Tit. Liv., chap. vm, 9 et
c Laissez germer, dit-il, l'insolence impie; ce qui poussera, c'est l'épi du crime ; ce qu'on récoltera, ce sera une moisson de douleurs. »
Euripide, dans sa tragédie d'Oreste, fait dire à Apollon :
« qu'il ne faut point s'en prendre à Hélène de la guerre de Troie qui a coûté si cher aux Grecs. La beauté de cette femme ne fut que le moyen dont les dieux se servirent pour mettre aux prises les Grecs et les Troyens, et faire couler le sang, afin d'étancher sur la terre les iniquités des hommes devenus trop nombreuses. »
Sophocle pense de même. Dans l'admirable scène qui ouvre la tragédie d^Œdipe-Boi, Thèbes est frappée d'un fléau. Oii sont les habitants de Thèbes? A genoux sur les degrés du temple, devant la demeure royale, des rameaux à la main et des couronnes de suppliants sur la tête. Et que répond l'oracle consulté? Qu'un grand crime a souillé la patrie et que le fléau qui la désole est un châtiment divin.
ce L'oracle nous ordonne clairement de purifier cette terre, profanée par un crime qu'elle nourrit dans son sein, et de ne pas laisser le crime impuni. »
Œdipe. — Quel crime a-t-on commis?
Créon. ■ — Le sang versé cause les malheurs de cette ville. »
Le même poète reproduit les mêmes croyances dans son Antigone. Le chœur chante :
« Heureux ceux qui n'ont jamais senti l'infortune, car, lorsque la main des dieux frappe une famille, les maux se succèdent sans cesse! »
L'autre partie du chœur répond, dans l 'antistrophe :
oc Ainsi, dans la famille des Labdacides, sur les antiques malheurs de ceux qui ne sont plus, je vois s'accumuler des malheurs nouveaux; ils se perpétuent d'âge en âge, et sous la main du Dieu qui les frappe, ils ne trouvent aucun relâche. » Et Antigone s'écrie : ce Tu as réveillé pour moi les plus cruels souvenirs, le malheur d'un père qui a frappé trois générations ! »
Il y a trois mille ans, Homère faisait dire à son Jupiter :
oc Ah ! que les hommes accusent les dieux injustement ! Ils disent que les maux leur viennent de nous, tandis que c'est uniquement par leurs crimes qu'ils se rendent malheureux plus qu'ils ne devraient l'être. » (Odyssée, I, 32.)
Quelle lumière ces paroles de la Grèce payenne, sur les lèvres de ceux qui avaient conservé les antiques traditions de l'humanité, jettent sur la guerre de 1870 et sur celle qui vient châtier aujourd'hui des crimes plus grands encore.
or^
M. Blanc de Saint-Bonnet avait ainsi marqué les causes de la première de ces guerres^.
« Tout étranger aurait pu annoncer, en voyant l'état de la France, vers quel terme elle se précipitait. Les gens sensés ne se rencontraient plus sans se dire : Où allons-nous? à quelle humiliation la France est-elle réservée? Nous ne pouvons échapper à quelque mortification terrible, et l'on se demandait quand devaient éclater « les événements ».
» La présomption était trop grande, la corruption trop étendue, le mensonge trop arrogant; le scandale descendait de trop haut, l'erreur avait trop d'avantages, la Foi tombait dans un trop grand mépris, pour que Dieu laissât plus longtemps le peuple en proie à une semblable dissolution. Y avait-il un moyen d'élever l'enfance dans la vérité, de garder la jeunesse dans la vertu, de maintenir la population des campagnes à l'abri du libertinage, de rinsolence et de toutes les dissolutions, en un mot, de retenir dans la voie du salut les âmes d'une nation entière? Les vertus étaient des ridicules, la dépravation un progrès ! L'agiotage remplaçait le travail et l'épargne, l'autorité disparaissait, la famille se dissolvait, le luxe dévalisait les héritages, la jeunesse croissait dans le vice et l'impudence ; la modestie était méprisée, la probité . dédaignée, la vérité sifflée et la sainteté méconnue. Trempé d'orgueil, abreuvé de concupiscence, l'athéisme coulait à pleins bords : et cela signifiait l'avancement de l'homme, le thriomphe de la nation !
» Le rien régnait partout, il était le fond de tous les discours, l'âme de tous les livres, et les revues et les journaux se consacraient à compléter ce que les livres n'avaient pu faire. Mais on se couvrait avec art des quatre mots de passe : Liberté, Avenir, Progrès, 89! On se disait que les richesses montaient et que le monde arrivait au bonheur !
» L'honneur demandait jusqu'à quand l'on verrait à la tête de la civilisation française des hommes dénués de lumières, privés de sentiments, rebelles à la Foi, hostiles à la vertu, à toutes les choses élevées; et la religion demandait jusqu'à quand le gouvernement favoriserait la liberté du mal et la puissance de l'erreur sous le prétexte du progrès des esprits !
» C'est-à-dire qu'on se demandait comment, dans un seul peuple, pouvait s'accumuler tant de démence. La population décroissait par suite du vice, la dictature était offerte au mal, l'athéisme arborait son drapeau à la faveur de la bassesse triomphante des âmes. Ainsi le voulait l'élu stupide et abruti du peuple, sa personnification funeste ! »
1914 nous trouva dans un état plus lamentable, plus criminel encore. Et c'est pourquoi les Teutons sont revenus plus barbares que jamais.
Au XVII* siècle, pendant que les Français chassaient les Anglais de la forteresse de Dunkerque, un officier anglais dit : ce Nous reviendrons bientôt. » — « Vous reviendrez, répondit l'officier français ainsi apostrophé, si nos péchés surpassent tin jour les vôtres. »
Nous ne savons si les péchés des Français surpassaient en
4. La légitimité (légitimité de l'ordre social tel qu'il est établi par Dieu-).
1914 les péchés des Allemands. Il est permis d'en douter. Mais il faut des verges pour fustiger, et il n'est pas nécessaire qu'elles soient nettes pour remplir leur office ; plus elles se sont ellesmêmes libérées de la crainte de Dieu, plus elles cinglent cuisamment. Mais leur impureté les fait jeter au feu, dès que justice est faite.
Dans sa réponse à la menace de l'officier anglais, l'officier français n'avait fait que redire ce qu'avaient cru les anciens chez tous les peuples.
L'Ammonite Achior a donné à Holopherne, général des armées de Nabuchodonosor, ce conseil :
« Seigneur, informez-vous; et si ce peuple a commis quelque faute contre son Dieu, alors allons les attaquer, parce que leur Dieu nous les livrera. »
Et plus tard, lorsque Genséric mit à la voile pour l'expédition qui devait lui conquérir l'Afrique, son pilote vint lui demander où il voulait aller :
« suis le vent, dit Genséric, il nous mènera vers ceux que Dieu veut punir. »
Les autres barbares n'avaient point une autre idée de leur mission. Alaric, marchant sur la capitale du monde, disait :
« Je ne puis m'arrêter; il y a quelqu'un qui me pousse, qui m'excite à saccager Rome. »
Attila ne se faisait-il pas appeler « le fléau de dieu ». « Je suis, disait-il, le marteau de la terre. »
Ces hommes venus des forêts répétaient à leur manière les paroles que Dieu a consignées sous forme de menaces dans les saintes Ecritures pour l'avertissement de tous les peuples :
« Si vous méprisez mes lois, si vous violez mon alliance, voici à mon tour ce que je vous ferai : Je tournerai ma face contre vous, et vous serez battus par vos ennemis, si après cela vous ne m'écoutez pas, je vous châtierai sept fois plus pour vos péchés. Je lâcherai contre vous des sauvages qui vous raviront vos enfants, et vous réduiront à un petit nombre, en sorte que vos chemins deviendront déserts. Si avec ces châtiments vous ne revenez pas à moi et si vous marchez toujours contre moi, je frapperai sept fois plus encore pour vos péchés. J'enverrai la peste au milieu de vous, je retirerai le pain, votre soutien,et vous serez livrés aux mains de l'ennemi. Votre pays sera dévasté et vos ennemis qui l'habiteront en seront stupéfaits 5. »
5. Lévitique, xxvi. L'effet de ces menaces peut se lire ludic, vi, i — x, 6 7, 8 — XIII, I — Isa., V, 25 — J.érém., v, 16 — xi.vii", 6 — xux, 4, 5.
Nous avons été frappés et au lieu de nous empresser de renouveler notre alliance avec le Souverain Seigneur, plus que jamais, après le premier châtiment, nous avons méprisé ses lois, nous nous sommes insurgés contre lui. Et c'est pourquoi les verges germaniques n'ont point été consumées, elles ont été mises en réserve et elles nous infligent une correction plus douloureuse que celle de 1870.
Un jour que les représentants des grandes Puissances réunis
à Berlin avaient délibéré pour faire du repos dominical l'objet
d'une loi internationale, la délégation française au nom de son
gouvernement, fit opposition et le lendemain la Chambre des
députés, au lieu de lever ce veto, le confirma par son vote.
M. de Mun se leva et dit :
« Si j'étais Prussien, je battrais des mains en voyant la France forcer Dieu, pour ainsi dire, à s'armer contre elîe. Mais je suis Français et je tremble. »
Nous nous sommes un moment repliés sur nous-mêmes, avec un élan vers Dieu, mais nous n'avons pas persévéré. L'heure des réflexions salutaires s'était offerte à nous, en présence de ia patrie mutilée, cette heure dont parle Bossuet, où : « Le malheur doit faire dans les âmes un vaste désert où retentit la voix de Dieu. )j
On vit la France agir sur elle-même pour se réformer et prier Dieu de bénir ses efforts. Ce furent les beaux jours des prières publiques et des grands pèlerinages, sitôt suivis des espérances que donnèrent la liberté de l'enseignement supérieur, les lois répondant au Vœu national, celles instituant l'aumônerie militaire, puis la création des comités catholiques et des cercles ouvriers, etc. Tout cela ouvrait devant les yeux des vrais chrétiens la perspective d'une reconnaissance publique, officielle des Droits de Dieu sur la société, Droits qui seraient inscrits dans la constitution et dans les lois, puis fixés dans des institutions. Hélas ! ceux à qui il appartenait de faire de cette espérance une réalité ne l'osèrent point, ou ne le voulurent point. Et cette timidité, ou cette opposition eurent pour conséquences les chutes successives et de plus en plus profondes dont la France donna au monde le triste, l'épouvantable spectacle : un peuple chrétien, un peuple dont l'histoire est identifiée à celle du catholicisme, faisant brutalement la séparation de l'Eglise et
de PKtat, après avoir donné l'athéisme comme fondement à tout renseignement de la jeunesse, comme à toute l'organisation sociale.
L'Assemblée nationale élue à l'heure où la leçon providentielle faisait lever vers Dieu les regards de tout ce qu'il y avait de sain dans la nation, voulait bien que Dieu rentrât dans les consciences, de là les lois ci-dessus rappelées ; mais imbue de l'esprit libéral, elle ne voulut pas qu'il rentrât dans la constitution de la société et dans ses institutions. Elle ne voulut point reconnaître et admxettre le souverain empire que Notre Seigneur Jésus-Christ a sur la société comme Dieu et comme Rédempteur, empire que la Révolution avait détruit par sa Déclaration des droits de l'homme. Elle ferma obstinément l'oreille au comte de Chambord qui lui disait :
« Une nation chrétienne ne peut impunément déchirer les pages séculaires de son histoire, rompre la chaîne de sa tradition, inscrire en tête de sa constitution la négation des droits de Dieu, bannir toute pensée religieuse de ses codes. »
C'est le propre du libéralisme catholique de reconnaître les droits de Dieu sur chacun de nous, mais de vouloir que la société, arrivée, dit-il, à son âge viril, soit libre et indépendante de son autorité et de celle de son Eglise. « Pour que la France soit sauvée, continuait le comte de Chamhord, il faut que Dieu y rentre en maître. » Et il ajoutait :
oc Hors de ces conditions, elle ne fera jamais qu'une halte dans le désordre, elle oscillera perpétuellement entre le Césarisme et l'anarchie, ces deux formes également honteuses de décadences payennes, et n'échappera pas au sort des peuples infidèles à leur mission. »
Elle ne fut pas longue la halte dans la République conservatrice ; et depuis nous avons eu à souffrir à la fois du césarisme et de l'anarchie, le césarisme le plus odieux, celui qui pèse sur la conscience et que la secte judéo-maçonnique a rendu de jour en jour plus oppressif; et l'anarchie du suffrage universel et du parlementarisme, l'anarchie des grèves, des bombes, du saccage des églises sous l'œil de l'armée et l'approbation de la magistrature. Paroles trop prophétiques que celles du comte de Chambord ! Dès la dissolution de cette assemblée incohérente dans ses desseins, ses volontés et ses œuvres, il n'y eut plus de halte
dans le désordre, la décadence s'accéléra de jour en jour. Combien de fois ce cri sinistre a retenti : « Nous courons à l'abîme ! »
Cri sorti de la bouche même des hommes qui font profession de scepticisme. La tempête a éclaté. Depuis quatre ans et plus, la tourmente nous broie jour et nuit sans relâche.
Sans doute, les événements antérieurs que nous aurons à rappeler, auraient amené cette guerre comme une suite des précédentes conformément aux lois de l'histoire ; mais si nous avions été innocents, la sagesse de Dieu et sa bienveillance eussent donné à cet enchaînement des faits une conclusion tout autre. Au lieu d'un nouveau et plus cruel châtiment, ils nous eussent fait reprendre dans le monde la place que Dieu nous a assignée dès nos origines.
M. Ch. de Freycinet, après avoir été le délégué de Gambetta,
à la guerre, publia un livre intitulé : La Guerm en Province.
Voici la conclusion d'un de ses chapitres :
« Un ensemble de coïncidences malheureuses s'est donc joint à la faiblesse organique de la France pour déjouer tous ses efforts. Et cet ensemble a été tel, que véritablement, quand on l'envisage, on est tenté de se demander s'il n'y a pas eu là quelque raison supérieure aux causes physiques, une sorte d'expiation de fautes nationales, ou le dur aiguillon pour un relèvement nécessaire. En présence de si prodigieuses infortunes, on ne s'étonne plus que les âmes rehgieuses aient pu dire: Digitus Dei est hic! — Le doigt de Dieu est là ! »
Nous sommes retombés sous l'anathème; mais en nous châtiant de nouveau, Dieu tient attaché sur nous un regard de miséricorde. Nous pouvons l'espérer du moins.
La guerre est entre ses mains un moyen, le dernier, de remettre un peuple debout.
« Lorsque, dit J. de IMaistre, l'âme humaine a perdu son ressort par la mollesse, l'incrédulité et les vices gangreneux qui suivent l'excès de la civilisation, elle ne peut être retrempée que dans le sang. »
Comparant le genre humain à un arbre, il montre qu'une main invisible taille sans relâche cet arbre et que souvent il gagne à cette opération.
<c II ne faut pas être fort habile, ajoute-t-il, pour savoir que plus on tue d'hommes, et moins il en reste dans le moment ; comme il est vrai que plus on coupe de branches, et moins il en reste sur l'arbre ; mais ce sont les suites de l'opération qu'il faut considérer. On peut observer que le jardinier habile dirige moins la taille à la végétation absolue qu'à la
fructification de l'arbre ; ce sont des fruits et non du bois et des feuilles qu'il demande à la plante. Or, les véritables fruits de la nature humaine, les arts, les sciences, les grandes entreprises, les hautes conceptions, les vertus mâles, tiennent surtout à l'état de guerre. On sait que les nations ne parviennent jamais au plus haut point de grandeur dont elles sont susceptibles, qu'après de longues et sanglantes guerres, c'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles le Seigneur a voulu être appelé « le Dieu des armées ».
L'histoire de tous les temps appuie cette observation. Espérons qu'elle se vérifiera de nouveau pour nous. Mais il n'en va pas toujours de même. Et c'est encore l'une des choses qui montrent que si la guerre est humaine par un côté, elle est divine par l'autre ^. Ses résultats échappent souvent aux spéculations de ceux qui la font. Même lorsqu'elle produit ce qu'en attendaient les vainqueurs, elle le produit autrement qu'ils ne le pensaient. Ils voient sortir de leur victoire des conséquences imprévues .
La faiblesse des hommes éclate dans ces formidables jeux de leur puissance. C'est à propos des rois qui font la guerre que l'on peut dire avec Bossuet :
« Tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force supérieure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus : ni ils ne sont les maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils. En un mot, il n'y a pas de puissance humaine qui ne serve malgré elle, à d'autres desseins que les siens. »
Les conséquences des guerres ne sont pas moins difficiles à
6. Au cours de la guerre actuelle, un écrivain militaire anonyme a publié dans la Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 19J8, un article montrant la partie que Dieu se réserve dans la guerre.
« Ce serait la plus grave erreur de croire que le dernier mot reste toujours aux gros bataillons. Ni le nombre, ni le matériel n'ont jamais donné la victoire, pas plus en 1918 qu'en 1914. Il y a heureusement, pour l'honneur des armes et de l'art militaire, un aliment moral, une partie divine de la guerre, qui échappe au calcul et aux prévisions. On pourra dire un jour et l'histoire en restera stupéfaite, avec quels « effectifs » ont été remportés nos succès des dernières semaines. Nous sommes délivrés aujourd'hui du problème de la percée, qui fut longtemps le cauchemar et la condition insoluble de la guerre. Un chef de génie saura créer l'événement. Quel sera cet événement? Sous quelle forme se produira-t-il ? A quel endroit? Comment se résoudra cette énigme de l'avenir? »
Il nous a été donné de voir au début de cette guerre comme à sa fin quand, où et comment s'est manifestée cette intervention du Dieu des armées.
prévoir pour les familles que pour les Etats. L'un de leurs effets les plus extraordinaires et des moins explicables, bien qu'il ait été constaté dans tous les temps, est celui que signale J. de Maistre en ces termes :
« Si l'histoire des familles était connue comme celle des nations, on pourrait fort bien découvrir que les familles les plus durables sont celles qui ont perdu le plus d'individus à la guerre.
« Le juste qui donne sa vie en sacrifice, dit Isaïe, verra une longue postérité ''. »
« Heureuses, a dit Louis Veuillot, heureuses malgré leur deuil, les familles dont le sang coule dans ce grand travail de la patrie ! leur noblesse s'y fonde ou s'y rajeunit ; et cet accroissement du patrimoine d'honneur et de vertu qu'elles possèdent déjà devient un gage de leur durée. On le savait jadis, on peut s'en ressouvenir : les familles se perpétuent par ces immolations. Dieu ne les fait pas durer en proportion de ce qu'elles gagnent, mais de ce qu'elles donnent. L'aumône et le sang, c'est l'arrosement qu'il faut aux arbres généalogiques s. »
Pour ce qui est des victimes, qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n'ait de grands privilèges? Et qui pourrait croire que les sacrifiés dans cet épouvantable jugement aient versé leur sang en vain ?
Pour les pères et mères, l'épouse et l'enfant, les souffrances qu'inflige la guerre sont une grâce qui en attire d'autres. Elle réveille l'esprit de prière, et par la prière, se répand dans le monde châtié, une vigueur nouvelle de vertu. La guerre vient rappeler cette grande loi du sacrifice et de l'expiation sans laquelle il n'y a parmi les hommes ni force ni honneur. Elle apprend à se détacher des prospérités purement matérielles ; elle désabuse des séductions de la vie facile, et elle rappelle aux grandes vertus qui font les grandes nations. La guerre purifie l'atmosphère du monde social des iniquités et des corruptions qui l'infectent, comme les orages chassent les miasmes qui altèrent notre atmosphère physique. Aussi nourrissons-nous dans notre cœur l'espoir que la jeunesse qui sera élevée après la guerre