‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 44 sur 98 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Premiers actes d'apostasie de la 3® République.

ce II n'est maintenant, et il ne peut y avoir que deux thèses en présence : la tlièse de l'autorité (qui implique Dieu) avec toutes .ses conséquences, et la thèse de la liberté (qui implique Vhomnie sans Dieu) avec les sîenves. Quant à Ventre-deux, y a-t-il un front assez obtus d' impénitence finale et de stupidité pour s'élever encore, après tant d'années d'expérience, en faveur de Ventre-deux ; et le juste milieu, comme mot et comme chose, lie s'est-il pas irrétnédiablement perdu dans un vaste inépris ? Je dis plus ; je dis qu'il n'y a que cela qui s'entende. Le reste n'est, qu'entortillements, complications, confusions, obscurités, problèmes. Tous ces rebâtisseurs de mondes, tous ces architectes d'utopies qui s'en viennent nous construire , sur la table rase d'une fe^iille de papier, leur petit échiquier social, nous les avoyis vus, nous les avons entendus, nous les <ivons discutés, et la discussion dure encore. »

De Barbey d'Auieyvilly.

L'appel à la protection divine effacé des monnaies. — Le serment judiciaire supprimé. — L'image du Christ enlevée des tribunaux, des cimetières, des routes, des écoles. — Récompense nationale donnée à l'auteur de ce dernier crime. — Les mourants privés des Sacrements dans les hôpitaux. — Outrage au Christ chaque Vendredi-Saint devant toutes les nations.

Dans Vexposé de la situation faite à VEglise de France que les cardinaux français adressèrent le 16 janvier 1892 au gouvernement de la République, ils durent constater ceci :

« I/athéisme pratique est devenu la règle d^action de quiconque en F nui ce porte un titre officiel et la loi de tout ce qui se fait au nom de VEtat ^. »

(J'c^st ce que doivent dérouler les pages suivantes. Elles justiHent la conduite de Dieu à notre égard et feront voir le second et plus grave côté du Pourquoi pénal de la guerre actuelle.

La secte se mit à l'œuvre dès 1872. L'année qui suivit les grandes leçons de la guerre et de la Commune vit les deux France, la France catholique et la France maçonnique, s'efforcer l'une et l'autre de prendre la direction de nos destinées et de préparer l'avenir. Tandis que l'Assemblée nationale, issue (les entrailles de la vraie France, de la France traditionnelle, demandait aux évêques de prescrire des prières publiques pour appeler la miséricorde de Dieu sur notre pays; à l'opposé, M. Thiers, qui avait fait à la secte cette promesse : « J'ap-. partiendrai toujours au parti de la Révolution^ », aurait voulu que les nouvelles pièces de cinq francs qui devaient être frappées de 1873 à 1875 pour 290 millions, ne portassent plus sur le cordon, la légende ce Dieu protège la France^ ».

1. Je suis athée, a dit M. Schœlcher au Sénat. Bossuet répond :

« La terre porte peu de pareils monstres ; les idolâtres eux-mêmes ont les athées en horreur. Et lorsque, dans la lumière du christianisme, on en découvre quelqu'un, on doit en estimer la rencontre malheureuse et abominable. » Et Cuvier aurait pu redire à M. Schœlcher ce qu'il dit en pleine Académie, le 15 Messidor, an \\l\ : « Les athées ne peuvent être que des fous ou des fripons. »

2. C'est ce que M. Michel de Bourges a rappelé à M. Thiers lui-même, dans le 15® bureau de l'Assemblée nationale, en 1849. « Tous deux élèves en droit, dit-il, nous jurâmes, M. Thiers et moi : Haine a la mon.\rchie, avec cette circonstance assez piquante : M. Thiers tenait le crucifix quand j'ai prêté serment, et je tenais le même crucifix quand M. Thiers a juré : haine à la monarchie »., C'est dans une vente de carbonari que ce serment fut ainsi fait. »

En 1849, Le Crédit, la Presse, VOpinion publique enregistrèrent ce souvenir. En 1872, La Provence (journal d'Aix) a rappelé longuement ce fait et d'autres semblables, alors que M. Thiers était président de la République, et que, dans cette ville, ses nombreux amis surveillaient avec soin tout ce qui était écrit sur lui.

Parmi les autres faits alors rappelés, citons celui-ci : Le 17 janvier 184S, M. Thiers prononça ces paroles à la Chambre : « Je ne suis pas radical, les radicaux le savent bien. Mais entendez bien mon sentiment : a Je suis du PARTI DE la Révolution tant en France qu'en Europe... Je serai toujours DU parti de la Révolution. »

3. Une nouvelle monnaie anglaise à l'efligie d'Edouard VII fut mise en circulation au commencement de son règne. Autour du profil du monarque, on voit l'inscription que voici: Edwardus VU. D. G. Britt : Omn : Rex,

Dieu protège la France ! ce cri sur nos pièces de monnaie était, une action de grâces et une prière ; actions de grâces pour le passé si plein des bontés divines sur notre pays, et prière pour le présent et pour l'avenir. La République voulait se soustraire à toute reconnaissance et étaler aux yeux du monde le dédain qu'elle avait pour le secours divin. Entre autres journaux, Le Télégraphe fit entendre cette protestation :

« Certes, si jamais la PVance a eu besoin de la protection de Dieu, c'est de nos jours : alors que tous les principes sont méconnus, que l'invasion étrangère a mordu le territoire national, que la guerre ci\-ile est fomentée par de faux patriotes, que les classes laborieuses sont excitées par les plus détestables influences, que l'ordre social est sérieusement ébranlé. Si la vieille devise française disparaît de nos monnaies, qu'elle se grave plus profondément dans le cœur des hommes qui aiment vraiment leur pays. Oui, que Dieu protège la France ! »

D'autres protestations se firent-elles entendre ? Les membres de la droite, du suffrage desquels ^L Thiers avait besoin, obtinrent-ils que son désir ne fût point mis à exécution ? Toujours est-il que les écus frappés postérieurement continuèrent à porter la devise condamnée. La monnaie d'argent, en vertu de l'Union latine qui limite pour chaque pays contractant le nombre de pièces qu'il peut mettre en circulation, ne peut être frappée qu'avec le consentement des autres Puissances. Ce consentement ne fut point renouvelé depuis 1873 ; c'est pourquoi nos pièces de cinq francs portent toujours la devise chrétienne.

Il n'en est point de même pour les pièces d'or qui, elles ne sont pas soumises aux conventions faites avec les Puissances étrangères. L'efiigie de Napoléon III disparut dès 1871 et fut remplacée par le génie qui fit place pendant quelque temps à l 'effigie de la République au bonnet phrygien, pour reparaître ensuite avec le coq. En 1907 on vit le bonnet phrygien à l'avers et le coq au revers. Des combinaisons différentes furent prises au cours des dernières années. Mais jusqu'en 1905 inclusivement, la mention, « Dieu protège la France », fut maintenue. Elle disparut de la frappe de 1906, et définitivement selon la

F. D. Ind. : Tmp. Ces signes doivent se lire : Edwardus VII Dei Gratia Britanniarum Omnium Rex, Fidei Defensor, Indiarum Imperator, ce qui veut dire : Edouard VII, par la grâce de Dieu, roi de toutes les Bretagnes, défenseur de la foi, empereur des Indes. Le titre de défenseur de la foi avait été accordé par le Pape à Henri VIII, alors qu'il était encore catholique.

Les rois d'Angleterre s'en glorifient toujours, bien que n'y ayant plus droit.

pensée de nos gouvernants. Espérons cependant que se réalisera le vœu ou la prophétie de J. de Maistre : « la Révolution sera achevée, » disait-il, lorsque reparaîtra sur les monnaies l'antique devise de Constantin adoptée par nos rois : Christus vincit, Christus REGNAT, Christus imperat : toto orhe terrarum '^. Puisse ce cri de triomphe de Jésus sur ses ennemis, celui de la Sainte Eglise sur la synagogue de Satan, éclater bientôt en France et de là sur toute la terre !

A partir donc de 1906 jusqu'en 1914, on nous fit lire sur la tranche de nos louis: « Liberté, Egalité, Fraternité.» Cette devise fut quand même retenue sur le revers en plus gros caractères ; afin que personne n'ignorât que si la République s'appliquait de jour en jour, par ses lois, ses décrets et ses actes, à étouffer ces trois divinités, elle voulait en conserver l'enseigne.

C'est un décret de M. Caillaux, alors ministre des finances, contresigné par M. Fallières, président de la République, qui ordonna de faire ce changement. Le couvent des loges de France en avait ainsi décidé dans sa séance du 22 septembre et, comme toujours, nos gouvernants s'empressaient de lui obéir.

Des réclamations furent vainement adressées par des collectionneurs et des numismates, disant que la monnaie de tous les peuples se modifie sans doute avec les révolutions politiques et sociales, mais que cependant elle doit offrir une suite, une idée d'ensemble, que la monnaie française avait conservé jusqu'ici la marque de la foi religieuse de la nation et qu'elle devait la garder.

Durant trois ans et plus, la question avait été agitée dans les hautes sphères politiques et administratives. Que la devise chrétienne fût une constatation ou un souhait de la protection divine sur la France, c'était toujours une adhésion gouvernementale au dogme de l'existence de Dieu; mais cette adhésion, on n'en voulait pas, n'était-elle pas contraire aux grands principes de neutralité et de laïcisation qui sont à la base même de notre constitution et de notre législation athées ?

Rien ne pouvait mieux marquer l'esprit de la Révolution et son zèle à faire des prosélytes d'athéisme que ce « fi » de la protec-

4. Dans ses révélations à sainte Marguerite-Marie, Notre Seigneur donna cette affirmation : « Je régnerai malgré mes ennemis ».

tion divine affiché sur l'objet le plus usuel : la monnaie, et portant le plus hautement le sceau de la puissance publique.

Sur ces entrefaites avait lieu le recensement de la population. A l'avis usité jusque-là : « Indiquer si l'individu recensé appartient aux cultes : catholique, calviniste, luthérien, autres cultes protestants, israélite, cultes divers » on avait ajouté ceci : a déclarant ne suivre aucun culte ». C'était faire savoir à chacun qu'il peut faire partie de la société française en se déclarant légalement athée ; c'était encourager à faire cette déclaration "*.

On chercha les moyens de l'y contraindre.

Le serment judiciaire restait pour constater aux yeux du public l'existence du souverain Maître. Le témoin appelait, pour répondre devant les juges de la véracité de sa déposition. Celui qui connaît tout, qui est la vérité même et qui ne laisse point îe faux témoignage impuni. Cet acte était chose vraiment nécessaire. Quand les lois mettent à la merci d'un homme, témoin ou juré, la liberté, la fortune, l'honneur et la vie des citoyens, le moins que l'on puisse exiger, c'est que cet homme offre des garanties, sinon d'intelligence, du moins de bonne foi, de conscience et d'impartialité. C'est en vue d'assurer, autant que possible, cette garantie aux justiciables que le Code d'instruction criminelle, article 312, imposait aux membres du jury, devant les cours d'assises, la formule du serment :

« Je jure et promets devant Dieu et devant les hommes d'examiner avec l'attention la plus scnipiileuse les charges qui seront portées contre l'accusé, de ne trahir ni ses intérêts ni ceux de la société, de n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte où l'affection, de me décider, suivant ma conscience et mon intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre. »

c;. La plus récente statistique officielle sur la religion des Français date de 1881, c'est alors que les agents publics ont, pour la dernière fois, interrogé les habitants sur leur culte. 37.800.000 personnes se déclarèrent catholiques ; 85.000 citoyens ou citoyennes seulement inscrivirent, sur leur feuille de recensement, néant ou libre-penseur.

On ne peut dire que cette réponse ait été enlevée par surprise. Les feuilles de recensement ont été déposées dans les familles ; elles y sont restées plusieurs jours, laissant toute liberté à la réflexion, et ce sont les personnes interrogées qui ont écrit elles-mêmes leur profession de foi : trente-sept millions huit cent mille six cents se sont déclarées catholiques ; quatre-vingt-cinq mille libres-penseuses.

yoyant cela, la République maçonnique, qui méditait déjà l'acte d'apostasie qu'elle voulait perpétrer, effaça, des feuilles du recensement qui suivît, la rubrique : culte ou religion.

Lorsque M. Guyot-Dessaigne devint ministre de la justice, ()béiss,'int, lui aussi aux Loges qui l'avaient élevé à cette situation, il déposa sur le bureau de la Chambre, dès la première séance de la session, un projet de loi, modifiant les articles 322 et 348 du Code d'instruction criminelle. « Désormais les jurés ne devront plus prêter serment devant Dieu et devant les hommes », mais « sur leur honneur et sur leur conscience. »

Déjà auparavant les crucifix avaient-été enlevés — un Vendredi-Saint précisément — des salles où les tribunaux et les cours d'assises tiennent audience. Après l'emblème, peint ou sculpté de l'Homme-Dieu, Rédempteur et souverain Juge, c'était le nom même de Dieu et sa présence dans la pensée des juges, des coupables et des témoins que la suppression du serment faisait disparaître. Un ancien magistrat, M. Nicolas, a dit éloquemment le rôle auguste et préservateur, consolant et fortifiant que le nom de Dieu et l'image du divin Crucifié remplissaient dans les tribunaux, et que la République faisait ainsi disparaître.

c( Devant toutes les tortures et les souffrances lïont les débats criminels déroulent ordinairement le tableau, quoi de plus fortifiant et de plus ennoblissant que rima<re de la résignation sublime de' Celui qui a été si justement appelé l'Homme des doideurs ! Devant toute l'insuffisance, toute l'imperfection et tout le danger de l'instr.iction par témoignage, quel secours épurateur ne trouve-t-on pas, quoi contrôle et quelle épreuve dans la présence sensible de ce grand Témoin des témoins ! Quel levier clans les mains du président pour remuer les consciences et en délivrer la vérité, et, pour les jurés, quel appel à l'humanité, à la défiance et à la circonspection que ce tableau du Juste, de l'Irréprochable attaché sur l'échafaud de la croix par la cruauté, la faiblesse et la prévention des hommes ! Et enfin, pour le héros de ces horribles drames, pour l'accusé, s'il est innocent, quel appui ! S'il est coupable, quelle voie de repentir, le repentir qui, aux yeux des hommes comme aux yeux de Dieu, est souvent apprécié comme une seconde innocence ! Et <^nfin, s'il est coupable sans atténuation, sans excuse, fût-il un monstre, n'est-il pas un être souffrant, n'est-il pas un homme, et ne devient-il pas un objet de pitié à ce moment terrible, plus terrible que le supplice réel et que la mort, à ce moment dont toutes les minutes sont des siècles, où, en présence de toute la société soulevée, il voit se dissiper ses dernières lueurs d'espérance, et, abandonné de tous, il tombe sous le foudre vengeur de la loi ? Alors, au lieu de le laisser se rouler dans les convulsions de son désespoir, n'est-il pas bien de lui ouvrir une large voie de soulagement dans le sein d'un Dieu qui a témoigné qu'il savait compatir aux souffrances humaines en les partageant, et peut-on sans cruauté lui retirer ce dernier compagnon d'infortune, qui, tandis que toute la nature humaine le repousse et lui crie : « Tu es flétri, tu es maudit ! l'ignominie, la mort sur toi ! » semble lui dire, comme autrefois au scélérat qui partagea son supplice : « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le ciel ? »

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La croix du divin Rédempteur n'était pas moins consolante, plantée au centre des cimetières, ni moins inspiratrice de bonnes j>ensées et de nobles sentiments sur les chemins publics. L'Etat la fit également disparaître là où il pouvait commander et engagea les municipalités et les préfectures à imiter son impiété.

Le préfet de Paris, Hérold, alla plus loin encore, et donna aux instituteurs le signal de décrocher les crucifix des murs des écoles. Il fit accomplir ce forfait, aux heures de classé, sous les yeux des enfants. Une série de questions adressées au gouvernement, par M. Buffet, sénateur, mit cette infamie en pleine lumière.

« Est-il vrai, que le Jeudi 9 décembre 1880 et les jours suivants, des agents de l'administration se sont rendus dans les écoles laïques et publiques de garçons et de filles de la ville de Paris, et en aient enlevé tous les crucifix, les statues de la Vierge et tous les emblèmes religieux ?

» Est-il vrai que cet enlèvement ait eu lieu, non de nuit comme l'ont dit certains journaux, quoique la nuit soit bien le moment à choisir pour de pareils attentats (Rumeur à gauche), mais toute la journée, pendant la durée des classes et en présence des élèves ?

» Est-il vrai que cette opération ait eu lieu,' non comme l'exécution de la laïcisation illégale des écoles, mais comme un outrage au droit, à la fol des élèves catholiques et de leurs familles ? (Très bien ! à droite.)

» Est-il vrai que dans certaines écoles l'on a enlevé les crucifix avec des bâtons munis de crochets, et que plusieurs sont tombés et ont été brisés sous les yeux des élèves ?

» Est-il vrai que ces emblèmes religieux aient été enlevés et jetés pêle-mêle dans une voiture de déménagement qui stationnait à la porte de l'école ?

y> Est-il vrai que cet enlèvement ait causé, chez les élèves, chez les instituteurs, une émotion bien légitime qui a été jusqu'aux larmes ?

» Est-il vrai que des instituteurs aient refusé de laisser faire pareille chose devant leurs élèves ?

» Est-il vrai que les familles aient protesté, avec indignation, contre ces actes qui constituent une violation de la loi et dont les auteurs ont encouru les dispositions du Code pénal ?

y> Est-il vrai que ces emblèmes aient été jetés dans les magasins où se trouve le mobilier scolaire et laissés dans un coin où on a pu les voir ? »

Le gouvernement n'a pu qu'avouer son sacrilège ^. Mais il

6. Il rétendît à toute la France. Dans toutes les écoles publiques, même celles tenues par des religieux ou des religieuses, les Crucifix et les Madones durent disparaître. Lorsque ceux-ci ne les soustrayaient point aux yeux des enfants, ils étaient violemment enlevés, malgré les protestations de la population.

A la Boissière-sur-Evre (Maine-et-Loire), pour nous en tenir à un seul, fait, on put voir, photographiés, deux crucifix, dans l'état où les avaient mis les <( sans-Dieu » qui les avaient enlevés des deux écoles. Les christs, odieusement mutilés, furent exposés à l'église sur le coussin où le Conseil municipal les avait recueillis.

Au dos de la photographie, on reproduisit l'autographe du procès-verbal,

('taie bien loin de s'en repentir ; la preuve en est dans la récompense qu'il donna à M. Hérold pour le remercier de son exploit. La République le décora, elle lui donna le cordon d'officier de la Légion d'honneur... Honneur! Le pauvre homme mourut peu de jours après ; et la République, à son enterrement civil, déploya « tous les honneurs administratifs et militaires, avec une pompe inusitée ». C'est le journal de Gambetta qui en fit la remarque. Cinq mille soldats durent, par ordre, prêter leur concours à cet acte public de la glorification de l'athéisme et du matérialisme.

« Plus d'immortalité de l'âme, écrivit }f. Rochefort, revenant de cette leçon donnée à la fovle, plus de jugement dernier, plus de paradis, plus de créateur : la matière incréée d'où le corps est' sorti et dans laquelle il retourne, voilà les théories qu'ont sanctionnées les sénateurs, députés, grands dignitaires et personnages officiels qui se sont rangés autour de la tombe de M. Hérold. »

On sait que ce scandaleux enseignement fut renouvelé à la mort de Gambetta, de Jules Ferry, de Paul Bert, de Zola, de Berteaux, etc., de tous ceux, en un mot, qui se distinguèrent par leur zèle à se servir de leur situation politique ou de leurs fonctions pour faire entrer l'athéisme dans l'âme du peuple^.

Les leçons de matérialisme données au peuple par les grands enterrements civils devaient être suivies de l'emploi de la force pour faire mourir les gens en bête dans les hôpitaux. Cela ne manqua point. Lorsque ce même Hérold fît sa circulaire du 23 avril 1879, une question fut posée au Ministre de l'Intérieur par M. le député Bérenger qui établit, avec preuves à l'appui que, sur 22.000 malades qui avaient passé dans les hôpitaux de Paris pendant les trois derniers mois, 15.000 s'étaient déclarés catholiques et avaient demandé à recevoir le prêtre

signé des onze conseillers et légalisé par le maire qui établissait les faits et les responsabilités. Ce procès-verbal constatait que, pendant la mutilation, deux gendarmes montaient la garde à la porte de l'école, revolver au poing.

Le christ, exposé à l'église, reçut sur ses pieds broyés les baisers des paroissiens et leurs réparations. ''

7. Nos gouvernants démocrates font des décrets' pour abolir les hommages que tout peuple rend à Dieu, mais ils ont soin de s'adjuger à eux-mêmes des honneurs, et surtout des honneurs militaires auxquels leurs prédécesseurs, du temps de la royauté, n'avaient point pensé. On ne tirait pas jadis le canon pour M. Guîzot comme on le tire aujourd'hui pour M. Hérold et autres. M. Thiers lui-même, sous le règne de Louis-Philippe, n'aurait pas fait échelonner trois régiments pour escorter la dépouille mortelle d'un fonctionnaire, comme l'a fait M. Guérin à Dijon.

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catholique. M. Tolain interrompit l'orateur pour dire que ces résultats devaient être attribués à l'influence des sœurs. M. Bérenger répliqua :

« Je vais vous satisfaire. Monsieur Tolain. J'ai là un document qui concerne un établissement récemment laïcisé et dans lequel les infirmières, sorties de l'école d'infirmières de -\I. Quentin, étaient naturellement peu disposées à faire du zèle. Il s'agit de l'hospice Tenon. Bien que soignés par des laïques, les malades, qui auraient dû, pour se mettre dans leurs bonnes grâces, refuser les secours de la religion, les ont cependant réclamés, ainsi que cela résulte des procès-verbaux que j'ai là sous les yeux.

» En septembre 1882, sur 391 malades, 374 ont demandé les secours de la religion, malgré les infirmières laïques. Donc, il n'y a eu que 17 malades sur 391 qui n'aient pas eu recours au prêtre, et encore sur ces 17 se trouve-t-iî des Israélites et des protestants.

» En octobre 1882, les secours du culte ont été demandés par 456 malades, et en no"vembre par 343.

» Tels sont les chiffres ofîiciels relevés dans un hospice laïque. Vous me demanderez peut-être pourquoi je ne vous donne pas les chiffres des mois suivants ?

» C'est bien simple. Là s'arrête la statistique, le directeur de l'Assistance publique ayant cru devoir l'interrompre parce qu'elle ne répondait pas à son attente ^. »

On vit les agents du gouvernement s'appliquer à mériter ses bonnes grâces en fermant, autant qu'il était en eux, les portes du ciel même aux malheureuses victimes des malheurs publics. Dans l'affreuse catastrophe de Vléna, il y avait à l'hôpital maritime quatre-vingts blessés. A défaut des aumôniers qui venaient d'en être chassés, quatre ou cinq prêtres des paroisses s'empressèrent d'y accourir pour offrir, à ces pauvres victimes, les sacrements qui les réconcilieraient avec Dieu et leur permettraient de paraître en paix à son tribunal, s'ils y étaient appelés. On interdit à ces prêtres l'entrée de l'hôpital. Pendant une demi-heure, ils plaidèrent la cause des pauvres victimes de l'incurie gouvernementale, ils ne purent triompher de la résistance qui leur fut opposée ^ .

8. En effet, M. Quentin adressa aus directeurs des hôpitaux une circulaire dans laquelle on lisait à peu près textuellement ce qui suit :

a La statistique -que je vous avais prié d'établir n'ayant pas donné les résultats attendus, je vous invite à ne plus poser de questions aux malades. »

A cette occasion, Le Monde signalait ce fait : Un infirmier laïque est invité récemment par un malade à aller lui chercher un prêtre. L'infirmier quitte aussitôt la salle pour s'acquitter de cette mission. Dans la cour, il rencontre un haut fonctionnaire qui lui dit :

— Où allez-vous ?

— Je vais chercher Monsieur l'aumônier pour un malade qui le demande. ^ Qu'est-ce que cela signifie? Voulez- vous bien rentrer ! S'il vous arrive

encore de quitter votre service pour un motif pareil, je vous chasse.

g. Une revue anglaise, The Month, au n^ 588 de l'année 1897, termina

224 CULl'AHILITK DE LA NATION.

J\)iir que les infirmiers ne fussent plus tentés d'aller, à la prière des malades, appeler les aumôniers, on trouva tout simf)le de supprimer les aumôniers dans les hôpitaux. En avril J883, le cardinal Guibert écrivit à ce sujet à M. Grévy. Il fit observer qu'il y a à Paris trente-huit hôpitaux publics, réunissant ensemble une population immense. Il en est qui comptent à eux seuls trois ou quatre mille infirmes ou vieillards. M. Grévy ne daigna point répondre à Son Eminence et il apposa sa signature à la loi. C'était une véritable condamnation à la mort sans sacrements x^our des milliers et des milliers de chrétiens Cjue le Président de la République signait. Rapproché dé sa conduite à l'égard des enfants des écoles, cet acte du gouvernement justifiait une fois de ^dIus l'observation de J. de Maistre : La Révolution est essentiellement satanique.

La tyrannie exercée à Paris fut bientôt étendue à toute la France. Les commissions administratives des hospices furent renouvelées de fond en comble ; on eut soin d'y faire entrer partout des Francs-Maçons dont le premier acte fut de demander l'éloignement des religieuses, la suppression du traitement des aumôniers ou leur expulsion du domicile qui leur était affecté. Président, ministres, législateurs et administrateurs appelaient ainsi sur eux la flétrissure infligée par le divin Maître aux Pharisiens : Vos ex pâtre diabolo est'is. V^ous êtes vraiment les fils de Satan et vous vous faites ses serviteurs pour lui livrer les âmes.

Bien d'autres actes pourraient être donnés comme preuve de l'esprit satanique qui anima la troisième République dès ses premiers jours. Pour ne point donner à ce chapitre des développements infinis, nous terminei'ons par celui-ci.

ITn reste de tradition chrétienne voulait que la marine française portât officiellement le Vendredi-Saint le deuil de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le Davillon était mis ^n

un article sur Vctat po^itiqite actuel en France par cette boutade : « La République a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. On peut l'amplifier comme suit : « Liberté de faire le mal. Egalité à Dieu. Fraternité avec le diable. » L'égalité à Dieu, c'est bien l'idée, la haute et pure idée, qui constitue la religion de la République, de la Révolution, de Satan. La morale de cette religion est la liberté du mal ou l'émancipation de l'autorité divine, et son culte l'immolation des âmes à Satan en témoignage de fraternité.

berne, les vergues en pantenne et le canon rappelait toutes les demi-heures le drame sanglant du Golgotha. Les républicains ne cessèrent de protester, et vers la fin du Carême de chaque année, ils jetaient à l'avance les hauts cris. En 1886, un rédacteur du Voltaire alla se faire auprès de l'amiral Aube, Ministre de la Marine, l'interprète des vœux, on pourrait dire des volontés des sectaires. M. l'amiral Aube répondit que de tout temps la France a agi ainsi,

ce Sous la Révolution même, alors qu'on guillotinait les prêtres, la France n'en restait pas moins, pour le monde entier, la nation catholique par excellence, protégeant les adeptes de cette religion et profitant, par suite, de leurs relations et de leur amitié... La France, vis-à-vis des peuples de l'extrême-Orient, doit conserver son renom de nation catholique ; son crédit, son influence en dépendent ; ce ser^iit une faute de ne pas emploj-^er comme un levier, comme un moyen de propagande française les manifestations extérieures du culte catholique... La défense des intérêts français dans l'extrême-Orient me paraît commander à notre gouvernement le respect du catholicisme et de ses traditions. »

Qui ne croirait qu'après des déclarations aussi formelles, le ministre n'ait ajouté qu'il ne consentirait sous aucun prétexte à la suppression du deuil du \ endredi-Saint ? Mais non.

(c Que la Chambre parle, dit-il, et je suis disposé à rapporter non seulement les règlements qui concernent le Vendredi-Saint, mais aussi ceux qui règlent à bord la prière du matin et du soir et l'assistance à la messe. »

Ce qui fut fait. En 1900, le Vendredi-Saint à six heures du matin, le Ministre de la Marine télégraphia aux ports militaires de France, que les manifestations traditionnelles du deuil du Vendredi-Saint, étaient supprimées. Déjà les équipages commençaient à appiquer les vergues et mettaient les pavillons en berne ; déjà le canon avait commencé à tonner. Les marins durent cesser de tirer, redresser les vergues, et hisser les pavillons à bloc.

Aucun ministre, même M. liOckroy, n'avait osé jusque-là prendre sur lui une pareille détermination, sachant combien elle blesserait et irriterait nos marins. M. de Eanessan a cru que le gouvernement ne pouvait pas se soustraire à l'injonction des Juifs à qui cette démonstration déplaisait souverainement. Ici encore nous voyons nos gouvernants humbles exécuteurs des volontés de la secte judéo-maçonnique.

On peut lire dans le compte-rendu des travaux de l'assemblée o-énérale du Grand-Orient, de septembre 1899, page 265, un

22{\ C rLPAHIMTE DE L\ NATION.

c< vœu tendant à la suppression des coups de canon le Vendredi- Saint ». Ce \œu>. après avoir reçu avis favorable de la commission, a été adopté. A la page 280 du même compte-rendu, on lit : « Parmi les vœux qu'on vous a lus tout à l'heure, il en est un qui x^arle de la sux:>pression des coups de canon le Vendredi- Saint. Cette question a été soulevée déjà au couvent dernier, ou il y a deux ans ; nous avions alors au Ministère de la Marine le F.-. Lockroy, qui avait donné des ordres à cet égard: ils allaient être exécutés, puis il s'est laissé circonvenir. » M. Lanessan, lui, a obéi.

Voici un dern]er trait bien caractéristique de la bassesse à laquelle la passion antireligieuse réduisait nos gouvernants, ceux mêmes qui voulaient garder une certaine tenue.

En 1885, ]M. Goblet revenant de la Somme, où il était allé soigner sa candidature, apprit que NN. SS. les évêques avaient publié, dans leurs diocèses, le décret de N. S. P. le Pape ordonnant, comme les années précédentes, la récitation du chapelet dans toutes les églises du monde catholique, duraait le mois d'octobre. M. Goblet, Ministre des Cultes, s'est aussitôt empressé d'écrire à NN. SS. les Evêques (messieurs, pour son Excellence) que s'il eût été là, le conseil d'Etat, sur ses ordres, eût sans doute fait défense aux évêques d'informer leurs diocésains que N. S. P. le Pape demandait de leur piété cet acte de dévotion et de confiance envers la Très Sainte Vierge. c< Il est douteux que l'enregistrement du second de ces actes (le décret relatif à la récitation du Rosaii'e) eût pu être autorisé dans la forme où il a été produit. »

La seule annonce de la prière faisait trembler les colonnes de la république.

L'instinct du petit Goblet ne le trompa point. I.a vertu de la prière le mit en ballottage dans son propre pays ; et Lr/ France dit, qu'éprouvé par cet échec subi chez ses compatriotes, il n'osait plus se présenter devant eux au scrutin du 18 octobre. On lui conseillait de poser sa candidature à Paris.

Le régime actuel, a dit M. Le Play, n'est point la tolérance du mal pratiqué par les autres nations riches et lettrées. Ce n'est pas non plus l'intolérance du mal consacrée par les petites

nations frugales et simples. C'est un régime tout nouveau, même dans l'histoire des races déchues : c'est l'intolérance du bien. »

C'est pis que cela encore, c'est le mal imposé par la puissance publique. La France a donné au monde un spectacle absolument unique dans l'histoire. Pour la première fois, on vit un pays dont le gouvernement chercha à détruire toute idée religieuse et à asseoir une société nouvelle sur l'athéisme. Toute la puissance publique, si considérable dans nos gouvernements modernes centralisés à l'excès, fut, en France, mise au service de l'athéisme. On a vu, dans les siècles passés, des pouvoirs politiques ^'efforçant de changer la religion du pays, comme en Angleterre et en Allemagne où les rois et les princes du XVr siècle travaillaient à faire passer les populations du catholicisme au protestantisme. Mais c'est la première fois qu'on vit un gouvernement régulier travailler méthodiquement au triomphe de l'athéisme par la destruction systématique de toute idée religieuse au sein de la nation qui lui est confiée.

On peut se demander si le crime qui a appelé sur la race humaine le châtiment du déluge, sa destruction, a été aussi g;rand que celui-ci, aussi outrageant à la divinité.

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