‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 19 sur 98 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Dimanche ravi à Dieu et donné au plaisir.

Demain est un sahbat, un jour de repos consacré au Seigneur... qu'il soit donc pour vous une chose sainte. Ex. xxii et xxxi.

J'adressai des réprimandes aux grands de Juda et je leur dis : Quelle est cette mauvaise action que vous faites, en profanant le jour du sabhat ? N'est-ce pas ainsi qu'ont agi vos pères, et n'est-ce pas à cause de cela que Dieu a fait venir tous ces malheurs sur nous ? Esdras, xiii, 17-18.

La loi du dimanche est primordiale et universelle. — Jour du Seigneur, le dimanche est aussi le jour de l'homme, de la famille, de la paroisse. — La laïcisation du dimanche secondée par les instituteurs, les compagnies des chemins de fer, les journaux. — La violation du Dimanche, signal public d'anarchie. — Avertissements divins et sourde oreille. — Le Dimanche chez les protestants.

Nous n'avons point fini de signaler les aberrations de ces jours qu'on pourrait appeler jours de folie, d'autant mieux que ceux-là même qui s'étaient donné la mission de conduire la foule la poussaient en aveugles par leurs journaux dans toutes les voies que le monde décorait du nom de « progrès social » mais qui étaient en réalité une rétrogradation de la civilisation chrétienne et des mœurs qu'elle avait introduites dans la société.

Il est un précepte divin qui est contemporain de l'existence du monde, c'est celui de la sanctification du septième jour.

« La terre et les Cieux, dit Monseigneur Pie, venaient à peine d'éclore ; les créatures, à la voix de Dieu, jaillissaient encore du néant, et déjà la loi du Dimanche s'élaborait avec l'univers : c'est-à-dire, l'ordre même et

la durée de l'action créatrice devenaient le type originel de la division du temps en six jours de travail suivis d'un jour de repos. On peut donc dire du Dimanche qu'il est écrit en tête du livre : In capite lihri scriptum est de me ; et parce que son institution est primordiale, son observation est universelle et invariable ». ce Transportez- vous, dit encore le cardinal Pie, dans quelque pays que ce soit, chez des peuples dont les usages sont différents en tout le reste ; partout vous trouverez ce même phénomène historique : la semaine de sept jours, un jour consacré à la divinité;

» Or, entre tant de manières possibles de diviser le temps, entre tant de combinaisons également admirables aux yeux de la raison, comment expliquer ce concert universel des nations les plus étrangères les unes aux autres, sinon en admettant sur ce point une révélation et une loi primitive adressée à ces premières familles patriarcales desquelles tous les peuples descendent } »

Que la Révolution ait voulu abolir ce cycle de sept jours pour le remplacer par la décade, rompre ainsi avec toutes les traditions et se mettre en opposition avec la Volonté Divine sur un point aussi fondamental, c'est bien l'un des signes les plus évidents de l'inspiration satanique qui la dirigeait. Cette Révolution, dont la main de fer a broyé tant d'institutions, de lois, d'usages, a cependant échoué ici devant une force qui lui était supérieure.

c( Ah ! dit encore Monseigneur Pie, c'est qu'on ne réforme pas de main d'homme ce que la main de Dieu a établi à l'origine des choses ; on ne change pas le nombre divin. Dans tout le reste, les enfants de Dieu acceptent docilement des pouvoirs terrestres, toute façon de compter et dé mesurer qu'il leur plaît de prescrire. — Dieu n'a rien commandé d'uniforme et de permanent à cet égard. Mais n'allez pas appliquer votre système à la division des jours. Nous recevons vos décimes, vos décimètres, vos décigrammes, vos décalitres, mais la décade jamais, parce qu'ici le septénaire est d'institution divine. »

Si le Dimanche est le jour de Dieu, c'est aussi le jour de

l'homme, surtout le jour du pauvre et de l'ouvrier. L'homme

ne peut pas travailler toujours ; ses forces n'y suffiraient pas,

il a besoin de relâche. La divine bonté y a pourvu en instituant

dès les jours de la création le repos septénaire. Et ce repos

n'est pas moins nécessaire au rafraîchissement de l'âme qu'au

soulagement des membres fatigués. Continuons à prêter l'oreille

au docteur de notre temps :

« Si vous tenez l'homme sans cesse courbé vers les sillons, ou enfernu' dans un atelier, dans une fabrique, bientôt il ne différera plus guère de l'instrument inerte qui est entre ses mains, ce sera une autre machine fonctionnant à peu près de la même façon que celle à laquelle il est enchaîné. »

C'est hélas ! ce qui est d'expérience, ce qui peut se constater parmi nous. Aussi en 1873, à l'occasion des pétitions que les ouvriers adressèrent à l'Assemblée nationale pour demander le repos du dimanche, le Journal des Débats, peu suspect de cléricalisme, publia ces sages réflexions :

« Le travail est, nous le savons, la condition naturelle de l'homme sous nos climats où les moissons ne viennent pas toutes seules, où les fruits ne poussent que dans une saison, où les droits de chasse et de pêche sont limités par les lois ; mais le travail doit-il être incessant ? Doit-il prendre l'homme au berceau et l'accompagner jusqu'à la tombe sans lui laisser une heure, un jour de répit ? Hélas ! pour bien des gens, il est ce maître tyrannique auquel il faut obéir. Qu'en résulte-t-il ? c'est que ceux qui du matin au soir et tous les jours de l'année sont ainsi tenus à l'attache déviennent le rouage d'une machine, ne connaissent plus ni les joies de la I famille, ni les douceurs de l'étude, et perdent peu à peu tout sentiment de leur individualité.

» Chez beaucoup il y a révolte, bien vite payée par la misère ; par les autres, le travail est considéré comme une corvée : ils le font mal. On ne trouve plus l'activité nécessaire à certains moments difi&ciles. Le maître devient l'ennemi contre lequel on lutte par la ruse ou par la force ouverte. Il faut multiplier le nombre des travailleurs, au lieu de simplifier les méthodes, et tout le monde y perd.

» Nous avons cependant un excellent remède à un tel état de choses, remède qui n'agirait pas seul évidemment, mais qui, corroboré par d'autres, aurait une grande influence pour l'amélioration intellectuelle et morale de l'individu, comme de la société. C'est le repos dominical. Proudhon pense là-dessus comme l'Eglise, et nous pensons comme tous les deux. Aussi soutiendrons-nous toujours de toutes nos forces les ouvriers, les employés qui réclameront ce repos comme le font en ce moment, par voie de pétition au président de la république, quelques-uns des commis de l'administration des postes. »

Nécessaire à l'individu, le repos dominical n'est pas moins bienfaisant à la famille. Entendons ici encore Mgr l'évêque de Poitiers :

Le Dimanche rend l'époux à l'épouse, le père aux enfants. Ce jour-là on le voit, on l'entretient, on l'apprécie, on l'honore, on l'aime. Après le tribut d'amour payé à Dieu dans son saint Temple, tous les membres de la famille se trouvent enfin réunis auprès du foyer paternel. Le repas, pris en commun, peut s'appeler vraiment un festin, c'est-à-dire un repas de fête. La confiance, l'intimité, la gaîté, le bonheur reparaissent dans la maison. Est-ce la course aux bains de mer, ou aux concours de gymnastes qui procurent à la famille ces bienfaits ? N'ont-ils pas été inventés, ne sont-ils pas organisés pour l'en priver ? »

Le dimanche unit la famille. Il unit également la paroisse qui, en ce jour, semble ne faire qu'une famille.

« Durant la semaine, chacun était absorbé par son intérêt personnel, chacun avait assez de songer à soi et aux siens. Aujourd'hui tous se montrent dans la maison du Père commun, tous se sentent frères. La doctrine chrétienne leur rappelle que, devant Dieu, grands et petits, riches et pauvres, sont unis par les liens d'une même religion comme d'une même nature, que, comme tous respirent le même air, mangent le même pain, prennent un même sommeil, iront dormir dans le même champ du repos, tous aussi sont chrétiens par le même baptême, fortifiés par la même grâce, nourris par les mêmes sacrements, exposés aux mêmes fautes, pardonnés par la même miséricorde, appelés au même ciel. Ce sentiment de la véritable égalité efface toutes les distinctions mondaines, rapproche toutes les conditions. Connaissez-vous rien de beau, rien de touchant comme la vue d'une population chrétienne au sortir de l'église le Dimanche ? La foule s'écoule lentement du Temple, recueillie, satisfaite, épanouie ; on se cherche, on s'accueille avec le sourire sur les lèvres, avec des paroles d'intérêt réciproque, avec un air de bienveillance générale. L'acte religieux qu'on vient d'accomplir donne je ne sais quoi de plus poli, de plus délicat qu'à l'ordinaire : on n'est pas loin des formes de la bonne éducation quand on en a le fonds. Le pauvre côtoie le riche, les petits s'approchent des grands, les ouvriers, les serviteurs adressent la parole aux maîtres, une exquise convenance tempère la familiarité, et bannit la crainte sans préjudicier au respect. Aucun ne s'isole dans sa préoccupation égoïste ; on se fait part de ses joies et de ses tristesses mutuelles ; la villageoise aborde la châtelaine, et ces deux mères se parlent de leurs enfants comme si elles étaient sœurs. Les vieillards interrompent les graves causeries pour applaudir aux jeux de la jeunesse qui bondit sous les yeux des parents ; les cœurs sont exempts d'envie, de rivalité ; le sentiment dominant qui résulte des exercices religieux, auxquels on vient de participer, c'est l'aspiration vive des biens qui sont à tous, c'est l'attente d'un bonheur dont la possession n'est ni bornée, ni exclusive ^. »

I. Après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, M. Maurice Barrés publia un livre intitulé : La grande pitié des églises de France. Parmi les lettres qu'il reçut, il publia celle-ci qui lui vint de la Loire-Inférieure : «Tous vont à la messe, et tous, pour y aller, revêtent les habits du dimanche. Le samedi, les femmes ont été occupées à empeser et à repasser leurs coiffes et les chemises des hommes. Le dimanche matin, la population féminine, soigneusement et joliment coiffée, coquettement vêtue, avec des raffiriements de propreté, la population masculine, habillée de drap noir, tout le monde se ! dirige par groupes vers l'église. Je néglige le côté spirituel et fondamental de l'acte, pour n'en retenir que le côté matériel : l'édifice, la cérémonie, tout donne aux yeux une impression d'ordre et de beauté, à l'esprit une jouissance, au corps une détente. De toute la journée, pas un costume de travail ne paraît dans le pays. C'est le repos, c'est le bien-être.

» En Eure-et-Loir, rien de semblable. Pas un homme ne qutte ses vêtements de travail. Peu de femmes interrompent leur labeur Quotidien. Les vêtements  sont ceux d'hier, les pensées celles du lendemain, l'effort celui de tous les; jours. Il y a bien quelques armoires où reposent des redingotes et d'antiques chapeaux hauts de forme, mais cela ne sert que pour les enterrements et les mariages, car les foires mêmes n'existent plus, les marchands venant à domicile. Bien peu, pour Pâques et la Toussaint, à peine pour la fête locale, et le 14 juillet, quitteront ces vêtements de travail, qui semblent incrustés^ à ces corps, à ces corps de sauvages, vous ave;^ dit le mot. Les chevauj de bois de la fête locale et les bals, dans la lourde atmosphère de l'aubergeJ sont les seules diversions à l'enlizement de ces corps et de ces esprits dan^ les préoccupations matérielles et l'effort continu qui les absorbent.

» Si la tenue et la propreté du vêtement, si les impressions artistiques^

Il faut le dire. La réunion chaque dimanche de toutes les familles dans l'église paroissiale a été atteinte par des œuvres nouvelles, bonnes assurément : les congrès des associations pieuses appelant les fidèles de diverses paroisses dans l'une d'elles ; et aussi par les fêtes religieuses demandées par les sociétés de gymnastes et autres.

Les Cahiers romains, N® du 10 août 1913, terminaient un article intitulé : Questions du jour. Le mirage, par ces paroles sévères, mais qui ne sont pas sans raison.

« On nous rabat les oreilles de la brillante manifestation catholique des concours de gymnastique... Mirage trompeur... Ce sont des fantômes d'œuvres chrétiennes (ainsi souligné) que vous nous montrez. Il n'y a rien en tout cela. N'y a-t-il rien ? Hélas ! Il vaut mieux taire ce que trop souvent on est en droit de supputer.

» Quand reviendrons-nous, dans l'apostolat comme dans tout le reste, aux vieilles traditions évangéliques ? Quand secouerons-nous la hantise démocratique qui a persuadé au trop grand nombre que pour sauver les âmes il faut descendre dans l'arène enfiévrée du monde, maudit par Notre- Seigneur, et lutter sur le terrain des fêtes, des sports et des syndicats !

» Ce sont peut-être là d'habiles tactiques pour œuvres humaines : elles sont détestables lorsqu'il s'agit d'une œuvre divine. »

Ne pouvant abolir le dimanche, les enfants du diable, comme dit Notre-Seigneur, Vos ex pâtre diaholi estis, ont voulu le corrompre, le laïciser, en en faisant une journée de plaisirs, pour ne point dire de débauches.

Jamais les fêtes, dites populaires, toujours placées le Dimanche, ne se sont multipliées comme dans les années qui ont précédé la guerre, Concours d'orphéons, concours de chorales, concours de fanfares, concours de gymnastes, concours régionaux, internationaux, de musique, de natation, de vélocipédie ; courses à cheval, à pied, en barque, tirs fédéraux, tirs internationaux, interdépartementaux, intercommunaux, fêtes de communes, de quartiers, de gares ; vogues, foires, kermesses, etc., etc.

De mai à la fin d'octobre, ces titres et ces programmes couvraient les murs des villes, des bourgs, des moindres villages.

si l'idée morale ont une valeur, même en dehors de toute conception religieuse, quelle sera, de ces deux populations, celle dont les mœurs seront plus affinées, plus policées? Poser la question, c'est amener la réponse... »

La localité où étaient convoqués ceux qui couraient, qui dansaient, qui chantaient, ceux qui buvaient, était enguirlandée, parée de tentures, de fleurs, d'inscriptions, d'arcs-de-triomphe. Les auberges, les cafés, les cabarets faisaient leurs provisions d'alcools de toutes les couleurs. Pendant ce temps, à dix, vingt, trente lieues à la ronde, on se préparait à se rendre à ces invitations. Le chemin de fer réduisait ses prix. On partait le samedi soir, ou le dimanche de très grand matin ; on passait toute la journée du dimanche à errer dans la ville, à boire, à faire quelques emplettes inutiles ; on rentrait le dimanche soir vers minuit, ou le lundi, aux environs de midi.

Cela se voyait non seulement en France mais partout. Contentons-nous de prendre en Suisse la preuve de cette assertion. Le Courrier de Genève écrivait en 1892 :

« Les journaux suisses publient à l'envi leur surprise de voir tant de fêtes profanes organisées chaque dimanche. Ils ne considèrent la chose qu'au point de vue des folles dépenses qui feraient tant de bien au pauvre ménage de la famille. Ce point de vue est vrai. Il en est un autre plus vrai encore, c'est celui de l'oubli du devoir religieux du dimanche. Il semble aujourd'hui que le dimanche n'est qu'un jour d'amusements et qu'il a cessé d'être le jour du Seigneur. «

La Revue de Lausanne revenait constamment sur l'abus des fêtes profanes. Citons : A^° du vendredi, 2^ juillet 1892.

a Si le mauvais temps gâtait quelques fêtes, il les faisait remettre à d'autres temps : fêtes des officiers, fêtes de chant, de musique, tirs, jubilés, etc. La festomanie, malgré la critique, a repris le dessus. »

iV du. samedi, '23 juillet :

« Quand on croit que c'est fini, ça recommence... Il est évident que ce ne sont pas des exhortations puritaines qui auront raison de la festomanie trop invétérée chez nous. »

N° du mercredi, 27 juillet :

« La festomanie continue ses ravages. Après Bâle, je vous signalais l'autre jour un projet des Zurichois d'organiser, eux aussi, leur grande solennité avec Fesfcspiel à la clef. Lucerne est entre deux, organisant le centenaire du 10 août 1802... Voici Soleure qui veut, à son tour, faire quelque chose et songe au centenaire de la bataille de Dornach... A qui le tour ? »

N^ du mercredi, 3 août :

« Le peuple continue à festoyer. Ici, à Berne, les drapeaux fédéraux et cantonaux flottent sur les édifices publics. Le Conseil fédéral encourage les fêtes, en hissant le pavillon national sur la plateforme du palais, chaque fois que la peau d'âne roule ou que les cuivres retentissent. »

Le même entraînement se voyait plus ou moins dans tous le& pays d'Europe et d'Amérique endoctrinés par les sociétés secrètes, par les Francs-Maçons des diverses obédiences, particulièremen par les Illuminés de l'Allemagne. Weishaupt avait donné cette instruction à tous leurs agents :

« Pour éloigner peu à peu et sûrement tous les catholiques de la fréquentation des églises, vous aurez soin d'inventer des fêtes, des occasions de plaisirs. »

Monseigneur Rendu avait averti son peuple de ce plan dans son Mandement de Carême de 1850: ce n'était alors qu'une menace, nous avons vu la réalisation. Toutes ces fêtes, tous ces concours annoncés avec tant d'éclat pour un dimanche, pour un des jours où l'Eglise célèbre ses grandes fêtes, n'étaient organisés que dans ce but : écarter des offices, en faire perdre l'habitude, et donner à la jeunesse le moyen de se corrompre plus rapidement.

Les instituteurs furent attelés à cette œuvre maudite. On les vit tout au moins convoquer, chaque dimanche, dans toutes les communes, les jeunes gens, enrégimentés en bataillons scolaires,, pour leur apprendre l'exercice et surveiller le stand.

La Franc-maçonnerie démasquée du 25 juillet 1908 publia un document émané des Loges où nous lisons :

« Arrivons aux voies et moyens pratiques de substituer le dimanche maçonnique au dimanche religieux. Le premier procédé qui se présente à l'esprit, c'est de faire agir directement la Loge, de multiplier, sous le nom de fêtc«: civiles, des espèces de « tenues blanches, » sous les auspices de la Loge."

» Nous croyons que ce moyen présenterait plus d'inconvénients que d'avantages.

» Dans la plupart des cas, nos Loges trouveront préférable de ne pas présider elles-mêmes et officiellement à l'organisation des fêtes civiles. Leur initiative donnerait prétexte à des diatribes cléricales dont l'effet serait d'ôter à la fête civile son caractère. Elle ne doit pas avoir un caractère de polémique et de bataille. Ce n'est pas en montrant le poing à l'Eglise, c'est en la vidant, ien attirant les gens ailleurs, que les organisateurs de fêtes civiles réussiront.

» L'initiative des Loges s'exercera, selon nous, de la manière la plus efficace en suscitant autour d'elles des Sociétés pour l'organisation de fêtes artistiques et de conférences éducatives qui obtiendront, sans difficulté, la disposition de salles d'écoles ou de mairies. Il serait extrêmement désirable que, dans chaque chef-Heu d'arrondissement, ime Société de ce genre existât, avec des correspondants individuels ou des sous-groupes affiliés dans de grosses communes de l'arrondissement. »

C'est donc bien la Loge locale qui, par l'intermédiaire d'af- :filiés obscurs, organise les « fêtes civiles », les conférences, les concours, et toutes les distractions destinées à « vider nos églises » et à « laïciser le Dimanche. »

La profanation de ce saint jour est la négation publique de la dépendance de l'homme vis-à-vis de Dieu. C'est pourquoi la secte qui veut rendre l'homme libre, c'est-à-dire affranchi du souverain domaine, employa tant d'efforts à laïciser le Dimanche et à se donner tant de complices dans cette œuvre satanique. Les chemins de fer et les journaux ont puissamment favorisé en cela l'exécution des desseins de la secte. Aux approches de la belle saison en 1891, la Compagnie du Nord publia dans tous les journaux de la région une note, annonçant une « Innovation capitale ». Cette note disait :

(c En vue de développer, dans la plus large mesure le mouvement d'excursion vers la mer qui commence à gagner les clas,ses laborieuses, la Compagnie va faire délivrer chaque Dimanche et chaque jour de fête, dans toutes ses gares et stations, des billets de 2^ et 3® classe comportant, selon les distances, des réductions qui atteignent 75 pour cent et qui permettront aux habitants de nos plus petits villages d'aller respirer en famille l'air de la mer et de revenir le jour même au logis. »

Non contente de la publicité des journaux, la Compagnie du Nord fit imprimer des affiches artistiques en couleurs, de très grande dimension, qui furent placardées dans toutes les localités desservies par elle, et allèrent porter partout la bonne nouvelle. c< C'est une grosse dépense, » ajoutait la Compagnie, mais elle ne craint pas de la faire ; elle est « sûre que cette dépense ne sera pas perdue. »

Elle était sûre ! de quoi était-elle «ûre ? Par l'appât d'une réduction de 75 pour cent, à laquelle s'ajoutait « une réduction complémentaire de 25 pour cent » pour les billets de famille, elle était sûre d'enlever, chaque Dimanche et chaque jour de fête, les populations de nos campagnes, les soustraire aux offices religieux pour les livrer au scandale des plages.

La Compagnie du Nord, observa la Semaine religieuse de Cambrai, fa là, ou plutôt elle continue et elle aggrave considérablement une mauvail action. Elle le sent bien, et, pour se laver à l'avance des reproches qi peuvent lui en être adressés, elle prétend se montrer, par cette innovatior « soucieuse à la fois de l'hygiène et de la moralité publiques ». Nous ni voyons nullement ce que la santé des habitants de la campagne, vivani

toute l'année au grand air, peut avoir à gagner d'une journée passée en chemin de fer et dans le désordre des plages. Nous voyons très bien ce que leur moralité perdra au spectacle des foules mondaines, au contact du ramassis des villes et au mépris des devoirs religieux. Ces trains, dits «c de plaisir », ont toujours leurs heures de départ et d'arrivée combinées, volontairement ou non, de telle façon, qu'il est de toute impossibilité aux voyageurs d'assister à la messe. »

Peu importait aux journaux conservateurs, même catholiques. Presque tous prêtaient leur publicité à ces réclames. Les billets de circulation gratuits délivrés à leurs directeurs et rédacteurs leur faisaient une sorte d'obligation de réciprocité de services, quand la publicité n'était pas payée au tarif. Une telle réclame ne pouvait manquer d'être efficace. En 1910, Le Journal fit la veille de l'Assomption cette description d'une gare à Paris.

« Les immenses halls, les guichets, les salles d'attente, les quais sont envahis par toute une foule de gens qui piétinent, s'énervent, s'impatienient, crient, gesticulent, s'interpellent, tandis qu'avec peine des employés véhiculent de véritables montagnes de malles, de caisses, de valises, de bicyclettes. Les départs succèdent aux départs sans interruption.

» Depuis quelques années, les déplacements sont devenus de plus en plus nombreux et les vacances de plus en plus à la mode. Aussi le nombre des personnes transportées par les Compagnies de chemin de fer s'est-il :accru dans des proportions considérables au cours de la période bi-déccnnale 1890-1909.

» En 1890, le nombre des voyageurs transportés était de 241 millions ; — en 1895, de 349 millions ; — en 1901, de 419 millions ; — en 1905, de 443 millions ; — en 1909, de 486 millions.

» De 241 millions en 1890, le nombre des personnes véhiculées est donc passé à 486 millions en 1909, soit un accroissement de 245 millions ou 'de 100 0/0 !

» La répartition des personnes transportées par classe va nous dire sur quelle fraction de la population a porté l'accroissement du nombre des voyageurs.

Répartition par classe des voyageurs véhiculés

années

ire classe

2« classe

3® classe

Millions de

voyageurs

» Pour les première et deuxième classes, le nombre des voyageurs s'est accru jusqu'en 1901 ; puis, à partir de cette date, il a fléchi jusqu'en 1909. Néanmoins, en 1909, ces deux classes accusent une augmentation sur 1890. Pour les premières cette augmentation est infime, pour les secondes elle est de 30 0/0. Quant aux troisièmes classes, la progression a été, au contraire, constante jusqu'en 1909, où le nombre des voyageurs présente une augmentation de 219 millions ou de 155 0/0 ! C'est donc à la clientèle

dvH troisicmos olusses, c'est-à-dire à la fraction de la société la moins aisée^ qu'il convient d'imputer presque exclusivement l'accroissement prodigieux (lu nombre des voyageurs transportés par les Compagnies.

71 sufïit fie voir quel est le jour où les ouvriers des villes et les habitants de la campagne se trouvent libres de disposer de leur t(M)i[)s, pour se convaincre que cet énorme accroissement du nombre des voyageurs se fait au détriment de l'accomplissement des devoirs religieux et du respect dû au jour du Seigneur.

Les gares de province présentent le même spectacle que les gares de Paris. En cette même fête de l'Assomption, trois ans plus tard, un journal portant l'effigie du divin Crucifié s'écriait r

« Cinquante mille... ont déserté L... Les trains spéciaux les ont emportés vers

« Chaque année, quand arrive le 15 août, les gares sont envahies par de véritables flots de voyageurs.

» En prévision de cette fête, heureusement placée à une époque où le soleil égaie toute la nature, les employés, les ouvriers ont fait de patientes économies. Pour permettre à leurs poumons d'aspirer l'air pur et vivifiant des campagnes, à leurs yeux étonnés de fixer l'infini de l'horizon marin,^ ils se sont imposé de dures privations. Depuis de longs jours ils ont songé au court plaisir qu'ils éprouveront à quitter leurs bureaux, leurs ateliers, pour voyager en chemin de fer, faire de la bicyclette, du canot, voire de l'automobile, pour, en un mot, changer d'horizon et, comme on dit, « changer les idées ».

» Une préoccupation cependant les hantait : Fera-t-il beau ? disait-on.

» Eh bien, il a fait beau. Le soleil, cette fois, n'a pas boudé et a splendidement illuminé la journée tant attendue de Sainte-Marie.

» Ceux qui se trouvaient vendredi matin à la gare ont pu assister à un spectacle pittoresque. De véritables multitudes s'engouffraient en criant,, en chantant, dans la salle des Pas-Perdus, se précipitaient vers les guichets où sans arrêt l'on distribuait les billets de bains de mer, d'exposition. Et puis l'on se ruait vers les quais, on s'entassait dans les wagons, sur les banquettes, dans les couloirs. Ceux qui partaient chantaient, gesticulaient, agitaient des mouchoirs, penchaient aux portières des visages rouges de plaisir ; ceux qui restaient piétinaient d'impatience en attendant les nouveaux convois. »

» Il se fait à la gare de L... en temps ordinaire, un mouvement de 20.000 voyageurs par jour ; on estime que vendredi plus de 70.000 personnes ont défilé sur les quais. »

Que dire devant cet enthousiasme en un tel lieu et pour une telle cause ? x\u lieu de plaider les circonstances atténuantes, ce journal se fit plébisciter et il demanda ce plébiscite au clergé ^* ! Plutôt que de donner issue au sentiment qui nous oppresse, mettons sous les yeux de nos lecteurs ces autres paroles de Mgr Pie :

i^. Il est nécessaire de le dire pour faire voir où en était l'esprit public^ et à quel point un redressement était devenu nécessaire. Dieu s'en est chargé.

« La loi du dimanche est la loi la plus primitive, la plus fondamentale, la plus imprescriptible du code religieux décrété par le Seigneur dès l'origine des temps ; c'est le premier, le plus important et le plus invariable de tous les préceptes positifs. Envisagé au point de vue de l'autorité qui nous l'impose, jamais aucime prescription n'a pu invoquer en sa faveur des sources aussi hautes, des titres aussi authentiques, une promulgation aussi solennelle, une jurisprudence aussi constante, une intimation aussi continue. Ou il faut rejeter jusqu'à la notion même du Commandement positif ou il faut reconnaître l'existence et accepter l'obligation de ce commandement divin, posé à la base de la Tradition Ecrite et Traditionnelle, religieuse et sociale du monde entier. La violation calculée et systématique du Dimanche est donc un acte formel de rébellion comme d'impiété, un outrage à la loi et à l'autorité dans leur plus haute expression, une consécration de toutes les désobéissances, une excitation au renversement de tous les droits, un mépris de tous les pouvoirs, un signal public d'anarchie. »

Un prophète, Jérémie, sur un ordre de Dieu se plaça un jour près d'une des portes de la cité pour reprocher à ceux qui entraient et sortaient leur sacrilège rébellion contre la loi du Seigneur.

« Cessez de violer le sabbat, s'écriait-il ; n'entrez pas en ce jour vos fardeaux dans la cité ; n'en sortez point pour le trafic quotidien. Si vous ne tenez pas compte de ma loi, dit le Seigneur notre Dieu, j'allumerai un incendie qui dévorera Jérusalem. »

Les passants haussaient les épaules. Peu d'années après, Dieu lançait contre eux Nabuchodonosor avec ses Assyriens, les Prussiens de ce temps-là. L'exécuteur des vengeances divines livrait Jérusalem aux flammes et emmenait en captivité les stupides contempteurs du prophète. Jérémie resta seul sur les ruines pour nous apprendre, dans ses immortelles Lamentations, comment finissent les peuples in«iu*gés contre Dieu.

Que de catastrophes se sont produites, le Dimanche, sur les lignes du chemin de fer ! Rappelons d'abord celle de Saint-Mandé dont les ordonnateurs de fêtes pour sinistres ont rendu le souvenir plus durable. Un concours de musique avait été organisé en 1891 à Loinville-le-Pont. On s'y était rendu en foule de Paris. Le soir, les trains de retour étaient combles et les trains supplémentaires étaient lancés à la suite des convois en marche. A 9 heures 15, à Saint-Mandé, l'un de ces trains en tamponna un autre. La machine du second monta sur les derniers wagons du premier, les écrasa et les brûla. Des centaines de voyageurs furent blés-

Hi CULPAHILITÉ DU PUBLIC.

ses OU périrent au milieu des plus cruels tourments. Le même Dinianche, un accident semblable, quoique moins grave, se produisit à Pont-de-la-Deûle près de Douai. Ce même Dimanche, le même avertissement fut donné en d'autres pays : un déraillement eut lieu sur la ligne de Berlin à Charlottenbourg. Huit morts et de nombreux blessés ; un train de plaisir fut tamponné par un train de marchandises en gare de Woodnde (Irlande) : sept morts et une centaine de blessés^.

Ce dont la T. S. Vierge se plaignit le plus à I.a Salette, ce fut la violation du dimanche et en punition de cette violation, elle annonça des châtiments autres que ces accidents de chemin de fer. Après avoir pris connaissance du secret de Mélanie, Pie IX dit en présence des prêtres qui le lui avaient apporté : c( Ce sont des fléaux qui menacent la France, elle n'est pas seule coupable, l'Allemagne, l'Italie, toute l'Europe est coupable et mérite des châtiments ».

En entendant cette désignation des peuples qui devaient être frappés du grand fléau, la France à part, puis l'Allemagne, l'Italie, toute l'Europe, il est impossible de ne pas penser à ce qui s'est passé depuis et à ce qui se passe. La T. S. Vierge avait commencé son discours par dire : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si lourd et si pesant que je ne puis plus le retenir ». Elle l'a retenu soixante-huit ans (1846-1914) et dans cet intervalle elle est venue de nouveau nous presser de faire pénitence. Elle ne fut point entendue. Que cette persévérance dans le mal soit bien la vraie cause de nos malheurs, un mot de Pie IX nous le donne à comprendre. Le P. Giraud, supérieur des Missionnaires de la Salette lui demanda dans une audience privée, s'il ne pourrait connaître quelque chose des secrets de la Salette, le saint Pontife répondit : « Vous voulez connaître les secrets de la Salette ?

2. Au mois de mai 1919 des journaux se présentant au public parés de l'image de Jésus crucifié, prêtaient leurs colonnes à cette réclame :

(( Visite aux champs de bataille. — La Compagnie du Chemin de fer du Nord, désireuse de permettre au public de venir voir les champs de bataille et les régions dévastées, mettra en marche un train spécial d'excursion tous les dimanches, jusqu'à nouvel avis.

» Ce train permettra, notamment, la visite d'Albert, d'Arras et de Lens, cités qui ont été particulièrement éprouvées. Il traversera les champs de bataille de l'Ancre, de Wimy, de Lens, etc.

» Le train spécial sera composé de voitures des trois classes. »

Eh bien ! voici les secrets de la Salette : c( Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ».

Dieu n'était point seul à faire entendre sa voix. En 1883, un congrès international pour l'observation du Dimanche se réunit à Berne. Il y eut des représentants des gouvernements de l'Allemagne, de l'Autriche, de la Belgique, de l'Italie, de la Russie et de la Suisse.

(c Que Dieu bénisse vos travaux ! écrivit au président du Congrès un chef de gare français. En réclamant pour les employés des chemins de fer un bienfait accordé par Dieu, autant pour le soutien de nos forces morales que pour celui de nos forces physiques, vous nous rendez un service. Votre initiative ouvrira les yeux. Depuis vingt ans que je suis successivement conducteur, chef de train et chef de gare, je n'ai jamais eu un Dimanche libre. Dans les grandes gares, la moyenne des heures de service est de quatorze sur vingt-quatre, c'est-à-dire qu'il dure de six heures du matin à dix heures du soir. Nous sommes moins que des esclaves, auxquels on accorde un jour de repos chaque semaine. La haine et l'envie nous montent au cœur, et cette exploitation humaine qui nous prive de toute vie de famille conduit à l'emploi du pétrole et de la dynamite plus promptement que ne veulent le croire les puissants du siècle. »

En juin 1872, l'Assemblée nationale reçut une pétition, demandant la réglementation de la loi divine du dimanche dans la forme qui paraîtra la plus convenable. Une commission fut nommée pour l'examiner, et le rapporteur qu'elle choisit fit observer à l'Assemblée que a La liberté laissée à chaque citoyen d'observer ou de ne pas observer le dimanche, qui paraît à première vue favorable à la liberté, lui est en réalité très opposée. Les ouvriers, les employés de commerce sont soumis au travail le dimanche par celui auquel ils ont loué leurs services. Les administraions publiques, elles-mêmes, donnent ce fâcheux exemple. Dans les villes, il suffit souvent qu'un seul marchand ouvre son magasin le dimanche pour déterminer les autres à faire de même, contre leur volonté, mais dans le but de prévenir un dommage qu'ils redoutent de ce mo3^en déloyal de concurrence. L'égalité de tous devant la loi du dimanche serait donc, en réalité, une mesure protectrice de la liberté et de la dignité de l'homme, affranchi quelques heures de l'œuvre servile.

c< I^a majorité de votre commission appelle de tous ses vœux le moment où l'observation du dimanche sera aussi respectée en France qu'en Angleterre, en Allemagne, en Russie, aux Etats-Unis et en Suisse. »

Aucune loi ne fut faite en ce sens : le sera-t-elle un jour ?

\\i\ attendant, que chacun concoure pour sa part non seulement à l'airo observer le repos dominical, mais aussi à maintenir ou à ramener la fréquentation des offices dans la paroisse, le jour (lu Seigneur.

La guerre n'aurait pas été sans quelque compensation appréciable s'il en fût résulté l'interruption forcée, non seulement de toutes les dissipations et de tous les désordres dominicaux inventés par la secte fille du diable, mais encore, nous oserons le dire, l'abandon de ces congrès religieux qui appelaient hors de leur ])aroisse, ce dimanche les jeunes filles, cet autre les jeunes gens, ce troisième les confréries du Rosaire ou du Saint-Sacrement, etc. ; si, dis-je, cet abandon ramenait dans nos paroisses, avec l'assistance aux ofîices, les mœurs chrétiennes ci-dessus décrites.

La profanation du Dimanche est assurément, l'on ne saurait trop le redire, l'une des choses qui ont le plus irrité Dieu contre la France. Cette profanation n'existe pas au même point chez les nations protestantes. En Angleterre, la loi prescrivant le repos dominical est tellement formelle qu'il faut un acte du Parlement pour y déroger, et les compagnies de chemin de fer n'ont été autorisées à établir, le Dimanche, qu'un petit nombre de convois de voyageurs. Aux Etats-Unis, plusieurs lignes importantes, telles que celle du Texas, deux de celles qui aboutissent à Boston et d'autres encore suspendent tout transport le Dimanche^. En Aïïe7nagne, les gares de marchandises sont

3 Loi sur le repos hebdomadaire, votée en avril 191 9 par les Chambres et sanctionnée par le gouvernement des Etats-Unis :

<( La sanctification du dimanche est : i^ une chose d'intérêt public ; 2° un utile soulagement des fatigues corporelles ; 30 une occasion de vaquer à ses devoirs et de se rappeler les erreurs qui affligent l'humanité ; 4° un motif particulier d'honorer dans sa maison et à l'église le Dieu, le Créateur et la Providence de l'univers ; 5° un stimulant à se consacrer aux œuvres de charité, qui font l'ornement de la société ;

Considérant qu'il y a des incrédules et des inconsidérés qui, méprisant leurs devoirs et les avantages que procure à l'humanité la sanctification du dimanche, outragent la sainteté de ce jour en s'adonnant à leurs plaisirs et en s 'adonnant à leurs travaux; qu'une telle conduite est contraire à leurs mtérêts, comme chrétiens, et trouble l'esprit de ceux qui ne suivent pas ces mauvais exemples ; que ces sortes de personnes font tort à la société tout entière, en introduisant dans son sein des tendances de dissipation et d'habitudes immorales.

Le Sénat et les Chambres décrètent :

1° Il est défendu, le dimanche, d'ouvrir les magasins et les boutiques, de s occuper à un travail quelconque, d'assister à un concert, bal ou spectacle,

généralement fermées le Dimanche, à neuf heures du matin. Cela vient, dit Mgr Pie, de ce que l'observation du repos dominical n'éveille pas les ombrages de l'ennemi de nos âmes, au même degré chez eux que chez nous. Là, le Dimanche n'a point le sacrifice d'adoration, d'actions de grâces, de réparation et de prières efficaces pour la sanctification des hommes ; l'enfer n'a pas le même intérêt à jeter la défaveur sur cette institution parce qu'elle n'y porte pas des fruits de vie aussi réels. »

sous peine d'une amende de lo à 20 shellings (12 fr. 50 à 25 fr. 50) pour chaque contravention ;

20 Aucun voiturier ou voyageur ne pourra, sous la même peine, entreprendre un voyage le jour du dimanche, excepté le cas de nécessité dont la police sera juge ;

3° Aucun hôtel ou cabaret ne pourra s'ouvrir le dimanche aux personnes qui habitent la commune, sous peine d'amende ou de la fermeture de l'établissement. »

Jamais, nulle part, l'Eglise catholique ne s'est montrée aussi exigeante.

En France, le premier Empire fit une loi de cessation du travail le dimanche. Voici comment Portails, le ministre des cultes sous l'Empire, s'exprima dans un rapport du 21 janvier 1807 : u L'article 57 du Concordat (qui fixait au dimanche le repos des fonctionnaires publics) se tait sur la manière dont le dimanche et les autres fêtes chômées doivent être célébrés par la masse des fidèles, mais il est évident que l'esprit de la loi a été de commander à tous les citoyens la décence qu'il convient de garder pendant les jours consacrés à la religion. Pourquoi la loi a-t-elle diminué le nombre des fêtes ? Pour ne pas distraire trop souvent de leurs travaux les hommes qui ont besoin de travailler pour vivre ; le législateur a donc supposé que les dimanches et fêtes doivent être des jours de repos et de recueillement pour tout le monde ; s'il en était autrement, de quel motif raisonnable eût-il pu autoriser la réduction des fêtes? Il est des choses de décence extérieure que l'on peut observer sans se nuire ; un ouvrier qui croit avoir besoin de son travail peut travailler sans tenir boutique ouverte les jours de dimanche et fêtes. L'ouverture des boutiques pendant ces jours semble n'être qu'une affectation de braver les idées et les pratiques religieuses ; l'ordre public exige que chacun respecte la religion que les lois de l'état protègent. Prescrire, sans aucune recherche inquiétante pour les citoyens, de ne pas tenir les boutiques ostensiblement ouvertes, de ne pas vendre et de ne pas travailler avec la même publicité que les jours ouvrables, et de fermer les cabarets pendant les offices, sont des règles généralement suivies chez toutes les nations où la liberté des cultes est admise, plusieurs préfets les ont déjà prescrites dans leurs départements et je me propose d'inviter les autres à les imiter. »

Sous la Restauration, le comte Beugnot rendit, le 7 juin 1814, la célèbre ordonnance dont on a tant fait grief à la Restauration et qui prescrivait les mesures nécessaires pour que le repos du dimanche fût observé : interdiction de tout travail ou commerce publics, fermeture des boutiques, chantiers ou ateliers, et pendant les ofiRces, des cafés, restaurants et cabarets. Républicains et bonapartistes crièrent à l'oppression. Cette ordonnance n'était cependant que la simple mise en activité de la loi faite par l'Empire, et la reproduction presque textuelle d'une loi de la Réoublique qui, à l'observation interdite du dimanche, avait substitué l'observation forcée du décadi, observation et défense dont la violation entraîna souvent la peine de mort.

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