I. Siège de l'état ecclésiastique
Ce n'est pas à la médaille, ni au crucifix, ni aux chapelets que nos libres-penseurs en veulent, c'est au catholicisn^e, et ils s'en vantent. Faisons le catholicisme aussi timide, au:!-si silencieux, awssi caché que nous' le voudrons et qu'ils le demandent : tant qu'il vivra, nous n'obtiendrons pas qu'ils le tolèrent. Pour les contenter, supprimons les processions ; ils den^anderont que nous fassions taire les cloches ; ils exigeront qu'on abatte le clocher. Abattons le clocher ; ils nous ordonneront de raser l'église. L'église rasée, s'il reste un prêtre et un aute.l, ils se plaindront encore. Puis donc qu'il est impossible d'obtenir d'eux-mêmes une honteuse et dangereuse paix en gardant le silerice, prenons le parti de leur répondre. C'est ce que les chrétiens et VEglise ont toujours fait, dans tous les temps et partout. Louis Veuillot.
L'Église catholique seul obstacle au programme des Buisson, Paul Bert, etc. — Son 'investissement. — Siège de l'État ecclésiastique. — Les curés sac au dos. — L'immunité ecclésiastique.
Les actes du gouvernement dans l'administration du pays, que nous venons de rappeler, n'étaient pour ainsi dire dans la pensée des histrions qui menaient la tragédie jouée sur les tréteaux de l'Etat, que la bagatelle de la porte.
M. Buisson avait ainsi formulé le programme de la sinistre pièce que lui et ses camarades présentaient au public en quatre ou cinq actes : « L'Etat sans Dieu, l'école sans Dieu, la mairie
sans Dieu, le tribunal sans Dieu, la science et la morale sans Dieu ». Le grand obstacle à la réalisation de ce programme était l'Eglise catholique. Aussi les efforts de la secte qui voulait que la société fût débarrassée de Dieu et les instructions données aux hommes qui se chargeaient de l'opération se portèrent-ils exclusivement sur l'Eglise catholique. C'est ce que M. Clemenceau reconnut ouvertement dans la séance du 27 octobre 1889 (Officiel, p. 1148). Répondant à Mgr Freppel, il dit qu'il pouvait y avoir des partisans plus pressés les uns que les autres de la séparation. « Mais, ajouta-t-il, quoi qu'il arrive, toujours et en tout, nous serons unis contre l'Eglise catholique ». Cette résolution de sévir contre l'Eglise catholique et de ne sévir que contre elle, est manifeste. Le protestantisme, le mahométisme^ le judaïsme même non seulement furent exemptés des persécutions infligées aux catholiques, mais ils n'ont cessé de recevoir de la République des faveurs éclatantes. Mahométans et protestants adorent Dieu, mais la secte sait que le protestantisme libéral, où aboutit tout protestant logique, ne se distingue plus guère de la libre pensée, et que le protestantisme conservateur n'est qu'un parasite retenu à l'Eglise dont il s'est détaché par quelques dogmes catholiques et n'ayant qu'un reste de vie que par eux. Il tombera avec l'arbre, se disaient-ils, avec l'arbre dont il tire sa substance, si nous parvenons à abattre celui-ci. Quant aux religions qui ont conservé quelque chose, soit de la révélation primitve, soit de l'institution mosaïque, l'Alliance- Israélite Universelle, comme nous l'avons longuement exposé dans le Problème de Vlieure présente, a été instituée pour les dissoudre et les fondre dans la ce religion humanitaire » que la secte judeo-maçonnique veut fonder, c'est-à-dire le culte de l'homme, la déification de l'humanité.
La conjuration qui s'est donné pour tâche de présenter au monde le spectacle d'une société vivant sans Dieu et existant hors de lui n'a donc devant elle que la religion catholique : qu'elle parvienne à en débarrasser la France et elle. sera au comble de ses vœux. Elle sait combien est vrai ce que dans une de ses lettres rendues publiques, Frédéric Ozanam a fait observer :
« Entre les religions qui partagent le monde, sans qu'il faille ^ni longue étude ni discussion des faits, qui peut douter que le christianisme soit
souverainement préférable, et que seul il conduise l'homme à sa destination morale ? Mais dans le christianisme, il y a trois églises : la protestante, la grecque et TEglise catholique, c'est-à-dire l'anarchie, le despotisme et l'ordre. Le choix n'est pas difficile, et la vérité du catholicisme n'a pas besoin d'autre démonstration. y>
La haine n'avait pas à hésiter, et elle n'a pas hésité.
M. Groussau, en 1895, a pu publier dans la « Revue administrative du culte catholique » un article fort remarqué qui commençait ainsi :
« Depuis seize années, dans notre pays où l'instabilité est partout, la politique religieuse du gouvernement et des chambres reste immuable. Elle vise tout droit, lentement mais sûrement à l'anéantissement de l'Eglise catholique en France. »
Un homme qui, par les hautes situations qu'il a occupées, a pesé d'un grand x3oids sur les destinées de notre pays, agent docile de la Franc-Maçonnerie, Paul Bert, traça le programme à suivre pour arri^'^er à cette fin.
Ce programme eut un retentissement considérable.
En voici les lignes principales :
a. Pourquoi nos devanciers de 1789 et 1793 assistèrent-ils eux-mêmes à l'écroulement de leurs projets ? Pourquoi ne purent-ils construire l'édifice qui doit abriter la société moderne ? C'est parce qu'ils voulurent appliquer simultanément toutes les clauses de notre programme, et ensuite parc-e qu'ils appelèrent la violence à leur secours pour réaliser les réformes. Cette doiîble erreur causa leur perte et la nôtre. Instruits par le malheur, nous devons, nous autres, inaugurer une méthode nouvelle.
» Et d'abord, plus de violences ! Le sang appelle le sang ! Les supplices de la Terreur ont fait des martyrs, et ces martyrs ont fait la monarchie. A l'échafaud nous substituerons la légalité. Au lieu de trancher la tête des religieux et des prêtres, nous étranglerons l'Eglise dans les mailles des justes lois. Ce sera plus long, mais ce sera beaucoup plus sûr.
» De plus, au lieu d'attaquer l'ennemi sur tous les points à la fois, nous sérierons nos assauts et nos conquêtes. Ainsi nos efforts se dirigeront, en premier lieu, vers les religieux les moins populaires, les Jésuites ; puis, vers les couvents d'hommes, vers les aumôniers militaires, vers les écoles libres, et enfin vers les curés.
» La Révolution, en voulant tout abattre d'un seul coup, déchaîna contre elle toutes les forces. Nous, en échelonnant nos destructions, nous affaiblirons graduellement l'ennemi. Tenter au début de la campagne la fermeture des temples serait une entreprise irréalisable. Mais lorsque toutes les forteresses qui entourent l'Eglise de France seront tombées, l'affaire ira toute seule.
» Accoutumés h nos victoires, les catholiques se résigneront à la fermeture de leurs édifices religieux, connue ils se seront résignés à la fermetiire des couvents et des écoles. N'aurons-nous pas, d'ailleurs, pour nous, sinon l'appui, du moins la neutralité bienveillante des modérés, toujours acquise à l'exécution des lois ? «
Les conjurés, comme aussi leurs confidents, savaient le plan
si bien tracé et les mesures si bien prises qu'ils ne doutaient nullement du succès.
On se garda bien de découvrir d'abord ses batteries. lorsque Gambetta, sorti vainqueur de sa lutte contre Mac-^Iahon et son gouvernement, donna son fameux mot d'ordre aux 363 et à ceux qui les avaient élus, il ne dit point : « guerre au catholicisme ->), mais: « guerre au cléricalisme », et il expliqua que (c le cléricalisme » c'était « le gouvernement des curés », c'était au gouvernement des curés qu'il fallait mettre fin. Que de braves gens s'y sont employés de bon cœur et qui, en donnant au moins par leurs votes leur concours aux sectaires, pour débarrasser la France du gouvernement des curés, pensaient faire œuvre pie ! Hélas ! ils prêtaient les mains à l'établissement du gouvernement des Francs-Maçons et au succès de leurs desseins et de leurs œuvres. Or, de tous les pays du monde, les nations catholiques, et en particulier la France, sont les seules qu'on ne puisse accuser de cléricalisme. Nulle part le pouvoir civil n'a été aussi bien que chez nous distinct du pouvoir religieux, à quelc^ue époque que ce soit de notre histoire, parce que nulle part n'a été plus religieusement observé que chez nous le précepte du divin Maître : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. En Angleterre, en Prusse, en Russie, le souverain réunit en sa personne la double dignité royale et papale. Chacun de ces pays est donc un pays « clérical » vraiment et constitutionnellement clérical. En Turquie, le gouvernement est le gouvernement des marabouts. Y a-t-il jamais eu im Franc-Maçon qui s'en soit indigné ? pas plus qu'il ne s'est élevé contre la constitution politic[ue des Anglais, des Allemands, ou des Russes qui réunit dans les mêmes mains le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique. Ces cléricalismes sont des faits, des faits éclatants, indéniables, et cependant jamais un politicien, jamais un journal ne les a dénoncés à l'indignation publique. Pourquoi ici ce silence et là cette clameur ? C'est que la secte ne vent nullement anéantir ni le mahométisme, ni le luthéranisme, ni l'anglicanisme, ni la soi-disant orthodoxie, mais uniquement le catholicisme. Or, pour l'anéantir, il fallait commencer par ameuter contre lui les passions populaires, à quoi un mot, un seul mot peut suffire. Les foules, sans plus s'informer, crient haro ! elles aussi, contre celui qu'elles voient harcelé.
Lorsque le terrain fut jugé suffisamment préparé, on crut pouvoir mettre de côté les mots équivoques et les moyens détournés et manifester clairement les pensées et le dessein de la secte. M. George Périn, député intransigeant, pour ne citer que lui, dans un discours prononcé en 1880, ne se gêna plus pour dire ouvertement :
(c L'Eglise catholique est l'ennemie la plus redoutable de la République, et quand je dis Eglise catholique, et non parti clérical, c'est que je crois qu'il est temps d'en finir avec cette hypocrisie et de déclarer que tous les membres de cette Eglise, qu'ils soient jésuites, congréganistes reconnus et non reconnus ou prêtres séculiers, doivent être considérés comme également dangereux. »
Il aurait pu ajouter « Jésuites de robe courte », car les laïcs catholiques ne furent pas moins persécutés que les prêtres et les religieux. Qu'ils fussent militaires, magistrats, fonctionnaires, il vint un temps où ils ne purent faire acte de religion sans encourir les rigueurs de l'administration.
M. Viviani, tant de fois ministre, se distingua parmi tous les sectaires par l'audace de sa déclaration de guerre à l'Eglise catholique, lorsque vint la discussion de la loi sur les associations. Un républicain de vieille date, M. Renault-Morlière, fit ressortir les obscurités et les équivoques voulues du projet de loi présenté par le gouvernement. Il prouva qu'il aboutirait à l'arbitraire, à la spoliation et à la proscription. La conclusion de son discours fut :
(f Ce n'est pas une œuvre législative que l'on vent faire, c'est une oeuvre de haine, une loi de combat. On va déchaîner la plus ejffroyable
guerre religieuse. »
M. Viviani prit la parole après lui. Il vint reconnaître et proclamer que la loi était bien vraiment une loi de combat, non seulement contre les congrégations religieuses, mais contre l'Eglise catholique elle-même.
« Nous sommes, a-t-il dit, les héritiers et les continuateurs de la Révolution. Nous livrons bataille, l'éternelle bataille entre le pouvoir spirituel et l'esprit laïc de la Révolution. Dans cette lutte, nous nous trouverons face à face avec l'Eglise catholique. Cette loi n'est d'ailleurs qu'une première escarmouche. Il faudra, dans l'avenir, bien d'autres luttes pour démanteler la citadelle. y>
En entendant ces paroles, qui répondaient si bien à leurs pensées et à leurs passions, les sectaires firent à leur orateur
une ovation formidable. Deux ministres, MM. Millerand et Jean Dupuy, applaudirent avec eux-
En sortant de la séance, un député disait : ce Maintenant, tous les voiles sont déchirés ; on sait où l'on va. » Plusieurs autres dirent avec M. Lasies : « Vaut mieux cette lutte ouverte que les persécutions sournoises auxquelles nous étions habitués. »
En 1891, M. de Mazade, jetant un regard sur tout ce qui avait déjà été fait, put dire dans sa chronique politique de la Revue des deux Mondes :
ic La vérité est que, dans tout ce qu'on a fait, il y a une violence de secte doublée d'une certaine hypocrisie. Un des chefs du radicalisme parlementaire, M. Goblet, commentant justement les paroles de M. Léon Say, disait ces jours passés encore qu'on ne faisait pas la guerre à la Religion, que les républicains n'avaient jamais eu cette pensée. C'est une assez singulière plaisanterie. Non, on ne fait pas la guerre à la Religion ; on se borne à la poursuivre dans ses œuvres, dans ses principes, dans ses symboles, dans ses traditions, dans toutes ses manifestations. On se contente de ceimer pour ainsi dire de toutes parts Vidée religieuse, de l'atteindre sous toutes les formes, dans tout ce qui la représente, par l'inquisition sur les croyances, par les vexations de police, même par des mesures fiscales comme ce « droit d'accroissement » qui est une véritable confiscation. »
I.es actes d'hostilité contre l'Eglise catholique, qui furent toute la vie de la troisième République, peuvent se grouper en trois grandes luttes ou plutôt en trois sièges, entrepris dès le premier jour, continués sans interruption, et qui minaient le catholicisme dans ses fondements mêmes : le personnel ecclésiastique, la CONSTITUTION DE l'église et I'ame des enfants.