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Les Variations. Œuvres. T. XII, p. 439. Edition Vives

4. Il n'est personne parmi ceux qui ont étudié d'un peu près l'histoire de

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biens ecclésiastiques, le bannissement, non seulement des prêtres, mais de tous les croyants qui gardaient l'Eglise au fond de leur cœur. Voilà ce qu'a fait la Réforme et comment elle a pu s'établir et s'enraciner dans le monde ».

Qu'on se figure les catholiques jouant de nos jours soit en Allemagne, soit en Suède, soit en Angleterre, soit en Russie, soit en Turquie, soit en Chine, un rôle semblable à celui que deux à trois cent mille protestants jouèrent en France au XVIe siècle ; ils seraient bien vite déportés, fusillés, et soumis à tous les supplices chinois. Il y a fort à dire sur la légende des malheureux protestants par qui les catholiques avaient la barbarie de ne pas vouloir se laisser conquérir, car c'est d'une vraie conquête qu'il s'agissait.

Les persécutions s 'attaquant aux personnes, quelque déplorables qu'elles fussent, n'étaient pourtant qu'un moindre mal. Ce que les calvinistes eurent constamment en vue ce fut de s'emparer du gouvernement, pour de là pouvoir protestantiser la France à leur aise. Toujours leur programme fut un programme politique, bien plus qu'un programme religieux ; et pour réaliser ce programme, jamais le protestantisme ne recula devant l'appel à l'étranger.

C'est ainsi que de Maistre a pu dire : « Jamais le protestantisme ne cessa de conspirer contre la France. »

La Réforme, a dit M. Flourens, a été, chez nous, une vaste conspiration pour enlever à la France non seulement sa foi, mais son Roi et aussi son unité nationale. Partout où les chefs huguenots ont été les maîtres, ils ont martyrisé les prêtres, ce

la Réforme qui ne sache qu'elle a abattu en France plus de croix, plus de calvaires, plus d'églises que ne l'ont fait ensemble les révolutions des XVIIIe, XIXe et XXe siècles. En Flandre, les Gueux — c'était le nom qu'ils s'étaient donné à eux-mêmes — dans la seule année 1566, saccagèrent plus de quatre cents églises en moins de dix jours. C'est ce que Marguerite de Parme, alors gouvernante des Pays-Bas, écrivit au Roi le 22 août de cette année. Elle ajouta: « Ce jourd'hui j'ai nouvelle qu'ils ont saccagé la grande église de Notre-Dame d'Anvers et tous autres cloîtres et églises paroissiales. Ils ont aussi fait à sac tous les cloîtres à Gand ; et à ce que j'entends sont présentement achevant aux églises cathédrales et paroissiales. » Quatre jours plus tard, Vigilius, président du conseil privé, écrivit : « Les hérétiques ont pris la résolution de détruire, en une seule fois, toute la religion catholique, de telle sorte qu'à Anvers, à Gand, à Tournai, à Ypres, à Bois-le-Duc, dans une foule de villes, de villages et de monastères, on ne trouve plus aujourd'hui aucune trace de l'ancienne religion. Tous les autels ont été renversés ».

Les archives de toutes les provinces envahies par les protestants abondent en documents semblables. Jusqu'à ces derniers temps les historiens n'en faisaient aucune mention.

n'est pas douteux ; ils ont violé, pillé et saccagé les sanctuaires, je ne le conteste pas. Mais leur œuvre destructrice ne s'est pas bornée à ces actes de rage sectaire. Ils ont fait appel à l'étranger. Ils ont sollicité et obtenu contre leurs compatriotes le concours diplomatique et le concours armé tantôt de l'Anglais, tantôt de l'Allemand et souvent des deux réunis. Ils leur ont ouvert nos villes, livré nos arsenaux et nos places de guerre, sacrifié l'intégrité du territoire. » C'est à bon droit que Guillaume II a élevé un hommage de pieuse reconnaissance à l'amiral Coligny. Ce traître a deux statues : l'une à Paris, l'autre à Berlin. Celle-ci a été érigée en pompe et avec des manifestations de piété de l'empereur Guillaume II.

C'est un pasteur de « l'Eglise réformée »,, M. Bersier, qui a pris l'initiative de glorifier Coligny à Paris. Il obtint le concours empressé du gouvernement aussi dépourvu de patriotisme que de tout sentiment des convenances religieuses.

M. Charles Buet publia alors un livre, habile résumé de tous les travaux publiés jusqu'ici sur Coligny. Mgr Freppel lui écrivit:

Au moment où, en haine de l'Eglise catholique, on songe à élever une statue à l'un des hommes du seizième siècle qui l'ont combattue avec plus d'acharnement, il était bon, il était utile de présenter sous son véritable jour cette figure de sectaire, à laquelle se rattache le souvenir d'une triple trahison envers Dieu, le roi et la patrie.

L'odieux massacre de la Saint-Barthélémy, si perfidement exploité par les ennemis de la religion contre toute justice et toute vérité, a pu répandre sur la mémoire de Coligny l'intérêt que mérite toute victime lâchement frappée. Mais comment oublier que, pour assouvir sa haine et satisfaire son ambition, cet étrange Français, investi d'une charge militaire des plus importantes, n'a pas craint d'appeler l'étranger au cœur de la patrie; que, par suite d'un pacte infâme, il a livré à l'Angleterre Dieppe, le Havre et Rouen, en retour de ce qu'elle lui promettait de secours en hommes, en argent et en vaisseaux, contre la cause du Roi et de la nation ; qu'il a inondé la France de ses reîtres allemands, soudoyés pour le pillage et pour l'assassinat ? Que l'on suive Coligny dans tout le cours de sa vie militaire : il est constamment occupé à pactiser avec l'étranger dans le but de faire envahir sa patrie par les troupes d'Elisabeth d'Angleterre, du prince d'Orange, du duc de Deux Ponts et des princes allemands. Si le plan du chef des Huguenots n'avait pas échoué devant l'énergique résistance du peuple catholique, l'Angleterre reprenait dans notre pays tout le terrain perdu un siècle auparavant; l'œuvre de Jeanne d'Arc était détruite, et la nationalité française courait un péril d'autant plus grave que, cette fois, les luttes religieuses venaient s'ajouter aux divisions politiques

Personne ne songerait de nos jours à remettre en honneur la figure de ce renégat, qui préparait dans l'ombre le meurtre d'un héros avec le même sang-froid qu'il mettait à vendre aux Anglais des vdlcs françaises.

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si l'on n'espérait réveiller par là contre l'Eglise catholique les souvenirs de la Saint-Barthélémy. Oui, sans doute, il convient de flétrir, comme il le mérite, ce triste résultat de la politique cauteleuse, florentine, machiavélique de Catherine de Médicis et de ses fils, politique à laquelle le zèle religieux n'a eu aucune part, et dont l'Eglise a souffert plus encore que le pays. Mais il ne faut pas perdre de vue les causes qui ont amené cette explosion des haines d'une population exaspérée par les crimes des Huguenots. Il ne faut pas oublier que, depuis un demi-siècle, les calvinistes s'étaient montrés partout les agresseurs, pillant et incendiant les cathédrales, les églises, les abbayes, brisant les autels et les statues des saints, égorgeant et torturant les prêtres, avec des raffinements de cruauté inouïs jusqu'alors.

En regard de la Saint-Barthélémy qu'on ne saurait trop réprouver, il ne faut pas oublier ni le massacre des prêtres à Sully-sur-Loire par les troupes de Coligny, ni les forfaits du baron des Adrets à Montbrison, ni l'épouvantable tuerie connue dans l'histoire sous le nom de Michelade de Nîmes, ni les atrocités dont le Béarn était devenu le théâtre sous les ordres de Jeanne d'Albret, trop fidèlement exécutés par Montgoméry et ses ancêtres, ni tant d'autres excès dont vous retracez le tableau après les écrivains du temps et qui ne pouvaient manquer de provoquer de sanglantes représailles. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier lorsqu'on veut se rendre compte de l'état d'indignation où était arrivé le peuple de Paris en particulier devant l'arrogance des Huguenots qui se croyaient déjà les maîtres du royaume après une longue série de révoltes, de meurtres et de profanations. »

Statufié à Berlin, il pourrait, à meilleur titre encore l'être à Londres. Si les Allemands peuvent lui être reconnaissants de ses bonnes intentions pour eux, les Anglais doivent de la gratitude à ses actes. Envoyé en Normandie par le Roi de France, après l'échec de la conjuration d'Amboise (qu'il avait fomentée sans y paraître) pour apaiser les esprits de cette province et prévenir les troubles religieux, Coligny n'y fit autre chose que favoriser, stimuler et organiser ses coreligionnaires. Puis la guerre civile recommençant, il négocia et accomplit la livraison du Havre et de Dieppe aux Anglais, en échange d'un fort secours en hommes et en argent assuré par la reine Elisabeth aux armées huguenotes. Ce fut l'objet du traité d'Hampton Court, conclu le 20 septembre 1562, entre cette Reine et les chefs huguenots français.

M. l'abbé Marchand, dans son livre Les protestants de Rouen et l'Angleterre au XVIe siècle, a publié, tout récemment, deux lettres inédites où la trahison des protestants se manifeste plus évidente que dans aucun des documents publiés jusqu'ici. L'une de ces lettres est aux archives de l'Angleterre, l'autre dans les archives du marquis de Salisbury. La première, signée de trois

chefs protestants, Jean du Bosc, de Mentrevile, Vincent du Gauchot, sieur de Soquence et Noël Coton, sieur de Berthonville, est adressée au ministre Cécil, 8 septembre 1562. Les signataires prient le ministre anglais de « s'employer » pour la cause protestante, qui est le service de Dieu, contre ces ce adversaires et tirans vos ennemis et les nostres, qui ne tendent à aultre but synon à ruiner notre païs, qui est et se veult rendre vostre pour se sauver de leur cruauté, vous suppliant ne lui refuser aide, se mettant à votre protection et à la sauvegarde de la majesté de la Rainne d'Engleterre que nous advouons nostre maistresse par votre moien, laquelle nous préservera, s'il lui plaist, nous estans ses subjects naturelz comme nous avons été aultre foys jusques à l'extrémité de nos biens et de nos vies. »

La seconde lettre, adressée à la Reine elle-même, n'est pas moins explicite. Les ce manans et habitans de la ville de Rouen » se disent les « serviteurs et subjeetz du païs de Normandie, qui aultre fois soubz la conduite du Roeiaume d'Engleterre, ont esté tant heureusement tratés, qu'ils désirent de rechef vous obéir et servir d'aussi bonne voullonté qui (sic) firent jamés... aussi nous supplions votre majesté nous recepvoir à votre protection et nous voulloir guarder comme vos très humbles serviteurs et subjeetz, etc.. » Ils continuent en promettant à la Reine d'Angleterre « de la servir et obéir » de leur mieux.

Les conseillers de la ville de Rouen, pour justifier leur appel à l'étranger, parlent des cruautés exercées contre eux. La vérité est que les catholiques ne firent jamais que se défendre contre les protestants, à qui il était recommandé d'être cruels.

Dès qu'il eut commencé à se répandre en France, le calvinisme c'est-à-dire le protestantisme français, s'était affirmé, comme en Allemagne, une religion de sang. « Les idées ne poussent qu'avec du sang », a dit Calvin pour colorer ses cruautés ; et ailleurs : « J'apporte non la paix, mais la guerre. Temps admirable où les princes peuvent plus aisément mériter le ciel en massacrant et en versant le sang que d'autres en répandant des prières devant Dieu ». Aussi l'historien Mézeray a-t-il pu dire: « Le cœur de Calvin ne concevait que des desseins sanglants et tout à fait exécrables. »

Ces leçons ne furent point perdues. Bien avant la Sainl-

Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — IT

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Barthélémy, les protestants avaient organisé dans des villes paisibles d'épouvantables massacres. Pour ne citer qu'un exemple, en 1562, à Nîmes, à Saint-Gilles en Languedoc et à Montauban, d'horribles tueries firent des milliers de victimes catholiques. Or, elles furent exécutées de sang-froid à la suite d'une décision de soixante-dix pasteurs protestants réunis à Nîmes en concile, et sans qu'aucun acte des catholiques justifiât ces atrocités. La Saint-Barthélémy ne fut pas une revanche de ce massacre et de bien d'autres semblables, mais une mesure de sûreté qui empêcha le succès d'une entreprise désastreuse pour la France. Le fanatisme protestant, dans le but d'abattre une grande puissance catholique, entraînait le débile Charles IX dans une guerre contre l'Espagne. Pour s'y être prise beaucoup trop tard, et après beaucoup trop de balancements et de changements de plan, Catherine fut réduite à s'y prendre très mal et hélas ! très sanguinairement.

Le protestantisme s'était introduit chez nous par le Dauphiné. Il alluma dans ce pays une guerre religieuse terrible qui faillit le détruire. Il avait pris un point d'appui dans une province espagnole, la Navarre, et de là il chercha à briser l'alliance religieuse naturelle de l'Espagne et de la France. Il fit des efforts désespérés, sous plusieurs rois consécutifs, pour pousser la France catholique dans l'alliance de l'Allemagne du Nord, de la Hollande et de l'Angleterre, toutes nations protestantes, contre l'Espagne, seule nation catholique restée puissante, ce qui aurait promptement protestantisé la France et aurait mis l'Espagne dans le plus extrême péril. Ce fut le principal objectif de Coligny. Ses projets, d'après l'Allemand Ranke, historien de haute valeur, qui plaide constamment la cause du calvinisme, les projets de Coligny pour arriver à ses fins, allaient jusqu'en Amérique 5.

5. En 1901, M. Bourgeois ayant dit à la tribune qu'il voulait substituer à la doctrine de l'Eglise catholique « l'esprit de la Réforme », s'attira cette réplique de M. Lasies : « Voyez l'histoire. La suite des événements ne nous prouve-t-elle pas que l'esprit de la Réforme, c'est l'esprit étranger luttant contre l'esprit national?

N'a-t-il donc pas existé cet homme qui, passant près d'Orléans, s'embusquait près d'une haie et abattait le duc de Guise? Le duc de Guise n'était-il pas alors le chef de l'esprit catholique, de l'esprit de l'Eglise, et le chef du parti national ?

Et alors qu'était-il celui qui livrait aux Anglais: Dunkerque, Dieppe et le Havre? Tl s'appelait Coligny et il était le grand pontife de la Réforme.

« La France était donc, dit M. Boselli, on peut l'assurer, au bord de l'abîme; si Coligny réussissait, et c'était presque fait, la France était entraînée dans le parti protestant, l'Espagne écrasée, le roi de Navarre proclamé roi de France, non pas en se faisant catholique, comme cela est arrivé plus tard, mais comme roi protestant; toutes les institutions nationales eussent été bouleversées selon les anciens plans de Calvin, et les catholiques traités en France comme ils l'avaient été et l'étaient encore en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, c'est-à-dire supprimés ou persécutés au nom de la liberté de conscience. »

C'est alors que Catherine de Médicis, qui était en Lorraine, près de sa fille, revint précipitamment à Paris, décidée à en finir. Elle essaya encore de la douceur. Coligny lui répondit par une menace qui la poussa aux mesures extrêmes.

N'ayant pu parvenir à faire entrer la France catholique dans l'Alliance de l' Allemagne du Nord, de la Hollande et de l'Angleterre contre l'Espagne, le calvinisme poussa vers le trône un prince protestant, qui de son côté s'employa de son mieux à y monter en restant protestant. C'est ce qui donna naissance à la « Ligue » dans laquelle entrèrent non seulement beaucoup de seigneurs, mais la bourgeoisie et le peuple des villes, surtout celui de Paris.

Ce fut une heure bien douloureuse pour les cœurs français. La masse de la nation était, dans sa conscience, tiraillée entre deux fidélités qui l'une et l'autre s'imposaient comme un devoir. La constitution de la France voulait que l'héritier du trône fût le plus proche de son prédécesseur par la descendance masculine. Cette loi, miraculeusement confirmée par Janne d'Arc comme voulue du ciel, était tellement ancrée dans les âmes françaises, qu'au dire de plusieurs historiens dignes de foi, cent

C'est cet esprit qui se réveille chaque fois que la politique française est en jeu.

Et je vous demande si ce n'est pas le même esprit de la Réforme qui a inséré dans la Revue de la Franc-Maçonnerie française, à la date du 7 septembre 1897, un article où il est dit : « Jeanne d'Arc a eu tort de pencher pour le dauphin, ce malheureux roi de Bourges : elle eût dû aller au roi d'Angleterre. » Et l'esprit de la Réforme s'est incliné devant les insultes adressées à notre héroïne nationale.

Voici une autre manifestation de l'esprit de la Réforme : Un explorateur français, après avoir réussi à planter notre drapeau sur un point envié par les Anglais, envoie en France un officier pour annoncer cette victoire. A peine celui-ci a-t-il ouvert la porte du cabinet du ministre des affaires étrangères, que celui-ci lui souhaite ainsi la bienvenue : « Nous n'avions qu'un espoir, c'est que les Anglais arrivent avant vous. »

On nous a reproché de vouloir faire une guerre do races. C'est possible, mais, en ce moment, c'est la race française qui se défend. » (Très bien ! très bien !)

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évêques sur cent-dix reconnurent, à la fin de 1589, le légitime héritier, quoique protestant. Mais une autre tradition qui n'était pas moins profondément ancrée dans les âmes, voulait que le Roi de France fût catholique, qu'il fût le fils aîné de l'Eglise et son royaume le boulevard de l'Eglise. De là, la constatation adressée à Rome par le nonce du Pape Gaëtan. Tout passionné qu'il fût pour la Ligue, il se voyait contraint à cet aveu : « Si Navarre donne le moindre signe de catholicisme, les peuples sont tellement disposés à l'accepter qu'humainement parlant, on ne peut lui enlever le royaume. »

Les Etats Généraux se réunirent à Paris en janvier 1593. Ils firent savoir au Roi qu'ils refusaient de traiter avec lui tant qu'il ne serait pas catholique. Henri IV s'inclina devant la volonté nationale. Il se fit instruire, puis, le 25 juillet, il prononça les paroles qui, selon le bon mot de saint François de Sales, « le rendant enfant de l'Eglise le rendaient père de son ro}*aume ». Le 17 septembre 1595, le pardon pontifical descendit sur le procureur du roi agenouillé: ]a réconciliation de la royauté française et de l 'Eglise romaine était scellée G.

6. Henri IV n'ayant pas encore abjuré, le pape Clément VIII, fit nu-pieds et à deux reprises, le pèlerinage de Sainte-Marie-Majeure, afin d'obtenir la conversion de ce prince.

Puis, lorsque Henri IV eut prononcé son abjuration, le même Souverain Pontife lui donna pour pénitence de réciter le chapelet tous les jours et le Rosaire entier tous le samedis.

Les vertus de saint François de Sales ne furent pas sans influence sur la conversion du Roi au catholicisme. N'étant encore que coadjuteur de Mgr Granier, évêque de Genève, il fut envoyé par ce prélat à Paris pour les affaires de son diocèse. Il dut y demeurer sept mois, tant Villeroy mit de lenteur à leur examen.

Le prédicateur qui devait prêcher le carême à la Cour ayant fait défaut, 'François le remplaça. Henri IV, qui avait passé tout le temps du carême au palais de Fontainebleau, fut curieux d'entendre par lui-même le prédicateur dont la voix publique redisait si haut les talents comme les vertus ; et François étant venu le voir en cette résidence, la semaine de Pâques, pour hâter l'expédition des affaires qui l'avaient amené à Paris, il l'invita à prêcher dans la chapelle du château. Prompt à se conformer aux désirs du monarque, le coadjuteur monta en chaire, le dimanche suivant. Après l'avoir entendu, Henri IV dit hautement que tout ce que la renommée lui avait appris de ce Savoyard, était encore au-dessous de la vérité, que jamais il n'avait ouï plus excellent prédicateur et qu'un homme d'un tel mérite devait occuper un siège plus élevé que celui de Genève.

Le Roi voulut ensuite l'entretenir en particulier. Son estime ne fit que s'accroître à mesure qu'il le connut davantage; et depuis cette époque il n'en parla plus qu'avec admiration. « M. de Genève, disait-il, est vraimeni le phénix des nrélats : il v a presque toujours chez les autres quelque côté faible : dans l'un, c'est la science, dans un autre, la piété, dans d'autres la naissance ; au lieu que M. de Genève réunit tout au plus haut degré, et naissance illustre, et science rare, r-t piété éminente. »

« Sous Henri IV comme sous Clovis, dit Mgr Baudrillart, la vérité triompha et la France fut une fois de plus l'instrument dont Dieu se servit pour en conserver l'empire ébranlé. Le protestantisme ne fut pas détruit, mais sa marche en avant fut à tout jamais arrêtée ».

Pourquoi et comment le catholicisme a-t-il été vainqueur, pourquoi et comment la France est-elle demeurée catholique, alors que tant d'autres nations soumises à la même épreuve, abandonnaient la foi traditionnelle pour suivre les doctrines des novateurs? C'est parce que la France l'a voulu. Le maintien de la vraie religion fut chez elle l'œuvre et le triomphe de la volonté nationale — La masse du peuple défendit sa foi contre tout ennemi, par tous moyens et l'imposa même à son Roi.

Cependant les protestants ne désarmèrent point. Ils aspirèrent alors à mettre la France en république pour donner une base politique au protestantisme. Disciples de Calvin, c'était d'ailleurs une idée qu'ils caressaient depuis leur entrée en scène 7.

Richelieu comprit la nécessité de détruire l'organisation que le protestantisme s'était donnée, grâce à l'Edit de Nantes ; pour

Le Roi continua de s'entretenir avec lui et rapporta de cette entrevue une admiration plus grande encore. Il ne se lassait pas de dire, quand l'occasion s'en présentait, que M. de Genève était un homme de Dieu, qu'il rapportait tout à Dieu, qu'il avait une merveilleuse prudence et une modestie rare, qu'il n'usait point de la flatterie et rendait à chacun ce qui lui est dû.

L'estime d'Henri IV pour François de Sales était si grande, qu'il exprima hautement l'intention de le demander au Pape pour l'envoyer en Angleterre travailler à la conversion du roi Jacques, comme étant, à son avis, le prélat de toute l'Eglise le plus capable, par sa doctrine et sa haute sagesse, de traiter avec un monarque si érudit. En attendant, il le sollicita jusqu'à cinq fois de rester en France. « Je suis marié, répondit saint François aux propositions du Roi. J'ai épousé une pauvre femme, je ne puis la quitter pour une plus riche... Je suis où Dieu me veut, puisque sa main m'y a placé. Il est vrai que je ne suis pas dans une grande ville ; mais Annecy est déjà beaucoup pour moi, qui ne suis rien du tout. Si j'étais bon ouvrier, ce serait bien assez, puisque je peux tous les jours attaquer les ennemis de l'Eglise, étant sur les frontières de leur Babylone. »

7. M. de Bonald a fait cette juste et profonde observation: « Le catholicisme s'allie naturellement à l'unité du pouvoir politique, parce qu'il est un aussi; et le protestantisme penche vers la démocratie parce qu'il est populaire comme elle et qu'il établit dans l'Eglise l'autorité des fidèles, comme la démocratie établit dans l'Etat l'autorité des sujets ou la souveraineté; car c'est le presbytérianisme qui, le premier, en a fait un dogme politique. »

Lorsque nos présidents de la République — plusieurs ont tenu le même propos — recevant les ministres protestants, leur disaient la cause du bon accueil qu'ils leur faisaient, ils ne se trompaient point : c'était un instinct sûr qui leur faisait voir l'affinité très réelle qui relie la République au Protestantisme.

422 l'œuvre du protestantisme.

assurer l'unité de la France, pour consolider l'autorité monarchique, menacée par les idées républicaines, il fallait avant tout abattre la faction protestante, disposée à déchaîner sur la France la guerre civile pour arriver à ses fins. Richelieu brisa heureusement ces desseins antipatriotiques. Il contint le parti huguenot et retarda d'un siècle et demi pour la France l'avènement de la Révolution 8.

Mais cela amena un changement dans le régime politique de la France. En environnant l'autorité royale de rébellion, en menaçant de livrer la France à l'étranger, le protestantisme conduisit peu à peu la royauté de France à changer de caractère. Au régime paternel se substitua insensiblement ce que l'on appela l'Ancien Régime, qu'il est plus juste d'appeler le régime nouveau : le pouvoir absolu.

Le gouvernement royal fut contraint de retirer à soi une très grande part des libertés publiques, dont se servaient les protestants pour l'attaquer. Du moment qu'il y eut dans le pays deux religions, il y eut deux peuples, et deux peuples hostiles ; dès ce moment aussi l'Autorité dut se rendre plus forte que ces deux peuples divisés : et n'eût-elle pas été par sa nature portée à s'agrandir, leurs entreprises continuelles et inévitables l'un contre l'autre, leur jalousie réciproque, leur passion de la gagner ou de la détruire l'y auraient forcée.

Chose bien remarquable, c'est le peuple qui fut le principal agent de cette transformation. Lassé des guerres intestines, il la désira ardemment, et l'histoire de la Fronde se résume en une violente manifestation de ce désir.

L'Ancien Régime a commencé à Henri III, pour se développer jusqu'à Richelieu et Louis XIV. Richelieu acheva l'instrument de la grandeur comme de la décadence de la royauté française : le régime personnel. Mais ce régime ne fut jamais

8. Dans une étude que M. Sabatier, protestant, publia au mois d'août 1896 dans une feuille protestante, le Journal de Genève, nous relevons les chiffres qui suivent: Henri IV fit faire, avant d'accorder l'Edit de Nantes, un dénombrement des protestants existant dans son royaume. Il s'y trouvait six cent quatre-vingt-quatorze temples publics, deux cent cinquante-sept églises de fief, huit cents ministres et quatre cent cinquante proposants. L'historien Rank donne les mêmes chiffres. Et c'est cette bande qui ravagea le pays pendant cinquante ans, par ses violences, son audace, sa ténacité, tint en échec la France et ses dix-huit millions de catholiques, et fit appel pour leur imposer l'évangile de Calvin, aux Suisses, aux Anglais et aux Allemands.

porté en France aux excès auxquels on le vit se livrer dans tous les Etats protestants 9.

La politique de Richelieu avait préparé la révocation de PEdit de Nantes que les protestants avaient arraché à Henri IV. C'était en une heure où le royaume était en danger. Les étrangers, après avoir enlevé le Catelet, Ardres et Calais, assiégeaient Cambrai, et l'armée du Roi s'épuisait au siège de la Fère. L'assemblée protestante de Loudun lui avait posé les plus dures conditions, avait saisi les deniers royaux et les produits des taxes et du domaine, alors qu'il n'avait pas de quoi solder ses troupes, et elle l'avait contraint à céder sous la menace d'une insurrection calviniste.

Aussi Henri IV disait-il que parmi les dix principaux vœux pour Je succès desquels il priait Dieu, le huitième était « de pouvoir anéantir non la religion réformée, mais la faction huguenote qui était devenue plus mutine et plus tumultueuse que jamais ».

La tentation pouvait donc être grande de réaliser ce vœu lorsque, la Bretagne rentrée sous son autorité, Henri IV se vit enfin en état de parler haut et de se faire obéir. Mais il ne le fit point, et, tout en disant aux Calvinistes qu'il y avait dans leurs plaintes « plus de faction que de religion», il signa l'Edit en quatre-vingt-douze articles et cinquante-six articles secrets, qui leur assurait l'entière liberté de conscience, augmentait le nombre des châteaux, villes et villages où leur culte pouvait s'exercer publiquement, leur permettait d'ouvrir des écoles, chargeait

9. Le régime personnel fut approuvé et encouragé à ce point par le fondateur du protestantisme que Bossuet dans son Histoire des Variations a pu dire: <c Je n'ai pas besoin de m 'expliquer sur la question de savoir si les princes chrétiens sont en droit de se servir de la puissance du glaive contre leurs sujets ennemis de l'Eglise et de la saine doctrine, puisqu'en ce point les protestants sont d'accord avec nous. Luther et Calvin ont fait des livres exprès * pour établir ce point, le droit et le devoir du magistrat. Calvin en vint à la pratique contre Servet et ocntre Valentin Gentil. Mélanchton en approuva la conduite par une lettre qu'il lui écrivit à ce sujet.

Toujours, au témoignage de Bossuet, le théologien protestant Jurieu, rendu célèbre par ses polémiques avec Bossuet, alla jusqu'à soutenir dans ses colloques et ses synodes que ce si un royaume catholique se divisait d'avec Rome, et ensuite se subdivisait en plusieurs souverainetés, chaque prince pourrait faire un « patriarche » et établir dans son Etat un gouvernement absolument indépendant de celui des Etats voisins <c sans appel », sans liaison, sans correspondance, car tout cela selon lui dépend du prince **. »

' Luther de Maçutio, t. III ; Calvin, opusc, p. 592.

** Histoire des Variations, Œuvres complètes, t. V, p. 100.

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l'Etat de pourvoir aux appointements des ministres et des professeurs, admettait leurs enfants dans les collèges et universités, réglait leur état civil, et leur assurait dans tous les parlements du royaume des chambres de justice spéciales pour juger toutes les causes où ils seraient intéressés.

Ce qu'on comprend moins, c'est qu'il leur ait laissé deux cents villes ou places de sûreté dont les fortifications allaient être entretenues, les garnisons soldées à ses frais et dont les gouverneurs ne pourraient être nommés qu'avec l'agrément « des Eglises ». Ce n'est pas sans peine qu'il se résigna à tout cela, car c'était encore laisser un Etat dans l'Etat. Aussi fallut-il toute la fermeté du Roi pour obtenir l'enregistrement de cet Edit par les Parlements ; mais ce qu'on croira plus difficilement, c'est qu'il ne satisfit pas tous les protestants ; le Synode qui s'assembla à Montpellier, le 26 mars suivant, daigna à peine y faire allusion.

Un tel édit ne pouvait être éternel, car il mettait dans un danger perpétuel la paix et la sécurité du royaume. Sa révocation sur laquelle a été versée tant d'encre venimeuse était une nécessité.

C'est ce que dit M. Hanotaux dans son Tableau de la France en 1614, extrait de son Histoire de Richelieu. Dans ses articles secrets, l'Edit laissait pour huit années cent cinquante places fortes aux mains des protestants. A l'échéance de 1606, les Huguenots se gardèrent bien de rendre les places, en dépit de l'engagement pris : ils restèrent le clan des ennemis publics 10. Toujours debout, dans l'attente d'une guerre civile qui leur donnerait le pouvoir, ce clan paralysait toute la politique extérieure de la France.

« En 1608, l'ambassadeur vénitien, Angelo Badoër dit qu'il y a trois mille cinq cents gentilshommes protestants qui peuvent, rien qu'en France, mettre sur pied une armée de vingt-cinq mille hommes, et il ajoute que de ces trois mille cinq cents qui tiennent les autres, il n'en est pas deux cents qui souffriraient le martyre pour leur religion. »

A la mort d'Henri IV, ce personnel séditieux releva la tête; c'est, « la conspiration latente et je ne sais quelle franc-maçonnerie obscure, poussant, sous le sol national, ses galeries souterraines. » Mais l'indignation populaire, cet esprit national qui avait fait la Ligue, se réveilla au

io. L'Edit de Nantes, a dit J. de Maistre, a été arraché par la force et peut-être aussi les protestants le durent-ils à quelque reste d'inclination cachée dans les replis du cœur du bon et grand Henri. Mais cette concession ne fut pas capable de les rendre sujets fidèles.

même moment. « On prendra La Rochelle, on révoquera l'Edit de Nantes, avec l'assentiment de la grande masse de la nation. »

C'est ce que fit Louis XIV. Il savait que son père était resté dix ans en selle à récupérer son royaume, ville par ville, contre la rébellion huguenote. Il n'ignorait pas le rêve des protestants de renverser la monarchie et de faire de la France démembrée une République 10bls sous la protection d'un prince huguenot, ou d'un prince allemand. Il fallait mettre fin à cet état de choses. « Mon père vous craignait, dit un jour Louis XIV à un protestant de marque, mon grand-père vous aimait, moi, je ne vous aime ni ne vous crains. »

M. Jules Lemaître, dans ses conférences sur Fénelon, rendit à Louis XIV ce témoignage :

« La révocation de l'Edit de Nantes fut signée le 17 octobre 1685, à l'applaudissement de presque toute la France, les victimes exceptées. Le rétablissement de l'unité religieuse en France par l'extinction du protestantisme avait toujours été un des principaux desseins du Roi. Pendant tout, son règne, les conversions avaient été nombreuses ; souvent intéressées, d'ailleurs. Mais, en cette année- là, on lui annonçait de toutes les parties du royaume, et surtout du Midi, que les populations huguenotes se convertissaient en foule ; que, dans des provinces entières, il ne restait plus qu'un nombre infime de protestants. Le Roi crut le moment venu d'abolir les garanties que son aïeul Henri TV avait accordées aux églises protestantes. »

Michelet avoue lui-même que « l'exaspération était grande contre les protestants, la France sentant dans son sein une seconde Hollande, qui se réjouissait des succès de l'autre ».

Il y eut dans l'exécution des actes regrettables, mais en ellemême elle n'est ni à blâmer ni à regretter par les vrais Fran-

iobis. <( Le gouvernement monarchique, a dit Bossuet, c'est celui qui intéresse le plus à la conservation de l'Etat les puissances qui le conduisent. Le prince qui travaille pour son Etat travaille pour ses enfants, et l'amour qu'il a pour son royaume confondu avec celui qu'il a pour sa famille lui devient naturel. » (L'éducation du Dauphin, Liv. IL)

ii. Il est puéril de croire que la Révocation de l'Edit tant de fois violé par les protestants avait pour but leur conversion forcée, puisqu'un article défendait formellement de les troubler et empêcher sous prétexte de religion, à la seule condition de ne point faire d'exercice public ni de s'assembler. La vérité est que Louis XIV, qui avait maintes fois recommandé de <c ne se servir que de la force de raison pour ramener les protestants à la vérité, et de ne rien faire contre les Edits en vertu desquels leur religion est tolérée, » fut trompé par la facilité même des protestants à abandonner leur culte pour se soustraire aux procédés de Louvois, qui n'étaient encore que vexatoires et non violents, et que, devant les masses de conversions qu'on lui annonçait de tous côtés en lui laissant croire qu'elles étaient sincères et spontanées, il

426 l'œuvre du protestantisme.

ce Cette révocation, dit J. de Maistre, fut très juste et très légitime. » Mais, ajoute-t-il, « il ne fallait point de confiscation, point de sévérité inutile, et surtout point de tyrannie sur les consciences. Voilà le mal. Voilà l'homme qui se montre partout. Quoique, pour rendre hommage à la vérité, il faille convenir que le Roi était bien éloigné de connaître tout ce qu'on faisait de mal, que l'exécution de la loi, comme il arrive presque toujours dans les grandes mesures, entraîne des abus qui ne doivent pas être mis sur le compte du législateur, et qu'on n'eût d'abord à Paris qu'une idée très fausse de ce qui se passait dans le midi du royaume. »

D'ailleurs, les faits regrettables furent singulièrement exagérés. La Revue des questions historiques (C. xxxviii) a fait cette observation :

« Il faut bien remarquer, que les premiers historiens de nos guerres religieuses sont des huguenots ; c'est La Noue, La Popelinière, d'Aubigné, — intéressés toujours à présenter les faits d'une manière favorable au parti ; mais ce qu'ils avouent est suffisant pour nous édifier. — De Thou, parlementaire d'abord, n'a pas d'impartialité quand les véritables intérêts de la religion sont en jeu. »

Les ligues offensives et défensives formées par les protestants français avec les protestants des pays étrangers divisèrent l'Eu-

en vint à se persuader qu'il n'y avait presque plus de protestants en France et que dès lors l'Edit n'avait plus d'objet. La plus odieuse oppression n'a jamais pu avoir raison d'un seul Irlandais, les protestants de France se convertissaient en masses devant la seule menace de logements militaires, et la Révocation de l'Edit fut aux yeux de Louis XIV la simple déclaration d'un fait accompli ou qu'il supposait accompli.

La meilleure preuve que Louis XIV croyait les conversions libres et sincères, c'est qu'il défendait de troubler les non-convertis « en attendant qu'il plaise à Dieu de les éclairer comme les autres », ce qui avait pour conséquence inévitable, non seulement d'arrêter de nouvelles conversions, mais de faire rétracter les anciennes si elles n'étaient pas le résultat du libre consentement, et c'est ce qui excita tout de suite les plaintes des Intendants qui, pour les obtenir, avaient obéi moins aux intentions formelles du Roi qu'aux instructions secrètes de Louvois. De sorte que, bien loin d'organiser contre les protestants un système de pression, l'Edit de Révocation lui-même avait pour résultat de soustraire leur conscience à toute contrainte et à toute vexation, il interdisait tout culte public et visait à la suppression du protestantisme en France par voie d'extinction, mais il était le désaveu formel de toute violence en vue d'obtenir des conversions.

Au milieu du concert de louanges qui accueillit l'Edit de Révocation, une seule voix discordante s'éleva, et ce fut celle du Pape. Dès la fin d'octobre 1685, les papiers sont pleins de l'étonnement produit. « On ne s'en réjouit guère à Rome, et le Pape moins qu'un autre, disant, pour se disculper, qu'il ne pouvait approuver ni le motif ni les moyens de ces conversions à milliers, dont aucune n'était volontaire ». Orner Talon tonna contre le Pape au Parlement, et Innocent XI répondit que l'Eglise et ses plus sages ministres ne pouvaient trouver un sujet de joie dans « ces conversions apparentes de gens qui faisaient profession de la foi romaine sans changer pour cela de sentiments » ; s'élevant au-dessus de l'opinion publique, il n'hésita pas à condamner les violences employées contre les protestants, ce qui n'empêche pas qu'on rende toujours l'Eglise responsable de l'Edit de Révocation.

rope en deux partis, non moins ennemis que chrétiens et musulmans. Ces haines traditionnelles existent toujours et n'entrent pas pour peu dans les guerres faites par l'Allemagne à l'Autriche d'abord et maintenant à la France. Hier comme aujourd'hui elles ont extraordinairement nui au développement de la civilisation chrétienne en Europe et à sa salutaire influence sur le reste du monde. C'est l'observation du philosophe espagnol, Jacques Balmès. Cet état de choses eut pour conclusion au XVIIe siècle le traité de Westphalie, qui fut, dit Donoso Cortès, « la consommation de l'apostasie ». Les Etats réformés qui n'avaient joui en Europe jusque-là, que d'une existence locale et en quelque sorte tacite, reçurent de ce traité une existence politique et constitutionnelle, dont la Prusse retira le plus grand bénéfice et qui fut le point de départ de la force dont elle abuse tant de nos jours. Il créait de nouveaux peuples, de nouveaux gouvernements, en opposition aux anciens peuples et aux anciens gouvernements, en même temps que, sous prétexte d'établir un équilibre nouveau entre les puissances européennes, il consacrait virtuellement la prédominance des pays de Réforme protestante sur les nations catholiques.

M. Coquille n'a pas exagéré lorsqu'il a dit dans l'un de ses articles si solides de fond et de doctrine :

« Cette politique d'équilibre, Richelieu l'embrasse avec ardeur, et il n'a de cesse qu'il n'ait abattu le catholicisme dans une partie de l'Europe, pour élever la Réforme contre la Maison d'Autriche... Les hommes religieux s'indignaient du machiavélisme de Richelieu ; mais rien ne fut capable de résister au tout-puissant ministre, qui, d'ailleurs, ne s'écartait pas des antécédents en élargissant la voie césarienne. Comnre Richelieu est un des principaux fondateurs de l'absolutisme en France, il n'est pas inutile de constater que sa politique extérieure fut. protestante... 12 »

M. Goyau, dans son livre Vieille France jeune Allemagne,

a exprimé un jugement semblable :

« La paix de Westphalie, a-t-il dit, fut, il y a deux cent cinquante ans. le commencement de la laïcisation de la politique internationale inaugurée par François Ier dans son alliance avec le Grand-Turc et continuée par Richelieu dans son alliance avec le luthérien Gustave-Adolphe 1S. »

Ce traité toujours invoqué en vain par les faibles, a toujours ■été impunément violé par les forts. Il n'a pu assurer presqu'au-

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