Le Concordat est-il respecté? page
3. Convent de 1900. Séance du 8 septembre. Compte-rendu, p. 313.
LA SÉPARATION DE L 'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT. 259
Ollivkr a décrit et qualifié ci-dessus, et ce que M. Dumay estimait plus sûr que la lacération du traité, ce qu'il poursuivait avec méthode et ténacité en sa qualité de directeur des Cultes, Se promenant en février 1904 dans la galerie des Bustes, au Sénat, M. Loubet, au témoignage de M. Emile Keller, confirma pour son compte cette manière d'agir : « Moi aussi, dit-il, je suis partisan de la séparation, mais je ne la voterai qu'après que nous aurons achevé de brider l'Eglise ».
A partir de 1903, les projets de loi se pressèrent plus nombreux que jamais : d'abord celui de M. Pressencé portant la signature de cinquante-six députés; puis celui de MM. Boissy d'Anglas et Clemenceau. Dans leur exposé des motifs, ils disaient :
« Tout a été tenté pour amener l'harmonie entre les deux puissances. Un seul régime, celui qui a fonctionné en France de 1794 à 1802, la séparation a donné les résultats attendus. Pourquoi ne pas revenir à un état de choses qui a fait ses preuves ? »
Le 21 mars de cette même année, à la Chambre, et le 14 janvier de l'année suivante, au Sénat, M. Combes parla de la loi à faire.
« J'ai toujours été, dit-il, partisan de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Mais quand j'ai pris le pouvoir, j'ai jugé que l'opinion publique n'était point encore suffisamment préparée à cette réforme ; j'ai jugé nécessaire de l'y mener ». Il contribua à l'amener, et dans son écrit : Une deuxième campagne : vers la Séparation, il put mettre ces lignes : « Les congrégations ont été dissoutes, leurs maisons ont été fermées. Au lendemain de cette opération, la paix la plus profonde a régné partout, même dans les localités les plus anciennement abandonnées aux agissements des couvents. Le silence s'est fait, là comme ailleurs, sur les congrégations si remuantes la veille. A l'heure présente, l'oubli a englouti jusqu'à leurs noms. Il en sera de même des conséquences sociales de la séparation des Eglises et de l'Etat. »
Ces paroles montraient que dans sa pensée, l'heure était enfin venue et que l'on pouvait aller de l'avant.
Le convent de septembre de cette même année le confirma dans cette opinion- Il en reçut une adresse disant : ce Les délégués des Loges de France, réunis en assemblée générale, le lundi 12 septembre 1904, demandent de faire discuter simultanément à la session de janvier la séparation des Eglises et de l'Etat et la caisse des retraites ouvrières *. » Et le F.*. Combes répondit le 15 septembre : « Je m'appliquerai de toutes mes
forces à réaliser aussi promptement que faire se pourra les-Tef ormes démocratiques indiquées dans l'adresse reçue. >
Le moment parut enfin arrivé.
La visite de M. Loubet à Rome fut faite dans des conditions telles qu'elle nécessitait une protestation. Elle fut confidentielle. Un complice, fils d'une juive et chef d'un minuscule Etat, qui sans doute la reçut de nos gouvernants, la livra à un journal de Paris. Le gouvernement français exigea des explications. Le cardinal Merry del Val demanda que les questions posées dans cette demande fussent présentées par écrit, promettant une réponse également écrite dans l'espace d'une heure ou même d'une demi-heure. Au lieu d'accepter une proposition si correcte, on donna à l'ambassadeur l'ordre de partir en congé, et on se livra à Paris à des brutalités. Il suffit pour justifier cette imputation de rappeler la violation du domicile du Nonce, protégé non seulement par le droit commun mais par le droit international, expulsion suivie du vol de ses papiers pour être jetés en pâture aux mauvais journaux.
On s'était mis en mesure d'en finir. M. Briand avait présenté le 8 octobre 1903, un avant-projet. Le texte définitif de la commission acheva d'être élaboré en mars 1905. Le 21 de ce mois, la Chambre en commença la discussion. L^ne question préalable se posait : le Parlement a-t-il le droit de voter une loi qui touche à tant et de si grands intérêts sans consulter le pays ? On s'en garda bien.
Aux premiers jours d'avril, fut voté le passage à la discussion des articles par 358 voix contre 217, et en même temps l'urgence qui repoussait la garantie inscrite dans la loi d'une deuxième délibération. La Loge avait dit : Faites vite.
M. Berthouliet demanda qu'avant le vote définitif on profitât de la session des conseils municipaux et généraux pour s'informer de l'état de l'opinion sur cette question. Cette motion fut repoussée.
Cependant sui'vint au cours de la discussion l'affaire de la délation qui fit sombrer M. Combes. Il fut remplacé par M. Rouvier. Lorsque M. Combes avait introduit la question de la Sé-
4. Le budget du culte, disait-on, devait être versé dans cotte caisse. On sait ce qu'il en fut.
LA SÉPARATION DE L 'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT. 261
paration au Conseil des ministres, Rouvier avait prononcé contre ce projet un discours véhément, terminé par cette phrase : « Si vous faites la Séparation, je vous f... mon portefeuille, vou^ pouvez le prendre. »
La maçonnerie ordonna, Rouvier obéit. Il prit la succession de M. Combes et continua l'œuvre de celui-ci. La discussion continua, et, avant de se séparer, fin d'avril, la Chambre vota le fameux article 4, le point culminant de la loi.
M. Ribot criit qu'il suffisait de séparer l'Eglise de France de l'Eglise romaine, et qu'il n'était ni utile ni prudent de s'ingérer dans l'organisation que celle-ci voudrait se donner.
« Nous avons dirigé, dit-il, contre cet article des critiques que nous croyons tout à fait fondées ; nous avons déclaré que nous ne voulions pas nous ingérer dans l'organisation intérieure de chaque culte. Faisant l'application de ce principe au culte catholique, nous disions que nous devions laisser aux catholiques eux-mêmes le soin de tracer les règles de leur organisation ; nous ajoutions que nous ne pouvions ni directement, ni par une voie détournée, leur imposer une organisation qui — n'étant pas l'organisation catholique, — ne saurait être directement ni indirectement imposée aux catholiques sans une violation de leur liberté. Le culte catholique repose partout dans le monde sur l'autorité des évêques. C'est un fait. Ce fait, c'est l'organisation hiérarchique de l'Eglise. L'autorité des évêques ne s'exerce j)as seulement dans les questions d'organisation temporelle. Je ne vous demande pas à vous, qui n'êtes pas catholiques, de dire que c'est une bonne organisation, mais c'est un fait et l'on ne peut aller contre ce fait sans une violation de la liberté des catholiques ».
Dans cet exposé, M. Ribot négligeait de dire que le sommet de la hiérarchie catholique c'est le Pape, et que, sans le Pape, l'Eglise de France deviendrait une seconde édition de l'Eglise anglicane où il y a des évêques ou de soi-disant évêques et audessus d'eux le Roi ou TEtal. Il rentrait par là dans l'esprit de la majorité.
Pie X, dans son Encyclique Gravissimi officli, ne manqua point de rétablir le vrai et le juste :
« Si nous examinons la teneur même de la loi, qui ne voit qu'elle détruit la constitution même par laquelle Jésus-Christ a façonné l'Eglise qu'il a acquise par son sang ? Ainsi, on n'y trouve aucune mention du Pontife romain ni des évêques. Au contraire, toute l'administration et toute la surveillance du culte catholique sont remises à des associations de citoyens auxquelles seules, dans tout le domaine religieux, la République reconnaît des droits civils. Et si quelque contestation s'élève entre elles, ce n'est pas par les évêques, ni par Nous que le litige sera jugé "et tranché, mais par le Conseil de l'Etat... Ils ont voulu faire une loi, non de séparation, mais d'oppression ».
En effet, ce qu'ils voulaient était, non pas seulement violer la liberté des catholiques, au sens où l'entendait M. Ribot, mais les faire entrer dans un engrenage fabriqué exprès pour les c( décatholiciser », et par cette initiative qui, par les soins de la secte internationale, serait étendue, propagée chez les autres peuples, détruire radicalement l'œuvre de Jésus-Christ.
I/ensemble de la loi fut voté par la Chambre, le 3 juillet par 341 voix contre 223. Il est bon de remarquer que les 341 députés de la majorité avaient été élus par 2.980.340 électeurs sur 11.219.992. Us représentaient donc le quart de la souveraineté nationale, à condition de mettre en dehors d'elle les femmes, les jeunes gens.
Les 341 votants de la loi savaient bien à quoi s'en tenir. Us ne pouvaient croire qu'en commettant ce crime, ils agissaient au nom même de ceux qui les avaient élus; car c'est un fait avéré que la plupart d'entre eux s'étaient gardés, comme d'une imprudence mortelle, de se déclarer dans leur programme ou leurs discours électoraux, partisans de la séparation. On pouvait d'ailleurs opposer aux 2.980.340 électeurs des députés ayant voté la séparation, les 4.280.949 signataires des pétitions demandant le maintien du Concordat. Dans ce chiffre de quatre millions deux-cent quatre-vingt-mille neuf cent quarante-neuf ne sont pas comprises les personnes dont les feuilles de pétitions, également déposées sur le bureau de la Chambre, portaient comme indication : « revêtues d'un grand nombre de signatures ». De plus, les résultats obtenus dans les départements des Basses- Alpes, des Alpes-Maritimes, des ArdeAnes, de la Corrèze, de la Creuse, des Landes, de la Haute- Vienne n'avaient pu encore être communiqués à la Chambre, avant le dépôt de ces pétitions.
H fallait au vote de la Chambre la ratification du Sénat. M. Marcel Sembat s'empressa de rassurer, au congrès de la Libre-Pensée qui s'ouvrit en ces jours, ceux qui craignaient ou feignaient de craindre une opposition. « Le Sénat, dit-il, modifiera peut-être cette loi. Mais les libertés qu'elle contient sont assez grandes pour que l'Eglise en meure. Laissez faire le Sénat, attendez la promulgation de la loi ; et dès le lendemain, vous verrez l'immense majorité du pays se déchristianiser ».
Dès la mi-juillet, la commission sénatoriale de la Séparation
LA SÉPARATION DE L 'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT. 263
adopta par onze voix contre deux le projet de loi voté par la Chambre, sans y changer rien, ni un mot, ni une virgule. M. Maxime Lecomte lui présenta son rapport dans les derniers jours d'octobre. Il y exécutait tous les projets de modification au texte voté par la Chambre : ce parce que, dit-il, il n'y avait pas un instant à perdre. »
Le Sénat en commença la délibération le jeudi 9 novembre. Lui aussi vota l'urgence. Et cependant, observait le Journal des Débats f « la Séparation est incontestablement la réforme la plus grave qu'on eût votée et discutée depuis un siècle. »
Le 6 décembre, le Sénat avait fini sa besogne^. On s'est demandé pourquoi cette hâte, cette précipitation, cette fièvre. C'est qu'une modification, si légère qu'elle fût, aurait prolongé la discussion. M. Briand, rapporteur de la commission, ne craignit pas de donner dans son journal l'Humanité les motifs de cette hâte : ce L'Eglise actuelle, avait-il dit, est une citadelle endormie, ses remparts sont dégarnis de canons ; ses arsenaux sont vides, ses armées dispersées, ses chefs assoupis. Si nous savons nous y prendre, nous tomberons à l 'improviste sur cette forteresse sans défense et nous l'enlèverons sans combat, — comme les soldats de Mahomet II enlevèrent Byzance^. »
M. Aristide Briand se trompait, une sentinelle veillait, et elle organisa la défense. Grâce à elle, l'Eglise de France n'eut point le sort de l'Eglise d'Afrique, illustrée par les Tertullien, les Augustin et les Cyprien ; ni celui de l'Eglise de Constan-
5. On lit dans le compte-rendu officiel du Convent de 1905 : « Le Convent émet le vœu que la loi imparfaite, mais perfectible, sur la séparation des Eglises et de l'Etat, déjà votée par la Chambre des Députés, soit le plus rapidement possible adoptée par le Sénat et promulguée avant les élections générales, mais qu'elle soit ensuite amendée par le Parlement républicain dans un sens plus nettement laïque. •>•> (Compte-rendu, p. 402.)
6. Chambre, Sénat, Ministres, Président de la République venaient de se faire exécuteurs testamentaires de la Commune ; c'est ce qu'a montré M. Maxime Du Camp, dans ses Convulsions de Paris.
« Le 1^^ avril (1871), avant qu'un seul coup de fusil ait été tiré entre les fédérés et les troupes françaises, elle (la Commune) se hâte d'affirmer ses intentions, et elle bâcle son décret :
(( Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; — considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; — considérant que le budget des cultes est contraire à ce principe, puisqu'il impose les citoyens contre leur propre foi ; — considérant en fait que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté, ■décrète :
Article i^r. L'Eglise est séparée de l'Etat. • Art. 2. — Le budget des cultes est supprimé. »
2 04 C:ULPABILITÉ DE LA NAIION.
tinople qui comptait parmi ses Pères : saint Jean Chrysostdme, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile, etc. ; ni celui de l'Eglise de Jérusalem qui périt, elle aussi, quoique fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Grâce au Pape, l'Eglise de France survit au coup qui devait la tuer.
Dans la pensée de la majorité comme du gouvernement, l'œuvre n'était point achevée par la promulgation de la loi. Les sectaires disaient bien haut qu'ils n'en resteraient point là.
« Ce n'est qu'une étape », avait dit M. Bepmale, député de Saint-Gaudens, la loi votée n'est qu'une transition. Et au Congrès radical, qui eut lieu à cette époque, M. Pelletan et tous les orateui's eurent soin de notifier que « la charte bâclée n'était qu'une charte provisoire. »
Quatre lois furent forgées successivement et on en annonçait une cinquième pour compléter l'œuvre de démolition. Toutes étaient conçues de telle sorte qu'elles devaient surprendre, par ruse, le consentement du clergé à son entrée dans la voie obscure qui lui était ouverte et qui avait pour aboutissement le schisme.
L'autorité et la sagesse de Pie X, l'esprit du clergé de France si purement catholique, mirent à néant ces sataniques espérances.
En effet, grâce à Dieu, le clergé de France, éclairé et soutenu par Pie X, refusa la liberté qu'on lui offrit, et le peuple fidèle pourvut à sa subsistance, chose devenue nécessaire, car la loi qui proclamait l'affranchissement des prêtres avait commencé par leur enlever le pain et le couvert. Elle avait anéanti les établissements chargés d'assurer l'exercice du culte, la conservation et l'entretien des églises, c'est-à-dire les fabriques; ceux chargés d'assurer la formation intellectuelle, religieuse et ecclésiastique des aspirants au sacerdoce, c'est-à-dire les séminaires ; ceux chargés d'assurer le sort des ministres du culte, c'est-à-dire les menses épiscopales, capitulaires et curiales, même les caisses de secours et les maisons de retraite.
Elle était allée jusqu'à confisquer les fondations faites par les défunts sur leur lit de mort pour obtenir les services religieux qui leur vaudraient part à la miséricorde divine. On s'était arrangé de façon à rendre impossible la continuation du culte
LA SÉPARATION DE l'ÉGLISE ET DE l'ÉTAT. 265
pour le moment où on fermerait les églises. On essaya de les fermer, mais dans la crainte de voir se renouveler, plus générale et plus forte, l'opposition qui avait été faite aux inventaires, on se contenta de mesures d'attente. M. Briand publia une circulaire mettant les offices religieux sur le même pied que les réunions publiques, et exigeant, pour ceux-là, la déclaration que la loi du 30 juin 1881 institua j^our celles-ci. Par ordre de Sa Sainteté, le cardinal Richard adressa à tous les membres de l'épiscopat la communication suivante : « Continuer le culte dans les églises. S'abstenir de toute déclaration. »
La fureur de nos persécuteurs fut grande en voyant leur plan déjoué. Elle se traduisit aussitôt par une série de violences sans nom, en tr 'autres, l'appel sous les drapeaux de cinq mille cinq cents prêtres et séminaristes sans aucun droit même purement léffal.
Dans une lettre pastorale adressée à ses diocésains, le 26 novembre 1906, le cardinal Richard, archevêque de Paris, écrivit :
« Quand la loi eut été publiée, Notre Très Saint-Père Fîe X jugea opportun et nécessaire de réunir les évêques de France et d'avoir leur avis sur la situation,
» Deux questions se posaient :
)) 1° Les Associations cultuelles, instituées par la loi, peuvent-elles être acceptées ?
» La réponse fut, on peut le- dire, unanime : les évêques déclarèrent que ces Associations ne pouvaient être acceptées parce qu'elles étaient contraires à la constitution de l'Eglise...
» 20 Une seconde question naissait de la première : les Associations cultuelles pouvaient-elles être modifiées de manière à devenir conformes aux règles canoniques et à la constitution de l'Eglise?
» Pour satisfaire à cette question, il fallait élaborer des règlements pour les Associations cultuelles. Ce travail fut fait avec soin. Mais on dut reconnaître que les règlements proposés n'auraient pas de valeur légale... »
Des journaux prétendirent que le Pape dans son Encyclique et l'archevêque de Paris dans sa Lettre pastorale avaient altéré la vérité. Cette calomnie fut accueillie au dehors. Les journaux protestants de Hollande, le Utrechtsch Daghlad, le Middélhur gsche Courant et le Nieuwe Rotterdamsche Courant, qui l'avaient publiée de bonne foi, mieux informés par le journal catholique, le Tijd, se rétractèrent et accusèrent Le Temps de les avoir trompés. D'autres sans doute eurent la même "loyauté.
Mais les calomnies ont la vie dure. Lors de la réception à l'Académie de Mgr Baudrillart, M. Marcel Prévost, dans son discours, commit l'inconvenance d'y revenir. Mgr Baudrillart publia le lendemain dans les journaux cette déclaration :
Paris, le II avril 1919.
Monsieur le Directeur,
M. Marcel Prévost a conté hier à l'Académie que M. Rouvier, président du Conseil, m'avait secrètement consulté sur les chances d'acceptation par le Saint-Siège de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et qu'au lendemain de sa chute, il m'avait formellement autorisé à faire part de cette consultation et de ma réponse au cardinal Richard et à Notre Saint- Père le Pape. Il est peut-être intéressant d'ajouter qu'il m'avait autorisé aussi à transmettre la réponse qu'il avait faite à la mienne et qui importait beaucoup plus que la mienne :
« S'il en est ainsi, si le Pape rejette la loi, nous sommes fichus ; car il n'y a pas un gouvernement en France, si radical soit-il, qui puisse fermer 40.000 églises et expulser 40.000 curés ; et, après tout, je sais bien que, si j'étais le Pape, je la rejetterais cette loi.'n
J'affirme catégoriquement que les choses se sont ainsi passées.
Veuillez agréer, etc.
Alfred Baudrillart.
A la séance du 21 janvier 1919, M. l'abbé Lemire se permit de dire:
« Il n'est pas impossible que prochainement il se fonde des associations fabriciennes ou paroissiales. Jusqu'à ce jour, il n'en existe pas, parce qu'il y a eu méprise au sujet de la loi.
)> Le terme d' u Associations cultuelles » a fait croire que la Chambre voulait se mêler des cultes : ainsi une confusion regrettable s'est élevée contre la loi que vous avez votée de très bonne foi et sans avoir l'intention de vous ingérer dans les matières religieuses. Mais le jour où on aura substitué à l'expression (c Associations cultuelles » qui n'est mênie pas dans la loi, un mot acceptable pour les catholiques, tel qu' « Associations fabriciennes », la situation changera.»
Mgr Chesnelong, archevêque de Sens, releva officiellement ces paroles dans une Lettre pastorale :
<( L'accusation de malentendu et de méprise portée contre les catholiques de France atteint d'abord, à travers leurs pasteurs immédiats, le Pape Pie X, de grande et sainte mémoire. Car c'est lui qui a interdit la constitution des « cultuelles » et condamné la loi qui les régit. Si, pour parler le langage de M. Lemire, 1' (c animosité » des catholiques contre cette loi <( tient à la réputation qu'on lui a faite », de cette réputation Pie X fut le premier responsable. Qui donc, en effet, sinon lui, a qualifié la loi de Séparation, dans son ensemble, de (( profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu ; violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité publique due aux traités ; contraire à la constitution divine de l'Eglise, à ses droits essentiels et à sa liberté : renversant la justice et foulant aux pieds le droit de propriété de l'Eglise ; gravement offensante pour le Siège apostolique, pour l'épiscopat, pour le clergé et pour tous les catholiques de France ? »
» Et donc, qu'on n'aille pas, comme le demande M. Lemire, proposer demain à nos prêtres des « cultuelles » dont le nom seul serait changé. Douloureusement, mais fièrement, ils ont su vivre sans statut légal : cela suffit à faire présager que d'un statut éventuel, tel qu'ils le désirent et que la justice le réclame, ils exigeraient d'autres garanties qu'une simple substitution de vocables, dont ils ne sauraient être dupes. »