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CHAPITRE XXVIII

L'armée livrée aux Loges.

Voici que les méchants bandent leur arc ; ils ajustent leurs flèches sur la corde pour abattre dans l'ombre ceux qui ont le cœur droit.

Ps. X.

Bienheureux V homme qui ne va pas au conseil des méchants,

qui ne vient pas dans la voie des pécheurs, mais dont le plaisir est dans la loi du Seigneur.

Il est tel que l'arbre planté sur le bord des eaux qui donne son fruit en son temps.

Ps. I.

Le général Soult interdit l'initiation maçonnique. — Freycinet louvoie. — Berteaux s'incline. — Millerand permet aux officiers même de l'armée active de se faire francs-maçons. — Interdiction, même aux officiers de la réserve et de l'armée territoriale, d'entrer dans les conférences de St- Vincent de Paul.

— Question posée au Ministre de la Guerre par M. Prache.

— Autre question posée par M. J. Lemaître. — L'ingérence de la Franc-Maçonnerie dans les opérations des armées. — Bismarck et le mémorandum de 1867. — Conclusion à en tirer.

Nous avons parlé ci-dessus d'une circulaire du général Farre, abusant d'une phrase du maréchal Soult, qui interdisait aux militaires la fréquentation des Loges. Le général Farre la faisait servir à appuyer l'interdiction qu'il portait de fréquenter les cercles catholiques.

Le maréchal Soult, l'un des hauts dignitaires de la Franc- Maçonnerie sous le premier Empire, avait une égale expérience des choses maçonniques et des choses militaires. Pendant la

guerre d'Espagne, il s'était servi de la Franc-Maçonnerie et il

avait éprouvé la contre-action des Loges anglaises. Devenu

ministre de la Guerre, sous Louis-Philippe, il adressa à tous les

chefs de corps une circulaire faisant défense aux militaires de

tous grades de s'affilier aux Loges et de les fréquenter. Voici en

quels termes :

« Tl a été rendu compte h M. le Ministre de la Guerre que des militaires en activité de service, cédant à des sollicitations venues quelquefois de leurs anciens camarades, se sont fait recevoir francs-maçons. Sans jeter aucun blâme sur une institution tolérée par le gouvernement, le ministre croit devoir rappeler que les règles de la discipline s'opposent à ce que les militaires entrent dans une association, quel qu'en soit le but, et que ce sont ces principes qui ont motivé la circulaire du 5 juillet dernier, relative à la Société de Saint-Maurice, à laquelle il invite à se reporter. Conformément aux instructions du ministre, vous donnerez, avec la réserve convenable, des instructions aux officiers placés sous vos ordres ; vous leur recommanderez de prémunir leurs subordonnés contre les tentatives qui pourraient être faites pour les entraîner dans une association quelconque, et de prescrire à ceux qui sont déjà liés de ne se rendre, sous quelque prétexte que ce soit, aux loges et aux réunions maçonniques. »

Cette circulaire provoqua de vives et nombreuses protestations. Soult résista aux démarches les plus pressantes faites auprès de lui par le duc Decazes et les principaux personnages du gouvernement de Juillet, ainsi que par les Loges pour faire revenir le maréchal d'abord puis ses successeurs sur les mesures édictées contre la secte : toujours cette entreprise échoua. Néanmoins un certain nombre d'officiers, appartenant aux régiments d'Afrique surtout, continuèrent de s'affilier clandestinement aux Loges.

Sous la troisième République, le général de Cissey avait

renouvelé les prohibitions du maréchal Soult. M. de Freycinet

sembla tout d'abord vouloir ratifier les décisions des ministres

qui l'avaient précédé. Une circulaire, signée de son nom, mit

a l'index toutes les associations non autorisées par les bureaux

de la Guerre. Mais dans le Bulletin du Grand-Orient du mois

d'août 1889, parut une note ainsi conçue :

« M. le Ministre de la Guerre a déclaré que sa récente circulaire concernant les militaires qui font partie d'associations non autorisées par lui, ne visait pas la Franc-Maçonnerie. Il a ajouté toutefois qu'il avait dû faire une circulaire générale, mais qu'il ne s'opposait aucunement à ce que les militaires entrassent dans la maç. •., se rendissent en L. •., mais à la condition de ne faire aucune manifestation publique et de ne pas attirer sur eux l'attention de la presse. »

« Ne pas attirer l'attention de la presse ! » Toute la politique

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tortueuse de M. de Freycinet se condense dans cette recommandation : « Affiliez-vous aux Loges, mais cachez-vous î » Agent de la faction judéo-maçonnique, M. de Freycinet ne pouvait tenir un autre langage.

A son tour, M. Berteaux, en 1905, s'inclina devant la dictature occulte du Grand-Orient. Le 15 novembre, en prenant possession du pouvoir, le successeur, du général André lança une circulaire qui défendait aux militaires de tous grades de s'enrôler dans des associations religieuses ou politiques. Quelques jours après, V Action nous apprenait que le Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie, M. Laferre, au cours d'une entrevue avec M. Berteaux, avait obtenu de ce dernier l'affirmation que la circulaire du 15 novembre 1904 n'atteignait pas cette société secrète.

En dépit de la note de V Action, quelques doutes subsistaient dans certains esprits sur l'authenticité des paroles prêtées à M. Berteaux par la feuille maçonnique. Mais le 31 décembre, le même journal, non seulement confirma la nouvelle dont il avait fait part, mais affirma en même temps qu'une publicité spéciale venait de la porter à la connaissance de l'armée. Et comment? Le Grand-Orient, après avoir fait tirer à cent mille exemplaires le récit de l'entrevue du Grand-Maître de la F. '.-M.*, avec M. Berteaux, avait expédié ce placard aux vingt-deux mille officiers dont les noms figuraient dans VAnnuaire.

Dans son numéro du 2 janvier, V Action fournit de nouveaux détails sur ce manifeste officiel du gouvernement occulte qui préside à nos destinées. En tête du placard s'étale le portrait de M. Berteaux, puis défile le texte in extenso du discours prononcé par le Ministre de la Guerre au banquet qui lui fut offert, le 17 décembre, par les notabilités du Bloc et du Grand- Orient. Le tout se termine par la « déclaration » suivante :

ce Saisi par M. Lafferre, député, président du Conseil du Grand-Orient de France, de la question de savoir quelle portée il convenait d'accorder à la circulaire du 15 novembre 1904, relative aux sociétés et associations dont les officiers et militaires de tous grades peuvent faire partie, M. Berteaux, ministre de la Guerre, lui a déclaré et l'a autorisé à déclarer qu'il se référait sur ce point à la note officielle, parue dans les journaux du 16 décembre 1904. Il résulte de ces déclarations et de la conversation, que la circulaire du 15 novembre est exiensive et non restrictive et fixe notamment les conditions dans lesquelles les officiers et militaires de tous grades peuvent faire partie des mutualités. Mais elle n'entend toucher en rien aux auto-

ns.it ions et tolérances séculaires dont jouissent les ce associations philosophiques et humanitaires et en particulier la franc-maçonnerie 1 ».

Défense était donc faite aux militaires de tous grades de s'affilier aux associations religieuses, de continuer à faire partie des conférences de Saint-Vincent de Paul ; mais il leur était loisible d'entrer dans une société secrète et internationale, dont les adhérents doivent obéir aveuglément à des chefs inconnus d'eux et servir des causes obscures en contradiction parfois avec les intérêts essentiels de la patrie.

Le gouvernement ne cessa point, même pendant la guerre, de manifester ses sympathies pour les officiers francs-maçons. L'un des plus haut gradés, le général Peigné, mourut en 1919 et fut enterré au cimetière Montmartre. Derrière le corbillard marchaient un groupe nombreux d'hommes revêtus de larges écharpes aux couleurs voyantes ou, au contraire, toutes blanches, couvertes d'inscriptions, de broderies, de signes mystérieux : c'étaient les collègues francs-maçons du défunt. Parmi eux, il y avait le général Sarrail, sans écharpe, et des hommes politiques.

En 1912, nouvelle circulaire du ministre de la Guerre en date du 5 septembre, qu'un ancien ministre M.Flourens, a ainsi jugée:

« A ce sujet nous nous bornons à constater que, d'après la circulaire de M. Millerand-, la situation juridique des officiers, en ce qui concerne l'exercice du droit d'association, se trouve ainsi définie :

» 1° Il est permis à tout officier, même de l'année active, d'appartenir à une société secrète et illégale ;

» 2° Il est interdit à tout officier même de la réserve et de l'armée territoriale, d'appartenir à une association légale et publique.

» Ce privilège exclusif, au profit de la Maçonnerie, où tous les complots peuvent, à l'abri du mystère le plus absolu, s'abriter, et se sont, le fait est aujourd'hui historiquement prouvé, abrités à diverses époques ; qui intervient, sous des formes diverses, soit dans les corps de troupe, soit près des pouvoirs publics, par l'intermédiaire de militaires de tous grades, depuis les officiers généraux jusqu'à des caporaux bottiers, dans la vie la plus intime de Fétat-major des corps d'armée ; qui non seulement discute les actes de l'autorité hiérarchique, mais prétend les dicter, et plus d'une fois, l'événement l'a démontré, les a dictés ; qui s'immisce quotidiennement dans l'administration de Fafniée ; qui, pendant dix ans, de 1900 à 1910, a été en possession de régler souverainement l'avancement et qui, aujourd'hui encore, soit directement par les chefs à sa dévotion, soit indirectement par l'entremise des députés, exerce sur les choix une influence trop souvent prépondérante, — crée clans l'armée un état illogique et

i. Par les soins du Grand-Orient, tous les officiers de la garnison de Paris et sans doute aussi les officiers en garnison dans les provinces reçurent ce document sous enveloppe.

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chaotique, une situation démoralisatrice, destructive de la discipline et de la cohésion nécessaire à toute force organisée.

» M. Briand, par ses associations cultuelles, a voulu nous imposer un clergé areligïeux ; on veut nous imposer des instituteurs apatriotes et des écoles amorales ; prétend-on encore nous donner une armée amilitaire ?

» Il y a incompatibilité absolue entre l'esprit militaire et l'esprit maçonnique. »

Au mois de mars 1902, M. Prache, député de Paris, pour faire droit à de nombreuses pétitions, déposa sur le Bureau de la Chambre un rapport au nom de la onzième commission, demandant que l'article 13 du décret-loi du 28 juillet et du 2 août 1848 relatif aux sociétés secrètes fût appliqué à la Maçonnerie. La discussion de ce rapport fut renvoyée de date en date durant vingt-huit mois. Enfin il a bien fallu la subir.

Dans son rapport, M. Prache a établi deux points : l'un de fait, l'autre de droit.

1° En fait : Les associations francs-maçonniques et leurs fédérations constituent des Sociétés secrètes dissimulant, avec le plus grand soin, le but qu'elles poursuivent, à l'heure présente, et leurs moyens d'action.

2° En droit : De telles associations, accomplissant ou se proposant d'accomplir des actes contraires aux lois, portant atteinte à des droits garantis par la loi, ou provoquant à des actes qui violent ces droits, constituent, aux termes de l'article 3 de la loi du 1er juillet 1901, des associations nulles comme ayant un objet et une cause illicites 2.

Dans Texposé présenté à la Chambre des députés par M. Prache, on lit :

« Nous croyons pouvoir dire que le nombre des officiers faisant partie de la Franc-Maçonnerie s'est accru depuis dix ans; certains sont parvenus aux plus hauts grades. »

Puis il est dit :

« Les liens qui unissent à la Maçonnerie un certain nombre de membres de l'armée nous obligent d'appeler l'attention de M. le Ministre de la

2. En soutenant son interpellation qui a occupé trois séances, chacune à huit jours d'intervalle, M. Prache s'est montré l'homme de courage qu'on connaît. Il s'est attaqué vaillamment à la dangereuse puissance de la Franc- Maçonnerie. Les Maçons de la Chambre ont affecté de ricaner de ses révélations. Il est cependant à constater que son contradicteur, M. Laferre, qui est une sorte de grand-pontife maçonnique, n'a pu répondre autrement que par des dénégations et des échappatoires ridicules.

Cette interpellation a mis le régime tout entier sur la sellette.

( .urne sur deux questions graves... Pour entrer dans une Loge maçonnique, ,1 pour atteindre à certains grades, il faut prendre certains engagements. Dans quelle mesure les questions adressées aux militaires qui acceptent de se faire initier, et les réponses qu'ils donnent à ces questions, engagentelles leur devoir professionnel ? Nous avons le droit de le demander avec une légitime anxiété. Notre recherche n'est pas oiseuse, puisque deux documents au moins nous prouvent que Ton discute parfois, dans les Loges, sur la nature des engagements qu'il convient de réclamer des membres de Tannée ».

Après avoir reproduit ces documents, M. Prache ajoute :

« II paraît résulter implicitement de ces deux documents, qu'on incline, dans un certain nombre de Loges, à poser aux officiers qui désirent se faire initier « la question hypothétique du refus d'obéissance. » Le fait seul qu'on ose établir un débat sur l'opportunité d'une telle question, le fait seul qu'on caresse un instant l'idée de la poser, nous paraît grave, extrêmement grave, et c'est au nom des intérêts de l'esprit militaire, de la discipline militaire, de l'homogénéité de l'armée, que nous souhaiterions que le ministre de la Guerre établît une enquête sérieuse : 1° sur les officiers faisant partie de la Maçonnerie ; 2° sur la compatibilité entre leurs engagements maçonniques et leurs devoirs d'officiers. »

Venant ensuite à la deuxième des questions posées par lui au Ministre de la Guerre, M. Prache s'exprime ainsi :

« Quoi qu'il advienne de cette enquête, nous constatons que la Maçonnerie cherche à pénétrer le plus intimement possible dans le grand service public : l'armée : et nous posons la nouvelle question que voici : Les liens secrets, rigoureusement hiérarchiques, qui rattachent entre eux et subordonnent les uns aux autres les Maçons des divers grades, sont-ils compatibles avec les liens de la hiérarchie militaire ? Quelle est l'attitude dans les Loges, d'un colonel qui n'est qu'apprenti, vis-à-vis d'un sous-officier qui a le rang de ce Vénérable »•? Quelle est, dans la vie militaire, la répercussion de ces subordinations maçonniques ? Le fait seul que nous avons à poser cette question nous paraît indiquer un péril pour la discipline dans l'armée 3 ».

M. Jules Lemaître a posé dans son opuscule La Franc-Maçonnerie, une troisième question. Les rapports de la Franc- Maçonnerie française avec les Maçons étrangers ne s'enveloppentils pas de trop de mystère pour qu'un officier français puisse entrer dans les Loges en toute tranquillité de conscience? Pour justifier sa question, M. Jules Lemaître reproduisit un article de la Revue des Deux-Mondes, où il avait demandé : « Est-ce

3. Tous les journaux ont parlé de ce caporal-bottier qui, de par la puissance maçonnique dont il est investi, a fait casser un commandant de corps d'armée. On revenait aux anciennes mœurs que le jacobinisme avait cn'-ées. Il y a cent dix ans, les généraux étaient dénoncés au Comité de Salut public par 1 écume des casernes, et, sur le rapport d'un ivrogne, des généraux comme Houchard, Custine, Biron, ■ Beauharnais, étaient conduit- à 1 Yvbaïaud. Hoche et kléber eux-mêmes, subirent les plus odieuses avanies.

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Paris, Londres ou Rome qui donne le mot d'ordre? » Le Grand-Orient de France en relations avec diverses fédérations de l'univers, ne le dit point; « on est réduit à des hypothèses. Qu'il suffise aux Français de savoir qu'ils travaillent pour une Internationale qui leur échappe 4. »

On peut voir dans l'ouvrage de M. Deschamps, Les Sociétés secrètes et la Société (T. II, p. 163 et suiv.), comment les sociétés secrètes avaient tout préparé avant 1789 pour étendre la Révolution dans l'Europe entière, ce Les résistances s'évanouissent devant les armées républicaines ; les corps d'armée qu'on leur oppose hésitent, tâtonnent, reculent sans cause apparente 5. » Dans ses Mémoires (T. I, pp. 46 et 47), Custine dit que, dès son entrée en campagne, les principaux Illuminés viennent l'inviter à pénétrer dans le pays, lui disant qu'ils sont les organes d'une société nombreuse, au nom de laquelle ils lui promettent un dévouement entier pour contribuer à ses succès !

Plus près de nous, la même secte a livré en 1815 la Belgique catholique à la Llollande et le pays Rhénan à la Prusse; en 1847, elle détruisit l'autonomie des petites contrées Suisses; en 1832 et en 1876, elle porta un coup mortel à l'antique constitution populaire des pays basques ; elle exploita le sentiment patriotique des Italiens contre l'Autriche, elle se fit de l'idée .unitaire une arme contre le pouvoir temporel des Papes, et de l'idée de la « Grande Allemagne » le moyen d'attraction vers la Prusse des petits Etats et de leur coalition contre l'Autriche d'abord, puis contre la France.

Lorsqu'une guerre éclate entre deux Puissances, l'officier ne sait pas quelle est la pensée du Pouvoir occulte et dans quel sens il dirigera obscurément ceux sur qui il a une action plus

4. L'Evening Standard du 20 août 1881, à la suite d'un entretien avec M. Edward-Nathan Ganz, secrétaire général de 1' « Internationale », nouvellement fondée au dernier congrès socialiste de Londres, racontait les précautions que prennent les chefs des sociétés secrètes pour s'envelopper du mystère dont ils ont besoin pour l'exécution de leurs projets :

(( Nous étions dans une maison à quatre issues. Chacun des membres dû Congrès reçut seulement sa carte une heure avant la première réunion. Cette carte lui indiauait où il devait se rendre. Alors il était obligé de suivre la personne qui la lui avait apportée. Il n'y avait aucune occasion de parler à qui^ que ce fût. Quand tous les membres furent présents, les portes de la maison étaient closes et nous restâmes là cinq jours et cinq nuits. » ^ 5. Voir Beaulteu, Histoire de la Révolution. — Laurextie, Histoire de France.

immédiate et par ceux-ci sur bien d'autres. S'il est affilié à ki Franc-Maçonnerie, il ne sait pas ce qui va lui être demandé, ce qu'il sera tenu de faire en vertu de ses serments ; et l'armée ne sail pas quel but on lui fait poursuivre. L'armée française en Crimée était bien loin de soupçonner que sa victoire aurait pour suites la guerre d'Italie, le détrônement du Pape,, l'agrandissement de la Prusse et les invasions des Allemands sur le territoire français avec leurs suites.

En 1866, la Prusse fit siens et le programme du parti de Gotha et celui de Mazzini. M. de Bismarck en donna à ce dernier l'assurance dans le Mémorandum de 1867, où on lit cette phrase : « Le peuple qui a fait 1814, 1848 et 1866 (la Prusse) est le véritable allié de celui qui a fait 1848, 1849 et 1860 (l'Italie) . A la fin de l'année, l'Allemagne devra former un seul Etat puissant, s'étendant de la Baltique aux Alpes, du Rhin à la Vistule et à la Dvina; l'Italie ne devra plus avoir des provinces aux mains de l'Etranger, ou bien, ni l'une ni l'autre n'auront compris leur situation réciproque. »

On lit dans ce même Mémorandum ces autres phrases : « La rivale naturelle de l'Italie est la France. » « La France, maîtresse de la Méditerranée? La France avec les frontières du Rhin? Non : l'Italie et l' Allemagne ne doivent à aucun prix le permettre. C'est pour l'Italie une question de vie ou de mort. »

a L'empire de la Médit erranée appartient incontestablement à l'Italie... L'empire de la Méditerranée doit être la pensée constante de FItalie. »

Après avoir reproduit cette pièce en entier, M. Claudio- Jeannet, dans la suite qu'il a donnée à l'ouvrage de M. Deschamps, a publié des documents montrant la part que les Loges allemandes ont prise à la réalisation de ce programme (T. III, pp. 246 et suiv.). Les maçons autrichiens y sont excités à l'insurrection et à la trahison contre la dynastie et la patrie autrichiennes.

Cet exemple entre cent, et peut-être entre mille, montre qu'il peut y avoir et qu'il y a communauté de vues et d'intérêts entre les différentes Puissances de la Franc-Maçonnerie internationale, et que, d'un pays à l'autre, il peut y avoir entente pour favoriser la nation qui entre dans les vues de la secte, ou combattre celle qui se trouve être un obstacle à ses desseins.

C'est ainsi que dans nos colonies, au Tonkin, en Cochinchine, à Madagascar, etc., nous avons vu la Franc-Maçonnerie contrecarrer, persécuter autant qu'elle put les missionnaires français, soutenir les prédicants envoyés et soudoyés par l'Angleterre, travailler d'accord avec les Loges françaises à ruiner notre influence.

Mais ce n'est pas seulement dans nos colonies que la Franc- Maçonnerie s'occupe de nos affaires. En 189.1 un journal de Lyon nous apprenait que le Grand-Orient de France dont relèvent les Loges de France, se trouvait en correspondance suivie avec les Loges d'Allemagne, dont Guillaume II est le protecteur. Il publiait ces renseignements :

1° Grande -Loge nationale d'Allemagne. — Depuis la guerre de 1870-71, le Grand-Orient de France entretient avec elle des relations fraternelles et mensuelles, avec un chiffre particulier, à cette adresse : « M. Paul Meyerhoff, négociant, 72, Oranienburgerstrasse, à Berlin. »

2° Grande-Loge de Francfort. — L'adresse particulière à laquelle le Grand-Orient de France envoie sa correspondance fraternelle et secrète est celle-ci : « M, G. Leuchter, 47, Obérer Bucherweg, à Francfort-sur-le- Mein. »

En lisant cela, on pouvait se demander : que peut bien être cette correspondance « secrète » avec les Francs-Maçons allemands? Quels projets, quels complots peuvent bien se former par cette voie mystérieuse?

En 1896, La Corporation empruntait au journal quasi-officiel de la secte allemande, la Bauhûtte, du 22 avril 1875, un extrait de la correspondance particulière d'un fonctionnaire public prussien qui prit « part à la guerre franco-allemande, et qui, » en sa qualité de Maçon, chercha et trouva souvent, dit la » Chaîne d'Union (juin 1875, p. 508), l'occasion de faire la » connaissance de Maçons, et de visiter les Loges de France. »

Sans la moindre pudeur, la Chaîne d'Union ajoutait j « Nous » nous empressons de reproduire une partie de ces détails, qui » seront une nouvelle preuve de la puissance du lien qui attache » le Maçon au Maçon, malgré tout, et du noble sacrifice en fa- » veur du principe maçonnique que des cœurs français ont dû » faire à Vheure des épreuves. »

Le « fonctionnaire prussien » faisait dans sa correspondance

cette remarque relative à la guerre de 1870 :

« Je ne connais pas un seul cas où Piïn des nôtres ait été mal accueilli 'par nos Frères français; au contraire, j'ai toujours rencontré chez ces der-

niers un esprit aimable, fraternel, et dans certains cas, plein de dévouement, cl j'ai observé qu'Us cherchaient même notre société.

» autant que j'ai pu juger, la plupart de nos Frères français sont fiers du titre de Francs-Maçons, et ils aiment à le mettre en évidence. Ils tiennent aussi à se faire remarquer comme tels par toutes sortes de signes extérieurs, soit sur leurs habillements, soit par des tableaux dans leurs appartements, ou des enseignes à leurs magasins.

» Après la capitulation de Metz, nous étions stationnés pendant plusieurs semaines à Blois. J'eus l'occasion de faire la connaissance du Vénérable ainsi que de son fils, secrétaire de la Loge de cette ville; nous trouvâmes dans leur famille un accueil très amical, surtoiit après que nous nous fûmes fait reconnaître comme Maçons. Ces deux Frères me mirent en peu de temps en rapport avec beaucoup de Maçons; j'ai passé maintes bonnes soirées dans leur milieu.

» Un jour, j'exprimai au Vénérable le désir d'avoir la permission de visiter leur temple, ce qui me fut accordé volontiers.

» La décoration du temple était très riche, et la chambre de réflexions est bien plus grande, plus meublée que chez nous.

» D'après les détails que je reçus du Vénérable, je pouvais me faire une idée approximative de leurs cérémonies de réception.

» Je ne pouvais malheureusement assister à aucun travail de Loge ou d'initiation, parce que la plupart des Ateliers des localités occupées par les troupes allemandes étaient fermés. »

Plus près de nous, en 1913, dans la Bonifatius-Korrespondenz, publication bi-mensuelle, que dirige le comte von Galen, M. Karl Huszar, membre de la Chambre hongroise, publia un article hautement instructif sur « La Franc-Maçonnerie en Hongrie ». L'intérêt de ces renseignements dépasse les frontières de l'Autriche-Hongrie ; il est international, car Fauteur, qui s'appuie dans ses affirmations sur des documents maçonniques d'une authenticité indiscutable, constate expressément que la Grande Loge Symbolique de Hongrie se trouve en contact continuel et en correspondance régulière avec les Grandes Loges de France, de Belgique, de Portugal, d'Espagne, de Serbie, de New-York, du Brésil, etc. Le document secret, imprimé à l'usage exclusif des Frères Trois Points, où l'auteur puise ses renseignements, est le « Rapport annuel pour 1911, de la Chancellerie Centrale des Loges hongroises ».

Le 1er juillet 1917, en pleine guerre, un journal allemand publié en Belgique, le Bruxellois, annonça, d'après VAvanti, que « sur l'initiative du Grand-Orient d'Italie, les Loges italiennes avaient l'intention de se faire représenter à une réunion, à Paris, à laquelle participeront les Loges françaises ; les Loges portugaises ont également promis d'assister à cette réunion ; la Grande Loge anglaise a refusé d'envoyer des délégués. Le pro-

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gramme de la réunion comportait « Action commune des pays alliés en vue de la fixation de formes de gouvernement de nature à empêcher de nouvelles guerres. »

Qu'y avait-il de vrai dans cette note? Le congrès maçonnique international s'est-il réuni, en effet, en pleine guerre? Quelles puissances y étaient représentées ? Est-il vrai que l'Angleterre se soit montrée opposée ? Qu'a-t-on étudié ? qu'a-t-on décidé ? Mystères !

Dans ces conditions, quelle est la folie, ou quelle est la trahison d'un gouvernement qui engage ses soldats à entrer dans cette mystérieuse caverne, dont personne, à un moment donné, ne connaît les vraies intentions et les mystérieux projets, favorables ou opposés aux intérêts de son propre pays ?

M. le comte de Castellane, député, a écrit en 1903, vers le

mois de juin :

ce La Franc-Maçonnerie est partout internationale. Elle l'avoue en proclamant une sorte d'évangile humanitaire, en prêchant la suppression des frontières. Elle s'attaque à la France d'abord parce que celle-ci est la plus vieille et fut jusqu'ici la plus solide nation du monde, celle que ses. rivales appellent « la grande nation », c'est-à-dire, la nation par excellence; et ensuite parce qu'elle est le premier des pays catholiques : non seulement la religion catholique y a façonné l'esprit national, mais nos destinées politiques ont été liées séculairement au sort de l'Eglise, qui nous « supportait » et que nous « supportions » dans le monde. La Maçonnerie a paru susciter ou favoriser un nationalisme italien et un nationalisme allemand ; en réalité elle ne travaillait pas à créer des nations nouvelles, mais à ramasser pour les lancer plus violemment contre nous, les forces hostiles qui pesaient sur nos frontières de l'Est et du Sud-Est ».

Les choses étant ainsi, et elles sont telles évidemment, comment un Français de cœur, et plus encore, un soldat, peut-il se faire Franc-Maçon?

Une autre question plus grave se pose : Comment, dans ces conditions, le gouvernement français peut-il pousser dans les Loges les officiers de son armée? La réponse est que n'étant au pouvoir que par la grâce de la Franc-Maçonnerie, nos gouvernants lui obéissent et servent ses intérêts. C'est d'elle qu'ils reçoivent toutes leurs inspirations, c'est elle qui leur trace, en toute occurrence, la ligne de conduite qu'ils doivent suivre. Rien de plus facile pour elle, lorsqu'elle complote quelque chose contre nous, que de leur faire prendre les mesures qui doivent aider à ses desseins, sans être obligée de leur demander un acte de trahison, rien qu'en leur cachant son but, ou en le faussant.

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