‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 53 sur 98 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Déception des législateurs,

La religion tient trop de place dans les pensées et les devoirs des hommes pour n^inspirer que des sentiments médiocres. L'attachement pour elle va jusqu'à l'amour le plus ardent, et l'indifférence jusqu'à la haine la plus déclarée.

De Bonald.

Les espérances que les sectaires avaient conçues. — Déjouées par les décisions de Pie X et la conduite du clerg^é et des fidèles. — Le culte de la raison et de la nature à vau-l'eau. — Le point capital de la séparation devenu inexécutable. — Justice rendue à Pie X par ses ennemis. — Heureux résultats de la loi.

Il faut bien que les méchants comptent avec Dieu, et la meilleure preuve est qu'il ne leur permet pas de faire à son Eglise tout le mal qu'ils rêvent dans leur haine satanique. S'il n'y avait point cette barrière que Dieu met aux projets du démon et de ses suppôts, il y a bien longtemps que la foi aurait disparu de la terre. Ils sont bridés, pas toujours au gré de nos désire, impatients ; mais ils le sont, et ils le seraient plus encore si nous étions plus zélés pour la gloire de Dieu, plus disposés à souffrir pour elle et si nous priions avec une foi plus vive, si nous observions le commandement tant de fois répété : « Soyez des hommes, soyez vaillants à défendre la loi ». Dans ces conditions la puissance de Satan serait bien diminuée, et par conséquent, celle des hommes qui se font ses instruments.

Au mois de janvier de l'année 1894, M. Spuller, ministre des Cultes, l'inventeur de ce l'esprit nouveau » et de « l'ère nou-

velle », avait dit dans rallocution aux employés de son ministère : « Nous sommes décidés maintenant à employer contre les membres du clergé la ruse et la patience ». Et il ajouta : « Nous les tenons ». Ce propos fut publié d'abord par le Peuple français. Il fut confirmé quelques jours après par la Vérité qui a dit : « Nos renseignements personnels nous permettent de dire que ces paroles ont bien été proférées par le i ministre des Cultes. ».

Deux ans plus tard, le même M. Spuller publia dans la Revue de Paris un écrit qui fut reproduit par nombre de journaux. Il y revenait sur l'esprit nouveau et les temps nouveaux qu'il avait annoncés, et il expliquait que cette nouveauté serait un christianisme rajeuni, rajeuni en ce sens qu'il sera ce moins une religion peut-être qu'un grand gouvernement dans l'humanité -^ ». « Ce sera une évolution politique et sociale du catholicisme romain, dont Léon XIÎI a voulu être l'initiateur, et qui a été décrite, prononcée et saluée par un homme de génie que Grégoire XVI a pu foudroyer de sa condamnation, mais qui n'en demeure pas moins un voyant et un prophète de l'avenir,, par le grand et infortuné Lamennais^ ». Pour en venir là, il n'y avait qu'à laisser M. Dumay continuer son œuvre « de ruse et de patience » et à lui donner à sa mort un successeur de même esprit. On serait ainsi arrivé, un jour ou l'autre, en France, au résultat obtenu en Angleterre. Par le jeu du système exposé ci-dessus et sa continuité, le clergé aurait fini par ne plus compter que des modernistes. La secte crut qu'elle avait un moyen

1. C'est ce à quoi veut en venir le pouvoir occulte qui gouverne, les Juifs : ce que prépare l'Alliance Israélite Universelle, ce dont le tribunal international qui s'établit au Palais de la Haye, doit être la pierre fondamentale.

(Voir le Prohlème de l'heure présente et ici même, passim.)

2. En 1895 parut une Esquisse hiographique consacrée à M. l'abbé Lemire. Elle débutait ainsi : (( Depuis un siècle, l'Eglise de France s'est tenue à l'écart des profonds mouvements de la société contemporaine. La voix des Lamennais, des Lacordaire, des Montalembert eut peine à se faire jour, et le plus g-rand de ces réformateurs fut brisé misérablement pour avoir voulu trop tôt le mouvement qui doit un jour sauver le catholicisme chez nous... L'abbé Lemire est un des premiers apôtres du devoir primordial du temps présent. C'est à ce titre qu'il prend place, l'un dès premiers, dans notre galerie »

On remarquera l'étonnant rapport qu'il y a entre ces paroles et celles que nous venons de citer, sorties de la bouche de M. SpuUor.

Cette (( galerie » était intitulée : n Le clergé contemporain » ; le directeurgérant, l'auteur de la notice sur M. Lemire, était un abbé du diocèse d'Amiens, collaborateur de plusieurs Croix de province, M. H. Desporles.

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plus prompt et plus sûrement efficace d'arriver à ses fins, la séparation de l'Eglise et de l'Etat : plus sûrement efficace, car on voyait bien que l'esprit sacerdotal était trop profond et trop vivant dans le clergé de France pour espérer pouvoir arriver jamais à le corrompre dans sa totalité, et d'autre part la défense la plus expresse avait été faite par les Instructions secrètes de renouveler l'expérience de 93 et de recourir à la persécution sanglante ; plus sûr, car on espérait arriver à substituer une Eglise nationale à l'Eglise romaine et catholique, au moyen des lois d'organisation ecclésiastique que l'on se proposait de donner à l'Eglise de France, après sa séparation d'avec l'Etat, selon l'opportunité des temps. Ees vues, les projets de la secte allaient au delà de l'Eglise de France; ce qu'elle voulait, déjà nous l'avons dit, c'était l'anéantissement de l'Eglise dans la catholicité entière.

Pour la faire crouler, la jeter bas, la fille de Satan s'était dit : une seule chose suffit, arracher de ses fondements la Pierre angulaire sur laquelle elle repose. Cette pierre, la secte la voyait composée de deux éléments : l'un forgé par Jésus-Christ, l'Autorité spirituelle ; l'autre, établi par la sagesse des siècles, le Pouvoir temporel. Le Pouvoir temporel des Papes, la secte croit l'avoir maintenant détruit pour toujours, par l'occupation de Rome, il n'en reste plus qu'une ombre. E 'Autorité spirituelle est encore vivante et agissante. C'est donc à elle qu'il faut maintenant s'attaquer ; chose difficile, car le Souverain Pontife commande aux âmes, et les âmes ne se laissent pas contraindre comme les corps. Le Pouvoir temporel des Papes a été attaqué par la Révolution dès ses premiers jours ; l'Autorité spirituelle a subi le même siège, dès le même temps. L'assaut a été repris chaque fois que les conditions politiques en ont donné la facilité ; clandestinement ou à ciel ouvert ; et cela en France d'abord et surtout, parce que la France a été établie par la divine Providence, le boulevard de Rome, et qu'une fois le boulevard démantelé, pensait la secte, la cité se rendrait.

L'organisation de l'Eglise de France qui devait sortir de la loi de séparation, si on s'y était soumis, n'avait plus rien de l'institution divine, elle mettait complètement de côté l'Autorité confiée à Pierre et à ses successeurs, c'était un simple décalque de l'organisation consistoriale des protestants et des

juifs. La secte s'était proposé, après l'avoir imposé à la France, de faire adopter un état de chose semblable par les autres pays catholiques, ce qui faisait dire au Birmingham Post^ « que cette loi était d'un intérêt mondial et non point seulement français, parce qu'elle était la lutte à mort engagée entre l'Eglise et l'Etat ». Aussi V Action put s'écrier au lendemain du vote de la Chambre :

« Quelles que soient les concessions et les défaillances dont cette loi ait été amoindrie au cours de la discussion parlementaire, son vote par la Chambre n'en marque pas moins une date historique de l'humanité...

» La période religieuse qui suivit le Culte de l'Etre Suprême et la chute du théiste Robespierre, ne saurait elle-même être comparée au RÉGIME Laïque qui v'a s'ouvrir...

» La fille aînée de l'Eglise devient ainsi la mère glorieuse de la Libre Humanité. »

Dans les premiers jours d'octobre 1904, M. Buisson, alors président de la Chambre, avait parlé comme V Action dans un congrès radical tenu à Toulouse. Discourant sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat : « Cet acte, avait-il dit, est V achèvement rationnel de Vœuvre de laïcité de l'Etat et de la lutte séculaire contre l'Eglise — Nous pensons, ajouta-t-il, qu'un peuple peut vivre sans religion ».

M. Viviani avait dit ce qui déjà était fait et ce qui restait à exécuter pour faire vivre sans religion tous les hommes.

<( Tous ensemble, par nos pères, par nos aînés, par nous-mêmes, hier comme aujourd'hui, comme demain, nous sommes attachés à une œuvre d'anticléricalisme, à une œuvre d'irréligion. Nous avons arraché la conscience humaine à la croyance. Lorsqu'un misérable, fatigué du poids du joug, ployait les genoux, nous l'avons relevé ; nous lui avons dit que derrière les nuages il n'y avait que des chimères. Ensemble et d'un geste magnifique nous avons éteint dans le ciel les lumières qu'on ne rallumera plus. »

368 députés, en votant l'affichage de ce discours, se sont associés, je ne dirai pas à cette constatation, car ils sont bien obligés de le reconnaître, le fait n'existe pas encore au gré de leurs désirs, mais à cette espérance.

Toutes ces paroles dites par les personnages que le suffrage universel a chargés de nous gouverner, étaient par elles-mêmes bien provocatrices du courroux de Dieu. Mais ce qui aggrave singulièrement la criose, c'est que ces paroles n'étaient pas un vain son, elles déclaraient un fait, et un fait «'étendant sur quarante années employées à réaliser ce Cju 'elles disaient sur tous;

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les points où peut atteindre l'action gouvernementale, c'est-àdire sur tout. Et cela, dans un pays oii les catholiques sont presque la totalité de la population, chez une nation que le christianisme a pénétrée de sa vie dès les origines, et dont il a formé les mœurs, inspiré le génie.

On sait comment le Souverain Pontife mit à néant ces espérances. Par un seul et même acte. Pie X maintint l'Eglise de France et entrava les projets de la Franc-Maçonnerie internationale. Elle venait, croyait-elle, par le jeu des Associations cultuelles, de poser le principe de la dissolution de l'Eglise de France. Après la première application de la loi, Clemenceau annonça aux Chambres que le gouvernement républicain venait de c( tirer son premier coup de canon » sur l'édifice catholique, et le Grand-Orient d'Italie adressa au Grand-Orient de France un télégramme de félicitations. Le Grand-Orient de France, dans sa réponse au Grand-Orient d'Italie, salua ce le jour prochain où la Rome laïque proclamera la déchéance de la Rome papale. ))

Des correspondances semblables furent échangées entre d'autres puissances maçonniques. Dans l'Amérique méridionale, la loge Estella de Oriente fît savoir qu'elle invitait les trois cents loges de la République Argentine à célébrer le même jour, par un meeting, le grand œuvre que la maçonnerie française venait d'opérer.

Extrême avait été l'illusion des sectaires. Ils s'étaient flattés que leur œuvre serait acceptée, en rechignant peut-être, mais que la force publique viendrait à bout des résistances. Extrême fut leur déception ainsi que le désarroi de leurs pensées, lorsqu'ils entendirent le Pape condamner leur œuvre de façon si claire et si précise, et qu'ils virent clergé et fidèles souscrire unanimement à cette condamnation malgré les énormes sacrifices qu'elle leur imposait.

« Nous avons tous reçu, écrivirent les évêques aux fidèles, avec une profonde reconnaissance la lettre Encyclique que N. T. S. P. le Pape nous a adressée pour nous diriger dans la situation si grave où se trouve l'Eglise de France. Nous attendions avec confiance cette parole du successeur de Pierre... Nous l'avons acceptée avec une filiale obéissance. En nous adressant sa Lettre, N. S. P. le Pape Pie X a rempli la mission qu'il a reçue de Dieu, de conserver intact le dépôt de la vérité et la constitu-

tion de la sainte Eglise ratholique qui a pour base essentielle l'autorité de la hiérarchie divinement instituée par Jésus-Christ ».

Puis, S 'adressant au clergé et aux fidèles, l'épiscopat disait :

« ...Nous n'en éprouvons pas moins une joie immense au spectacle magnifique que vous donnez actuellement et en vous louant hautement devant FEglise entière, Nous en bénissons du fond du cœur le Père des miséricordes ». ■*

Cette bénédiction n'a pas été vaine. Nous pouvons dire avec le prophète : « C'est une grâce du Seigneur que nous ne soyons pas anéantis », vu le gigantesque effort déployé pour nous subjuguer.

liCS sectaires avaient si bien compté sur la réussite de leur criminelle entreprise, que longtemps auparavant, ils avaient pris leurs dispositions pour substituer à la religion chrétienne une religion de leur façon, à l'image de celle qu'avaient tenté d'établir leurs pères de 89.

L'échec de leur loi ne les empêcha point d'essayer.

Un des jours de l'Exposition universelle de 1900, il y avait eu un triomphe de Bacchus avec satyres et bacchantes. Puis vinrent la fête du soleil, célébrée du haut de la tour Eiffel, où chaque année, quelque pontife de la Libre Pensée fait un discours en l'honneur du dieu de la lumière ; la fête des dames en fleurs, processionnant au bois de Boulogne ; la fête des arbres célébrée au printemps par les écoliers, et encore par ces mêmes écoliers, la fête du travail. M. Blanguernon, inspecteur de la Haute-Marne, en fit la description dans le Manuel général du 23 mars 1912, et dans le n^ du 26 avril 1913.

« L'école célèbre, ce dimanche de mars, la Fête du travail. Célébration gracieuse et simple : des chœm-s, des récitations, des évolutions d'enfants. » Suit une description : « Une fillette du cours élémentaire, crête rouge en tête, lance avec un bel aplomb l'appel du travail matinal : Cent moi le coq ! Cocorico !

Et de nouveau la classe enfantine, bambins et bambines distribués en couples jolis, dansent et miment en chantant la marche des quatre âges. »

M. Moïse Klein, juif, dit Edouard Petit, inspecteur général de l'Instruction publique, consacra dans V Action du 28 mars 1912 un article aux fêtes de l'école. Il y disait :

(t Ah ! si ime Commission pouvait être instituée où entreraient des poètes, des écrivains, des musiciens, des artistes, des politiques qui ont le souci d'anoblir l'âme populaire, et qui comprennent la valeur éducative

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«des fêtes. Si cette élite voulait, s'unissant en Comité, composer le programme de belles assemblées pour l'enfance et l'adolescence ! Si elle voulait, imitant la Convention, en déterminer l'inspiration, le sens, le rythme et l'ordonnance, quels services elle rendrait à « ceux de demain » !

Il n'y avait eu en tout cela que des préludes et des essais. Le temps parut venu, en cette même année 1912, de s'occuper sérieusement d'instituer le culte de la religion naturelle. Le 23 février 1913, un député de? Vosges, M. Constant Verlot, écrivit dans le Rappel :

ce Depuis le vote de la loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat, qui a rendu les Eglises libres et indépendantes, rien, ou presque rien, n'a été tenté pour donner à l'âme populaire un réconfort, pour unir les hommes et confondre leurs esprits dans une pensée commune.

Il est nécessaire, aujourd'hui plus que jamais, qu'à côté des convictions religieuses, si fortement ébranlées, des idées comme celles de patrie, de solidarité et de fraternité soient exaltées dans les fêtes. »

Il en dressa le programme que voici :

« Dans nos associations républicaines, ou avec leur patronage, organisons au printemps la Fête de la jeunesse ou de la majorité.

On y chantera la nature, germinal et les fleurs, la jeunesse et l'amour.

En été, aura lieu la Fête de l'agriculture. On y célébrera le labourage, le travail, l'affranchissement de la terre, la raison chassant les routines, le progrès qui fécondé.

Puis, la Fête au départ de la classe, qui sera en même temps celle des "vieillards, aura lieu en automne.

Les jeunes gens rendront un hommage vénéré et reconnaissant aux anciens.

On y célébrera, avec le ce déclin des ans, » et le ce déclin des saisons », l'amour de la patrie et la foi en l'humanité.

La Fête de la Noël laïque aura lieu en hiver.

On y rendra hommage aux épouses, aux mères, à la nativité.

» Enfin, le XX« siècle devant être celai de la paix, paix par le droit entre les hommes et entre les peuples, on organisera, au début de l'année, la Fête de la réconciliation, de la fraternité, qui sera, suivant Zola, ce la conclusion pour ce peuple joyeux en marche vers l'unité et l'harmonie future ^ ».

Le Siècle, dans une longue série d'articles publiés sous ce titre : VEtat libéré des Eglises, voulut que cette délivrance fût l'objet de la première des solennités ainsi demandées. Avec elle commencerait le nouveau calendrie'r des fêtes laïques. M. Allard, dans le Radical, demanda que les fêtes laïques correspondissent aux fêtes religieuses que les catholiques ne pou-

2. Dès que lapaix fut en perspective, la proposition d'instituer une fête comémorative qui serait célébrée chaque année, le même jour, par tous les peuples, se fit entendre de tous côtés.

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vaient, plus célébrer. La proposition fut portée à la Chambre,

M. Gu-stave Rivet ne la trouva point dépourvue de sagesse.

M. Gérault-Richard, député de la Guadeloupe, avait déjà

réclamé une loi en ce sens. Il avait déposé un amendement à

l'article du projet de loi sur la séparation de l'Eglise et de

l'Etat, ainsi conçu :

« Les quatre fêtes dites concordataires, établies sous un vocable religieux, en vertu de la loi du 18 Germinal an X, subsistent, et s'appelleront, à partir de la promulgation de la présente loi : celle de l'Ascension, fête des Fleurs; celle de l'Assomption, fête des Moissons; celle de la Toussaint, fête du Souvenir ; celle de Noël ou de la Nativité, fête de la Famille ».

Dans sa pensée, on garderait ainsi les jours des fêtes religieuses pour ne point faire violence aux habitudes de la nation, mais on les laïciserait pour obtenir l'effet voulu.

En 1912, M. Charles Beauquier, député du Doubs, demanda que les sonneries des cloches annonçassent les cérémonies de la vie quand elles sont purement laïques.

Nous avons fait connaître la pensée exprimée par M. Constant Verlot en 1913. L'année suivante, la guerre vint ce ajourner » ces beaux projets et les empêcher d'entrer dans le code des lois^

En attendant l'institution de la religion naturelle, de la religion humanitaire, la religion chrétienne, catholique et romaine subsistait en France, malgré la loi de séparation. Pie X avait prononcé cette condamnation absolue : « Nous décrétons qu'elles (les associations cultuelles) ne peuvent absolument pas être formées, sans violer les droits sacrés qui tiennent a la vie ellemême DE l'Eglise ». Pie X avait été écouté et suivi.

Au cours de la discussion de la loi, le F.*. Ferdinand Buisson avait dit à la Chambre • a L'Etat ne connaît plus l'Eglise en tant qu'entité ou que hiérarchie officielle ; mais l'Etat connaît des citoyens français catholiques ». Le? catholiques, la presque, unanimité des Français, pourrait-on dire, se maintint dans la hiérarchie telle qu'elle a été fondée par Jésus-Christ. Il a établi un chef suprême, saint Pierre, et il a créé des évêques, les apôtres. Ceux-ci ont ensuite, d'après ses ordres, ordonné des prêtres. Les citoyens catholiques français voulurent rester soumis aux prêtres en communion avec leurs évêques unis eux-mêmes au Pape, successeur de saint Pierre et chef de l'Eglise universelle.

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La loi de séparation était faite pour que les fidèles fussent indépendants des prêtres, ou plutôt pour que les prêtres fussent dépendants des fidèles ; et aussi pour que les curés fussent indépendants de l'évêque et les évêques du Pape. Les législateurs la'avaient voulu voir que des laïcs, s'organisant entre eux, comme bon leur semblait. Ils substituaient ainsi au catholicisme vivant et réel autant de petites sociétés laïques qu'il plairait aux individus d'en former, toutes recevant de l'autorité civile leur mandat et leurs droits, toutes fonctionnant sous l'autorité et sous la surveillance de l'Etat.

Le Pape, quelle que soit l'étendue de son autorité, ne pouvait malgré le sentiment exprimé par quelques personnages catholiques et leurs journaux, accepter cela. L'admettre, c'eût été, comme on l'a fort bien dit, le suicide de l'Eglise.

Un journal anglais, le Birmingham Post, organe important du parti de Chamberlain, a ainsi montré la gravité de la question soulevée par la loi de séparation :

« Bien que le public anglais, dit-il, n'aime pas, en général, d'exprimer une opinion au sujet de la politique intérieure de la France, le conflit, qui vient d'atteindre son point culminant par la publication de l'Encyclique pontificale relative à la loi de séparation de décembre dernier, est un de ces vœux devant lesquels il serait impossible de rester des spectateurs indifférents. Il y a là une question d'un intérêt grave et vraiment vital : celle de l'existence de la Religion elle-même en France, et non seulement dans ce pays, mais encore ailleurs. Car l'Eglise ne peut souffrir .des pertes ou obtenir des avantages dans aucun Etat, dans la lutte incessante entre la foi et la puissance des ténèbres, sans que les effets en soient ressentis dans la Chrétienté tout entière. C'est précisément cela qui fait regarder comme une question d'intérêt mondial, et non point seulement national, la lutte à mort maintenant engagée entre l'Eglise et l'Etat en France. Toutes les nations occidentales y sont essentiellement intéressées. Cette lutte marque une période décisive dans le choc entre la Religion et le laïcisme. Elle doit retenir notre attention, à nous Anglais, non moins que celle de toute autre nation, et peut-être plus encore ; car, bien que nous soyons constitutionnellement un Etat protestant, l'Eglise catholique romaine est l'Eglise-mère de la Chrétienté. Et nous avons atteint, dans notre histoire religieuse, un point où l'aversion pour cette Eglise est tout près de disparaître, et où cette aversion fait place à un sentiment de s;yTnpathie qui nous intéresse à ce qui lui arrive dans le monde entier. D'où il résulte que la lutte entre l'Eglise et l'Etat en France est notre affaire en même temps que celle des Français et du Vatican, parce que cette querelle n'est qu'une manifestation locale d'une lutte dont l'étendue est celle du monde entier. »

Ce fut un spectacle bien impressionnant, que celui du désarroi dans lequel l'Encyclique Gravissimo oficîi jeta le monde gou-

vernemental et parlementaire, académicien et libéral. Il s'était figuré qu'il obtiendrait de Rome une comhînazîone, peu importe laquelle.

Un journal protestant hollandais De Herout, fondé et alors encore rédigé par M. le D^ Kuyper, ancien président du cabinet, écrivit :

« Après un long silence, le Pape a parlé. C'est à bon droit qu'il a compris que satisfaire aux exigences de la loi, c'aurait été abandonner le caractère de l'Eglise du Seigneur et donner au gouvernement l'impression que l'Eglise approuve d'être considérée et traitée par le gouvernement comme une association ordinaire. C'est pourquoi le Pape a dit que les associations que la loi impose ne peuvent pas être formées sans violer les droits sacrés auxquels est attachée la vie de l'Eglise. »

Le grand journal quotidien de Londres, The Daily Telegraph dit de son côté : ce Pie X est toujours sorti victorieux des quatre phases de la lutte, savoir : les associations cultuelles, les circulaires Briand, les déclarations et les contrats. Sur tous ces points, la clairvoyance du Souverain Pontife, aidé et soutenu par l'indissoluble union du clerg'é français, a frustré les diverses manœuvres du gouvernement ».

Dans des conjonctures ayant quelque similitude, Fénelon avait écrit, le 12 avril 1714, au P. Daubenton résidant à Rome :

« Tout ce qui avilit dans l'imagination de la multitude l'autorité du Saint-Siège par une apparence de faiblessç, mène insensiblement les peuples au schisme : c'est par là que les personnes zélées se découragent, et que le parti croît en témérité ; plus ON LUI SOUFFRE, plus il entreprend ; c'est la patience dont on a usé jusqu'ici qui leur a fait hasarder les démarches les plus irrégulières. Je me hâte, mon Révérend Père, de vous ouvrir mon cœur et de vous témoigner ma joie. Je viens de lire, avec un singulier plaisir, le Bref du Pape à l'assemblée de nos évêques : il faut remercier Dieu des paroles qu'il a données au Chef de son Eglise: tout y est fort et mesuré, plein de dignité et de modération. »

Combien de personnes, même parmi celles qui sont étrangères à notre foi ont éprouvé et exprimé une joie et une admiration semblables.

ce Pie X n'est pas seulement une âme d'une exquise bonté, écrivit M. Emile Ollivier, c'est un politicien fin, prudent, au jugement clair et sûr, qui place l'Eglise au-dessus de tout et qui périrait plutôt que de manquer à aucun de ses devoirs envers elle. L'outrager, le menacer, c'esrt offenser l'équité autant que nos habitudes de courtoisie ».

c< L'attitude du Pape Pie X, a écnt M. Charles Maurras, est un modèle

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universel. C'est un exemp]e à proposer non seulement à l'admiration de tous nos concitoyens sans distinction de foi, de sentiments philosophiques ou religieux, mais à la piété respectueuse du genre humain. Il ne s'agit pas d'un acte de fermeté, mais (ce qui était plus difficile, ce qui est plus méritoire) d'ime série d'actes de fermeté qui, en se succédant, se confirment, se fortifient les uns les autres. Non seulement rien n'est plus juste, mais rien n'est plus beau. Non seulement rien n'est plus beau, mais rien n'est plus utile, rien n'est plus politique, rien n'est plus susceptible d'accroître la situation de l'Eglise de Rome, de l'Eglise de France, en mettant les adversaires de cette Eglise dans une position ou ridicule ou odieuse et, dans les deux cas, misérable. »

Les mêmes sentiments ont été partagés par des hommes bien plus éloignés de nous que Charles Maurras.

Le radical, M. Henry Maret, rendit aussi hommage à la décision de Pie X dans la République française :

« Il est certain, dit-il, et sur ce point, nous ne saurions donner tort au Pape, que la déchristianisation de la France soit au fond de la pensée politique actuelle. Tout le reste est affaire de détails, d'hypocrisie de mots. Le Pape ne fait que constater un fait indéniable, fait constaté, d'ailleurs, par M. Viviani à la tribune et par M. Combes, dans son journal. Il serait superflu de contester l'évidence. Est-ce que républicain n'est pas devenu synonyme d 'anti-chrétien ? »

Et M. Combes, oui, M. Combes lui-même, écrivit dans un journal juif d'Autriche, La Nouvelle Presse libre, un article dont toute la presse française s'occupa, et où il dit :

« Non, Pie X n'agit pas comme un entêté ; il agit comme un Pape conscient de sa fonction, conscient aussi de la doctrine catholique et de sa mission de la garder. Son intransigeance n'est pas l'intransigeance d'un homme, c'est l'intransigeance d'une doctrine, et cette doctrine, il n'est pas loisible à cet homme de la méconnaître ou de la taire. Il estime avec raison qu'il est de son devoir et de son honneur de la proclamer du haut de la chaire pontificale, sous peine de commettre, en matière d'enseignement catholique, ime véritable forfaiture. »

L'un des résultats de la loi de séparation et auquel les sectaires étaient bien loin de s'attendre, ce fut de mettre dans un jour plus éclatant des vérités nécessaires, des vérités de premier ordre qui s'étaient obscurcies dans presque tous les esprits, et que jam.ais la prédication n'eût pu faire resplendir avec l'éclat que leur donnaient les faits par lesquels l'enfer pensait nous anéantir.

Ces vérités sont : la constitution de la sainte Eglise, telle qu'il a plu à Notre Seigneur Jésus-Christ de la faire ; la manière d'être qui en résulte pour elle, en tant que société autonome, vivant de sa vie propre, se gouvernant par ses propres lois.

ayant tous les droits qui appartiennent à une société parfaite, y compris le droit de propriété ; — son indépendance vis-à-vis du pouvoir civil dans les choses spirituelles et dans ce qui est nécessaire à son existence et à sa vie; — l'autorité du Pape dans toute l'Eglise et celle des évêques dans leurs diocèses ; etc. I.e Gil Bios constata que cet heureux effet se produisait même chez les journalistes qui font profession de dédaigner la Papauté, ses pompes et ses œuvres :

a Les organes les plus véhéments du radicalisme, du socialisme et de toutes ces opinions qui riment à anticléricalisme, et même ceux de la Franc-Maçonnerie et de la libre-pensée, n'hésitent point à sacrifier plusieurs colonnes, et non des moindres, à la publication de la prose pontificale, à sa discussion et à sa critique.

» Ce que le Pape pense, ce qu'il dit et ce qu'il fait, les intéresse donc ? Ils accordent aux paroles et aux actes pontificaux une valeur et une portée? Ils se préoccupent de l'influence spirituelle et des arrêts dogmatiques du Pape ?

» Hier, cependant, ils riaient volontiers, et parfois sans mesure, de ce souverain sans royaume et sans poi'voir, de ce trône de Saint-Pierre vainement dressé dans le désert de l'incrédulité universelle. Ils déniaient au Pape toute autorité. Ce n'était plus qu'un fantôme du passé, dont pouvaient seuls s'impressionner encore quelques esprits puérils.

» Or, le Pape parle : et voici que sa parole, qui ne s'adressait qu'aux seuls fidèles, retentit jusque dans les salles de rédaction qui se piquent le plus de n'être point des sacristies. Les reporters courent aux nouvelles, et les commentateurs méditent gravement devant leur encrier, pour formuler des appréciations solennelles.

» C'est un spectacle divertissant et plein de philosophie. Il met en posture de comédie ces pauvres petits hommes qui, négligeant l'histoire, la tradition et toutes les leçons du temps, prétendent décréter à leur gré l'abaissement des Puissances supérieures à leur domaine politique, et sont saisis d'un émoi pathétique et d'une agitation désordonnée quand ces puissances se manifestent, en dehors et au-dessus d'eux. Ils proclament qu'ils ont éteint toutes les étoiles, et ils sont les premiers à se précipiter, armés eux-mêmes de télescopes, pour voir ces étoiles ressusciter au ciel. »

Les vérités sur lesquelles reposent la sainte Eglise et sa constitution rentraient dans les esprits, parce qu'elles étaient discutées tous les jours au Parlement, que tous les journaux étaient forcés de s'en occuper. Elles devenaient par là le sujet de toutes les conversations, et les événements auxquels la séparation nous a fait assister firent voir à tous combien sont nécessaires les choses que ces vérités expriment. C'est là un gain, un grand gain, qui pouvait être acheté au prix de ruines, momentanées nous l'espérons, et de souffrances que notre obéissance a rendues méritoires.

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