Préface de Sémiramis
\:\'2 Cl'LPABILITF. DU PUBLIC.
Avant la guerre de 1870, dans Tannée qui Ta précédée, La France, journal de M. La Guéronnière, demandait :
t( Jiisques à quand soufîrirons-nous que l'art dramatique roule sur la pente de la décadence et de la démoralisation ? Est-ce que l'heure n'est pas venue d'organiser enfin de toutes parts une croisade contre la dégradation morale où semble se complaire le théâtre ? On disait jadis avec fierté de la scène française qu'elle était une grande école de mœurs, de patriotisme et de généreux sentiments. Elle restait toujours fine, délicate, digne d'un peuple justement renommé pour son esprit, sa courtoisie et sa civilisation élevée.
» Aujourd'hui, c'est dans les plus basses trivialités du vocabulaire et des manières des halles qu'elle cherche des effets malsains, habiles à exciter les bravos nous ne savons de quel public blasé et corrompu. Ces spectacles attirent et passionnent les Français de la décadence, comme les nudités du Cirque payen attiraient et passionnaient les Romains du césarisme.
» Il n'est pas possible à une femme honnête d'assister à ces dégoûtantes exhibitions ; il n'est plus possible d'y conduire une jeune fille, soas peine de flétrir cette âme candide à la vue de ces turpitudes. Le théâtre moderne fait parade du sensualisme le plus abject et du matérialisme le plus effréné.
» Ce n'est pas seulement ici la cause sacrée de la famille, ce n'est pas seulement celle de la morale éternelle que nous défendons, c'est celle de l'art. Oui, le génie national s'éteint dans Torgie littéraire qui se vautre depuis quelques années sur la scène française. Le culte de l'idéal est abandonné pour l'adoration . de la forme plastique dans ce qu'elle a de plus abaissé, et l'on peut à peine compter les esprits incorruptibles qui refusent de sacrifier au dieu du jour et d'immoler la morale et la raison pure sur l'autel des passions viles. »
La leçon de 1870 n'amena au théâtre, pas plus qu'ailleurs, aucune amélioration. Le sang ruisselant à flots sur toutes les parties du monde de 1914 à 1918 n'étouffa point la voix de la luxure sur la «cène à Paris. Des caravanes de comédiens furent même expédiées de la capitale dans les provinces afin d'y dissiper la mélancolie.
Notre théâtre contemporain s'est permis des licences d'autre nature et qui ont attiré sur nos gouvernants qui les toléraient des leçons infligées même par l'étranger.
En avril 1903, les réjouissances offertes à S. M. Edouard VII, à Paris, comportaient un gala à l'Opéra. L'Elysée avait fait choix de Samson et Dalila. L'ambassade d'Angleterre, informée de ce choix, dépêcha un de ses secrétaires pour avertir la direction de l'Opéra que Samson et Dalila ne pouvait figurer au programme. La direction déclina toute responsabilité et dit que ce spectacle lui avait été imposé par l'Elysée. Il fallut faire entendre à la maison de M. Loubet les observations de l'ani-
bassade disant que Scniison et Dalila, pas plus qu^ H érodiade, ni aucun autre sujet tiré de la Bible n'était autorisé sur les théâtres anglais, et que le roi d'Angleterre ne pourrait assister officiellement à une représentation de ce genre.
Les Français de bonne souche firent aussi entendre des protestations.
En 1891, le monde des théâtres exigea la représentation de Lohengrin, opéra composé par un Prussien qui a odieusement insulté la France.
Le gouvernement qui refusait aux catholiques la liberté de leurs processions sous le prétexte de l'ordre public à défendre, se mit à la disposition des amateurs de la musique allemande. Pour en rendre possible l'exécution, il dut mobiliser des centaines de soldats et de policiers, barrer les rues populeuses, bousculer, frapper et arrêter les passants. Douze cents arrestations furent faites dans la soirée. Une seconde représentation fut demandée, elle fut encore accordée et la police dut faire sept cents arrestations nouvelles.
Ce ne sont que des incidents ; jDassons.
« Le théâtre nous dévore, écrivait en 1SS7, le rédacteur d'un journal qui consacre chaque jonr aux théâtres la moitié de ses colonnes, il nous empoisonne et nous tue.
» II trouble les cervelles, détraque les jugements, anéantit la raison en substituant à la science sociale et à la philosophie, un méli-méîo de réalités factices et de rêves intangibles, plus dangereux, plus pernicieux à la société et à l'individu que les mauvais instincts et les passions mauvaises... Étourdis, énervés par ce mirage qui recule toujours devant nous, nous sortons de là plus dégoûtés de nous-mêmes et des autres, mécontents davantage de notre destinée, songeant à nous y soustraire par la porte ouverte à toutes les fantaisies déréglées, à toutes les perversions de l'esprit, à tous les vices, à tous les crimes... En politique, en morale, en amour, en art, le théâtre, qui est l'idéal de l'idéal, nous a fait plus de mal que toutes les révolutions et toutes les guerres, car il a dénaturé la vie, et nous en sommes arrivés à croire sérieusement que cette dénaturation est enviable et plausible !»
Voyons la somme d'argent qui est consacrée chaque année en France à corrompre ainsi les mœurs. Nous trouverons dans ces chiffres un élément d'appréciation sur le nombre des personnes qui vont au théâtre se pervertir.
En 1894, plusieurs journaux ont fait une enquête sur la re-
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cette totale des théâtres de Paris. En l'année 1893, elle est arrivée à trente millions, l'année précédente elle avait eu deux millions en moins, soit vingt-huit millions. Cela n'a fait que croître et embellir.
Voici les recettes des dix années qui ont précédé la guerre.
Dans les vingt dernières années on est donc passé de trente à soixante-huit millions. L'année 1914 ayant eu ses cinq derniers mois occupés par la guerre, a vu le chiffre de 1913 descendre à 41.606.915 p. Nous ne savons s'il s'est relevé les années suivantes.
Ces sommes énormes, prix des places, ne suffisent pas à payer les traitements des comédiens et les frais du culte scénique.
Voici les sommes que le Budget des Beaux-Arts a affectées en 1896 aux théâtres de Paris. Le Conservatoire eut un crédit de 193.200 fr. La subvention de VOpêra fut de 800.000 fr. ; celle de la Comédie française, 250.000 fr. etc., etc. ^.
En 1910 la subvention de l'Opéra était portée à 826.000 fr.
A combien s'élèvent les appointements de ces messieurs et de ces dames ? En 1881 M' Got émargeait 70.000 francs annuels ; M. Thirion 70.000 francs; MM. Lefebvre et Worms, 69.000 francs; leurs camarades à l'avenant.
M^' Madeleine Brohan a touché 69.000 francs ; M"' Sarah Bernhardt, 73.000; M"^ Croizette, 55.000 ; M°^« Favart de 50.000 à 60.000; etc., etc.*.
3. Outre les grands théâtres, sont subventionnés par l'Etat : le concert Colonne, le concert Lamouroux, le concert d'Haicourt, la Société Nationale de Musique, la Société d'audition Pichon. etc., etc. Et aussi des concerts ou sociétés de province, Lille, Lyon, Bordeaux, etc., etc.
4. L'Indépendance belge a donné de curieux détails sur ce qui compose « l'éducation » d'une danseuse de l'Opéra subventionnée comme nous venons de le dire :
« On ne désosse pas les danseuses, on les disloque, voilà tout. La Question, Dannie du code, semble s'être réfugiée dans les classes de danse. "
» Il y a là des appareils d'une bizarrerie formidable : boîtes, anneaux, courroies, barres, — tout un mobilier d'estrapade.
Voici les chiffres de 1885 :
M. Lassalle touche 125.000 £r. par an; M. Salomon 70.000; M, Melchissédec 48.000; M. Dereims 60.000; M. Boudouresque 60.000 ; M. Plançon 14.000 ; M. Dubulle 18.000 ; M"^ Krauss 127.500 ; M"^ Isaac 80.000 ;M^^^ Richard 60.000 ;etc.
Quant à M. Faure, il a touché 15.000 fr. par mois ; M. Gailhard, 6.000 fr. par mois; M. Villaret, 72.000 fr. par an.
Rapprochons-nous de la date de la déclaration de la guerre. M. Beujat, député radical de l'Isère, a donné ces chiffres dans son rapport du Budget des Beaux- Arts de 1910 (Journal officiel, Documents parlementaires, pp. 1906 sqq.).
A l'Opéra, M. Alvarez touche, pour une représentation de trois heures, 2.200 francs ; M. Gauthier, 2.000 francs ; M. Muratore, 1.000 francs; M. Altchewsky, 1.500 francs. Voilà pour les ténors. Voici les barytons : M. Noté, 45.000 francs pour vingt-six représentations; M. Boulogne, 16.000 francs pour 11 soirées, etc. Les basses ne sont pas moins bien traitées : M. Delmas reçoit 84.000 francs pour 45 soirées. Caruso ne con'Sent pas à chanter à moins de 10.000 francs par soirée.
A r Opéra-Comique, les traitements annuels vont de 90.000 à 18.000 francs par an.
L'éclairage de l'Opéra coûte 300.000 fr. par an, soit plus de 1.500 fr. par soirée ; le chauffage 50.000 fr. ; le balayage, 360.000 fr.'etc, etc. '\
» Chaque jour, l'élève s'emprisonne les pieds dans une de ces boîtes à rainures. Là, talon contre talon et genoux en dehors, elle habitue ces pauvres pieds martyrisés à demeurer d'eux-mêmes sur une ligne parallèle. C'est ce qu'on appelle se tourner.
)) Après une demi-heure de boîte, autre variété de torture.
» Il s'agit cette fois de poser le pied sur une barre que l'on doit tenir avec la main opposée au pied en exercice, puis de changer de pied et de main au commandement : c'est ce qu'on appelle se casser.
» Tout cela sans cesser de sourire.
)) Et ne vous imag-inez pas que de si rudes épreuves ne durent que quelque temps ; elles doivent durer toujours et se renouveler sans trêve. A cette condition seulement, la danseuse conservera sa souplesse et sa légèreté.
» J'ai vu, raconte M. Albéric Second, dans ses curieux Petits mystères de l'Opéra, j'ai vu M^i^ Taglioni, après une leçon que venait de lui donner son père, tomber mourante sur le tapis de sa chambre où elle se laissait éponger, sans avoir le sentiment de ce qu'on lui faisait. L'agilité et les bonds merveilleux de la soirée étaient achetés à ce prix... »
4^. Pendant le mois de mai 1919, la taxe de 10 % sur les spectacles rapporta près de vingt millions, c'est-à-dire que près de vingt millions ont été encaissés pendant ce mois de suspension des hostilités par les familles résidant à Paris ou s'y trouvant de passage, à se démoraliser de plus en plus par les leçons qu'elles venaient chercher dans tes théâtres de la capitale.
i:{(; CrLPABILITE DU PUBLIC.
Mai.s k* oouvenieineiit ne se contente pas de donner aux théâtres des subventions annuelles, lui et les communes le& construisent aux frais des contribuables, là où il n'y en avait point, ou lorsque l'incendie ou autre accident en a fait disparaître. Quelquefois même pour un qui a brûlé on en construit deux i^lus vastes et plus luxueux.
A Lille, par exemple, la municipalité s'empressa de construire le théâtre de la Place Sébastopol, au lendemain de l'incendie du grand théâtre qui laissait subsister le Kursaal-théâtre, le tliéâtre Music-Hall, etc. Il lui coûta 349.980 francs.
Celui que l'on construisit sur l'emplacement de l'ancien, a exigé des contribuables la somme de 3 millions 824 fr. 81 c. Depuis cinquante ans les catholiques de Lille en prévision de l'évêché de Lille se cotisent pour la construction d'une cathédrale. Ils ont acquis pour cela en pleine ville, sur ce qui a été le berceau même de la cité, un terrain de 20.500 mètres carrés d'un seul tenant. Puis, après un concours international, ils se sont mis à construire l'édifice qui s^j voit, chef-d'œuvre qui provoque l'admiration des architectes et des archéologues. Ils y ont mis des millions qui n'ont fait que le connnencer. Ni gouvernement, ni municipalité n'ont donné un «sou. Loin de îà, chaque année, ils prélèvent sur les dons du souscripteur des contributions qui s'élèvent annuellement à six mille deux cent cinq francs. Mieux encore, comme une cathédrale est un édifice religieux, la commission de l'œuvre, uniquement composée de laïcs, a été traitée comme congrégation religieuse et soumise à tous les impôts spéciaux dont les congrégations ont été iniquement chargées par la loi de 1895.
Ce ne fut qu'en 1901 que le gouvernement s'aperçut qu'il y avait moyen de faire dire à cette loi ce qu'elle ne disait point, et il fit savoir à là société civile et commerciale de Notre- Dame de la Treille que puisqu'elle construisait un édifice religieux, elle était une congrégation religieuse. Durant deux ans, la société s'appliqua à faire valoir l'iniquité d'une telle assimilation, elle dut enfin pher et verser 21.688 fr. de rétroactivité. Depuis elle doit financer de ce chef chaque année.
Que l'on ne dise point que la construction d'un théâtre municipal doit nécessairement entrer dans les dépenses du budget, comme chose nécessaire et voulue de tous. Une cathédrale n'est-
elle point nécessaire et d'une nécessité ^d'ordre supérieur ? Et quant à la volonté des Lillois de la posséder, pour la connaître il suffit de consulter les listes des souscripteurs. Il ne s'y trouve point que le don du riche, les plus pauvres ne cessent de manifester leur vœu par les offrandes qu'ils font à l'œuvre. Au cinquantenaire de la pose de la première pierre, pour prendre cet exemple, « les petits chevaliers de Notre-Dame » dirent : « Nous faisons appel à dix mille cœurs, leur demandant tle manifester leur dévotion à Notre-Dame et l'intérêt qu'ils portent à sa Basilique par l'offrande de cinquante centimes jointe à leur signature ». Au lieu de 10.000 personnes, 43.050 répondirent à cet appel.
Quelques années plus tard, onze mille familles demandèrent à contribuer à l'érection de l'autel du Sacré-Cœur. 3.257 firent don de 0.05; 2.664, don de 0.10; 1.723, don de 0.25 ; 804, don de 0.30; 918, don de 0.50. A ces oboles des foyers indigents se joignirent les dons plus importants des familles aisées ou riches.
Les municipalités peuvent-elles présenter de tels plébiscites pour mettre à la charge de leurs administrés les dépenses qu'elles inscrivent au budget pour la construction des théâtres ?
Aux théâtres proprement dits, jugés insuffisants à l'œuvre de démoralisation du public, entreprise par ceux qui se sont emparés de la direction de la société contemporaine, il faut ajouter les cafés-concerts et autres lieux semblables dont les noms varient autant que se multiplient les inventeurs de fantasmagories nouvelles.
Ces établissements distribuent en monnaie ce que les théâtres donnent en grand. Ici encore nos gouvernants se montrent d'une complaisance inqualifiable pour les spectacles honteux qu'offrent à Paris, tous les soirs, aux étrangers et aux riches oisifs les cabarets de la Butte Montmartre. « Même à Constantinople, dit la Correspondance hifhdomadaire après plusieurs journaux, dans les quartiers on prédomine le plus l'influence musulmane, on ne trouverait pas, à l'heure actuelle, de plus écœurants spectacles que sur les pentes de la colline qu'on nous représente
coiniiie l'acropole de la Ville-Lumière. » Et M. Philibert Au- (lehraiid, dans VEvénement, après avoir cité une ou deux strophes d'une chanson à la mode dans ces mauvais lieux, ajoutait en 1893 : « Suivent quatre strophes d'une obscénité sans pareille fort applaudies, cela va sans dire, surtout par les collégiens en vacances. Attendez un peu. Très prochainement, les lycées de filles seront admis pareillement à écouter ces beaux rythmes. » Après 1871 de nouvelles protestations se firent entendre. A l'heure où tant d'hôtes, anglais et américains habitués à plus de respect des bonnes mœurs, étaient blessés de ce genre de spectacle, la grossièreté des équivoques et l'audace des situations s'accentuèrent encore. I^es membres de la société centrale de protestation contre la licence des rues se réunirent en janvier 1919 et demandèrent à l'administration de supprimer ce scandale en usant des droits d'' interdiction toujours aux mains du préfet de police. Il n'en fut rien fait.
En province comme à Paris, une invention nouvelle est venue accroître sans mesure l'effet démoralisant des théâtres, la Cinématographie ^ . Cette machine date de vingt à trente ans et elle est partout. Paris, Londres, Berlin, chacune de ces villes compte jusqu'à trois cents théâtres cinématographiques. La préfecture de police signalait 262 cinémas à Paris en 1913 contre 2 en 1902. Il n'est plus une ville, de si petite importance qu'elle soit, qui n'en ait un ou plusieurs en Euroj)e, en Amérique et partout ; il déambule ; pour se mettre au service de tous, il est promené de village en village par des entreprises montées par actions.
Des sociétés industrielles, des groupes financiers existent, au
5. Au mois de septembre 1918, les journaux allemands qu'il nous était permis de recevoir à Lille, publièrent cette note sur le nombre et la fréquentation des cinémas en Angleterre et aux Etats-Unis.
(( Aux Etats-Unis et au Canada, les cinémas reçoivent la visite quotidienne de 14 millions de personnes. En Angleterre, on compte 2 millions et demi de spectateurs par jour. En 1916, les producteurs et entrepreneurs américains ont dépensé en films plus de 200 millions. En Angleterre, il a été
n y a pas un pays qui n ait un ou plusieurs cinémas installés dans ses principales villes. Bangkok (Siam), en possède trois; Alexandrie, dix-huit; Calcutta, sept ; Athènes, treize ; Arkhangel, huit ; Tokio, trente-deux ; le Groenland lui-même en possède plusieurs.
capital de plusieurs millions chacun, pour exploiter cette nouvelle branche d'industrie. En France les capitaux des maisons d'édition et des salles de représentation s'élèvent à plusieurs centaines de millions. En Amérique le milliard est de beaucoup dépassé. Le mouvement universel d'exportation entre Etats atteint plusieurs centaines de millions. La cinématographie a ses journaux^ ses associations, ses congrès, ses expositions. A Paris, le cinéma Dufayel, en 1906, a encaissé 166.000 fr. ; le cinéma Select, 111.000 fr. Toutes les autres installations faisaient alors de beaux bénéfices. Ils se sont bien accrus depuis. En 1912, les cinémas parisiens encaissaient près de sept millions de francs. Sur cent cinémas, il n'y en a, au point de vue religieux et moral, qu'un qui soit bon, vingt passables, et soixante-dix-neuf mauvais. Ceux-ci sont des écoles d'immoralité, d'impiété et d'anarchie ^.
Cette invention menace gravement l'existence de la vie de famille. Da;is la classe ouvrière, elles sont nombreuses les mères de famille qui suivent les représentations données en matinée, puis celle de la soirée. Elles se munissent de tartines pour n'être pas obligées de rentrer à la maison entre les deux spectacles. L'engouement insensé pour le cinéma pousse de nombreux ménages ouvriers à engager au mont-de-piété tout ce qu'ils possèdent, afin de se procurer l'argent nécessaire à leur plaisir favori ; ils vivent de pain sec et portent des haillons plutôt que de manquer une représentation. Les enfants s'y blessent les yeux pour la vie.
Quand une société en arrive, a dit M. Gustave Mirbeau dans un des journaux qui ont le plus contribué à acclimater dans la noblesse et la bourgeoisie l'amour du plaisir, le Gaulois, — « quand une société en arrive à n'avoir plus d'admiration que pour les choses et les hommes de théâtre, il ne faut pas qu'elle se plaigne si, plus tard, on vient lui demander des comptes ierrihles ». Ces journaux savent donc où doit aboutir ce qu'ils encouragent. Ils avouent un jour à la première page, mais ce jour-là même et tous les jours qui suivront, ils en consacreront trois à Drêter leur concours à l'œuvre de démoralisation.
6. Un décret du cardinal Respighi, vicaire de Rome, a défendu aux religieux et aux membres du clergé régulier et séculier de fréquenter à Rome les salles de cinématographe, sous peine de suspens a divinis.
liO CULPABILITÉ DU PUBLIC.
Dieu ne manqua pas de donner de temps à autre de salutaires leçons. P'^n 1882, la Semaine religieuse de Cambrai désigna nommément vingt théâtres consumés par le feu l'année précédente. Celui de Vienne avait fait périr mille spectateurs de la plus cruelle mort. L'année suivante nous pûmes en nommer vingt-et-un qui avaient subi le même sort. Combien d'autres, depuis ? Et combien aussi de cinémas ? Sans doute, ils n'étaient point tous situés en France. Ce n'est point seulement chez nou& que le désordre était à son comble; mais nous avons, nous, des raisons spéciales de ne point nous y livrer.
Il ne manque pas de journaux faisant profession de catholicisme qui engagent leurs lecteurs par des réclames plus ou moins chaleureuses à assister à tel ou tel spectacle. On s'est demandé récemment en Belgique si, ce faisant, ils demeurent fidèles au titre qu'ils se donnent. Une polémique s'engagea à ce sujet à l'occasion d'un opéra découpé dans un trop célèbre poème de Lamartine. I^e Bien Public, de Gand, fit observer « qu'à l'heure où nous sommes, il ne s'agit pas d'apprécier le théâtre tel qu'il devrait être, ou tel qu'il a été,' mais le théâtre tel qu'il est. Or, les moralistes les moins sévères et les les moins suspects sont d'accord pour reconnaître que le théâtre contemporain, reflet trop fidèle d'une société gangrenée de libéralisme et de libre-pensée, est d'une immoralité déplorable. Les mauvaises pièces y foisonnent, et les meilleures ne peuvent jamais être louées sans de notables réserves. « Le Bien public observait déplus que le rôle de la presse catholique n'est pas de développer chez ses lecteurs la passion du théâtre, mais, au contraire, de le combattre et de montrer combien l'habitude d'un tel divertissement s'accorde peu avec les maximes de la piété chrétienne.»
Dans le même moment la Gazette de Liège appelait l'attention des catholiques sur un autre point.
(c Les fêtes dramatiques et musicales, organisées par les cercles et les patronages sont tout à fait à la mode. Il s'en est donné une quantité cet biver, à Bruxelles et ailleurs. C'est un moyen comme un autre de faire passer à une foule de gens une soirée plus ou moins agréablement, et, en même temps, d'alourdir la caisse, souvent très légère, de ces sociétés, par les cartes placées à domicile et par les entrées perçues.
» Tout cela serait parfait si les organisateurs de ces soirées avaient toujours le bon goût de choisir des pièces convenables et nous faisaient
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entendre des romances-chansonnettes simplement honnêtes. Malheureusement, dans trop de cas, nous avons entendu des familles chrétiennes protester contre les spectacles qu'on offrait à leurs enfants. »
Suit le compte-rendu d'une pièce à laquelle le rédacteur venait d'assister dans un cercle catholique. Il qualifie cette scène de ce guet-apens ».