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CHAPITRE XXIX Les fiches

Il n'y a pas de véritable patriotisme sans la religion. Dès que l'homme se sépare de la divinité, il se gangrène et gangrène tout ce qu'il touche. Son action est fausse, et il ne s'agite que pour détruire. A mesure que ce lien puissant s'affaiblit dans un Etat, toutes les vertus conservatrices s'affaiblissent dans la même proportion ; tous les caractères se dégradent, et les bonnes actions même sont mesquines. Tout ce qu'il y a parmi les hommes de grand, de bon, d'aimable, de vrai, de durable, tient à l'Existence, source de toutes les existences ; hors d'elle, il n'y a qu'erreur, putréfaction et néant.

J. de Maistre.

Des Illuminés usaient déjà des fiches avant la Révolution. — L'espionnage des officiers est organisé en 1901. — Fonctionnement. — Dossier de 17.000 fiches porté par M. Guyot de Villeneuve à la tribune. — Paroles de M. Ribot. — Blanc-seing donné par la Chambre. — L'incident Syveton. — Même espionnage dans la marine. — Témoignage de Lockroy.

Autorisée par nos gouvernants à attirer les officiers dans ses Loges, la secte obtint ensuite de leur folie ou de leur trahison — il faut répéter ces mots — une mainmise, une emprise directe sur le personnel de toute l'armée, par l'espionnage, suivi de la délation, suivie elle-même de l'exécution du dénoncé, espionnage et délation fixés sur des fiches, faites pour les bureaux du Ministère de la Guerre et servant à dicter les promotions et les destitutions. Les signes de religion à la charge des officiers furent particulièrement recueillis, inscrits et catalogués.

Ce système de fiches délatrices n'était point chose nouvelle pour la secte, elle en faisait usage depuis longtemps.

Le^i octobre 1786, le gouvernement de Bavière fit faire des perquisitions dans la maison de Landshut et au château de Sanderdof occupé par le baron de Bassen. Les papiers saisis furent imprimés en trois volumes qui furent adressés à toutes les Cours de l'Europe, pour avertir les gouvernements de ce que les sociétés secrètes tramaient contre la société, trames qui éclatèrent en France trois années plus tard. En tête du premier volume était cet avis que les originaux étaient déposés aux Archives de la Cour de Bavière, et que des ordres étaient donnés pour que chacun fût reçu à venir s'assurer- de leur authenticité et de la fidélité avec laquelle les éditeurs des trois volumes envoyés aux divers gouvernements avaient reproduit les originaux. M. Barruel, dans ses Mémoires pour servir à V Histoire du Jacobinisme, imprimés à Hambourg en 1798, en donne de larges extraits.

Nous y trouvons, concernant l'espionnage, la délation et même les fiches, les instructions données par Weishaupt, le fondateur et le chef de la secte des Illuminés :

ce La science la plus grande de toutes, la plus nécessaire est la connaissance des hommes. Pour apprendre cet art de la connaissance des hommes, tout Novice faisant son stage dans la société secrète dite des Illuminés, reçoit le modèle d'un journal en forme de tablettes dont son instituteur doit lui montrer l'usage.

» Muni de ce journal, il faudra qu'il se mette à observer tous ceux des hommes avec qui il se trouve, à tracer leur caractère, à se rendre compte à lui-même de tout ce qu'il voit et entend. Crainte de l'oublier, il faut toujours qu'il ait sur lui quelque feuille volante ou bien des tablettes de poche, sur lesquelles il puisse, d'heure en heure, écrire ses observations pour les rédiger ensuite dans son journal. Pour s'assurer des Novices sur ce point, le F. :. Instituteur doit se faire montrer de temps à autre et leur journal et leurs tablettes.

» Par son assiduité à ce grand art, le Novice apprend à distinguer ceux qu'il pourra lui-même enrôler un jour et ceux qu'il devra écarter xie l'Illuminisme. A ce résultat pour la propagation de l'Ordre, se joint celui de connaître les amis et les ennemis des F. •., les dangers qui se présentent ou les moyens à prendre, ou les personnes à gagner, à rechercher pour éviter l'orage ou pour faire de nouvelles conquêtes.

» Soit Novice, soit Illuminé, de tout autre grade, il faut que chaque F. •. rédige les observations de cette espèce ; que chaque mois au moins elles soient envoyées aux Supérieurs sous la forme prescrite. »

Barruel a copié et publié, d'après les écrits originaux, quelques-unes de ces fiches.

L'histoire des fiches de notre temps a été racontée par Jean Bidegain, de famille basque. Elevé par elle très chrétiennement, il se laissa entraîner dans une Loge. Il devint secrétaire général adjoint du Grand-Orient, le 1er janvier 1901.

Il revint à la foi de son enfance et publia le livre : Une conspiration sous la troisième République. La vérité sur « V affaire des Fiches ». M. le colonel de Ramel, M. le comte de Folleville et M. Paul Duché, firent publier en tête de ce livre ce témoignage : « Nous soussignés, déclarons — au nom de l'abbé G. S... ] que ce livre relate, avec la plus scrupuleuse exactitude, les événements qui ont précédé, accompagné et suivi la divulgation des fiches militaires du Grand-Orient de France. »

Voici un aperçu plutôt qu'un résumé de cette histoire. Une circulaire portant la date de 1891 vise déjà à dresser les états de mobilisation des forces maçonniques parlementaires et administratives : c'est la première pierre de l'édifice.

« Il ne vous échappera point, disait cette circulaire, qu'il y ait un grand intérêt pour l'Ordre maçonnique que le Grand-Orient de France soit en possession de tous les renseignements qui peuvent augmenter la puissance de ses moyens d'action et lui faciliter, dans certaines circonstances, l'exercice du pouvoir dont il doit user pour le plus grand bien de la Franc-Maçonnerie et de la République. »

Une autre circulaire « absolument secrète », datée de janvier 1892, invitait les Vénérables des Loges à faire parvenir, rue Cadet, ce soigneusement cachetée », une note confidentielle renfermant les renseignements aussi précis que possible sur le républicanisme des fonctionnaires.

« Lorsqu'un fonctionnaire est désigné, par suite de promotion, de mutation ou de toute autre cause, pour exercer ses fonctions dans un autre pays, il est d'un intérêt puissant que la Franc-Maçonnerie sache exactement ce qu'est ce fonctionnaire. »

Ce système d'enquête s'étendit bientôt du fonctionnaire au simple citoyen, si ce citoyen, en raison de sa foi ou de son habit, était réputé un adversaire.

Une nouvelle circulaire du Grand-Orient, datée de 1900, demandait aux Loges de fixer la valeur des biens possédés par les Congrégations ou occupés par elles. Une feuille séparée devait donner «tous autres renseignements nécessaires ».

Ayant ainsi organisé l'espionnage des fonctionnaires et des

i. Le prêtre qui amena la conversion de M. Jean Bidegain.

religieux, la Franc-Maçonnerie se trouva en mesure d'organiser l'espionnage de l'armée.

Elle avait pour cela un double motif : préparer la suppression de l'armée2 ; en attendant, tenir ses chefs en son pouvoir, afin de substituer aux officiers de la tradition française, des officiers plus ou moins internationalistes.

L'espionnage des officiers fut décidé en 1901. L'homme choisi pour accomplir cette œuvre destructive, fut le général André, que M. Henri Brisson avait recommandé à Waldeck-Rousseau pour en faire le Ministre de la Guerre. Son passé, ses aptitudes intellectuelles et morales, ses instincts le désignaient pour cette besogne. Déjà il avait établi, pour son usage personnel, deux registres : l'un où figuraient les officiers dévoués à la vraie République, était appelé par lui « Corinthe», sur l'autre, qui portait le nom de « Carthage » (delenda Carthago) , il inscrivait les noms des officiers que leurs opinions rendaient suspects à la secte.

Dès son arrivée rue Saint-Dominique, André communiqua ses deux registres au général Percin, chef de son cabinet, où le F.*. Mollin, membre de la Loge l'Avenir, devenait le représentant accrédité du Grand-Orient.

Le Grand-Orient avait distribué les rôles. Il allait pouvoir vaquer à son enquête générale. Ce fut un travail considérable. « Grâce à ses agents habituels, et à Pasquier, aidé de l'agent Solmer (Solidarité des armées de terre et de mer), le Grand- Orient put envoyer au Ministère de la Guerre, du 1er septembre 1901 au 30 octobre 1903, dix-huit mille huit cent dix-huit fiches. »

Ce service de la délation était revêtu du caractère le plus officiel. Les correspondances échangées entre Mollin et Vadecard étaient toujours écrites sur du papier à en-tête du ministère ou du Grand-Orient. Elles étaient enregistrées sur le livre d'entrée en vertu de l'article 363 du récolement srénéral.

2. « La République à laquelle je porte un toast en votre nom à tous, disait au banquet de clôture du Grand Convent de 1899 le F. \ Desmons, c'est d'abord une République antimilitariste. »

En 1901 et en 1902, le vœu suivant, voté par la « Commission des études politiques et sociales du Grand-Orient », servait de commentaire aux paroles du F.-. Desmons :

« ...Que la suppression des armées professionnelles doit être étudiée de la façon la plus prompte. »

Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — II 19

jM|() LA RÉPUBLIQUE ET L'ARMEE.

Les fiches étaient transmises au Ministère de la Guerre sans rature. « Aucune calomnie, dit M. Bidegain, aucune diffamalion, aucune injure ne fut omise. La seule modification qui ait été apportée aux fiches envoyées rue Cadet a consisté à substituer au mot « Franc-Maçon » celui de « républicain » ou de « libre-penseur ». Sur tout ce travail, M. Bidegain était, par ses fonctions, mieux renseigné que qui que ce fût. Lui et l'abbé G. S. se demandèrent s'ils ne pourraient utiliser la connaissance qu'ils avaient de cette institution des fiches « pour le bien du pays 8 ». Ils tombèrent d'accord pour s'en ouvrir à un parlementaire qui serait de préférence un ancien officier. Leur choix s'arrêta sur M. Guyot de Villeneuve.

G. S. vit deux fois à la Chambre M. Guyot de Villeneuve, dit M. Bidegain. C'était en juin 1904. Lors de la première entrevue, G. S. ne fit que pressentir les dispositions du député de Neuilly. Celui-ci, très étonné, pria son interlocuteur de lui montrer quelques-uns des documents dont il parlait. Lors de sa seconde visite, G. S. se conforma au désir qui lui avait été exprimé, et c'est alors que M. Guyot de Villeneuve accepta de prendre connaissance chez G. S. du dossier.

Convaincu de l'authenticité des fiches, il en accepta la copie : il y en avait environ dix-sept mille. M. Guyot de Villeneuve rendit de nouveau visite à G. S. Il examina le dossier deux fois encore, puis une troisième fois avec son ami Syveton.

M. Guyot s'aboucha alors avec M. Prache, député. C'est ce que nous apprend une lettre écrite par ce dernier à M. Bidegain, le 18 décembre 1909. Il y rappelle qu'à la séance du 17 juin 1904, il avait interpellé le gouvernement sur le privilège dont jouit le Grand-Orient de pouvoir violer impunément les lois. Puis il dit :

« Le 21 juin, M. Jean Guyot de Villeneuve vint me trouver à mon fauteuil, et me tendant la carte de M. l'abbé G. S. me demanda si je connaissais cet honorable ecclésiastique. Je lui répondis que je n'étais jamais entré en rapports avec lui, mais que ,ie savais par des amis et des membres de^ma famille que M. l'abbé G. S. était un brave homme et un excellent, prêtre... Je vis que mon collègue craignait de tomber en un piège, je le rassurai... J'ajoutai que j'avais été informé moi-même de l'usage (pie faisait le Ministre de la Guerre des renseignements recueillis par le Grand-Orient sur les officiers de notre armée ».

Ce ne fut que le 28 octobre 1904 que M. Guyot de Villeneuve

3. La Maçonnerie a traité M. Bidegain de « Judas ». La vérité est qu'il fit le sacrifice d'un emploi qui lui rapportait quatre mille trois cents francs par an, et qu'il accepta qu'une somme de quarante mille francs, dont il ignorait l'origine, fût placée sur la tête de sa femme, pour quYll< ,„• tombât point dans la misère, de son fait.

apporta à la tribune les documents qui lui avaient été communiqués, ceux datés de 1901, 1902, 1903 et 1904, c'est-à-dire depuis que le général André était Ministre de la Guerre.

En arrivant à ce ministère, il avait dit avoir un plan à exécuter : « l'épuration de l'armée ». Pour cette épuration la Maçonnerie se mit à sa disposition avec ses fiches.

Un service, organisé au Ministère de la Guerre, fut confié au général Mollin. Sous la direction du Ministre, et sous la surveillance du général Percin, Mollin écrivait aux Loges les demandes de renseignements et recevait les réponses. D'après ces réponses, deux états étaient dressés, l'un portait comme en-tête : « Eliminés » ; l'autre, le mot « Maintenus », au tableau d'avancement.

A la séance du 4 novembre, M. Ribot, qui a toujours su jouer tous les rôles, dit :

« Vous avez la prétention, vous l'avez dit, de faire une armée républicaine, d'en exclure tous ceux qui ne partagent pas vos idées, vos passions, vos étroitesses d'esprit. Vous dites qu'il faut chasser de la République tous ceux qui ne sont pas prêts à signer je ne sais quel nouveau Syllabus. Eh bien ! Vous n'oubliez qu'une chose, c'est que l'armée de la République est aussi l'armée de la France et qu'elle doit comprendre tous ies Français; que le jour où vous aurez, par cette politique néfaste, forcé de sortir de l'armée des hommes qui ont droit d'avoir des opinions contraires aux vôtres et d'être catholiques, le jour où vous aurez fait cela, vous aurez affaibli la France de la façon la plus cruelle vis-à-vis de l'Europe. Voulezvous qu'il y ait encore une armée dans ce pays ? Voulez-vous que demain tous les officiers ne se croient pas abandonnés sans défense à toutes les entreprises les plus honteuses, les plus obscures, les plus dégradantes ? Le voulez-vous ? »

A cette interpellation, la Chambre répondit en repoussant, par deux cent soixante-dix-neuf voix contre deux cent soixantedix-sept, l'ordre du jour pur et simple, auquel on donna une signification de blanc-seing au ministère. Alors se produisit l'incident Gabriel Syveton qui, en collaboration avec Guyot de Villeneuve, avait dépouillé le dossier et lui avait donné la double publicité de la tribune et de la presse. Entendant le discours du ministre André, M. Syveton, pris d'indignation, alla le souffleter.

Quelque temps après, le 2 décembre, jour où il devait comparaître devant les Assises pour rendre compte de son acte, Syveton fut trouvé mort chez lui dans un appareil fait pour permettre aux journaux du général André de dire que Syveton

s'était suicidé d. La vérité est, que l'on redoutait les révélations qu'il allait faire à la cour d'assises, l'acquittement qui s'en suivrait, et l'effet que cela produirait sur le public.

La délation se pratiquait dans la Marine aussi bien que dans l'armée de terre. M. Ed. Lockroy, qui en avait été ministre, publia le 10 juillet 1903,, dans la Revue parlementaire, un article où, après avoir rappelé que nous n'avons jamais été plus près de la guerre qu'en 1899, il dit que notre préparation hâtive fît paraître tous les défauts de notre organisation maritime. Nous ne retiendrons de ce long travail que les lignes suivantes :

« Parlerai-je de la délation ? Elle est à l'ordre du jour. On l'encourage et on la récompense. Les lettres anonymes trouvent créance en haut lieu. Quiconque veut faire suspecter un rival ou se venger d'un chef sans encourir de responsabilité, rencontre un appui et une aide dans les sphères ministérielles, où la dénonciation, d'où qu'elle vienne, est toujours accueillie avec empressement. Pour les officiers, même pour les hommes, j'ai presque envie de dire, pour tous ceux qui font honnêtement leur métier, il n'est plus de sécurité ni de repos. A chaque heure, ils ragent de voir leurs meilleures intentions soupçonnées, leur avenir brisé ».

Quelles mœurs ! et cela au pays de la chevalerie ! Quelle dégradation, la Révolution et la Maçonnerie ont fait subir au caractère français, du moins chez leurs hommes !

En même temps l'indiscipline militaire était soufflée partout et de mille manières.

« Ce ne sont plus, écrivait M. de Marolles dans « La Corporation », des mutineries partielles, comme il peut s'en produire en tout temps, c'est la désobéissance posée en principe, la haine des chefs substituée au respect, le mépris du drapeau enseigné aux soldats. Ce qu'il y a de plus effrayant, c'est que l'excitation vient de haut. On a vu de prétendus intellectuels souffler l'esprit d'insubordination dans l'armée, insulter les officiers de tous grades. Aujourd'hui, ce sont des professeurs de l'Université qui enseignent le mépris de la hiérarchie et du patriotisme. Et ce qu'il y a de plus incroyable, c'est que le Ministre de la Guerre est à la tête de cette dangereuse campagne. Chose inouïe ! on entend crier en même temps : A bas l'armée! et vive le général André! Comment des faits aussi monstrueux ne soulèvent-ils pas une tempête d'indignation dans tous les cœurs français! »

Mais il est une autre chose qui porta à l'armée et à la France un coup plus terrible, plus funeste que tous ceux que nous ve-

4. M. Paul Bourget dit à M. Léon Daudet : « Si c'est, comme je le pense, la police, internationale ou française, — car il y a chez nous plusieurs polices rivales, vous ne l'ignorez pas, — qui a fait le coup, on ne saura rien, vous m entendez, mon cher Léon, absolument rien. »

nons de rappeler, ce fut l'affaire Dreyfus. M. Léon Daudet a dit dans V Action française qu'en même temps que les fiches, fonctionnait, boulevard Montmartre, à côté du local occupé par la Libre Parole, une agence de renseignements berlinoise, dirigée par deux frères, agents de la Sûreté allemande, connue sous le nom d'Agence Schimmelpfeng. La couverture de cette agence consistait dans un classement méthodique de renseignements commerciaux et industriels, qu'elle fournissait, moyennant finances, à sa nombreuse clientèle européenne. Mais, derrière cette innocente façade, son principal objet était de mener, pour le compte du grand état-major allemand, une enquête détaillée sur le haut et moyen commandement français, sur ses capacités, sur ses tendances, sur ses projets et procédés techniques. Or, les correspondants de l'Agence Schimmelpfeng étaient comme par hasard, les mêmes que ceux du Grand-Orient.

En 1911, au moment de l'alerte d'Agadir, l'Agence Schimmelpfeng fit rapidement partir pour l'Allemagne plusieurs énormes malles de ses dossiers qui n'étaient autres que les doubles de ceux du F.-, Vadécard.

Notes complémentaires,

Dans le rapport sur les pétitions présentées à la Chambre des députés, M. Prache ne s'en est pas tenu à dénoncer la présence des militaires francs-maçons dans les Loges, il a ajouté que les Loges, par une série de moyens répréhensibles, exercent une puissance incontestée dans l'Etat.

ce Cette puissance, a-t-il dit, se manifeste par des actes attentatoires aux libei'tés et aux droits des citoyens, par des empiétements sur les pouvoirs constitués et par une croissante ingérence dans les services publics.

Elles font prendre à leurs adeptes « sur leur honneur et leur conscience » des engagements qui enchaînent pour toujours leur liberté individuelle et politique.

Elles attirent et embrigadent dans leurs Loges ou dans de nombreuses Sociétés, annexées plus ou moins secrètement à ces Loges, une quantité considérable de fonctionnaires de toutes les administrations ; elles leur ménagent des appuis contre leurs chefs, des avancements rapides et scandaleux préjudiciables à leurs camarades et au bien public. Soit par elles-mêmes, soit par des Sociétés qu'elles ont créées ou dont elles ont pris, en secret, la direction morale, elles se sont insinuées dans les services de l'enseignement national et se servent des maîtres dont elles se sont fait des adeptes ou des auxiliaires complaisants pour la propagation de leurs doctrines philosophiques.

Elles exercent ou tentent d'exercer, grâce à leurs rapports avec les Francs-Maçonneries étrangères et à leurs ramifications dans les colonies, une influence inadmissible sur la politique extérieure de la France.

Elles se dispensent indûment de payer la taxe de 5 % sur leur revenu et la taxe d'abonnement qui les doivent légalement frapper.

Malgré les prescriptions formelles des artices 3 et 10 de la loi

du 29 juillet 1881 sur la presse, elles n'opèrent plus ni les dépôts administratifs, ni le dépôt judiciaire de leurs imprimés et de leurs écrits périodiques, et notamment des fascicules contenant les comptes-rendus de leurs travaux.

De telles associations, accomplissant ou se proposant d'accomplir des actes contraires aux lois, portant atteinte à des droits garantis par la loi, ou provoquant à des actes qui violent ces droits, constituent, aux termes de l'article 3 de la loi du 1er juillet 1901, des associations nulles comme ayant un objet et une cause illicites.

Les Maçons ont affecté de ricaner des révélations de M. Prache. Il est cependant à constater, que son contradicteur, M. Laferre, qui est une sorte de grand pontife maçonnique, ma pu répondre autrement que par des dénégations et des échappatoires ridicules.

M. de la Rive a publié dans la France anti-maçonnique, n° du 6 avril 1911, sous ce titre : La Franc-Maçonnerie en face de l'Allemagne, un document important au point de vue international. Il réédite « la Lettre que M. de Giers nous fit l'honneur de nous adresser personnellement et que nombre de journaux se sont empressés de publier après nous; cette lettre, dont nous gardons précieusement l 'original, nous a été reprochée, nos lecteurs doivent se le rappeler, par le feu F.-. 33e Ch. M. Limousin, directeur de V Acacia, qui est rentré dans le Grand-Tout sans avoir pu la digérer :

« C'était en 1872, à Stockholm. M. de Giers était alors ambassadeur de Russie et l'on parlait dans un salon du sujet qui préoccupait encore tout le monde, les causes de la défaite de la France en 1870-71.

» Je ne voulais pas, dit-il, aborder le premier cette question délicate ; mais puisqu'elle est soulevée, je puis vous affinner que je connais bien le rôle que joua la F.\ Mr. dans cette guerre.

» J'étais alors accrédité à Berne ; il y avait dans cette ville une agence parfaitement organisée et fonctionnant avec une précision toute prussienne, pour les informations concernant la répartition des troupes françaises, leurs déplacements, la quantité

de munitions, de vivres, etc., etc., et mille indications les plus infimes et détaillé es, que des officiers français affiliés à la. F.'. M.*, communiquaient aux Loges, et ces renseignements étaient transmis avec une rapidité prodigieuse, par dépêches chiffrées, à l'agence prussienne maçonnique de Berne.

» J'ai étudié à fond cette colossale organisation pour en faire un rapport détaillé à mon gouvernement.

y> C 'était invraisemblable, n'est-ce pas ? Et cependant, rien de plus vrai et du plus palpitant intérêt alors.

» La nation française avait été, paraît-il, condamnée par la haute Maçonnerie internationale, et ni meilleure organisation militaire, ni talents stratégiques, ni bravoure incontestable des troupes n'auraient matériellement jamais pu triompher. C'était une guerre d'aveugles à voyants ! »

M. Albert Monniot a ajouté :

« C'est le témoignage d'un homme qui a occupé les plus hautes fonctions dans la diplomatie, habitué à la discrétion et à la mesure, à ne parler qu'à bon escient. M. de la Rive n'affirme point seulement avoir reçu une lettre de M. de Giers, confirmant ce qu'il avait dit, il en publie le texte, et elle est reproduite dans nombre de journaux, A ceux qui voudraient la considérer comme un faux, il n'y a qu'à répondre que cette publicité mettait M. de Giers dans la nécessité de la démentir. Son honneur, sa situation a la cour de Russie, ses ambassades auprès des autres Puissances, lui en faisaient un devoir impérieux. Il n'en a rien fait.

Y a-t-il eu au cours de la guerre de 1870 des intelligences entre Francs-Maçons allemands et Francs-Maçons français? La déposition de M. de Giers l'a donné à entendre. Le Temps qui, involontairement sans doute, avertit le roi de Prusse de la marche de Mac-Mahon vers Sedan, a dit à ses lecteurs, à la date du 30 janvier 1894 : « ...Bien des Allemands arrêtés en 1870-71 par les autorités françaises dans les départements non envahis, ont pu éviter d'être pris pour des espions et emprisonnés en se faisant reconnaître comme Francs-Maçons. » Choses semblables ont été dites et prouvées à la suite des guerres que les Français eurent antérieurement avec leurs voisins, soit à la charge des Francs-Maçons français, soit à celle des Francs-Maçons des pays

étrangers. L'histoire de la guerre actuelle apportera-t-elle d'autres révélations de ce genre ?

L'histoire, de nos jours, se documente avec plus de soin qu'autrefois, et elle offre de nombreux exemples des intelligences maçonniques entre les belligérants surtout depuis la Révolution. M. Léon Pages a éclairci en 1870 dans tous ses détails les plus circonstanciés, l'affaire de la bataille de Valmy dans le livre intitulé Les documents de la couronne de France et les dépouilles des victimes des 2 et S septembre, rançon de la République.

Victor Duruy, écrivain manifestement révolutionnaire, montre qu'après la défection du duc de Brunswich et grâce aux menées secrètes qui paralysèrent les souverains, les armées de la Révolution semblèrent ne plus rencontrer de résistance. (Histoire universelle, par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. Duruy.)

Eckert (La Franc-Maçonnerie , t. Il, p. 155 et suiv.), dit que la correspondance du haut Maçon Stern, ministre de Prusse, avec le prince Wittgenstein, saisie par la police française et publiée par Napoléon, démontre que la Maçonnerie et la jeunesse allemandes se tournèrent contre Napoléon à partir de 1809 et que par suite il marcha de défaite en défaite jusqu'à l'île d'Elbe et Sainte-Hélène, comme il avait auparavant, avec l'appui de la Maçonnerie et de ses trahisons, volé de victoire en victoire. Eckert est l'un des hommes qui ont le plus approfondi le rôle néfaste joué par la Franc-Maçonnerie.

Pendant la guerre de 1914-1918, il y eut des membres du gouvernement, des sénateurs et députés qui furent accusés de s'être mis au service des Allemands contre nous. Il faudrait reproduire ici la série d'articles si longue et si fortement documentée que M. Léon Daudet a publiée dans V Action française.

Qu'il suffise de reproduire cet édifiant tableau :

a) Législature de 1914, prorogée illégalement jusqu'en 1919.

b) Chambre élue sur la question de la loi de trois ans et du « rapprochement franco-allemand », sous l'égide de Caillaux et de Malvy, ministre de l'Intérieur permanent.

c) Malvy, ministre de l'Intérieur sous trois cabinets de guerre, condamné à cinq ans de bannissement pour forfaiture par la Haute Cour, avec des attendus spécifiant la trahison.

d) Caillaux, ancien président du conseil, poursuivi devant

la Haute-Cour pour trahison et intelligences avec l'ennemi. <■) Loustalot, député, inculpé d'intelligences avec l'ennemi.

f) Tunnel, député, inculpé d'intelligences avec l'ennemi.

g) Douze députés collaborant au Bonnet rouge, que plusieurs arrêts de justice ont prouvé être un organe allemand, et subventionné par l'Allemagne.

Ces douze députés sont, dans l'ordre même de l'affiche et du prospectus d'Almereyda :

Fernand Dubief , ancien ministre, député de Saône-et-Loire ;

Paul Painlevé, député de Paris ;

Léo Bouyssou, député des Landes ;

J.-L. Breton, député du Cher ;

Maurice Viollette, député d'Eure-et-Loir;

Marcel Cachin, député de Paris ;

G. Lagrosillière, député de la Martinique ;

Daniel Vincent, député du Nord ;

Paul Aubriot, député de Paris ;

Victor Dalbiez, député des Pyrénées-Orientales ;

Paul Meunier, député de l'Aube ;

Jean Longuet, député de la Seine.

h) Huit mois après l'armistice, cinquante-quatre députés votent pour Caillaux et Malvy, à l'élection des membres de la commission de ratification de la paix.

i) En août 1919, sept députés, sur neuf présents, demandent, à l'instigation de Paul Meunier (du Bonnet rouge et de la Vérité) que Malvy-forfaiture soit amnistié.

Ajoutez à ceci que, lors du procès Malvy devant la Haute- Cour, et Malvy étant inculpé de complicité de trahison par le procureur général Mérillon, quatre présidents du conseil, Briand, Viviani, Ribot et Painlevé sont venus prendre sa défense et se solidariser avec lui. Ce qui n'a pas empêché les sénateurs-juges de condamner Malvy pour forfaiture.

Le nom de M. Caillaux se retrouve partout dans ces affaires d'entente avec l'ennemi pendant la guerre. M. Caillaux a pour ancêtre au XVIIIe siècle un charpentier de village. L'un de ses fils, Joseph Caillaux, fonda la fortune de la famille en achetant des biens d'Eglise et des biens d'émigrés pendant la Révolution, puis en en trafiquant. En 1792, il se trouvait l'un des plus riches citoyens de Chartres, exactement le sixième. Notre Caillaux serait

Franc-Maçon. Voici les premières lignes d'un très long article publié par le New York Times et signé Ch. Johnston.

« Le pouvoir secret de Caillaux lui vient de la Maçonnerie française. L 'ex-Premier longtemps fut à l'abri des attaques grâce à ses relations avec cet Ordre athée.

Joseph Caillaux, ex-Premier de France, accusé de trahison, a vu sa sécurité accoutumée ébranlée pour la première fois par la sentence du Conseil de Guerre condamnant Bolo à être fusillé comme traître. »

Ajoutons qu'en juillet 1914, il y avait en France et à Paris, au dire de Léon Daudet, cinq journaux qui faisaient manifestement le jeu de l'Allemagne décidée à la guerre :

1° Le Journal. Voir lancement dit c< du circuit de Berlin » ;

2° Le Courrier européen, directeur Charles Paix-Séailles, condamné depuis à deux ans de prison avec sursis par le Conseil de Guerre. Ce journal combattit la loi de trois ans et outragea hebdomadairement l'Etat -major et l'armée française, notamment le général de Castelnau.

3° Le Bonnet rouge, fondé par le repris de justice Vigo, dit Almereyda, inscrit à la police allemande sous le chiffre L. B. 137 , par lequel il était couramment désigné dans les communications interboches;

4° Le Gil Blas, administré par les banquiers franco-berlinois Gebrùder Merzbach, auxquels s'adjoignit le banquier autrichien Rosenberg ;

5° L'Eclair, organe censé de V Action libérale, dirigé par Ernest Judet, qui réclama la production publique des c< documents verts », afin de fournir à l'Allemagne le casus beïïi qui lui manquait.

La guerre une fois déclarée, et jusqu'à l'arrivée au pouvoir du cabinet Clemenceau, puis de là à l'armistice, on ne compte pas moins de treize journaux ou périodiques allemands de langue française, qui obéissent aux directions et instructions de l'ennemi, et dont voici la liste.

1° Le Journal, déjà nommé ;

2° L' Eclair, de Judet, déjà nommé ;

3° Le Bannet rouge, d' Almereyda, déjà nommé ; Cahen et le gouvernement allemand le subventionnent, du 3 août 1914 au 10 août 1917;

i L'Agence républicaine, directeur Ernest Dolié, mort depuis mystérieusement;

5° L'Agence Primo, directeur Jacques Landau, protégé de Briand ;

6° La Tranchée républicaine, directeur Landau et Goldschild, embusqué au ministère de l'Intérieur, par les soins de Malvy ;

7° Ce qu'il faut dire, directeur l'agent allemand Sébastien Faure, que subventionne Malvy ;

8° La revue les Nations, directeur Rorthays ;

9° La Vérité, directeur Paul-Meunier, député de l'Aube, subventionné par l'Allemagne (intermédiaire Hans Bossard) ;

10° Le PayS} directeur Albert Dubarry, agent de Caillaux ;

11° Le Carnet de la Semaine, dirigé par le même;

12° Le Journal du Peuple, que dirige un policier franco-boche avec la collaboration de l'agent boche Para, dit « Clairet », ancien rédacteur en chef du Bonnet rouge ;

13° Le Populaire, directeur le député de Sceaux et agent boche Jean Longuet.

Mention spéciale doit être faite de l'Œuvre et de Bonsoir de Téry, organes malvystes et caillautistes.

Telle est, dit M. Daudet, après avoir donné d'autres renseignements sur ces journaux, leurs directeurs et leurs rédacteurs, la lèpre effroyable de presse boche que nous avons combattue ici sans relâche depuis 1914, et à laquelle Caillaux et ses amis boches voulaient, bien entendu, donner le champ libre, à l'aide de la loi contre la calomnie.

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