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CHAPITRE VIII

La vie elle même jetée hors de sa voie.

En quoi, je vous Je demande, ahnez-vous ce qui est mauvais ? En toutes choses vous voidez le meilleur. Vous désirez une belle récolte sur une bonne terre, un bon cheval, un bon serviteur, un ami, une épouse, un fils qui vous soient bons. Mais pourquoi nous élever si haut ? vous voulez que votre habit, que votre chaussure vous aillent bien. Il n'y a que votre âme et votre vie que vous voulez mauvaises. Sermon de S. Auaustin.

La vie dévoyée dès l'enfance. — Ce qu'elle devient à l'âge viril. — Plaisirs nouveaux et plaisirs anciens se disputent le mondain. — Il s'y adonne pour se fuir et il rencontre partout l'inquiétude. — Même profanation de la vie et même inquiétude dans certaines régions du monde savant. — La loi fondamentale de la vie.

Tout ce que nous avons signalé jusqu'ici peut être caractérisé par un mot : Profanation : profanation de la personne humaine par l'extravagance du vêtement et l'indécence du costume, blâmables surtout chez celles qui portent en leur âme le caractère du chrétien ; profanation de la Maison de Dieu par l'introduction dans le sanctuaire du luxe mondain pour la satisfaction de la vanité et de Torgueil ; profanation du jour du Seigneur; profanation de la plus noble des vertus, la charité. Au-dessus de ces profanations et les comprenant toutes, les dominant toutes, se place la profanation de la vie.

« Avant la guerre, a dit le cardinal Mercier dans une Lettre pastoral publiée en 1918, vous vous étiez mépris sur l'orientation de la vie. Parce que les raille ressources du confort moderne avaient accru et frénéralisé le bienêtre ; parce qu'un argent aisément acquis avait multiplié vos moyens de jouissance, vous en étiez venus, nombreux, à l'idée que la vie vous est

donnée pour jouir et qu'il est loisible, raisonnable même de Torganiser dans ce but pour vous et pour vos enfants. Or, voici que la Providence réinstalle la douleur à vos foyers d'où vous l'aviez sottement bannie.

» Non, mes Frères, la jouissance n'est pas le tout de la vie. La douleur y prend sa part, le sacrifice est une loi. La Providence divine arrête les nations sur la pente que touiefi, à pas plus ou moins précipités, elles descendaient. Elle les sauve en leur rappelant la loi du sacrifice. Que la Providence soit bénie 1

» La divine Providence pouvait-elle indéfiniment tolérer cette profanation du dimanche, cette violation des droits sacrés de la famille, cet étalage public de révolte et d'orgueil que nous avons eu la douleur de devoir vous rappeler ?

)) Dès avant la guerre, n'avez-vous pas entendu vingt fois les honnêtes gens dire dans leur simple bon sens : cela ne peut durer.

» Vous-mêmes quand une injustice vous frappe,, ne demandez-vous pas aussitôt réparation r Et parce que la réparation tarde, n'êtes-vous pas tentés de crier au scandale }

» Non, le mal d'avant la guerre ne pouvait durer. Un besoin universel de justice appelait l'intervention divine. Elle s'est déclarée. Dieu frappe de grands coups. Il se révèle le Maître. Adorons-le. Bénissons son saint Nom. Et tandis que nous nous inclinons sous sa justice, invoquons sa miséricorde, persuadés que, selon le mot de Lacordaire : Dieu met dans le châtiment la résurrection. t>

La vie nous est donnée pour connaître, aimer et servir Dieu, et par ce moyen obtenir la vie éternelle. Assurément, beaucoup de nos contemporains, beaucoup de familles françaises ont conservé cette notion de la vie et y conforment leur conduite. Mais combien d'autres bornent leur horizon au présent et veulent en jouir à tout, prix î Nous ne parlons, nous n'avons guère parlé jusqu'ici et nous ne parlerons encore que de ceux qui tiennent le haut rang dans la société ; les pauvres, les petits, même lorsqu'ils suivent les grands, n'ont point la même culpabilité : ils suivent dans le mal, comme ils suivraient dans le bien, et c'est pour les arracher au scandale que l'on fait descendre sur eux, que la iMiséricorde ap|)elle les calamités publiques à les éclairer et à les soustraire aux séductions;

Méconnai&sanl la notion chrétienne de la vie, les hommes, les femmes de notre temps se ruent sur les plaisirs et leur demandent le bonheur. Tous les jours de leur existence leur apportent la dIus cruelle déception. 3^e plaisir est le bonheur de la bête; or l'homme, le chrétien surtout est autre chose, et c'est pourquoi il ne peut trouver dans la satisfaction des sens, ni même dans la possession des richesses et des honneurs, ce que demande son cœur.

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(■\'st (|('s le [)j'einici' âge que Ijeaucoup de mères de nos jours

méfient leurs enfants, garçons et filles, sur la voie qui fera de

leur vie une Ionique et triste « profanation j). Emportées par le

tourbillon des relations mondaines, elles ne s'occupent pas de

leur maison, ce qui est pourtant le premier devoir de toute

épouse, de toute mère qui veut se rendre digne de cet auguste

nom.

« Tout autoui- de moi, disait peu avant la guerre vn journaliste pansien^ je vois, dans les ménages bourgeois, les enfants vivre plus avec les domestiques qu'avec leurs parents ; le père est occupé, la mère court au théâtre ; quand les enfants ne sont pas en pension, ils vivent dans lescuisines avec les bonnes et les valets de chambre ; ils entendent les pro- ])os qu'on échange après boire, entre gens sans éducation ; on ne se méfie pas assez des réflexions qu'une conversation de cuisine peut faire naître dans un cerveau d'enfant ; s'il ne comprend pas toujours tout de suite, il comprendra certainement toujours trop tôt. Jadis l'enfant grandissait au foyer, sous l'œil de sa mère, sous le regard sévère chi père ; ou ne le quittait pas de vue avant l'âge de raison ; il n'était pas seulement la joie, mais aussi le devoir de la maison ; toute la vie des parents tournait autour de lui ; peu à peu les enfants ont été abandonnés aux domestiques, les jeunes années s'écoulent le plus souvent entre le valet de chambre et les cuisinières ; la grossièreté des gens sans éducation entre dans leurs mœurs en même temps que, vivant loin des parents, ils s'habituent à grandir dans un milieu où ils n'apprennent rien de l'austérité du foyer et des vertus domestiques. Si on veut aller plus au fond des choses que je ne jDOurrais le faire dans un article de journal, on découvrira sans peine, dans le système d'éducation moderne, la source de la désorganisation croissante de la famille au XîX^ siècle. »

\iennent les années d^éducation. Nous ne dirons rien de celle donnée aux garçons dans les établissements universitaires. L'éducation des filles, même de celles qui ne fréquentent point les lycées, n'est guère meilleure.

Fénelon a composé sur ce sujet un immortel traité, chefd'œuvre de grâce et tout plein de l'esprit de TEglise. Il y dit le soin que les mères doivent ai)porter à ne point éveiller chez leurs enfants la vanité que Ton surexcite aujourd'hui en tant de manières.

« Xe craignez rien tant, dit-il, que la vanité dans les filles. Elles naissent avec un désir violent de plaire : les chemins qui conduisent les hommes h l'autorité et à la gloire leur étant fermés, elles tâclient de se dédommager par les agréments de l'esprit et du corps : de là vient leur conversation douce et insmuante ; de là vient qu'elles aspirent tant à la beauté et à toutes les grâces extérieures et qu'elles sont si passionnées pour les ajustements. Une coiffe, un bout de ruban, une boucle de cheveux plus haut ou plus bas, le choix d'une couleur, ce sont pour elles autant d'affaires importantes... »

Fénelon veut qu'on élève leur esprit au-dessus de la préoccupation des modes. Il veut que a se conformant dans l'extérieur à l'usaiïe présent, elles satisfassent à la mode comme à une servitude fâcheuse, et qu'elles ne lui donnent que ce qu'elles ne peuvent refuser. » Faites-leur remarquer >souvent, et de bonne heure, la vanité et la légèreté d'esprit qui fait l'inconstance des modes ».

Veut-on savoir à quel point l'éducation s'est éloignée de ces sages directions ?

Un journal lu par le grand monde va nous en informer. Il ne se contente pas de décrire les toilettes que les mères ont portées à tel dîner, à telle soirée, etc., il donne à leurs enfants l'orgueil de lire dans ses colonnes leurs noms et le récit de leurs exploits.

X... -sur-Mer. — La grande fête des enfants, si impatiemment attendue, vient d'avoir lieu. Grand succès, etc.. Le tango a été exécuté d'une façon impeccable par des enfants de huit à douze ans. Ce fut un triomphe pour ]\pies (jg Boulet, de Brunswig, D. et S. Mnsson et M. et M^^^ Hartmann, etc.

Le lendemain, sous la même rubrique :

X... -ville. — Des courses pour petites filles ont été organisées. Parmi les premières arrivées au but se trouvaient ^F'^^ Christine de Noailles, Marie de Luynes, de Lucinge, Alexandra Ghika, Y. de Ligne, Simonne Petit. Les garçons eurent leur tour... MM. Jean-Louis de Lucinge, Cari Joël, Philippe Robinson ont montré une souplesse et une rapidité de mouvement remarquables.

Pauvres enfants si jeunes encore et nourris d'orgueil par la place qu'on leur fait occuper dans les ce Mondanités ». Est-il nécessaire d'être chrétien pour réprouver les bals d'enfants, C[uand même on n'y danserait point le tango ? Et que d'autres choses répréhensibles et infiniment déplorables dans cette seconde éducation ? Accumuler autour de ces petits êtres de six à quatorze ans toutes les excitations malsaines ; livrer ces jeunes âmes, dont l'innocence devrait être maternellement abritée par tant de protections, aux sollicitations intenses de la vanité, de la coquetterie, de la jalousie, de la frivolité ; risquer de troubler dangereusement, par un éveil prématuré, ces imaginations ; provoquer de si bonne heure un amour du plaisir qui peut devenir la ruine physique, intellectuelle et morale de toute une

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