‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 14 sur 98 · LA LEÇON DE 1870 INCOMPRISE · texte numérisé non relu

LA LEÇON DE 1870 INCOMPRISE

peuple flagellé qui ne se tourne point vers lui, et ceux qui le conduisent le mèneront à des précipices plus profonds.

Si Torgueilleuse outrecuidance que nos gouvernants ne cessent de manifester venait à être partagée par la nation, elle donnerait à craindre que les dernières calamités, celles qui doivent précéder le second avènement du divin Sauveur, ne soient bien proches.

Après la lettre de lord Denbigh, M. Le Play en reçut une de lord Montagu qui lui disait :

« Lorsqu'en 1872 je vins à Paris, quelqu'un me demanda si j'y étais venu pour assister à des fêtes ou pour aller au théâtre. Je répondis : «: Je suis venu pour savoir si les Prussiens reviendront. » Alors mon interlocuteur me débita une longue tirade sur l'armement, les soldats et la résolution de chaque Français ce d'avoir une revanche ». Quand il s'arrêta enfin, je lui dis : « Je pense qu'il vous serait possible de l'avoir, cette revanche. » Comment donc ? — En devenant meilleurs chrétiens que vos vainqueurs.

c( — Je vous rappelle que pour être chrétien, il faut observer la loi de Dieu. Souvenez- vous que les commandements de Dieu sont la seule base sur laquelle l'édifice social puisse reposer solidement. Vous attribuez les malheurs de la France aux défaillances des hommes de guerre, à la division des partis, aux préjugés de la nation, aux illusions des lettrés. Je le concède. Mais alors le problème consiste à découvrir le remède à ces maux. Or, il ne peut se trouver que dans la loi de Dieu, qui, réprimant les erreurs et les passions, rappelle les hommes à leurs devoirs et rétablit parmi eux l'harmonie. »

Ces vérités ne furent point comprises. I^oin de là, on vit bientôt tout ce à quoi la voix des sages attribuait la catastrophe de 1870-1871 renaître, se renouveler et s'aggraver ; et ainsi un nouveau et plus cruel châtiment s'imposait.

Que la société doive être un Temple, comme disait la Semaine religieuse, c'est-à-dire qu'elle doive être organisée de façon à ce que Dieu y soit adoré et que les âmes y soient aidées à faire leur salut, et cela par le jeu naturel de la Constitution, par des Institutions nationales qui en soient l'ossature et la musculature, et par des lois qui soient dérivées de la loi divine, c'est ce que le fils de saint Louis avait compris, voulu et signifié dans son manifeste. Mais la guerre et la Commune n'avaient pu ouvrir les yeux des classes dirigeantes ; elles n'étaient pas encore assez éclairées pour renoncer à la « Grande Conquête de 89 », c'est-àdire, à l'omnipotence de l'Etat, à l' Etat-Dieu. Leurs représentants proclamèrent la République. Ils avaient cru consolider leur édifice en lui donnant le nom de « République Conser-

vatrice ». Hélas ils en avaient rejointoyé les pierres assez bonnes en elles-mêmes, non avec le ciment divin, mais avec un mortier sans liaison ; aussi on les vit se détacher les unes après les autres. Et la République n'eut qu'à s'avancer dans la voie que l'Assemblée lui avait ouverte pour arriver à faire de l'athéisme le dogme et l'institution fondamentale de l'Etat définitivement libéré.

C'est le grand crime, le crime qui surpasse tous les autres. Commencé en France par la déclaration des Droits de l'homme, il se répandit comme une contagion pestilentielle chez tous les peuples. Aussi n'est-il pas étonnant que des esprits si divers et si distingués aient eu la pensée qu'il appellerait sur nous un châtiment comparable à celui dont furent frappés les contemporains de Noé.

Ce nouveau châtiment nous le subissons, et ce n'est que ceux qui en verront la fin qui pourront dire si sa comparaison avec celui du déluge fut exagérée.

Nous ne parlerons qu'en second lieu de ce grand crime, ce crime de l'Etat. Nous devons en faire précéder l'exposé du récit des péchés individuels. Ils furent vraiment les. péchés du peuple, parce que tous, plus ou moins, nous nous en sommes rendus coupables, tous nous devions en être punis par un châtiment commun.

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