CHAPITRE XXX
L'affaire Dreyfus.
Si Von avait écouté V Eglise et obéi aux prescriptions qu'elle a faites depuis des siècles, aux chrétiens et aux gouvernements chrétiens, jamais un Juif n'eût été admis dans l état-major général et n'eût eu ainsi la facilité de livrer aux Puissances étrangères les secrets qui intéressent le plus la sécurité de la France.
Dreyfus était riche. Il ne trahissait donc point pour se faire de Vargent, mais par instinct, sinon par obéissance.Ce qui ferait croire que ces deux mots disent bien le véritable mobile qui Va fait agir, ce sont les efforts inouïs qui ont été faits dans V Europe entière pour aigrir V opinion, intimider la justice et tirer vengeance du Ministre de la Guerre, qui a commis le crime de faire arrêter le traître.
Dreyfus arrêté comme espion. — Condamné à l'unanimité par le Conseil de guerre de Paris. — « Ma race se vengera sur la vôtre. » — Aveu de Dreyfus. — Menace de l'Allemagne. — Demande en révision du procès. — La Cour de cassation l'admet. — L'argent juif afflue pour corrompre. — A Rennes. — Nouvelle condamnation. — Grâce. — La juiverie dans le monde entier réclame un acquittement, sinon la France sera « chambardée ». — La Cour de cassation falsifie un texte de loi et annule le jugement de Rennes sans renvoi. — Réintégration de Dreyfus dans l'armée. — Opinion des cinq ministres de la Guerre successifs. — Les vengeances de Dreyfus.
Un officier juif, attaché à l 'Etat-major,, livrait à l'Allemagne les documents qui la tenaient au courant de tous les actes et de tous les projets de notre Etat-major général. Surpris, il fut
arrêté. Les journaux allemands commencèrent une campagne acharnée ' contre le général Mercier, Ministre de la Guerre; une partie de la presse française s'unit à eux, le Figaro en tête. Jugé à Paris en Conseil de guerre, Dreyfus fut condamné, à l'unanimité, le 22 décembre, à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée et à la dégradation militaire. A l'instruction, prévoyant cette condamnation, il avait dit à l'officier de police judiciaire : « Ma race se vengera sur la vôtre. » Il ne fut que trop bon prophète. La dégradation eut lieu le 5. janvier 1895. Avant l'exécution, Dreyfus causa avec le capitaine Lebrun- Renaud qui l'avait conduit en voiture cellulaire à l'Ecole militaire, et il dit : « Je suis innocent ; dans-trois ans on reconnaîtra mon innocence2. Le ministre le sait ; il me l'a fait dire il y a quelques jours dans ma cellule, par le commandant du Paty de Clam ; car il sait que si j 'ai liyré des documents, ils étaient sans importance et que c'était pour m'en procurer de plus sérieux, de plus importants. » Le capitaine rapporta ces paroles au lieutenant Philippe et à un groupe d'officiers parmi lesquels se trouvait le commandant de TEtat -major du gouvernement militaire. Les journaux du soir et du lendemain les enregistrèrent. Appelé à l'Elysée, le capitaine y répéta ce qu'il avait entendu.
Le même jour, M. de Munster alla, au nom de l'empereur d'Allemagne, trouver le Président de la République, pour exiger de lui une déclaration formelle que l'ambassade était étrangère à l'affaire Dreyfus; faute de cette déclaration, l'ambassade serait rappelée.
En 1897, une campagne de presse fut ouverte pour réclamer la révision du procès. Elle était menée par M. Scheurer-Kestner,
i. L'un des principaux organisateurs de cette campagne fut le Juif Bénédikt, rédacteur en chef de la Nouvelle Presse Libre de Vienne, mort fin de mars 1920. Son journal était l'organe de la banque juive austro-pangermaniste et défendait la politique conquérante de l'impérialisme boche avec une abominable perfidie. Elle était en même temps, sous le cabinet Waldeck et sous le cabinet Combes, une sorte d'organe officieux du gouvernement français, où étaient amorcées les campagnes et lancés les projets de loi destinés à attiser chez nous la guerre religieuse et civile! Quiconque feuillette la collection de la Nouvelle Presse Libre, de 1899 à 191 1 et au delà, v trouve, au jour le jour, les programmes successifs de Waldeck, de Combes^ de Rouvier, de Clemenceau — qui s'en est repenti depuis, — de Malvy et de Caillaux.
2. Dreyfus fut embarqué pour l'Ile du Diable !<• 21 février 1X95, il la quitta le 9 juin 1899, pour la révision de son procès à Rennes.