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CHAPITRE XXII

Chez les enfants du peuple.

Toutes les nations du monde, poussées par ce seid instinct, qui ne trompe jamais, ont toujours confié Véducation de la jeunesse aux prêtres; et ceci n'appartient pas seulement au christianisme. Toutes les nations ont pensé de même. Quelques-unes même, dans la haute antiquité, firent de la science ellemême une propriété exclusive du sacerdoce. Ce concert unanime mérite une grande attention, car jamais il n'est arrivé à personne de contredire impunément le hon sens de l'univers i... De Maistre,

L'instruction religieuse poursuivie d'un retranchement à l'autre. — La gratuité ou la laïcité. — M. Goblet préconise le panthéisme scolaire. — Comme à la Convention. — Expulsion des religieux des écoles communales. — Décrets contre les écoles libres. — Les instituteurs laïcs placés sous la surveillance des préfets. — Les manuels impies imposés aux écoles officielles. — Les manuels religieux surveillés et interdits dans les écoles libres. — Les brutalités de M. Combes. — L'emploi de la force armée. — Félicitations des Loges italiennes à M. Combes.

L'enseignement secondaire avait été spécialement visé dans- Farticle 7 suivi des décrets. L'enseignement primaire n'était

I. De Maistre n'est point seul à avoir constaté ce fait. Nous ne citeronspoint de Bonald ou d'autres auteurs connus pour leur attachement à la civilisation chrétienne.

Contentons-nous de donner la parole à Balzac et à Challemel-Lacour :

<( L'enseignement ou même l'éducation par les corps religieux est le principe d'existence pour les peuples, le seul moyen de diminuer la somme du mal et d'augmenter la somme du bien dans la société. » (La comédie humaine. Préface.)

« Le clergé, en général, et le clergé catholique, en particulier, a un don. d enseignement que tout le monde admire et auquel je suis le premier pour, ma part à rendre hommage. «(Ch. des députés de Paris, 5 déc. 1871.)

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point perdu de vue. Le 24 septembre de cette année 1880, un règlement scolaire était adressé aux institueurs, déclarant l'instruction religieuse dans les écoles purement facultative. En décembre, même année, le Conseil supérieur de l'Instruction publique exclut le catéchisme et l'Histoire sainte des matières d'examen pour le brevet de capacité : c'était dire aux instituteurs et institutrices de laisser de côté l'enseignement religieux. Des lois et des règlements, échelonnés de 1880 à 1886, l'exclurent des examens publics à tous les degrés. La loi du 17 juin 1881 déclara gratuit l'enseignement primaire public, ce qui le mettait tout entier à la direction du gouvernement. La loi du 28 mars 1882 le déclara laïc et obligatoire jusqu'à treize ans. Comme conséquence, tous les maîtres et toutes les maîtresses congréganistes étaient exclus en principe de l'enseignement public. Dès ce jour il leur fut défendu de parler de Dieu, même dans les écoles maternelles. (Arrêté du 28 juillet 1882).

Au cours de la seconde délibération qui eut lieu au Sénat sur l'article concernant la laïcité, M. Jules Simon introduisit, malgré le gouvernement et la commission, un amendement ainsi conçu : « Les maîtres enseignent à leurs élèves leurs devoirs envers Dieu et envers la Patrie ». Présentant cet amendement, il l'appuya par ces paroles : ce Afin qu'il soit dit que la République ne fait pas la guerre à Dieu. » Personne ne se leva pour nier que la République fût en guerre contre Dieu, et pour repousser cette allégation, que la République avait été faite et mise au monde pour cette fin principale : la guerre à Dieu.

Le lendemain de la promulgation de la loi établissant la laïcité et l'obligation de l'enseignement primaire, Rochefort en manifesta sa joie dans son journal : « Bien aveugles, dit-il, seraient ceux qui nieraient qu'une rude étape soit franchie. On verra nos paysans quand ils ne croiront plus en Dieu et qu'ils sauront lire, y) Le Temps, dit de son côté : c< C'est le germe et le commencement d'une révolution dans les idées et dans les mœurs, dont il est impossible de mesurer la portée ». A l'étranger on n'en jugea pas autrement. Qu'il sufiîse de citer le Morning-Post :

« Il est indubitable que la nouvelle loi sur l'éducation est la tentative la

plus vaste et la plus éhontée qui ait été faite depuis les temps de la persécution payenne pour obtenir Vaponfasie forcée d'un peuple chrétien. Le nouveau programme désespère de convaincre l'intelligence des hommes et des femmes déjà faits. Il porte une loi en vertu de laquelle les enfants seront saisis au nom de l'Etat et forcés de recevoir une instruction scolaire spécialement imaginée pour les élever, non seulement dans l'ignorance, mais dans la haine des idées fondamentales de la Religion. »

M. Jules Simon avait été plus bref et plus clair dans le Gaulois. c( La laïcisation, dit-il, c'est, dans la pensée de nos meneurs de la darwinisation.» J\I. Jules Simon savait ce que valent les mots qu'il employait. Les nouvelles générations, darwinisées, seront élevées dans la persuasion que nous sommes des singes perfectionnés, et que nous avons le droit, comme tous les autres animaux, d'obéir à tous nos instincts.

La loi du 28 mars 1882 était en exercice depuis quatre ans. La secte avait pu observer son fonctionnement, les résultats qu'elle en obtenait et les moyens d'en rendre les effets plus terribles pour les âmes de nos enfants. Ces moyens, elle les formula en nouveaux articles de loi qu'elle présenta au Parlement en 1886 et qu'elle fit adopter et voter, par la Chambre d'abord, puis par le Sénat.

La Semaine religieuse de Cambrai posa alors cette question :

ce Le budget de l'instruction publique est monté, en dix ans, de trenteneuf millions à cent trente-trois millions (132.976.800) ^. Les résultats sont-ils en proportion de cette dépense énorme, à laquelle il faut ajouter celles des communes, qui se sont endettées pour construire leurs maisons d'école } Evidemment non, puisqu'on compte un million seulement d'écoliers de plus qu'en 1877. Ce million de galopins coûte près de cent millions aux contribuables. Cela est fort cher. Si au moins ils étaient élevés comme il faut. Mais, hélas ! l'on voit la statistique criminelle se développer parallèlement -

La nouvelle loi que viennent de voter les députés va augmenter encore ces dépenses d'une centaine de millions ! Les députés ont choisi, pour ce surcroît de dépenses, le moment où la défectuosité de notre armement va nous imposer les plus lourdes charges. Le général Boulanger va, en effet, demander dans quelques jours un crédit de 200 millions pour acheter de nouveaux fusils et cuirasser nos forteresses, hors d'état de résister aux canons que viennent d'adopter les Allemands. De l'aveu de tousj les hommes <-ompéients, ces crédits seront insuffisants, et la transformation de notre armement exigera une dépense de 600 millions. De son côté, l'amiral Aube déclare que si on ne lui accorde que 200 millions, il ne peut assurer la défense de nos côtes. Gouvernement et Parlement employent à la construction des écoles laïques Tarifent nécessaire pour assurer la sécurité de nos frontières. »

Depuis longtemps, l'image du divin Sauveur était bannie des

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