‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 2)Chapitre 79 sur 96 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Le protestantisme en France.

ce Jamais, le protestantisme n'a cessé un instant de conspirer contre la France. »

Pendant des siècles le protestantisme, tantôt par la violence, tantôt par la perfidie, a tout tenté pour entraîner la France dans son sillage. Il n'a pu y réussir. Il fallait que la France restât catholique, pour qu'un jour le monde le fût. Elle a conservé en son sein le feu sacré, prête à le rallumer chez les dissidents, tout en n'ayant cessé de le porter chez les infidèles.

J. de Maistre.

Le protestantisme fut en France dès les premiers jours un parti politique plutôt qu'une religion. — Ce caractère lui fut imprimé par Coligny. — Alliance perpétuelle des protestants de France avec les puissances étrangères, en vue de substituer le protestantisme au catholicisme dans toute l'Europe. — La Saint-Barthélémy. — La question de la succession au trône et la Ligue. — La conversion d'Henri IV. — L'édit de Nantes. - La politique de Richelieu et « l'ancien régime ». — Louis XIII. — Louis XIV. — Révocation de l'Edit. — Le traité de Westphalie. — Comme celui-ci, le traité de Vienne voulut abaisser la France devant les nations protestantes. — Que fera le prochain congrès des nations ? — Reconnaîtra-t-il la suprématie morale qui nous a été donnée par la Providence ?

L'exposé qui vient d'être fait des origines du protestantisme, en Allemagne et en Angleterre, l'esprit qui l'anime et son état actuel nous préparent à comprendre ce qu'il a fait en Fiance depuis qu'il a pu y pénétrer et ce qu'il se propose d'y faire de

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nos jours, choses qui ne sont point dénuées de rapports avec la guerre actuelle.

Dans son Histoire de Richelieu, M. Hanotaux a écrit une quarantaine de pages qui peuvent être ainsi résumées :

Dans un des moments les plus beaux de l'histoire de France, François Ier régnant, une bande d'agitateurs plus politiques que fanatiques avaient divisé la France. Ces fauteurs de discorde s'intéressaient à la présence réelle et aux autres dogmes à peu près dans la même mesure que le gros de nos dreyfusiens à la cause de l'humanité et de la justice. Par la faute, par la très grande faute du pouvoir, on laissa cette querelle s'envenimer. Quelques châtiments exemplaires eussent arrêté le mal à son origine. Il grandit, il causa une guerre de cinquante ans.

« Calvin fit de grands progrès en France, dit Bossuet, et ce grand royaume se vit à la veille de périr par les entreprises de ses sectateurs ; de sorte qu'il fut en France à peu près ce que Luther fut en Allemagne1.»

En présence des défenseurs les plus instruits et les plus habiles que le protestantisme ait eus, Bossuet formula les accusations qui suivent. Les docteurs de la Réforme essayèrent de le contredire, ils ne purent y arriver.

« Sous les forts règnes de François Ier et de Henri II, les calvinistes furent très soumis et ne firent aucun semblant de prendre les armes. Le règne aussi faible que court de François II leur donna de l'audace; ce feu longtemps caché éclata enfin dans la conjuration d'Amboise où il ne s'agissait de rien moins, après l'enlèvement violent des deux Guises dans leur propre château d'Amboise où le roi était, que d'allumer dès lors dans tout le royaume le feu de la guerre civile. Tout le gros de la Réforme entra dans ce dessein. Cependant, il restait encore assez de force dans le gouvernement pour éteindre la flamme naissante : mais durant la minorité de Charles IX, et sous la régence d'une reine dont toute la politique n'allait qu'à se maintenir par de dangereux ménagements, la révolte parut toute entière et l'embrasement fut universel par toute la France. Les réformés de France ne tardèrent pas à suivre les nouveaux exemples donnés par leurs prédécesseurs, les Albigeois, par les Vicléfites en Angleterre, les Taboutis, en Bohême, les Luthériens, en Allemagne, les Vaudois, en .Suisse et en Savoie. »

Les années 1558, 1559, 1560 et 1561 sont célèbres par les commence-

i. Parlant des guerres de religion, on a prétendu que ces guerres furent purement politiques et non point de religion. Bossuet répond : « Ces vains discours ne méritent pas d'être répétés, puisque pour voir le dessein de toutes ces guerres, il n'y a seulement qu'à lire les traités de paix et les édits de pacification, dont le fond était toujours la liberté de conscience et quelques antres privilèges pour les prétendus réformés. La première de ces guerres fut résolu.p de l'avis de tous les ministres et la paix faite malgré eux. Bèze luimême en témoigne. »

ments des troubles de France. En 1559, nos prétendus réformés dressèrent la confession de foi qu'ils présentèrent à Charles IX, en 1561, au colloque de Poissy, voulu et ordonné par Catherine de Médicis, sa mère et régente du royaume. Les évêques furent rassemblés pour conférer avec les ministres et réformer ensuite les abus qui donnaient prétexte à l'hérésie. Comme on s'ennuyait en France des fréquentes interruptions que subissait le concile de Trente, la reine abusée par quelques prélats d'une doctrine suspecte, crut trop aisément que dans une commotion universelle, elle pourrait pourvoir en particulier au royaume de France sans l'autorité du Saint-Siège et du Concile. Il n'en fut rien, comme on pouvait s'y attendre. D'ailleurs, la convocation de cette conférence avait été inspirée par Calvin. » Le parti calviniste n'eut pas plus tôt senti ses forces, dit encore Bossuet, « qu'il ne médita rien moins que de partager l'autorité, s'emparer de la personne des rois et de faire la loi aux catholiques. On alluma la guerre dans toutes les villes et dans toutes les provinces, en appela les étrangers de toutes parts au cœur de la France comme en un pays de conquête, et on mit ce florissant royaume, l'honneur de la chrétienté, sur le bord de sa ruine, sans presque jamais cesser de faire la guerre, jusqu'à ce que le parti, dépouillé de ses places fortes, fût dans l'impuissance de la soutenir2 ». « Dès que la Kéforme put se rendre la plus forte dans quelque royaume, c'est toujours Bossuet qui parle, les évêques et les prêtres ne furent plus en sûreté, en France, les bons catholiques furent persécutés, bannis, privés de leurs biens, et, en quelques endroits, de la vie, par les lois publiques »... On n'a qu'à lire l'histoire de Bèze, pour y voir nos réformés toujours prêts à prendre les armes, à rompre les prisons, à occuper les églises. Qui ne sait les violences que la reine de Navarre exerça sur les prêtres et les religieux ? On montre encore les tours d'où on précipitait les catholiques et les abîmes où on jetait les prêtres de l'évêché; on les noyait dans Nîmes, et les cruels instruments dont on se servait pour les faire aller au prêche ne sont pas moins connus de tout le monde. On a encore les informations et les jugements, où il paraît que ces sanglantes exécutions se faisaient par délibération du conseil des protestants. On a en original les ordres des généraux et ceux des villes, à la requête des consistoires, pour contraindre les « papistes » à embrasser la réforme ce par taxes, par logements, par démolitions de maisons et par découverte des toits ». Ceux qui s'absentaient pour éviter ces violences, étaient dépouillés de leurs biens : les registres des hôtels-de-ville de Nîmes, de Montauban, d'Alais, de Montpellier et des autres villes du parti sont pleins de telles ordonnances, et je n'en parlerais pas sans les plaintes dont nos fugitifs remplissent toute l'Europe3. »

Entendons une autre voix, celle de M. Edgard Quinet dont tous les livres ne respirent que haine contre le christianisme. Il a dit dans son ouvrage, la Révolution, publié en 1865, comment le protestantisme s'est introduit chez nous. Il ne fit d'ailleurs que rééditer ce qu'il avait fait chez les autres peuples :

c< Partout où elle a éclaté, au XVIe siècle, les premiers actes de la Réforme ont été le brisement des images, le sac des églises 4, l'aliénation des

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