‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 63 sur 98 · UNIVERSITE DE FRANCE · texte numérisé non relu

UNIVERSITE DE FRANCE

Le ministre de l'Instruction publique, des Beaux Arts et des Cultes,

Vu la loi du 27 février 1880, article 5,

Vu la loi du 30 octobre 1886, article 35,

Vu l'ouvrage qui a pour titre : Petite histoire de l'Eglise, depuis Jésus- Christ jusqu'à nos jours, par l'abbé Vandepitte, édité à Cambrai, à l'imprimerie Fernand et Paul Deligne, le Conseil supérieur de l'Instruction publique entendu,

Arrête :

Art. i^ï'. — Est interdit l'ouvrage ci-dessus désigné, comme livre d'enseignement, de lecture et de prix, dans les établissements d'enseignement privé et libre.

Art. 2. — MM. les Recteurs d'Académie sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrêté.

Fait à Paris, le 5 janvier 1907.

Signé : A. Briand.

Nota. — Prière d'accuser réception à l'Inspecteur d'Académie.

Nous avons compté vingt-et-un arrêtés semblables.

Les livres portés à l'index du Gouvernement sont beaucoup plus nombreux que ceux portés à l'index des Evêques et ils sont interdits, non pas seulement dans ses écoles à lui, mais dans les nôtres, et cela sous des peines sévères.

Autre remarque : c'est que les évêques ont interdit des livres en vertu même des principes qu'ils représentent et qu'ils enseignent, tandis que le Gouvernement n'a pu le faire qu'en contradiction avec ses propres principes. En effet, l'Eglise a une doctrine sur Dieu, sur l'homme, sur le monde, sur nos destinées. Notre Gouvernement s'est interdit le droit d'en avoir aucune.

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l'estampille gouvernementale, ne pourra être mis dans les mains de nos enfants. I/école libre sera athée et socialiste ou elle ne fonctionnera pas. Voilà le régime que M. Briand et le Bloc nous réservent ! »

Cependant le siège de l'âme enfantine était toujours poursuivi. Nous nous sommes arrêtés à l'année 1887, passons à l'année 1902. Le 4 juin, M. Waldeck-Rousseau adressa au Président de la République une lettre, portant la démission du ministère qu'il présidait depuis 1899. Les dernières lois poursuivant les congrégations étaient faites, il n'avait qu'à céder sa place à M. Emile Combes qui les mettrait à exécution avec la brutalité de sa nature et ses haines d'apostat. Aux jours de persécution, les plus cruels ennemis de l'Eglise ne sont pas ceux qui ne la connaissent pas, ce sont ceux qu'elle a élevés et nourris, qui lui ont juré- fidélité, qui peut-être un jour se sont fait gloire de lui appartenir. Waldeck-Rousseau avait appartenu à une école ecclésiastique, et Emile Combes avait porté longtemps la soutane. Mais l'ambition a surgi dans leur âme et ils veulent, à force de turpitudes, se faire pardonner le passé et mettre en oubli leurs origines. Constitué le 8 juin, le nouveau Cabinet présenta au Parlement «on programme. Le 10 et le 12, il répondit à l'interpellation sur la politique qu'il se proposait de suivre. L'ordre du jour voté à la Chambre par 309 voix contre 85 demanda « une politique vigoureuse de laïcité ». Il n'avait pas besoin de cette injonction. C'est pour exécuter ce qu'elle demandait qu'il avait été porté au pouvoir ; il s'empressa de se mettre à la besogne.

Le 27 juin, M. Loubet signa le décret que lui présentait M. Combes, ordonnant la fermeture de 135 établissements congréganistes d'enseignement répartis en 45 départements et appartenant à des particuliers. L'application du décret commença le jour même pour se continuer les jours suivants. Les religieux et les religieuses furent de nouveau expulsés manu militari de leurs maisons sur lesquelles on apposa les scellés.

Le dimanche 29 juin, M. Combes adressa aux préfets une circulaire pour les inviter à accélérer le plus possible la laïcisation des écoles de filles qui étaient encore dirigées par des religieuses.

Le 4 juillet. M, Denis Cochin interpella sur les décrets et

les suites qui leur avaient été données ; M. Combes répondit : « Ce n'est qu'un premier acte qui sera prochainement suivi de plusieurs autres. » En effet, le 9 juillet, il adressa aux préfets une nouvelle circulaire, leur prescrivant de fermer 2.500 ^ écoles libres dans uii délai de huit jours. Le 15 juillet, circulaire instante ordonnant d'expulser manu militari les religieuses qui n'avaient pas fermé leur établissement dans les huit jours qui leur avaient été accordés pour le faire *".

Il restait encore quelques écoles qui se trouvaient dans des conditions qui avaient permis de croire qu'elles' n'étaient point comprises dans les décrets antérieurs. Nouveau décret, le 26 juillet, ordonnant la fermeture immédiate de 26 écoles situées dans le département de la Seine et de 61 du département du Rhône. Comme les précédentes fois, des bandes organisées insultèrent les défenseurs des religieux en divers lieux, et l'armée fut envoyée pour les soutenir. En Bretagne, par exemple, les Sœurs furent expulsées des écoles libres de Ploudaniel, Saint- Méen et du Folgoët par 10 commissaires de police, 200 gendarmes et 1.500 soldats d'infanterie coloniale, après une héroïque résistance des populations. M. de Mun, à la Chambre, stigmatisa le ministère qui, en lançant l'armée contre une population défendant son droit, avait commis le crime de placer les enfants de la France portant l'uniforme dans l'affreiUse alternative de choisir entre leur conscience de chrétiens et leur devoir de soldats. Des arrestations avaient été faites, entre autres, à Paris, celle de M. François Coppée de l'Académie française.

Le général André, dans un discours prononcé à Bourgoing, revendiqua sa part de responsabilité dans l'œuvre du ministère

5. Le principal organe de M. Combes, VAction, a chanté en ces termes ses louanges au lendemain de l'exécution des écoles et pensionnats chrétiens.

(( Qui nous eût affirmé, il y a trois ans, que les Frères des Ecoles Chrétiennes eux-mêmes ne rouvriraient pas leurs écoles à l'automne de 1904, nous lui eussions ri au nez en lui donnant du jobard ou de l'illuminé.

» Or, la fermeture est maintenant chose faite. Soixante-dix colonnes du Journal officiel d'hier ne suffisent à contenir que la moitié de la liste des jésuitières ainsi closes.

» C'est par centaines de mille qu'il faudra compter les enfants des deux sexes soustraits aux Ignorantins et aux Immaculées.

» Depuis la Révolution française, aucun acte pareil n'a été accompli an nom de l'idéal laïque. »

6. Le décret se tient dans les généralités, les notes officieuses qui l'interprétèrent ont oscillé entre 2.500 et 6.000.

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et annonça que « le gouvernement est résolu à arracher enfin le travailleur à une éducation qui retarde son émancipation » de Dieu et de ses lois.

Dans un discours, prononcé à la Chambre des députés, M. Combes fit orgueilleusement le bilan de ses exploits : Quatorze mille écoles fermées, cinquante-cinq congrégations d'hommes et quatre-vingts congrégations de femmes non autorisées, toutes, les unes comme les autres, dissoutes, exterminées. Il négligeait de dire le chiffre des congréganistes, vieillards, infirmes réduits à la mendicité, des malheureux et malheureuses partis pour l'exil. Le misérable osait ajouter : ce Quant à moi, j'ai le droit de dire, avec la conscience publique, que c'est là sans contredit l'acte, du moins un des actes les plus considérables, qui ait été accompli depuis un siècle. »

Le 29, M. Escudier, président du Conseil municipal de Paris, s'était rendu au ministère de l'Intérieur pour exposer à M. Combes les services rendus dans Paris par les écoles primaires libres et pour déclarer quel les écoles communales étaient dans l'impossibilité de recevoir les milliers d'enfants expulsés des établissements qu'ils fréquentaient. Sa démarche n'eut aucun succès, les écoliers purent courir les rues. M. Jules Roche, député, ancien ministre, publia une consultation, déclarant le droit et le devoir des propriétaires des écoles de protester ; puis, après avoir « laissé accomplir le crime de briser les portes », de suivre jusqu'à la Cour de cassation tous les degrés de juridiction pour obtenir justice. M. Sabatier, avocat à la Cour de cassation et au conseil d'Etat, adhéra à cette consultation ainsi que plusieurs autres bâtonniers de l'ordre des avocats. Mais que peut le droit contre la force lorsqu'elle est en des mains sans conscience et sans scrupule ?

Le grand maître de la Franc-Maçonnerie italienne, F.". Nathan, adressa à F.*. Combes ses félicitations pour la campagne qu'il venait de faire ; car, dit-il, ce il nous est facile de reconnaître l'influence et les efforts assidus, vaillants, merveilleux, de la Maçonnerie dont vous êtes un chef illustre et honoré ».

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