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CHAPITRE VII

La charité mise au service des cabotins,

Comment Vor s'est-U terni ? Comm,ent Vor pur s^est-il altéré ?

Jérémie, Lamentations, iv, 1, Dieu ne peut accepter le bien qui se laisse souiller par Vadjonction du mal.

S. Grégoire, In moral.

La charité, chose divine, traînée dans les cirques. — Dans les fêtes dites « des fleurs », < du soleil ». — Ventes, bals et cafés-concerts de charité. — Les larrons entrent en scène. — Contraste : la reddition de comptes de Pie X. — Protestations sans effet. — Paroles du roi Humbert et réplique de Léon XIII. — Dieu fait entendre sa voix. — Actes héroïques. — Le R. P. Ollivier et M. Buisson.

La Charité, elle aussi, a été dénaturée chez nous à un point qui n'a peut-être pas été atteint ailleurs, et qui a dû être une autre cause de l'indignation du ciel contre notre pays. La charité est chose si divine que Dieu a voulu en faire l'un de ses noms : Deus charitas est. Rien ne peut plus sûrement le blesser au cœur que la déformation d'une telle vertu, principe et règle de toutes les autres. C'est pour cela comme pour la profanation du dimanche que le tentateur choisit de préférence la France comme théâtre de ce sacrilège^.

En 1886, VEcho de Fourvière, dans son numéro du 6 février, protestait contre l'organisation à Lyon d'un cirque d'amateurs

1. Nous devons cependant dire que ce qui se voit couramment en Amérique sous ce rapport, dépasse non seulement ce qui se voyait en France, mais ce qui paraissait pouvoir être inventé.

pour venir en aide à la « Chari té maternelle » . Des lettres « peu parlementaires » lui furent adressées. Il répondit :

ce Nous maintenons que, la bonne intention mise à part, l'idée est déplorable, et, dans cette opinion, nous sommes soutenus par des adhésions tellement importantes par le nombre et par la valeur, que notre voix ne devient plus qu'un simple organe sans importance individuelle... Lorsque nous avons entendu dire, ce qui était une exagération ridicule, que l'élite de la jeunesse Lyonnaise entrait dans la voie ouverte (par Paris, puis par Lille), nous n'avons pu assez contenir notre émotion pour que son expression restât dans des limites inattaquables.

» On nous assure que toutes les convenances devaient être gardées ; d'aucuns les disent impossibles à maintenir. Sur cette pente on arrivera facilement à accepter le détestable axiome : La fin justifie les moyens.

» Les œuvres ne vivent pas seulement de pain. Qu'elles restent fermes et dignes, si elles veulent être respectées. »

L'invention venait de M. de Morny. Le Matin fit aussitôt part à la France et au monde de la délirante joie que causait à Paris le cirque Molier. Les déguisés en saltimbanques et en clowns qui y donnaient représentation et qui avaient voulu ce lancer » ce nouveau genre de sport étaient des jeunes gens du meilleur monde. Parmi eux étaient spécialement cités : MM. Hubert de la Rochefoucauld, de Beauregard, de Sainte- Aldegonde, Martel, Montherot, etc., etc. Le Gaulois décrivit les costumes :

« M. de la Rochefoucauld était superbe dans son maillot bleu de ciel, recouvert d'un justaucorps en soie blanche, serré à la taille par une ceinture d'argent, bottines bleu de ciel à barettes roses.

M. Wagner tout en soie blanche brodée de paillettes d'or, sur la poitrine, un soleil d'or ; la tête enfarinée du pierrot et le crâne en carton blanc. »

Voici la réflexion par laquelle le Gaulois terminait son article :

« Et quand l'Aurore aux doigts de rose ouvrira les portes de l'Orient, les seules personnes qui se sont amusées à Paris le soir de Noël regagneront avec regret leurs pénates. »

L'annonce de cette représentation ce avait excité une fièvre générale » dans le grand monde parisien. Une seconde représentation fut donnée quelques jours plus tard. Le Matin expliqua :

« Il y en a une pour les femmes du monde et une pour les femmes de... l'autre... »

Nous copions le Matin avec ses points de suspension.

Toutes les décadences se ressemblent. M. de Champigny,

dans son histoire des Césars, remarque qu'alors aussi :

« Les jeunes gens des grandes familles venaient jouer devant le peuple »,

(juc o (les chevaliers venaient faire les gladiateurs dans l'arène, » et que Césnr-Aujîuste dut « fermer l'arène aux sénateurs, à leurs fils, à leurs petits-fils, toujours tourmentés de la rage d'y descendre 2 ».

Deux années avant I.yon, en décembre 1884, Lille avait imité Paris et ort^anisé un cirque d'amateurs pour venir en aide aux vieillards indigents. La Semaine religieuse n'avait point cru {)ouvoir se dispenser de présenter aux quatre-vingts jeunes gens ([ui s'étaient associés pour donner ce spectacle à la société Lilloise, des observations qui furent trouvées « peu parlementaires » comme le furent plus tard celles de VEcho de Fourvières. Il y avait cependant à tenir compte de ce que la Semaine disait, et on en tint compte peu après.

« Recueillir des secours qui permettront aux pauvres vieillards de mieux supporter les rigueurs de l'hiver est assurément, disions-nous, une pensée digne de tout encouragement et de toute louange ; mais ceux qui l'ont conçue ou plutôt qui en maintiennent la tradition, car l'œuvre des vieillards est ancienne à Lille, ne se sont-ils point laissé entraîner par un zèlepeu discret dans le choix des voies et moyens ?

» Dans l'espoir d'apporter à ces pauvres vieillards une plus riche collecte, que d'argent ce zèle malentendu va faire gaspiller en futilités dont le double danger sera d'exciter le luxe et les folles dépenses, d'une part, et, d'autre part, d'ajouter encore aux écueils déjà multipliés où la moralité lilloise sombre de plus en plus. Ce n'est point d'aujourd'hui que l'on a voulu dépouiller les œuvres de bienfaisance publique du caractère religieux qui, depuis l'avènement du Christ, les avait ennoblies et qui seul peut les rendre fécondes. Cette déviation que l'on veut faire subir à la charité chrétienne date de plus d'un demi-siècle, et plusieurs observateurs sérieux n'ont pas hésité à y voir la main de la Franc-Maçonnerie plus ou moins cachée, agissant par des suggestions plus ou moins directes.

» Aussi, fidèle écho des avertissements et des enseignements de Notre Saint Père le Pape et des premiers Pasteurs de l'Eglise, nous avons rappelé plusieurs fois déjà les caractères qui doivent signaler la charité des chrétiens et la distinguer de la bienfaisance maçonnique. La vraie charité, celle qui découle de la Crèche et du Calvaire, est avisée et prudente ; elle ne dépense point cent francs pour en donner dix, parce qu'elle sait que les misères à soulager dépasseront toujours ses moyens. Elle ne livre point ses aumônes aux hommes de plaisir, parce qu'ils prélèveront d'abord sur ses dons les frais de leurs amusements. Elle ne fait point de ses aumônes un stimulant à toutes les vanités et à tous les désordres : elle veut que ses secours arrivent purs aux mains de ceux qu'elle veut soulager, et c'est pourquoi elle ne ramasse point dans la boue des bals et des théâtres l'argent qui doit les procurer. Elle ne veut point s'exposer à aigrir les classes souffrantes par les soulagements mêmes qu'elle prétend apporter à leur infortune. Quoi de plus capable, en effet, de raviver l'odieux sentiment de l'envie et d'envenimer l'antagonisme social, que la part faite, dans ces fêtes, aux deux classes de la société ? D'un côté, le luxe et ses folies, les plaisirs mondains et leur enivrement, de l'autre, un morceau de charbon ou de pain apporté par les mains d'un mercenaire.

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