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CHAPITRE XVI

Séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Les précédents et les préludes.

Tous sont propres à détruire, peu à réédifier. Si Von donnait à une troupe de marmots le château des Tuileries à démolir, les plus petits casseraient les vitres, les autres briseraient les portes ou mettraient le feu aux charpentes, et Védifice, malgré sa solidité, serait bientôt en ruine ; mais si on leur donnait une chaumière à construire, ils ne sauraient comment s'y prendre, parce qu'il faut, pour bâtir, un plan, un ordre de pensées et de travaux, et qu'il ne faut rien de tout cela pour détruire. C'est là l'histoire des révolutions, et la raison du grand nombre des talents révolutionnaires que l'on a trouvés jusque dans les derniers rangs, et que les sots admirent.

De Bonald.

Société spirituelle et société temporelle vivant ensemble dans un même État. — Entente naturelle entre les deux autorités qui les gouvernent. — Entente concordataire. — La Constitution civile du clergé brise cette union. — Nouveau Concordat, nouvelle rupture.

La séparation de l'Église et de l'État préparée de longue main. — Dénoncée par NN. SS. Rendu et Isoard. — Préludes.

Il y a en France, depuis les origines de notre nationalité, depuis quatorze siècles, deux sociétés se pénétrant l'une l'autre : une société religieuse et une société civile. Elles ont chacune à leur tête une autorité pour les gouverner et les diriger dans la poursuite de leur bien propre, de leur fin spéciale :

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le bien spirituel pour la première, le bien temporel pour la seconde.

Ces deux sociétés, quoique distinctes dans leur constitution et leur organisation comme dans leur fin, sont cependant en rapports nécessaires, leurs membres appartenant à la fois à la société civile et à la société religieuse, étant citoyens en même temps que catholiques.

De là, nécessité d'entente entre les deux autorités qui gouvernent, à différents points de vue, les mêmes sujets.

Cette entente a été fondée d'abord, et longtemps maintenue, sur la nature même des choses, c'est-à-dire la fin supérieure, spirituelle et éternelle primant la fin secondaire et temporelle.

A l'époque de François F'", pour mettre un terme aux difficultés que le temps ne cesse d'amener en toutes choses, un concordat fut conclu entre les deux autorités, religieuse et civile, fixant les divers points sur lesquels l'accord devait être rétabli ou maintenu.

La première République rompit cet accord par la Constitution civile du clergé. Mais lorsqu'il fut reconnu nécessaire de rétablir un ordre social et politique sur les ruines amoncelées, le pouvoir civil comprit qu'il n'était pas moins urgent de restaurer l'ordre religieux et il fit, à cette fin, les premières démarches auprès du pouvoir ecclésiastique, c'est-à-dire le Pape. Elles aboutirent, et un nouveau concordat fut conclu qui a été, durant tout le dix-neuvième siècle, la règle des rapports entre la France et l'Eglise.

Ces deux manières d'être et de faire : ou, reconnaissance par l'Etat de la fin spirituelle de l'Eglise, primant la fin temporelle de la société civile et acceptation de toutes les conséquences de ce principe ; ou, reconnaissance de la pleine autorité du Pape dans l'ordre des choses spirituelles et entente concordataire avec lui au sujet des choses mixtes ; ces deux manières d'être et de faire, disons-nous, maintenaient debotit, vivante et agissante, l'institution de Notre Seigneur Jésus-Christ. La. loi de séparation, dans l'intention de ceux qui l'ont édictée, devait renverser cette institution, elle la condamnait à périr. C'est ce qu'avait voulu, avant nos sectaires, l'Assemblée législative qui, le 12 juillet 1790, fit la Constitution civile du clergé. Elle déclarait le clergé français indépendant du Saint-Siège et

attribuait à l'élection le recrutement des prêtres et des

évêques.

D'abord l'article 4, au Titre I, était ainsi formulé :

Il est défendu à toute église ou paroisse de France et à tout citoyen français de reconnaître en aucun cas et sous quelque prétexte que ce soit, l'autorité d'un évêque ordinaire ou métropolitain dont le siège serait établi sous la domination d'une puissance étrangère, ni celle de ses délégués résidant en France ou ailleurs. »

Cette formule visait directement le Pape, dont on niait en principe l'autorité de juridiction sur les évêques. L'article 19 du Titre II, portait :

« Le nouvel évêque (élu par un collège électoral laïc) ne pourra s'adresser au Pape pour en obtenir aucune con'lrmation ; mais il lui écrira comme au chef visible de l'Eglise universelle, en témoignage de l'unité" de foi et de communion qu'il doit entretenir avec lui. »

C'était le schisme, non seulement organisé, mais commandé, puisqu'il est, d'une part, défendu à toute église et à tout citoyen de reconnaître, en aucun cas, l'autorité d'un évêque, étranger à la France, c'est-à-dire de l 'évêque des évêques, et que de l'autre, il est également interdit aux évêques nommés en vertu de la nouvelle constitution, d© s^ adresser au Pape pour en obtenir aucune confirmation. »

Clergé et fidèles, par l'effusion de leur sang, obtinrent que les rapports entre l'Eglise de France et son Chef fussent rétablis en 1801, conformément à la constitution que Notre Seigneur Jésus-Christ a donnée à la société spirituelle fondéel par Lui.

Ce qui avait été tenté à la fin de la première période du règne maçonnique fut tenté de nouveau au cours du second. Instruits par l'insuccès de l'œuvre des Constituants, ceux qui, depuis 1801, obéirent plus ou moins consciemment à la direction des Loges, se sont gardés d'agir aussi précipitamment. Ils ont acheminé petit à petit l'Eglise de France, vers la fin que la secte se proposait : l'asservissement des catholiques au pouvoir civilj et comme suite, son détachement du Saint-Siège. Le schisme que les conventionnels avaient voulu imposer de force et par la guillotine nos législateurs espérèrent l'introduire furtivement.

Ce fut l'œuvre progressive de tout un siècle. D'abord les

Articles organiques furent ajoutés subrepticement au Concordat ; puis l'indemnité concordataire fut transformée peu à peu en traitement de fonctionnaires, et enfin en don livrable ou non à volonté. Les terres, les immeubles durent être convertis en rentes sur l'Etat, afin qu'il n'y eût qu'à fermer la main qui les détenait lorsque viendrait l'heure de la séparation. Les églises et les cathédrales, les évêchés et les presbytères furent déclarés propriétés des départements et des communes; il ne fut plus permis d'en construire sans en faire don à la nation, afin qu'à cette même heure, ces édifices pussent sans difiîculté être enlevés au culte. Et que d'autres mesures poursuivent le même but ! C'était l'exécution d'un plan longuement étudié, d'un dessein d'autant plus assuré qu'il ne devait pleinement se réaliser qu'à longue échéance et dans l'ignorance de la plupart des hommes qui, dans les diverses branches de l'administration, et même dans les hautes sphères de l'Etat, seraient appelés à travailler successivement à son perfectionnement. Mgr Rendu, évêque d'Annecy, soupçonna ce dessein, ou plutôt, le vit, et il crut de son devoir de le dénoncer aux catholiques, ce qu'il fit dans l'instruction pastorale qui précéda son Mandement de Carême de l'année 1858. Il y montra, avec une singulière intuition de ce que nous préparait la secte, la marche qu'elle allait suivre ^.

« Voici, M. T. C. F., les principaux articles de la constitution antichrétienne conçue et méditée dans les sociétés secrètes et dictée aux hommes de l'Etat et aux législateurs pour vous enlever la plus précieuse des libertés, celle de faire votre salut et de conquérir par la foi catholique la place qui vous est promise dans le royaume de Dieu :

)) Donnez la liberté de conscience aux hérétiques, aux juifs, aux athées, mais prenez garde que le prêtre ni le catholique en jouissent...

» Entravez autant qu'il vous sera possible le ministère du prêtre...

» Pour anéantir son influence, enlevez-lui les biens qui le rendent indépendant...

» Chassez-le des Conseils, des assemblées délibérantes, des administrations, de partout, afin qu'il tombe dans la condition du paria...

» Qu'il soit étranger dans le presb5i:ère, sur le sol des morts et jusque dans son église...

» Ecartez-le de l'enfance, chassez-le des écoles populaires...

» Employez le Dimanche à des excursions, des banquets, des réjouissances qui éloignent le peuple de la morale évangélique...

» Soulevez le simple prêtre contre son évêque ; séparez Vévêque du

1. Peut-être les papiers de la secte étaient-ils tombés dans ses mains comme ceux de la Haute Vente sont arrivés au Pape Grégoire XVI.

Souverani Poniije. Brisez lf lien de ia hiérarchie et l'Eglise crou-

L'un des successeurs de Mgr Rendu sur le siège d'Annecy, ]\fgr Isoard, pouvait montrer, vingt-six ans plus tard, quelle tactique pleine de prudence, était employée pour arriver au résultat voulu. Voici ce qu'il écrivit dans la préface du premier volume de ses œuvres pastorales :

ce Ils savent très nettement, très exactement ce qu'ils veulent faire, les hommes qui travaillent h effacer toute trace de religion en France. Le but exécrable qu'ils se sont marque, ils ne le perdent point de vue. Ils ont im plan de campagne. Les grandes lignes de ce plan sont tracées définitivement depuis plus de cent années. Les opérations particulières sont fixées depuis quarante ans ; les moindres détails d'exécution sont arrêtés depuis quatorze ans, conséquence de la lacération du pacte concordataire et la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

» Ils ont suivi invariablement une même méthode, celle du développement évolutif. On posait un premier acte, de peu de conséquence en lui-même, éveillant à peine l'attention ; on faisait ainsi sur chacune des voies que l'on se proposait de suivre; et l'on avait ouvert au même moment, et l'on parcourait simultanément cinq ou six de ces voies. Quelque temps après ce premier acte, un second suivait, puis un troisième. Des réclamations s'élevaient. Aussitôt on faisait halte. Immobilité, Silence. Quelques mois s'écoulaient. Les braves gens ne regardaient plus, n'écoutaient plus ; ils n'avaient même plus l'envie de voir ni d'entendre ; la mesure était déjà oubliée, ses effets étaient acclimatés. On pouvait préparer, lancer un autre mouvement. La même scène se renouvelait. »

L'année précédente, dans un rapport officiel publié en 1883, M. Paul Bert avait exposé les mesures préalables à prendre, et qui furent effectivement prises avant d'en venir à la séparation. Elles peuvent être résumées en ces quelques lignes :

,1. Toutes les institutions monastiques ont disparu;

2. Les privilèges favorisant le recrutement du clergé sont supprimés; les séminaristes sont sous les drapeaux, les dotations aux séminaristes sont retirées ;

3. Les évêques ne jouissent plus des honneurs que les décrets leur conféraient ;

4. Les établissements ecclésiastiques ne peuvent plus posséder d'immeubles, et leurs valeurs mobilières sont placées en rentes sur l'Etat ;

2. Voici des paroles bien curieuses dans la bouche de M. Maurice Vernes, dans V Aurore (13 février 1907) :

« Le prêtre ne peut pas se séparer de son évêque. Le lien qui les rattache l'un à l'autre est la condition même de leur existence. Une lampe électrique perd son pouvoir éclairant quand on coupe le fil qui la relie à la pile productrice d'énergie. »

5. lies prêtres ont perdu la domination des cimetières et des fabriques dont les communes n'ont plus à combler les déficits ;

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