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CHAPITRE V

Le luxe mondain altérant dans quelques églises le culte liturgique.

Votre maison, ô Seigneur, veut pour parure la sainteté dans toute la durée des temps.

Ps. xcii, 5.

Magnificence que demande le culte divin. — Luxe malséant aux funérailles, aux mariages. — Chants profanes. — Auditions musicales. — Messe à grand orchestre, etc. — Attirer le public en effaçant Dieu devant l'homme. — Prédication par projections. — Chemins de Croix cinématographiques. — L'autorité de la S. Congrégation des Rites.

Nous venons de voir quel abaissement le luxe a fait subir à l'acte religieux considéré comme le plus important et le plus décisif de la vie, la première Communion de l'enfant. Il a porté plus loin ses exigences ; et après s'être imposé aux pères de famille pour dénaturer l'entrée dans la plénitude de la vie chrétienne, il s'est imposé au clergé pour déformer l'office divin, en certaines circonstances du moins, et en certaines églises, par un luxe déplacé et mondain. Grâces à Dieu, le nombre des églises qui se laissèrent entraîner dans cette voie est petit. Le grand nombre, l'immense majorité a conservé au culte la magnificence qui lui convient ; car s'il y a un faste qui doit être repoussé des églises, il est un luxe qui est une des formes de l'adoration. Notre Seigneur Jésus-Christ nous en a donné luimême l'exemple et le précepte, lorsque voyant l'heure venue d'instituer la Sainte Eucharistie, Il se fit préparer une salle tapissée, magnifiquement ornée « Cœnaculum magnum, stratum ».

C'est conformément à. cette direction donnée par Jésus luimême que la sainte Eglise dans le Cérémonial des Evêques (I, 1, c. 12, n. 5) dit au sujet des décors de circonstance pour les solennités : « Intus, si fieri poterit, parietes Ecclesiœ, similiter aulœis, trihunœ vero holoserîcîs aut nohiliorihus cortinis, coloris cœterorum paramentorum, pro festi qualitate conte gantur. » — A l'intérieur, si cela est possible, on couvrira les murs de l'église de tentures, on mettra aux tribunes des courtines de soie ou d'étoffe encore plus ornée; la couleur en devra être celle des autres ornements exigés par la qualité de la fête. »

C'est conformément à cette ordonnance, tout au moins directive, que les Romains savent orner leurs églises avec un goût exquis aux jours des solennités. Dans les grandes basiliques, et dans les moindres sanctuaires de Rome, c'est l'emploi des tentures plutôt que des plantes ornementales qui fait presque tous les frais des décors de circonstance. Il n'est pas possible dans tous les climats de se procurer et de conserver des plantes ornementales. Là où elles existent, on ne peut annexer à chaque église paroissiale une serre chaude. Il est au contraire facile de se pourvoir de tentures, si modestes soient-elles, de les serrer soigneusement pour les conserver longtemps, et de les draper avec goût. Mais venons-en à ce qui est digne de blâme. Personne ne s'est élevé avec autant de sagesse, de force et de constance contre le luxe imité du salon et du théâtre dans le sanctuaire que Mgr Isoard, évêque d'Annecy.

« On prononce assez souvent, dUait-il, ce mot : les pompes du culte, les pompes de l'Eglise.

» Qu'est-ce qui constitue, selon les appréciations communes, la pompe qui est déployée tel ou tel jour dans une de nos églises ? C'est le nombre des Ministres qui servent à l'autel et la richesse des ornements dont ils sont revêtus ; c'est la décoration de l'autel, du sanctuaire, et parfois de toute l'église ; c'est, enfin, le caractère particulier des chants sacrés, la musique, le talent des chanteurs, la valeur de l'accompagnement.

» Est-il légitime et conforme à l'esprit et aux désirs de la sainte Eglise de recourir à l'emploi de ces pompes extraordinaires dans la célébration de certaines de nos solennités ?

» Oui, sans aucun doute.

» Mais d'autre part, n'ont-elles pas été l'objet d'avis, et même d'interdictions émanés du Saint-Siège ?

» Oui, très certainement...

» Les pompes religieuses, aujourd'hui acceptées ou tolérées en France, sont-elles conformes à l'esprit de l'Eglise ? Répondent-elles aux intentions souvent manifestées par le Saint-Siège ? Ou tout au contraire, n'ont-elles pas perdu quelque chose du caractère qui leur est propre ? Et, ce qui

serait beaucoup plus grave, ne tombent-elles point quelquefois sous des condamnations formelles et indiscutables ?

» C'est ce que nous voulons examiner à cette heure.

» En France, on rapproche et l'on compare l'un à l'autre ces trois lieux de réunion : l'église, la salle do concert et la salle de théâtre, et l'on dit : Une église ne peut jamais devenir une salle de concert ou une salle de théâtre : elle doit rester une église.

» Donc,, aux approches d'une grande et exceptionnelle solennité, appelez à votre aide les tapissiers, les fleuristes, les chanteurs, les instrumentistes ; mais ne les abandonnez pas à eux-mêmes ; mais surveillez de près leurs programmes, leurs devis. Si, dans ce grand jour, et malgré cet appel inusité, votre église est restée une église, vous avez fait beaucoup de bien ; mais' si elle a pris les apparences d'une salle de concert, si on a pu y retrouver quelque chose de ce qu'on trouve au théâtre, vous

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