorisant les Mahométans, les Juifs et aussi les prédicants anglais 1.

M. H. de Castries a publié sur l'Islamisme un livre mauvais, mais où se trouvent des observations qui méritent l'attention. Bien connu dans le monde africain par sa carrière militaire et ses travaux géographiques, très versé dans la langue arabe, M. H. de Castries a passé dix années au milieu des tribus sahariennes, menant moins la vie d'un officier que celle d'un grand chef indigène. I] constate la rigueur avec laquelle le gouvernement français, quel qu'il fût, a interdit en Afrique à nos prêtres, à nos religieux et à nos religieuses tout prosélytisme direct.

ce Cela n'a pas découragé leur zèle, dit M. de Castries. Là où les missionnaires français sont installés, ils ont défriché le sol, ils ont recueilli les pauvres et soigné les malades, ils ont donné l'instruction aux enfants. Si, au point de vue de Tévangélisation, leur œuvre a été nulle, il faut reconnaître qu'ils ont été les meilleurs agents de propagation de l'influence française. Notre gouvernement, qui les tolère à peine, qui refuse sa protection à des hommes ayant assez d'abnégation pour renoncer à, l'apostolat direct, unique idéal de leur vie, commet une faute énorme ; il est déjà trop tard pour la réparer; la Kabylie est infestée de missions protestantes anglaises qui, sous coideur de méthodisme, ruinent lentement notre influence; dans les moindres villages de ce rude pays plusieurs fois conquis par nos armes, l'Angleterre envoie ses Bibles et ses pasteurs, qu'on rencontre dans l'univers entier, mais là surtout où elle prend ombrage de la puissance de la France. »

i. L'Algérie et la Tunisie représentent en étendue notre territoire continental, l'Algérie pour les 4/5, la Tunisie pour 1/5. Le Maroc le dépasse d'un tiers. Le Soudan français est six fois grand comme la France, le 1/3 à peu près du désert africain. Quel champ pour l'apostolat ! pour l'exercice de la mission de la France.

Nous retrouvons en Algérie le même esprit aussi antifrançais qu'anticatholique que nous avons eu à déplorer à Madagascar, au Tônkin et en Chine.

Louis Veuillot écrivit en 1847 :

« Nous accomplissons en Afrique une des plus grandes œuvres que puissent entreprendre les peuples; nous enlevons de vive force un empire à la barbarie pour le donner à la civilisation. Cet empire est vaste; un siècle ne s'écoulera pas sans que le pays d'Alger, devenu terre chrétienne,, absorbe le Maroc et Tunis. La France a mis le pied en Algérie il y a dix-sept ans ; elle y est restée dix ans stationnaire, voyant son drapeau arrêté sur la côte ou prisonnier dans quelques murailles de l'intérieur. Aujourd'hui, après une série de luttes, ou plutôt après un seid combat qui a duré sept années, elle règne ; le rayon de paix qui éclaire enfin ce grand théâtre de guerre nous le montre parcouru en tout sens et dominé partout.

» La France a fait cela malgré le soleil d'Afrique, malgré les Arabes, malgré elle-même. Qui lui eût proposé la conquête intégrale de l'Afrique, non pas en 1830, mais il y a seulement sept ans, eût épouvanté sa raison et son courage. Cependant il y a sept ans, les difficultés que l'on pouvait prévoir n'étaient rien au prix de celles qui se sont présentées et qui ont été vaincues. Un seul homme, peut-être, en soupçonnait l'importance; c'est celui dont Dieu s'est servi pour nous imposer cet immense fardeau. M. le maréchal Bugeaud est arrivé en Algérie comme gouverneur général, avec le projet de restreindre l'occupation ; la conquête intégrale lui paraissait impossible. Il répétait sans cesse que, pour conquérir l'Algérie, il faudrait au moins cent mille hommes judicieusement employés. Ni lui ni personne ne croyait que la France voulût s'imposer l'exorbitant sacrifice d'entretenir en Algérie une armée de cent mille hommes. Elle l'a fait; et ces cent mille hommes n'ont suffi qu'en doublant leur nombre à force de génie et d'ardeur militaire. Il n'y a plus eu de sables que le pied de nos fantassins n'ait foulés, plus de haute montagne, vierge de tout aspect de l'étranger, où notre drapeau n'ait flotté victorieux; plus de tribu belliqueuse et fière qui n'ait été punie et qui n'ait demandé pardon. Nos régiments, devenus agiles comme l'ennemi, l'ont atteint dans sa fuite aussi loin que le poussaient ses terreurs; mieux que l'Arabe, ils ont supporté les rigueurs du climat. Abd-el-Kader s'est en vain multiplié et rendu plus redoutable; le fanatisme religieux s'est en vain soulevé à la voix de Bou-Maza; rien n'a pu arrêter cet élan dominateur; la France a vaincu, et l'Europe jalouse ne lui reproche pas des victoires stériles. Te nuage de poussière et de fumée soulevé par sept années de guerre nous laisse voir;, en se dissipant, sur la côte et bien loin par derrière les montagnes, des terres défrichées, des marais assainis, des tribus organisées. A travers ces déserts si laborieusement parcourus, les traces du sang français, devenues de longues routes destinées aux arts paisibles de la civilisation, mènent à trente cités déjà robustes, qui germent sur les ossements de nos soldats.

» L'action de la Providence a été visible. Tl n'y a point d'événements fortuits ni prématurés dans l'histoire. Les faits tombent des desseins de Dieu dans le domaine de l'humanité, comme les fruits mûrs se détachent de la branche à la moindre secousse du vent. Quand le dey Hussein, renouvelant une de ces injures dont ses prédécesseurs avaient coutume d'humilier les nations chrétiennes, frappa d'un coup d'éventail le consul de France, il le fit à point. Tout était disposé pour la réalisation d'un plan dont personne en ce monde n'avait le secret. Quelques années plus tôt, la

Restauration eût dû se contenter de bombarder Alger; l'Opposition libérale, criant à la croisade, n'eût pas permis qu'on essayât la conquête. Quelques années plus tard, la révolution de Juillet, souffletée à Alger, se serait contentée d'essuyer sa joue. Il fallait à la nation conquérante, quel que fût son gouvernement, un agent matériel assez puissant pour dompter les caprices de la mer; quand la France prit Alger, cet agent matériel venait d'être créé, la navigation à la vapeur s'introduisait dans le monde et reliait nos frontières maritimes à celles de l'Algérie par un pont sur la Méditerranée. Il fallait l'anarchie parmi les Arabes, qui eussent été invincibles sous une autorité unique ; et le gouvernement des Turcs, épuisé d'excès, tomba au premier choc. Il fallait la paix en Europe, et tous les cabinets du continent, alarmés de la situation morale des peuples, ont regardé sans s'opposer, et plutôt avec une joie maligne, la France s'aventurer et s'engager définitivement dans une entreprise qui lui promettait plus de périls que de profit. Mais rien ne servit l'esprit de conquête autant que l'incomparable force et l'incomparable aveuglement de l'opinion. L'orgueil national, l'esprit de trafic et d'aventure, l'esprit de parti, l'ambition dynastique s'accordèrent pour demander, pour imposer à la sagesse froide et calculatrice des Chambres, ces longs sacrifices qui ne furent jamais accordés qu'à contre-cœur et en gémissant.

» Aujourd'hui qu'il n'est plus possible de reculer et qu'il n'y a plus d'illusion pour personne, les intentions de la Providence se dévoilent. L'Europe incrédule du XIXe siècle a manifestement reçu la mission de terminer l'œuvre fervente des âges de foi : elle achève les croisades ; et dans cette tâche commune poursuivie de tant de côtés et par tant de moyens divers, la part austère assignée à la France est la part de l'épée. Point de négoce à faire, point de trésors à conquérir; le sol n'offre que des ennemis à vaincre, ne promet que les richesses qu'on y pourra créer ; il faut semer du blé, bâtir des villes, planter des ombrages, creuser des fontaines ; l'armée doit porter jusqu'au bois nécessaire à ses édifices, jusqu'à l'herbe qui nourrit ses chevaux.

» Et cependant il faut rester, accomplir l'œuvre; il faut achever la croisade il faut rendre à la religion chrétienne ce champ immense, et le lui rendre plus grand qu'elle ne l'a possédé. Ce n'est pas ce que l'on voulait, ni ce que l'on se propose encore ; mais fait-on autre chose ? »

Dans le livre que nous venons de citer, M. de Castries met aussi en regard de ce qui a été poursuivi par la France gouvernementale ce qu'elle devait faire et il ajoute :

« Des auxiliaires précieux pour cette œuvre de rapprochement entre les Algériens et les Français seront les missionnaires catholiques. C'est par eux que la société indigène pourra accomplir une évolution civilisatrice, évolution faible assurément, mais méritant du moins le nom de progrès. »

Avant la guerre de 1870, le Juif opprimait l'Algérie par l'usure. Survient le Quatre-Septembre ; des hommes sans mandat s'emparent de la France ; et l'un de leurs premiers actes en face de l'invasion allemande fut de livrer, aux Juifs, notre grande colonie française. Ce titre de Français, que la loi n'accorde qu'individuellement, à de certaines conditions et après

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enquête, un décret de Crémieux contresigné par Gambetta, le concède en bloc à tous les Juifs algériens. Les musulmans furent indignés. A l'invasion prussienne se joignit l'insurrection arabe. VA quand la rébellion eut été noyée dans le sang, le Juif triomphant étendit sur l'Algérie sa domination corruptrice.

C'est ce que M. Sainary dénonça, à la Chambre, en 1896. Il a rappelé le mot du facteur principal de cette insurrection, le bach agha Mokrani, qui, alors qu'il venait d'apprendre la naturalisation en masse des Juifs indigènes et qu'un israélite fît partie de la délégation du Gouvernement, répondit en ces termes : « Je n'obéirai jamais à un Juif ; si une partie du ter- » ritoire est entre les mains d'un Juif, c'est fini. Je veux bien » me mettre au-dessous d'un sabre, dût-il me trancher la tête; » mais au-dessous d'un Juif, jamais! jamais! »

C'est à cette époque qu'on disait ouvertement dans les fondoucks et les cafés maures : « La France n'est plus rien, c'est » un Juif qui la gouverne ! » Quelques jours après l'insurrection éclatait.

On se garda bien de rapporter ce décret. M. de Castries dit à ce sujet :

« L'idée générale qui doit dominer notre politique et l'inspirer tout entière, doit être anti-juive, il y va de la sécurité de notre colonie. L'acte par lequel M. Crémieux a fait des citoyens français de tous les Israélites algériens a été à jamais néfaste ; mais ce n'est pas, comme on le croit généralement, parce que les Arabes ont été froissés de voir accorder aux Israélites un privilège qui leur était refusé à eux-mêmes. Cet acte a été funeste parce qu'il a été considéré par l'indigène comme l'émancipation d'une race qu'il jugeait devoir lui être éternellement asservie, parce qu'il a heurté directement le sentiment de profond mépris de l'Arabe pour le Juif, enfin parce qu'il a permis à celui-ci de prendre sa revanche des humiliations du passé. L'Arabe repousse la naturalisation, qui, pour le faire l'égal de son conquérant chrétien, l'oblige à parjurer sa foi;, mais il nous en voudra toujours d'avoir accordé ce privilège h ceux qu'il avait l'habitude de voir ramper à ses pieds. Aujourd'hui la prépotence, pour ne pas dire l'insolence des Juifs, est arrivée en Algérie à un point tel que des conflits sont imminents; les musulmans ne toléreront pas ce qu'ont supporté les nations chrétiennes, et le moment est proche où ils surgiront en masse pour réduire en servage les fils d'Israël. Il sera trop tard alors pour faire rentrer les Juifs dans leurs mellahs (ghetto), et les chrétiens ne seront peut-être pas épargnés dans ces vêpres algériennes. »

Puisse cette prévision ne jamais se réaliser. En toutes choses nos gouvernants ont pris le contre-pied de ce qui devait être fait. Ils ont cru faire merveille en donnant

à l'indigène l'instruction française : instruction primaire et secondaire, instruction des écoles professionnelles. L'échec a été complet. Voici comment s'exprima, à ce sujet, un membre de l'Université : « L'hostilité d'un indigène se mesure à son degré d'instruction française. Plus il est instruit, plus il y a lieu de s'en défier. Longtemps je me suis insurgé contre une vérité aussi désespérante. Je n'ai cédé que devant un concert unanime de toutes les personnes que j'ai pu consulter. »

En 1886, le gouverneur-général de l'Algérie saisissait luimême de cette question le Conseil supérieur du gouvernement. « L'expérience, disait M. Tirman, tend à démontrer que c'est quelquefois chez les indigènes à cari nous avons donné l'instruction la plus étendue que nous rencontrons le plus d'hostilité. )>

Cette constatation n'a pas empêché le Sénat de voter un ordre du jour demandant au gouvernement de favoriser, de développer, et d'entretenir de ses subsides les séminaires... musulmans. Organiser l'enseignement de la religion de Mahomet et multiplier à nos frais les mosquées dans l'Algérie, n'est-ce pas une aberration égale à celle qui favorise les pèlerinages à La Mecque, d'où les indigènes rapportent toujours, sinon le choléra, du moins une recrudescence d'inimitié et de fanatisme contre nous?

ce Entre nous et les populations indigènes de l'Algérie, Usons-nous dans une correspondance adressée par un « Algérien » à la Semaine religieuse de Lyon, quel est, en effet, le grand mur de séparation, sinon la religion de Mahomet enseignée dans le Coran, et comment espère-t-on que l'assimilation puisse se faire, si ce mur de séparation n'est pas enfin renversé ? On ignore donc tout ce que le Coran attise de haine dans le cœur de ses adeptes, contre les étrangers qui ne reconnaissent pas la loi du prophète ? On ne sait donc pas que cette- haine, commandée au nom de la religion, devient pour tout Musulman le plus sacré des devoirs ? Le djehed, la guerre sainte, c'est-à-dire le massacre des envahisseurs qui ne sont pas Musulmans, voilà le rêve des fils de Mahomet. 2.

» Que devrait-on faire pour détacher les populations du Coran ? Les rendre sceptiques et libre-penseuses ? Le remède, s'il n'était pas chimérique, serait plus redoutable que le mal. Quelques-uns des rares indigènes qui fréquentent nos écoles laïques perdent la foi en Dieu et en Mahomet : vite ils ajoutent à leurs vices tous ceux de notre civilisation impie, mais ils n'en demeurent pas moins nos ennemis ; ils nous haïssent même double-

2. L'auteur de cette lettre raconte ici qu'invité un jour par des indigènes de la Kabylie à prendre part avec un de ses amis à la fête de leur tribu, ils furent reçus avec toutes les marques de la bienveillance la plus respectueuse et la plus exquise, « Sais-tu, lui dit son compagnon, par quelles paroles ces gens-là viennent de nous accueillir? Croyant que j'ignore le kabyle, ils ont dit à celui qui nous introduisait auprès d'eux : <c Voilà tes amis. Oue Dieu les brûle ! »

224 l'œuvre de LA REPUBLIQUE.

ment, nous accusant de leur avoir ravi non seulement la liberté, mais l'espérance.

» Quant aux Arabes et aux Kabyles de l'Algérie pris dans leur ensemble, ils ne détestent personne, excepté les Juifs, au même degré que les incrédules et les athées. Le spectacle de nos colons vivant trop souvent, hélas! sans religion et sans prière, provoque à un degré qu'on ne saurait imaginer, leur indignation et leur mépris. « Toi au moins tu pries, me disait un jour l'un d'eux, mais la plupart des colons sont pires que des ânes, car si les .'lues pouvaient parler, ils diraient que Dieu existe. »

» Nous nous imaginons les éblouir et les entraîner par le spectacle de notre civilisation ; ils s'en moquent et ils concluent, dans leur impassibilité stoïque, que notre esprit est bien étroit, puisque nous nous installons dans ce monde comme si nous ne devions jamais en sortir.

» On aura beau chercher et beau faire, seul le christianisme pourrait nous attacher des populations pour lesquelles la foi en Dieu est tout, et qui jugent la valeur d'un homme sur cette foi publiquement professée. Pour les rendre Français, il faut absolument les rendre chrétiens.

» C'est impossible, ne cesse-t-on de répéter depuis soixante ans. Difficile, •oui ; impossible, pas du tout, surtout s'il s'agit des populations kabyles, qui pratiquent encore la monogamie, ne méprisent pas le travail, et sont certainement, à beaucoup de points de vue, bien moins réfractaires à nos idées et à notre influence que la race arabe.

» Lorsque le cardinal Lavigerie, malgré l'opposition de Mac-Mahon, fonda avec les orphelins arrachés aux horreurs de la famine, les deux villages chrétiens de Saint-Cyprien et de .Sainte-Monique, dans la plaine du Chéliff, la politique prétendait que ces deux villages seraient bientôt mis à feu et à sang par les tribus musulmanes, qui, de tous côtés, les environnent. On disait aussi que s'ils échappaient à la colère du fanatisme, ils retourneraient bien vite au culte et à la loi de Mahomet. La vérité est que voilà deux générations de fervents chrétiens qui y grandissent, s'y multiplient et y prospèrent en toute sécurité. — Partout, du reste, où s'établissent les Pères blancs et les Sœurs blanches, la confiance et la vénération de la population indigène répondent à leur charité.

» Si on avait compris et voulu, si au lieu d'entraver constamment le zèle des prêtres, des missionnaires et des religieuses, on eût favorisé leur action et multiplié leurs écoles ; si, dès que la conquête a été affermie, le pouvoir avait nettement manifesté la résolution de protéger par la force la liberté de conscience des indigènes désireux de s'instruire de la foi chrétienne, certainement, à l'heure actuelle, un grand nombre de Kabyles seraient, pour le plus grand bien de notre patrie, de fervents catholiques et, par conséquent, d'excellents Français. »

Aux protestants, aux mahométans, aux juifs toutes les libertés, toutes les faveurs du pouvoir. Aux catholiques la persécution. Tel était le programme que nos gouvernants avaient accepté ou s'étaient donné.

M. Louhet a déclaré solennellement à Alger que la France se glorifie d'être une grande puissance musulmane. Et c'est pourquoi on a construit des mosquées. Officiers de la garnison, gouverneurs, résident, préfet sont mobilisés pour l'inauguration ;

on paie les Muphtis, on annonce le Ramadan à coups de canon, les bateaux français transportent gratuitement les pèlerins au foyer même du fanatisme, à La Mecque où les Oulémas exaspèrent la haine du Roumi, c'est-à-dire du Français. Les représentants du gouvernement vont saluer officiellement les pèlerins sur le bateau au moment du départ, et les armateurs ont l'ordre d'embarquer une quantité d'eau suffisante en prévision des ablutions rituelles. M. Jonard présida le 8 mai 1905 l'inauguration de la Médersa (établissement d'enseignement supérieur) de Tlemcen. Il y dit : « La France a pris l'engagement solennel de respecter les croyances des peuples qui s'étaient soumis à elle. Elle a voulu davantage. Elle a compris qu'il était de son devoir de mettre à la disposition d'une élite un enseignement supérieur qui convient particulièrement à leurs sentiments et à leurs idées ». La neutralité n'a été inventée que pour combattre les sentiments et les idées des catholiques. Toutes les écoles françaises sont laïcisées, on n'a fermé aucune école arabe, bien qu'elles soient essentiellement confessionnelles, le Koran est partout la base de l'enseignement. Et cependant, en 1886, le gouverneur général avait dit devant le Conseil supérieur du Gouvernement de l'Algérie, que « c'est chez les indigènes à qui nous avons donné l'instruction la plus complète que nous rencontrons le plus d'hostilité ».

Vint la loi de Séparation, on s'empressa de l'appliquera l'Algérie. La Semaine religieuse d'Oran écrivit :

« Il y a deux mois à peine que la nouvelle Eglise d'Afrique a été condamnée à mort et mise au banc des peuples par l'inique loi de Séparation : nous voici déjà aux prises avec le fanatisme musulman, déchaîné contre nous. Pendant quelques jours, une panique cruelle a régné parmi la population de nos villes frontières, de Marnia et de Nemours, et c'est en vain qu'on a essayé d'en dissimuler la portée ou de l'amoindrir.

» La campagne du Maroc est ouverte, et nul ne peut prévoir quelle en sera l'issue.

» Nous avons écrit, ici même, que la France avait manqué à sa mission, en ne portant pas la lumière de l'Evangile en même temps que le flambeau de la civilisation, parmi cette population arabe, si irréductiblement farouche, mais aussi si invariablement fidèle à sa loi coranique et à ses vieilles superstitions. Non seulement nous avons rendu toute assimilation désormais impossible au point de vue national en respectant avec une crainte ridicule son état social barbare, par rapport à la femme notamment que nous n'avons pas affranchie de la polygamie et de la servitude, mais encore nous avons scandalisé ces hommes qui se font gloire d'être des croyants, en affichant à leurs yeux le scepticisme et l'impiété. Nous sommes tombés devant eux plus bas que le mépris, et nous avons

226 l'œuvre de la république.

mérité d'être traités par eux de « Chiens de Français, » parce que nous faisons fi de la religion.

» A cette politique détestable, invariablement suivie par tous les gouvernants qui se sont succédé depuis trois quarts de siècle, vient de s'ajouter maintenant l'hostilité déclarée, après la persécution sourde, cauteleuse et hypocrite qui prépara, pendant ces vingt dernières années, la rupture du Concordat. Le gouvernement français s'est proclamé officiellement athée, (.lisant profession ouverte de nier Dieu et de supprimer toute religion en face d'un peuple dont l'état social est théocratique avant tout, puisqu'il est basé sur ce principe primordial que la terre est à Dieu, et qu'Allah est le chef et le roi du peuple musulman.

» Les hommes d'Etat qui se sont emparés de la direction du pays, ont ainsi porté le dernier coup à notre prestige aux yeux des Arabes. Pour exécuter les ordres des Loges maçonniques et satisfaire leur sectarisme haineux et étroit, ils ont fermé l'oreille à tous les conseils de sagesse que nos Evêques d'Algérie, comme de concert, ne leur ont pas ménagés. Il y avait un moyen, et il n'y en avait qu'un, de franciser complètement les Arabes : c'était de les catholiciser, et, pour atteindre ce résultat, presque impossible à réaliser sur les Arabes adultes, de prendre leurs enfants, de les instruire, de les amener peu à peu à la religion. C'est ce que le cardinal Lavigerie avait entrepris. C'eût été un travail de longue haleine et qui n'eût pas porté de fruits abondants avant deux ou trois générations. Mais si on l'eût entrepris dès l'origine, on posséderait déjà parmi les Arabes un noyau sérieux et influent de catholiques attachés réellement à la France. Au lieu de suivre cette politique, on a montré toujours pour l'Islam un respect craintif, qui, loin de nous conquérir la reconnaissance des Musulmans, n'a fait qu'entretenir en eux l'orgueil de race et de religion. »

Six ans après la séparation, M. Fallières, alors Président de la République, se rendit en Tunisie3. Il reçut officiellement le

3. La Tunisie reçut de bonne heure le bienfait de la foi : elle y fit d'immenses et rapides progrès. Le célèbre docteur Tertullien, né à Carthage, écrivait dans son Apologie du christianisme : « Nous sommes d'hier, et cependant nous remplissons vos villes, vos îles, vos forteresses, vos municipes, vos assemblées, vos camps eux-mêmes. » {Pair, lat., t. II, p. 462.)

Pour constater le rôle brillant que l'Eglise d'Afrique a joué dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, il suffit de nommer saint Cyprien, évêque de Carthage, célèbre par ses écrits autant que par son martyre ; le grand docteur de l'Eglise saint Augustin ; saint Fulgence, l'éloquent évêque de Ruspe ; saint Eugène, évêque de Carthage, qui, chassé par la persécution, vint mourir en France, dans le diocèse d'Albi (505), etc.

Cette illustre Eglise a passé avec gloire d'abord par les dix grandes persécutions comme le reste de la chrétienté, et ensuite par les persécutions non moins cruelles des rois vandales, hérétiques ariens et ennemis acharnés des catholiques.

L'Afrique chrétienne a produit aussi des femmes qui font l'orgueil de l'Eglise. '

Nommons d'abord la plus grande peut-être des mères chrétiennes, l'illustre sainte Monique, qui pleura pendant quinze longues années les égarements de son fils, et qui fut récompensée de ses prières et de ses larmes par un battit Augustin. Nous ne pouvons ne pas parler ici de ces martvrs célèbres, sainte Perpétue et sainte Félicité, dont l'Eglise a inséré les noms au canon de la messe.

La plage de Tunisie fut consacrée, en 1270, par la mort, nous allions dire

Cheik ul Islam, entouré d'une bande de muftis, caïds, ulémas, imans, marabouts, etc., et leur adressa ces paroles :

« Soyez assurés que la République française s'attachera, comme par le passé, à respecter vos lois et vos traditions religieuses... Le souci des croyances de la population, dont témoigne en toutes circonstances M. le Résident général, vous est le plus sûr garant des assurances que je vous donne. »

Ces paroles furent reproduites par tous les journaux : les uns, ceux qui tous les jours font la guerre aux idées religieuses, pour y applaudir; les autres, pour s'en étonner...

A Cartilage, qui est la métropole catholique du nord de l'Afrique, M. Fallières n'a point reçu notre clergé; mais il a fait défiler devant lui les confréries religieuses arabes, qui sont des foyers d'intrigue9 et de haines antifrançaises. Au dîner qui a suivi, il s'est écrié : « Nous ne sommes pas venus ici pour imposer à une race des croyances qui ne sont pas les siennes ». Les faits donnent un éclatant démenti à ces paroles. Le gouvernement français s'est donné la tâche d'imposer aux populations africaines, qui ne sont pas musulmanes, des croyances qui ne sont pas les leurs.

L'Annuaire officiel de V Afrique occidentale nous apprend, en effet, qu'au Sénégal, dans la Guinée française, dans le Haut Sénégal et le Niger, et enfin sur la côte d'Ivoire et au Dahomey, les agents du gouvernement français poussent les populations indigènes à embrasser la religion de Mahomet.

N'est-il pas bien inquiétant pour nous de songer que nos immenses possessions d'Afrique deviendront par là plus accessibles à des excitations extérieures ; que, devenues un bloc homo-

le martyre, d'un des plus brillants héros du christianisme. Notre bon roi saint Louis, partant pour sa seconde croisade, s'était fait le plan de la commencer par la conquête de la Tunisie. Il y mit donc pied à- terre pour exécuter son dessein ; mais, tout à coup, la peste éclata, et, se trouvant atteint lui-même du fléau, il rendit son âme à Dieu, en s'écriant : « Seigneur, j 'entrerai dans votre maison ! je vous adorerai et je chanterai votre Nom dans votre saint temple. » En 1841, on a élevé une chapelle sur le lieu où le saint Roi mourut.

Dans les premières années du XVIIe siècle, la ville de Tunis a possédé, pendant deux ans, un autre esclave bien vénérable, notre saint Vincent de Paul, qui fut pris par des pirates entre Marseille et Cette.

La Tunisie actuelle compte 1.820.000 habitants. Tunis, la capitale, est une ville de 170.000 âmes ; il y a, dit-on, quinze mille chrétiens qui ont pour administrateur un vicaire apostolique. Mgr d'Alger y a fondé un collège de plein exercice. Les Frères des Ecoles chrétiennes y ont un établissement important.

228 l'œuvre de la république.

gène au point de vue des croyances, un mot d'ordre unique pourra les soulever contre nous à un moment donné!

En même temps que l' Annuaire, officiel de V Afrique occidentale signalait ce mouvement, M. Félix Dubois, qui ne déguise pas ses tendances optimistes, publiait sa relation d'un voyage au Soudan. Il s'y montre désolé de l'aide que nos gouvernants donnent à la diffusion de l'Islam. Il leur reproche d'avoir fondé une sorte d'université arabe à Djonné. Or, l'arabe s'étudie uniquement dans le Coran, et les sciences arabes consistent essentiellement en des commentaires du Coran, de sorte que le seul établissement d'enseignement que nous ayons jusqu'ici ouvert au Soudan n'enseigne que l'Islam et forme des professeurs qui enseigneront l'Islam à travers les colonies au lieu de la langue et de la littérature françaises. Que peuvent en conclure les indigènes? C'est que nous-mêmes reconnaissons que la meilleure des cultures est la culture islamique. Par là encore nous secondons la propagande d'une religion qui est pour nous une source de difficultés, pour ne rien dire de plus.

Il existe dans le Haut Sénégal et le Niger environ cinq cents écoles où des marabouts enseignent l'arabe, qui est pour leurs élèves une langue aussi étrangère et beaucoup plus difficile à apprendre que le français. Les populations de l'Afrique, qui appartiennent à cinquante races différentes, ayant chacune leur idiome particulier, ont besoin, pour communiquer entre elles, d'une langue commune. Ce pourrait être le français. Chose étrange, nos gouvernants favorisent l'arabe. Ils font faire en arabe la correspondance officielle avec les chefs indigènes, quoiqu'il ne soit pas la langue des chefs. Nos administrateurs ont besoin d'autres interprètes pour la lire. Ces interprètes, ce sont les marabouts à qui nous donnons ainsi une importance qu'ils ne doivent pas avoir pour notre sûreté. Nombreux sont les individus qui ont fait l'effort d'apprendre notre langue sans maître. Le bon sens indiquerait d'en faciliter l'étude et de n'en point admettre d'autre dans les rapports officiels. Mais le bon sens n'a qu'à se taire devant l'esprit sectaire aussi antifrançais qu 'antichrétien.

Nous verrons ailleurs ce que la République a fait pour substituer dans nos colonies, en Algérie et en France, au catholicisme le protestantisme anglican et le protestantisme prussien.

Rien ne pouvait, semblait-il, donner plus de satisfaction aux Allemands que de nous voir non seulement détourner le regard de la trouée des Vosges, mais de persécuter dans nos colonies la religion des Français, et d'y favoriser la religion de Mahomet et celle des Anglais et des Allemands. Une satisfaction plus grande leur était ménagée. Ils virent la République s'appliquer à faire de l'armée au lieu de ce qu'elle doit être : un instrument de défense nationale, un instrument de désorganisation sociale, en l'employant à fermer les collèges catholiques et les écoles, à expulser les religieux, à saccager les églises, etc. La République ne s'en tint point encore là. Nos ennemis eurent la grande joie de voir comment elle traita l'armée elle-même. Mais avant d'entrer dans l'exposé de cette seconde œuvre de la République, non moins néfaste à la France que la première, montrons en quelques pages les déceptions que la politique coloniale, telle qu'elle fut comprise, voulue et menée, eut à subir, et les humiliations qu'elle a attirées sur nous.

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