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L'AFFAIRE DREYFUS

vice-président du Sénat et M. Monod, membre de L'Institut; l'un et l'autre protestants. Deux députés voulurent poser une ce question » : M. Méline et le général Billot envoyèrent à la presse un communiqué disant : c< Le garde des Sceaux n'étant pas saisi ni d'un fait nouveau ni d'une pièce inconnue, il n'appartient au gouvernement que d'assurer l'exécution de la condamnation. »

Le lendemain, M. Scheurer-Kestner fît auprès du garde des Sceaux une démarche pour lui annoncer qu'un mémoire lui serait bientôt remis, disculpant Dreyfus du fait d'avoir écrit le bordereau et en en indiquant formellement l'auteur.

Dreyfus, qui n'avait jamais cessé durant son exil de correspondre occultement avec la France, avait désigné à ses partisans un officier dont l'écriture avait quelque analogie avec la sienne et qui pourrait être dénoncé comme étant l'auteur du bordereau.

Le 16 novembre 1897, le frère de Dreyfus adressa une lettre au Ministre de la Guerre, disant : ce J'ai l'honneur de vous faire connaître que l'auteur de cette pièce (celle qui avait servi de base à l'accusation), est M. le comte Walsin-Esterhazi, commandant d'infanterie, mis en non-activité pour infirmités temporaires au printemps dernier. L'écriture du commandant est identique à celle de cette pièce. Il vous sera très facile de vous procurer de l'écriture de cet officier. »

Répondant à une question qui lui fut posée le 17 novembre, le général Billot, Ministre de la Guerre, dit : « J'ai invité M. Scheurer-Kestner à saisir le gouvernement dans les formes prescrites par la loi. Il ne paraît pas disposé à entrer dans cette voie et à saisir lui-même la justice. Mais la famille Dreyfus intervient par une lettre adressée au Ministre de la Guerre et rendue publique. Dans ces conditions, le devoir du gouvernement est tout tracé. »

La famille Dreyfus ne s'en tint point là. Le 5 décembre, un journal anglais publia le fac-similé sténographique d'une lettre en latin que la femme de Dreyfus venait d'envoyer à Léon XIII, pour lui demander d'intervenir en faveur de son mari, ce que le Souverain Pontife ne fît point.

A la fin de septembre 1898, la Chambre criminelle de la Cour de cassation, présidée par M. Lœw, fut saisie par M. Sarrien, garde des Sceaux, de la demande en révision, formée par

M. Dreyfus, bien que le général Zurlinden, Ministre de la Guerre, eût écrit à M. Sarrien son avis sur cette affaire, avis qui concluait à la non-réception de la demande en révision : a Depuis la condamnation, dit-il, il n'est survenu aucun fait, aucune preuve, permettant d'établir une présomption d'innocence en faveur de Dreyfus. Plusieurs indices,, au contraire, sont venus confirmer sa culpabilité. Nous avons surtout les aveux faits au capitaine Lebrun-Renaud et recueillis de la bouche même de Dreyfus. . . ; le capitaine Lebrun-Renaud est encore là pour les attester. Dreyfus a fait cet aveu : « Si j'ai livré des documents, ils étaient sans valeur, et c'était pour en avoir d'autres plus importants. »

Malgré tout, dans son audience du 29 octobre 1898, la Chambre criminelle déclara admettre la recevabilité de la demande.

Le 10 février 1899, M. Quesnay de Beaurepaire, ancien président de chambre à la Cour de cassation, dans une conférence sur la situation créée par l'affaire Dreyfus, dit : « Ce qui m'irrite, c'est de voir qu'autour de notre malheureuse France, accablée par une telle aventure, les étrangers agissent masqués, avec leurs incitations et leur or, pour désorganiser nos forces militaires, nous éloigner des alliances, et chercher à faire tomber la France au rang des puissances déchues. » C'est qu'en effet l'argent affluait par millions de tous les ghettos éparpillés par le monde pour payer le concours des journalistes, des politiques et autres personnages 3 .

3. M. Georges Thiébaud a fait dans V Eclair cette curieuse observation : Ce ne sont pas seulement les Juifs qui ont pris fait et cause pour Dreyfus, mais aussi les protestants.

(( L'intensité du dreyfusisme a été, dans chaque compartiment de l'Etat, en raison directe du nombre de protestants qui s'v sont introduits depuis vingt ans.

Au Sénat, où le pourcentage des protestants est plus élevé qu'à la Chambre, dix-huit pour cent contre douze pour cent, la campagne dreyfusarde a été bien plus dure pour le gouvernement.

Dans la magistrature, les procédures, les jugements et les arrêts ont été exactement le reflet religieux de la composition des parquets des cours et des tribunaux. Là où les protestants sont impuissants ou en minorité, arrêts contre les drevfusards ; là, au contraire, où les protestants sont forts ou en majorité, arrêts pour.

La Cour de cassation, qui est un Sénat judiciaire, et qui est, à l'instar du Sénat, une espèce de consistoire où se sont peu à peu recrutés et rassemblés les magistrats huguenots, a fourni un effort pour Dreyfus.

Et si le Conseil d'Etat avait donné, on aurait vu la belle conjuration uni siège au Palais-Royal !

Dans son audience du 3 juin 1899, la Cour de cassation rendit un arrêt cassant et annulant le jugement du Conseil de guerre de Paris, qui avait condamné Dreyfus et renvoya ce dernier devant le Conseil de guerre de Rennes.

Le Conseil de guerre de Rennes consacra ses audiences des 8, 9, 10 et 11 août 1899 à l'examen des dossiers secrets du ministère de la Guerre et de celui des Affaires étrangères. Le 12 août, il entendit les dépositions de M. Casimir-Périer, ancien Président de la République et du général Mercier, ancien Ministre de la Guerre. Le 9 septembre, il prononça que l'accusé était coupable et le condamna à la majorité de cinq voix contre deux, à la peine de dix ans de détention et à la dégradation militaire. Mais le gouvernement cassa pour ainsi dire cette sentence par un décret de grâce.

On vit dans le procès de Rennes, quelle intelligence, quelle noblesse d'âme, quelle possession de soi-même, quel courage civique, bien plus rare que la bravoure militaire, on pouvait admirer dans les représentants de l'armée ; quelle sollicitude, quel labeur y étaient dépensés pour la sauvegarde du pays. Il était résolu qu'elle serait détruite, moralement, par la déconsidération, organiquement par le bouleversement de l 'Etatmajor, matériellement par la destruction de l'instrument de défense qu'il avait si savamment élaboré. C'a été tout le but de la révision du procès Dreyfus, et c'est l'explication de la passion avec laquelle les puissances étrangères l'ont suivie, et de celle dont, chez nous, les ennemis de l'âme française l'ont envenimée.

Il semblait que l'affaire était terminée. Mais non, la grâce ne donnait point satisfaction aux Juifs, ils voulaient la réha-

Dans la presse, la séparation et l'analyse spontanée des éléments s'est faite sur-le-champ. Les journaux protestants comme le Temps ont marché pour Dreyfus, talonnés par les Débats, qui ont une nuance spéciale de jansénisme académique. Dans les départements, les journaux dreyfusards sont ceux qui ont des actionnaires ou des rédacteurs protestants qu'on ignorait et qu'on commence à apercevoir.

L'Université est la forteresse centrale du protestantisme. Elle est en quelque sorte le réduit du quadrilatère à l'aide duquel les protestants sont les maîtres de la République, de sa justice, de ses écoles, de ses affaires coloniales, de sa charité et même de ses légendes soigneusement fourbies, pour l'édification des générations qui se succèdent, par les historiens huguenots.

Comment s'étonner qu'elle ait ébauché avec les Monod, les Stapfer, les Buisson et les feu Pecaut, les feu Couat et tant d'autres, un simulacre de sédition et une façon de soulèvement ? »

Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — II 20

bilitation. D'après V Eclair, une circulaire fut envoyée à tous

les Israélites. Il y était, dit :

« Il est urgent de nous entendre, de nous grouper plus étroitement encore que par le passé ». Et pourquoi ? « Il s'agit de frapper un coup décisif qui aura pour conséquence l'acquittement de Dreyfus devant la Cour de cassation. Jusque-là, ni paix ni trêve ». La lettre se terminait par un nouvel appel de fonds. La reprise fut annoncée par M. Joseph Reinach, dans un discours prononcé le 28 avril 1900 à Digne : « Il faut que le verdict de liennes, déchiré par le décret de grâce, soit anéanti entièrement par un arrêt suprême... Nous avons offert l'armistice pour toute la durée de cette grande fête du travail et de la paix qu'est l'Exposition universelle. La parole une fois donnée dans un intérêt patriotique, nous la tiendrons. Mais nous ne laisserons proscrire aucune de nos revendications ».

Ce même Reinach avait annoncé que si la France ne cédait point aux volontés d'Israël, elle serait «chambardée».

Déjà elle n'avait que trop souffert de cette abominable aventure. Elle devait boire jusqu'à îa lie la coupe empoisonnée.

Le jugement de Rennes fut, en effet, déféré à la Cour de cassation, comme l'avait été celui de Paris. Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation l'annula, et sans renvoi devant un nouveau Conseil de guerre. Ce ce sans renvoi )> s'appuyait sur un texte de loi que la Cour avait falsifié pour les besoins de la cause. L'Action française fit placarder en septembre, à Paris, puis dans toute la France, un « Appel au pays »., intitulé : « La loi faussée par la Cour de cassation pour réhabiliter le Juif Dreyfus ». Puis, durant des années, tous les jours sans exception, V Action française fit ressortir ce faux en mettant en regard le texte vrai de la loi et la falsification qu'en avait faite la haute magistrature. Jamais, malgré les défis répétés du journal, on n'osa le poursuivre pour ce fait, pourtant si injurieux aux hommes du tribunal suprême.

La secte exigea plus encore. Le 14 juillet 1906, le journal officiel publia une loi votée par les Chambres réintégrant Dreyfus dans l'armée.

Dans un discours prononcé le S octobre 1899 au Thillot (Vosges), M. Méline, ancien président du Conseil, a rendu ce témoignage au pays :

^ « C'est l'instinct de la conservation qui explique sa résistance désespérée a la campagne de désorganisation politique, militaire et sociale, dont l'Affaire, la triste Affaire, a été l'occasion. Si la France s'est indi-née si violemment contre les meneurs de la campagne, c'est parce qu'ils s'atta-

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