CHAPITRE XL
La moralité chez les anglicans et chez les luthériens.
Le catholicisme étant un système complet de répression des tendances dépravées de l'homme, est le plus grand élément d'ordre social; renseignement, ou mieux V éducation par les corps religieux, est donc le grand principe d'existence pour les peuples, le seuV moyen de diminuer la somme du mal et d'augmenter la somme du bien dans toute société. La pensée, principe des maux et des biens, ne peut être préparée, domptée, dirigée que par la religion. L'unique religion possible est le christianisme. (Le Christianisme complet avec ses dogmes, ses sacre ment s, sa hiérarchie.)
Balzac (Œuvres, préface, 1842.)
État moral des classes populaires dans l'Angleterre protestante, et autre dans l'Irlande catholique. — En Allemagne.
Nous venons aux faits.
Et d'abord en Angleterre. « A quel point les Anglais sontils encore religieux aujourd'hui ? Deux enquêtes, très sérieuses ont été faites à Londres sur ce sujet. Les résultats en ont été donnés au public. Il s'agit surtout de Londres ; mais outre que cette ville compte quatre millions et demi d'habitants (en 1901) , le sixième de la population de l'Angleterre proprement dite, il ne faut pas oublier qu'elle est la capitale non seulement politique mais religieuse du pays, le centre d'où toutes les églises et toutes les organisations protestantes anglaises rayonnent sur le reste de l'empire. D'ailleurs, on a des preuves, ou du moins des indices, que les autres grandes villes commerçantes et industrielles lui ressemblent beaucoup pour la religion ; or, les villes renferment plus des trois quarts des habitants, vingt-trois pour cent
seulement vivent dans les bourgs, les villages et sur les champs. Les deux enquêtes sont dues à des particuliers. La première a été faite par un philanthrope, M. Ch. Booth, gros armateur, qui n'a de commun que le nom avec le fondateur de l'Armée du Salut. Dès 1886, il s'est mis à cette œuvre. Il y a dépensé pendant dix-sept ans ses forces et sa fortune. Il s'est fait aider par des hommes soigneusement choisis, qu'il a payés, dirigés, et dont il a contrôlé les renseignements. Lui et eux sont allés habiter, pendant des semaines et quelquefois des mois entiers, tous les quartiers de la ville les uns après les autres. Il a complété et corrigé ces observations par celles des personnes que leur profession mettait le plus en contact avec la population et qui la connaissaient le mieux et aussi par les statistiques des différentes administrations. Puis il a donné au public le résultat de cet immense labeur, en dix-sept volumes intitulés : La vie et le travail du peuple de Londres. Après deux séries, l'une de quatre, l'autre de cinq volumes, sur la pauvreté et sur l'industrie, il a tracé l'action de la religion sur les mœurs dans une troisième série de sept volumes. Il y donne en abondance chiffres, tableaux ^ cartes, et l'on sent qu'il est aussi sincère que bien informé. Aussi ses renseignements n'ont-ils pas été contestés. Et voici ce qu'il dit des faubourgs populeux qui s'étendent à l'est de la cité, dans le voisinage des docks : « La masse du peuple ne professe aucune croyance, ne se préoccupe d'aucune observance religieuse et ne fréquente aucun lieu de culte. » Dans le septième de ces volumes, il écrit encore, pour résumer ses observations, cette phrase effrayante : « Cette grande section de la population, que l'on désigne sous le nom de classes ouvrières, et qui, dans l'échelle sociale, s'étend entre la petite bourgeoisie et les pauvres, reste dans son ensemble, en dehors de tous les groupes religieux, églises ou missions. »
Les constatations déplorables faites par M. Booth furent confirmées par l'autre enquête. Comme elles avaient ému le public, la direction du journal Daily News se chargea de les contrôler. Son enquête fut faite en 1902 et 1903. Lui non plus ne regarda pas à la dépense. Sous les ordres d'un statisticien, il paya treize inspecteurs et quatre cents énumérateurs. Ils entreprirent un recensement religieux, se tenant aux portes des églises pour enregistrer les entrées et prenant d'autres moyens d'observation
400 l'œuvre du protestantisme.
aussi minutieux. Sur les 4.536.541 habitants de Londres, il y en a environ 850.000 qui fréquentent le dimanche les réunions religieuses ; un million sans doute qui y vont quelquefois, le reste, c'est-à-dire plus des trois quarts, jamais.
A la suite de ces enquêtes, un protestant, célèbre, G. H. Chesterton, parlant en public à Cambridge, n'a pas reculé devant cette affirmation : « L'Angleterre n'est plus un pays chrétien. » Voici ses paroles :
ce C'est une erreur de parler de l'Angleterre comme d'un pays chrétien. Il ne l'est pas. Il est retombé en paganisme. Il en résulte un horrible mélange — the resuit is a horrible mess — produisant l'esclavage social par l'enrôlement forcé des travailleurs dans une sorte de système d'Etat et le retour d'un autre genre de paganisme par l'abominable pratique de l'infanticide antique sous prétexte de culture de la race — eugenics. — »
Il exprima en terminant le vœu de la conversion de l'Angleterre.
Il ne faut pas conclure que le Christianisme est mort. Rien de semblable. Le Christianisme est l'âme des peuples de l'Europe. L'Angleterre se reconvertira au Christianisme. (North-West Review, Winnipeg, 6 janvier 1912, p. 4.)
L'état religieux du peuple anglais étant devenu ce qu'il est, que peut être sa moralité ? tous les excès que supposent les passions sans frein y ont libre carrière. « Qui n'a présentes à l'esprit, dit Mgr Baudrillart, les hideuses descriptions de tels quartiers des grandes villes anglaises ! qui ne sait que « la dépravation juvénile » dépasse ce qui se voit ailleurs » ; et il renvoie aux articles retentissants et reconnus absolument exacts, publiés à la suite de l'enquête menée en 1885 par le directeur de la Poil Mail Gazette.
M. Léon Faucher, dans ses Etudes sur V Angleterre, et après lui M. Eugène Rendu, dans son rapport sur l'instruction primaire à Londres, ont parlé de même. ïls nous ont révélé les mystères de dégradation et d'abrutissement de la nature humaine, au sein de la civilisation britannique, qui prouvent incontestablement la supériorité morale de nos classes inférieures sur celles de l'Angleterre, même aujourd'hui, après que la Franc-Maçonnerie et nos gouvernants ont tant travaillé à la démoralisation du peuple français.
Cette infériorité morale et intellectuelle des basses classes en Angleterre et leur dégradation descendue à l'état sauvage, est
ce qu'il y a de mieux établi par les documents les plus accrédités. « Nous appelons dégradation, dit M. Clay, chapelain anglican d'une prison de jeunes détenus, l'état d'un individu qui ne peut dire un mot de prière, qui ne sait pas le nom du souverain régnant et ne connaît pas le mois de l'année. Sur 3.000 jeunes détenus, 1588 sont dans cette extrême ignorance; 1290 enfants et hommes, 293 jeunes filles sont incapables de recevoir une éducation morale. Leur parler de vertu ou de vice, c'est leur parler un langage inconnu- » — ce Je ne sache pas, dit un autre anglais, M. Audley, qu'il soit possible à l'homme de porter plus loin le comble de la dégradation. Il ne s'agit pas de faits isolés, ou particuliers à telle ou telle localité, mais d'un état de choses qui couvre la surface du pays. » Pour ne parler que d'un seul groupe, M. Audley signale celui des Costermongers ou marchands des quatre saisons, qui compte à Londres trente mille individus. Il assure que sur cent de ces malheureux, on n'en trouverait pas trois qui aient une idée de la vie future et sachent la signification du mot de chrétien. Quoi d'étonnant que chez ces païens la morale soit descendue au niveau le plus infime.
M. W. T. Stead, éditeur de la Pall Mail Gazette, bien connu pour les recherches tristement instructives qu'il a faites, lui aussi, sur la dépravation des mœurs à Londres, a donné sur ce sujet une conférence à Edimbourg. Il y exprima une opinion bien honorable pour nous, catholiques :
ce Je suis protestant, de même ceux qui m'écoutent ; mais il ne faut pas nous dissimuler que, si on mettait en contact avec l'écume de Londres, une famille protestante et une famille catholique, la famille protestante serait à moitié perdue après trois ou quatre ans, tandis que chacun des membres de la famille catholique serait resté vertueux. »
Et M. Stead a ajouté que ce qu'il avait vu en Irlande avait fortifié l'opinion tirée de ses études sociales dans la Métropole.
« J'ai été étonné, dit-il, de trouver dans de misérables cahutes, des gens profondément vertueux. Je ne puis attribuer cela qu'à l'influence des prêtres, au confessionnal et dans la famille. La conséquence est un miracle moral, qui nous confond, nous, protestants. »
Plusieurs ministres protestants, invités à donner leur avis sur les moyens de remédier au mal mis au grand jour par MM. Booth et Mudié Smith, conseillèrent une sorte de mission sans caractère confessionnel, comme en avaient essayé en 187)) les prédicants américains Moody et Sankey. Mais on ne peut
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — II
402 l'œuvre du protestantisme.
ranimer la religion dans les âmes sans y faire revivre la Foi? ni faire revivre celle-ci sans préciser ce qui doit être cru. Comme le disait Gladstone « le dogme est le squelette qui soutient le corps ». C'est mieux que cela, c'est une partie du principe vital. On le comprit, et on ne fit rien. Plaise à Dieu, dans son infinie miséricorde, de susciter, là et ailleurs, des saints, des apôtres puissants en paroles et en œuvres, pour ramener à lui ces énormes masses populaires qui ignorent avoir une âme, qui ignorent que Dieu les appelle à une félicité éternelle !
Que fait le clergé anglican pour relever son peuple de cet abaissement ? Une enquête approfondie pourrait aboutir à cette conclusion qu'il va lui-même à l'incrédulité et de là au socialisme, et à la Franc-Maçonnerie. Contentons-nous de signaler un fait.
Au premier Congrès pan-anglican, les évêques et pasteurs ont pris à l'égard du socialisme une attitude des plus surprenantes... On a accepté a\ec enthousiasme le principe de la socialisation des moyens de production au bénéfice de la communauté ; on a virtuellement admis la lutte des classes ; on a fait une ovation au pasteur Simpson, de Leeds, quand il dénonça le présent système économique et déclara qu'il était bon à déraciner. »
L'organe du Parti indépendant du Travail, le Labour Leader, donna de ce Congrès un compte-rendu, plein d'une émotion qui se comprend quand on lit dans V Avant-Garde des extraits des discours prononcés par le pasteur Donaldson de Leicester, par un autre orateur américain qu'elle ne nomme pas, par le pasteur Carlyle d'Oxford, M. Temple, fils de feu l'archevêque anglican de ce nom, etc.
Le pasteur Simpson fit connaître en ces termes les motifs de cette évolution de l'Eglise anglicane vers le socialisme :
« Dans tout le nord de l'Angleterre, le socialisme monte comme une marée que nous sommes impuissants à endiguer, même si nous en avions le désir. D'innombrables travailleurs dans les forges, les fournaises, les moulins, ont adopté l'idée socialiste ; ils s'y cramponnent comme à une religion, et la chérissent comme une fiancée... Les socialistes sont pleins d'un optimisme divin, remplis d'enthousiasme pour la chose publique. Ils sont les prophètes de l'avenir, n La conclusion est qu'il faut les suivre.
Cette attitude de l'épiscopat anglican à l'égard du socialisme
n'a nullement étonné ceux qui, en 1859, avaient vu une grande partie du clergé anglican faire grand accueil au livre de Darwin ; en 1862, aux témérités exégétiques de Colenso ; en 1863, à La Vie de Jésus de Renan ; moins étonné encore ceux qui savent que presque tous les évêques de cette église font partie des Loges francs-maçonnes.
Chaque année, au commencement de l'automne, l'Eglise anglicane tient dans une ville du Royaume-Uni un Congrès qui réunit les prélats, les ministres et les laïques ; on y discute les questions et on examine les problèmes qui ont à ce moment une importance particulière pour l'Eglise et ses membres. Du 27 septembre au 1er octobre 1910, se tint à Cambridge le cinquantième de ces congrès ; il revenait dans la vieille ville universitaire où, en 1861, le premier avait eu lieu.
Le mercredi eut lieu à Trinity Hall un meeting maçonnique auquel prirent part les membres du Congrès, ecclésiastiques et laïques, appartenant -à l'Ordre; les Frères se rendirent ensuite en procession à la chapelle de King's Collège où un service religieux fut célébré ; le Doyen de Hereford prononça un sermon dans lequel il félicita la Franc-Maçonnerie d'être la servante du Christianisme (the handmaid of Christianity ) .
Ayant perdu toute vigueur propre, l'Eglise anglicane chercha un point d'appui au dehors. Elle s'est successivement adressée aux schismatiques grecs, aux Vieux catholiques d'Allemagne et aux Jansénistes de Hollande. Tous lui firent force politesse, mais personne ne voulut entrer en communion avec elle. C'est sans doute à cause de ces refus qu'elle s'est tournée vers les socialistes et qu'elle a voulu resserrer les liens qui, depuis ses origines, l'unissaient à la Franc-Maçonnerie. Les mieux inspirés tournent les yeux vers l'Eglise catholique. Un évêque anglican, le docteur Ryle, a écrit en 1893 en terminant un exposé de la situation de l'Eglise anglicane :
« Le péril futur, c'est la réunion à l'Eglise de Rome! Des ecclésiastiques, et pas en petit nombre, avouent qu'ils souhaitent cette réunion et sont prêts à renoncer à la Réforme. Beaucoup d'autres, je le crains, sont tout à fait indifférents à ce sujet et ne feraient aucune opposition à la messe et au confessionnal. »
En Allemagne. — Si de l'empire britannique nous passons en
Allemagne nous trouvons une situation qui n'est pas meilleure.
« En général, écrit M. Goyau, dans l'Allemagne proprement protestante,
404 l'œuvre du protestantisme.
les villes et leur périmètre rural sont devenus, suivant une expression familière à certains pasteurs ce des cimetières spirituels ». Volontiers, à travers le monde, on répute Berlin comme le type de cette cité que le bon Plutarque déclarait impossible, une cité athée ; cette renommée n'est point usurpée.
» Vers 1880, l'impiété berlinoise atteignait à d'étranges confins; à cette date, d'après les statistiques officielles de la conférence évangélique d'Eisenach, 26 % des enfants restaient sans baptême; 59 °/Q des mariages, 80 % des enterrements étaient purement civils ; sur 100 membres de l'Église évangélique, on comptait 13 communions; et 10 °/0 seulement, enfin, se donnaient la peine de prendre part aux opérations électorales des communautés ». La bourgeoisie, dit de son côté, Mgr Baudrillart, est foncièrement incrédule, et ne garde que par un bon ton certaines apparences religieuses, servie par des pasteurs, hommes du inonde, qui détestent tout les premiers, la rigidité doctrinale ».
L'immense majorité des ouvriers de Berlin est athée. En 1878, le pasteur Wangemann fut accueilli dans une réunion de femmes socialistes par cette clameur générale ! « Massenaustritt aus der Kirche ! sortons en masse de l'Eglise ». « Presque toutes les grandes villes de l'empire, dit Mgr Baudrillart, présentent, le même spectacle que la capitale ». Il ajoute que même dans les campagnes il y a de nombreuses régions d'indifférence religieuse. L'immoralité suit l'irréligion. Nous avons touché ce point plus haut, contentons-nous de remarquer ici que de l'aveu d'un grand nombre de pasteurs, la pratique religieuse là où elle existe, est presque tout extérieure et sans influence sur les mœurs. Dans la paroisse la plus pratiquante du Brunswick, au témoignage du pasteur Kùhne, 20 % seulement des fiancées sont demeurées vertueuses jusqu'à leur mariage. Les pasteurs Hùckstaedt et Wittenberg, rapporteurs d'une récente enquête sur la moralité des campagnes prussiennes et saxonnes, disent : « Dans les régions les plus hirchlich (celles où le temple est le plus fréquenté) , l'immoralité est aussi arande ou presqu 'aussi grande que dans les régions qui ne sont point kirchlich ». Cette assertion était fondée, car plus de quinze cents pasteurs avaient envoyé des renseignements aux rapporteurs de l'enquête.
En 1913, M. Jules Huret publia chez Lafitte en deux volumes in-folio richement illustrés un ouvrage intitulé L'Allemagne moderne 1. C'est un monument élevé à la gloire de ce
i. Cela date de loin. Au XVIIIe siècle, un Allemand, M. Campe, publia un Recueil des voyages pour l'instruction de la jeunesse. Il y dit, tome II, p. 129 : <( Toutes nos universités d'Allemagne, même les meilleures, ont besoin de grandes réformes sur le chapitre dos mœurs... Les meilleures mêmes sont
pays. L'auteur ne peut cependant taire complètement à quel point y est développée la vie sensuelle. Qu'on lise, si l'on veut être édifié sur l'état des mœurs à Berlin, le chapitre Dimanches bourgeois et populaires (t. I, p. 35). On y verra que la plaie que la République a infligée à la France dans l'espace restreint de l'orphelinat de Cempuis est là un ulcère qui dévore une grande partie de la société. M. J. Huret a vu de ses yeux, et chacun peut voir chaque dimanche à quelques pas de Berlin, deux à trois mille personnes : hommes, femmes et jeunes gens de tout âge et de toute condition dans un état de nudité et de promiscuité qui étonnerait les sauvages. Plus loin, au chapitre Traits de mœurs (1-173), M. Jules Huret dit :
« J'ai entendu à Berlin pousser un cri d'alarme au sujet de la pudeur des femmes allemandes menacée, paraît-il. . par le succès que fait la mode à la littérature perverse ». « Le réalisme coule à pleins bords, me disait une dame qui sait observer. "La richesse, la trop grande richesse a fini de démoraliser les dernières générations. Nous traversons une grande crise morale. Vous avez vu la vie à Berlin et à Magdebourg, c'est affreux. Le vice s'étale dès la nuit tombée. Vie nocturne, restaurants, bars fréquentés par les gros fabricants, les officiers ». Suit la description des Animière Kneipein (cabarets excitants) et celle des bals publics 2.
Un autre tableau des mœurs introduites en ce pays par les doctrines et les exemples de Luther est celui qu'offrent les brasseries fréquentées par les étudiants. Ici encore, M. J. Huret dit ce dont il s'est rendu lui-même témoin. Le minimum de bois-son que chaque étudiant absorbe chaque soirée est six litres de bière ; certains en boivent le double, quelques-uns vont parfois jusqu'à vingt litres. Les uns après les autres ils courent au speibuken, au vomitoire, grand bassin de zinc, encadré par deux poignées de fer qui sont serrées des deux mains tandis que s'opère le dégueulage.
« Je regardais avec curiosité défiler les casquettes multicolores. Voici la bleue de Saxe, puis la verte de Westphalie, et c'est Hanovre, et c'est Brunswick, et c'est Brème! Toute l'Allemagne, la république de la liante.
un gouffre où se perdent sans ressource l'innocence, la santé et le bonheur futur d'une foule de jeunes gens, et d'où sortent des êtres ruinés de corps et d'âme... Puissent ces pages être un préservatif pour les jeunes gens ! Puissent-ils lire sur la porte de nos universités l'inscription suivante: « Jeune homme, c'est ici que beaucoup de tes pareils perdirent le bonheur avec l'innocence ».
2. Cet ouvrage a été publié en France en 1913 par M. Jules Huret et édité chez Pierre Lafitte.
406 l'œuvre du protestantisme.
les grands-duchés, et les royaumes dissidents de l'empire se rencontrent ici devant le speibuken ». T. II, p. 255 s.
Beaucoup de nos concitoyens ont vu dans leur propre maison, durant les premières années de l'occupation, alors que tout était encore en abondance, les orgies auxquelles se livrèrent les officiers même supérieurs ; et toute la population a été témoin de la goinferie de beaucoup de soldats.
Faut-il donner la parole aux Prussiens eux-mêmes ? Au synode des pasteurs, à Berlin, en 1896, l'un des orateurs, pasteur d'une des principales églises de la capitale prussienne, et qui, luimême, porte le nom patronymique de Berlin, avoua, dans un discours virulent mais plein de franchise, que les mœurs berlinoises étaient déplorables, honteuses, et cela, d'une façon si générale, qu'il serait difficile de trouver des Berlinois exempts de ce reproche.
La riposte ne s'est pas fait attendre ; l'Association des propriétaires publia une protestation où les allégations du pasteur Berlin ne furent pas niées, mais où on lui refusait le droit de se montrer sévère, car, insinuaient les propriétaires, les pasteurs sont pires que les autres.
Inutile de soulever d'autres voiles pour établir que les nations catholiques n'ont pas h envier les mœurs des nations protestantes, pas plus que la situation matérielle de l'ensemble de la population. Il n'était pas inutile de faire cette démonstration. N'a-t-on pas vu et entendu des journalistes français, à l'occasion de la Béatification de notre libératrice Jeanne d'Arc, exprimer le regret de son intervention qui chassa les Anglais de notre sol. Devenus Anglais, disaient-ils, nous eussions formé avec eux une seule et même nation, une nation qui, un siècle plus tard, devait être arrachée à la domination des Papes et entrer dans l'ère de prospérité dont l'Angleterre jouit.
N'a-t-on pas entendu, ou plutôt, n'a-t-on pas lu dans les proclamations, les articles des journaux et les manifestes des docteurs des Universités germaniques, que la guerre déclarée par l'Allemagne à la France avait sa raison d'être en ceci : arracher à la France l'empire du catholicisme!
3. Pachtler. dans son livre Der Grœtz dcr Ihimanitat, donne, pages 415 à 421 et pages 695 à 700 des détails très précis sur l'organisation de l'enseignement maçonnique des femmes en Allemagne. Do nombreuses écoles de femmes
athées y ont été organisées.
Note complémentaire.
On a entendu ci-dessus le témoignage rendu par M. Stead à l'Irlande. Un pasteur anglican s 'étant avisé de vouloir démontrer dans un journal ultra-protestant l'infériorité morale des populations catholiques en ce pays, le Catholic Herald, de Londres, lui répondit de bonne encre.
1° Dans l'Irlande catholique, la criminalité est très rare, si rare même que dans toute l'île, malgré sa grande étendue, il n'y a que cinq détenus. Là on ne connaît ni les délinquants d'habitude, ni les associations créées en vue de commettre des délits, — chose trop connue en Angleterre.
2° Le « chanoine » protestant Humble écrit : Le haut degré de moralité de la population de l'Irlande est dû en grande partie à la fréquence île la confession, comme le bas niveau de la moralité dans l'Ecosse protestante est dû en majeure partie à cette circonstance que la population n'est pas en mesure de jouir, comme les catholiques, des bienfaits de la confession.
3° Le protestant Thiellen, dans son ouvrage très important sur la statistique, déclare que les vices naturels aux populations sont beaucoup moins ancrés dans l'Espagne catholique que n'importe où ailleurs, en Europe,
4° Dans les rapports des statisticiens officiels de l'Empire allemand en 1892, il est dit que les séparations entre conjoints sont en raison directe de leur confession religieuse : elles sont beaucoup plus fréquentes dans les pays protestants que dans les pays catholiques.
5° D'après le British médical journal, revue protestante, le suicide est beaucoup moins fréquent dans les pays catholiques que dans les pays protestants. C'est ainsi que sur un million d'habitants en Portugal, on ne compte guère que sept suicides, alors que, à Francfort, le nombre des suicidés, est, dans les mêmes proportions, de trois cent quarante-deux.
6° Enfin, le Boston Herald publiait le 9 novembre 1891 un sermon du ministre presbytérien Sinclair, où l'on pouvait lire : « L'infraction aux promesses jurées au pied des autels dans le mariage est le péché principal de l'Angleterre à notre époque. L'Église catholique est seule de force à combattre efficacement et à détruire tant de désordres qui ouvrent aux populations le chemin de l'enfer...
7° L'infanticide est un crime national dans l'Angleterre de nos jours. Des milliers d'enfants périssent annuellement de la main de leurs parents, désireux de toucher des primes d'assurance ! On crie que l'Église catholique romaine veut conquérir notre pays ; si elle y réussit, ce sera par votre faute, à cause de vos péchés. »
Après avoir fait ces citations, le Catholic Herald oppose à
408 l'œuvre du protestantisme.
son confrère protestant, comme simple réponse, ces mots de l'Evangile : Ex fructibus eorum cognoscetis eos 1.
Les Etudes sociales et religieuses et nombre de revues et de journaux ont publié des réfutations semblables dans les pays les plus divers.
Les naissances illégitimes sont, dans les comtés protestants d'Antrim, d'Armagh et de Domn, de 5 % et dans les comtés catholiques de Mayo, Roscommon et Leitrim, moins de 1%, exactement, 0.65 %.
Ces chiffres démontrent clairement, dit un journal protestant de Londres, le Pall Mail Gazette, 1° que le nombre de naissances illégitimes est en proportion directe du nombre d'Orangistes (protestants irlandais), et que, si la chasteté de la femme est une vertu, c'est dans les comtés catholiques de l'Irlande qu'il faut en chercher la fine fleur. 2° Que ces résultats soient dus à la foi vivante et agissante de la population, au zèle des prêtres irlandais, les protestants eux-mêmes en conviennent.
Sir Horace Plunkett, le chef d'une des administrations les plus importantes de l'Ile, écrit : « En tenant compte des conditions actuelles de la vie et du tempérament fougueux du Celte, le isuccès des prêtres irlandais, dans le maintien de la chasteté parmi leurs ouailles, est absolument unique. Personne ne peut nier que ce résultat moral soit dû presque entièrement au clergé catholique romain ».
L'historien protestant anglais Froude disait en 1872, dans une conférence à New-York : « L'Irlande est un des pays les plus pauvres de l'Europe, et cependant il s'y commet moins de vols et d'injustices que dans tout autre pays de population égale dans le monde civilisé. L'impureté a été presque inconnue depuis cent ans. Cette absence de tout crime vulgaire, cette délicatesse et cette réserve de caractère, sont dues à l'influence du clergé catholique. Ce sera là, pour lui, un honneur éternel. »
Pauvre Irlande! Elle s'efforce aujourd'hui de secouer le joug si cruel que la protestante Angleterre fait peser sur elle depuis trois siècles. Qui voudrait se dispenser de la secourir par ses prières î
La même constatation pourrait être faite pour les autres pays»
î. Moralstatistik, p. 569.
Le P. Krose, qui est actuellement le premier statisticien catholique d'Allemagne, a démontré, par une série de publications consciencieuses et dont les protestants eux-mêmes ont reconnu la haute valeur scientifique, la supériorité des catholiques en fait de morale. De son côté, M. von Oettingen, un des plus estimés statisticiens protestants, donne -à une vaste enquête comparative cette franche conclusion: « D'une façon générale et indépendamment de circonstances particulières, les peuples germaniques (protestants) sont plus portés à ces excès extravagants que les peuples romans (catholiques). C'est un fait qui paraît indéniable. » (Moralstatistik, page 569.) Et Bebel, dans son livre, ce La Femme », constate à bon escient que c'est l'Allemagne protestante qui jette le plus de filles sur le marché mondial de l'immoralité.
Plaçons-nous au point de vue des suicides.
Les statisticiens allemands se sont beaucoup occupés depuis quelque temps — catholiques comme protestants — de la question du suicide. Ils ont généralement porté leur enquête sur les vingt dernières années du XIXe siècle, époque qui fournit des données internationales suffisamment complètes.
Même un examen superficiel des chiffres qu'ils produisent montre l'évidente supériorité des pays catholiques. Le protestant Morselli, qui a fait l'enquête la plus approfondie, arrive à cette conclusion : Sur un million d'habitants on compte une moyenne annuelle de cinquante-huit suicides dans les pays catholiques, quatre-vingt-seize dans les pays mi-catholiques miprotestants, et cent quatre-vingt-dix dans les pays protestants.
La conclusion se dégage plus précise et plus lumineuse, si nous restreignons l'enquête aux grands pays mixtes qui offrent aux deux confessions religieuses le même milieu social.
En Prusse, sur un million d'habitants, on a relevé (1891 1900) quatre-vingt-treize suicides parmi les catholiques et deux cent quarante-sept parmi les protestants. Dans les provinces plus nettement catholiques (Posen, Westphalie, pays rhénan), le chiffre des suicides est même descendu jusqu'à quarante-neuf par million d'habitants.
Même constatation en Bavière : quatre-vingt-douze suicides par million de catholiques et deux cent dix par million de protestants. Les provinces catholiques (Bavière inférieure, Pala-
410 l'œuvre du protestantisme.
tinat supérieur) résistent le mieux au mal ; les régions protestantes, comme la Franconie du Centre, ont des chiffres effrayants.
Ce phénomène n'est pas particulier à l'Allemagne. En Suisse, où les deux confessions se rencontrent aussi bien, le nombre des suicides est aussi exactement deux fois et demie plus grand chez les protestants que chez les catholiques.
Les statisticiens protestants eux-mêmes ne peuvent écarter des conclusions pénibles pour leur amour-propre : « Je ne puis nier, écrit le célèbre Adolphe Wagner, que j'ai éprouvé la plus grande répugnance à admettre cette influence de la confession religieuse; mais, après des enquêtes répétées et approfondies, il ne m'est plus possible de la méconnaître ».
Beaucoup d'auteurs protestants, comme Osiander, Casper, Wagner, Prinzing, etc., attribuent l'avantage du catholicisme à la pratique de la confession.