CHAPITRE XXIV
Les fruits de Técole neutre.
« Nos méthodes sont routinières... Les programmes pèchent gravement par leur laconisme... Les fabricants (sic) de manuels enflent les « matières » à enseigner, accumulant les données inutiles. Il est rare, en effet, que les manuels soient écrits par des espnts de valeur (sic) capables de simplifier et de réduire à Vessentiel ce qu'ils sont chargés d^enseigner. Un esprit médiocre trouve le moyen de tout compliquer... Notre pédagogie a beaucoup d'analogie avec celle des Chinois. »
M. Payot, dans le Volume, 21 nov. 1908.
Au point de vue de l'instruction. — Au point de vue budgétaire. — Au point de vue patriotique. — Au point de vue de la criminalité.
Portails, l'un des rédacteurs du Code civil, a ainsi lépondu à ceux qui déjà de son temps voulaient persuader le public que l'instruction suffit à éduquer :
« L'art de lire, d'écrire ou de compter, la grammaire et les autres connaissances élémentaires qui composent l'instruction du premier dep:ré ne sont que des instruments. Ces instruments, extrêmement utiles, si l'on en fait bon usage, peuvent au contraire être tournés contre la société qui les distribue si l'on en fait un dommageable emploi... Pour que l'instruction populaire produise de bons effets, il faut qu'au moment où de nouvelles voies de communication sont ouvertes entre les esprits, un enseignement bien dirigé développe dans les âmes le sentiment moral et religieux ; il faut que les écrits qui vont devenir leur nourriture intellectuelle et morale contiennent de saines doctrines, et soient des aliments et non des poisons »
Et M. Lavisse, dans le Journal des Débats, 11 octobre 1894 :
« Nous avons créé des milliers d'écoles, nous y avons introduit toute sorte d'enseignements. Nous avons rédigé bien des programmes, institué
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bien des examens et des concours : mais enseigner, examiner n^est pas r éducation. Nous avons oublié l'éducation. Toute notre machine est organisée pour fabriquer des diplômes. Mais ni l'école n'est un milieu moral, ni le collège, encore moins les facultés. Je sais bien que je dis là une parole très dure, mais cette parole est absolument vraie ».
Le philosophe anglais Herbert Spencer a insisté sur cette vérité d'expérience en même temps que de bon sens.
Quel rapport peut-il y avoir entre apprendre que certains groupes de signes représentent certains mots et acquérir un sentiment plus élevé du devoir .' Comment se fait-il que la facilité à former facilement des signes représentant les sons pourrait fortifier la volonté de bien faire ? Comment la connaissance de la table de multiplication, et la pratique des additions et des divisions, peuvent-elles développer les sentiments de sympathie au point de réprimer la tendance de nuire au prochain ? Comment les dictées, d'orthographe et d'analyse grammaticale peuvent-elles développer le sentiment de la justice ? Pourquoi, enfin, des accumulations de renseignements géographiques, amassées avec persévérance, accroîtraient-elles le respect de la vérité ?... Il n'y a guère plus de relation entre ces causes et ces effets qu'avec le gymnastique, qui exerce les doigts et fortifie les jambes. Celui qui espérerait enseigner la géométrie en donnant des leçons de latin ou qui, en dessinant, croirait apprendre à jouer du piano, serait jugé bon à mettre dans une maison de fous ; il ne serait pourtant guère plus déraisonnable que ceux qui comptent produire des sentiments meilleurs au moyen d'une discipline des facultés intellectuelles. La foi aux livres de classe et à la lecture est une des superstitions de notre époque.
Du moins, l'instruction gratuite et obligatoire a-t-elle rendu à la population française le service d'y répandre avec plus de zèle et plus de succès les connaissances élémentaires les plus utiles dans le commerce de la vie : la lecture, l'écriture, le calcul }
En 1908, alors que les lois Ferry avaient trente années d'existence et d'exercice, trente années d'instruction obligatoire, M. Doumergue, ministre de l'Instruction publique, adressa aux inspecteurs d'Académie une circulaire « sur les moyens à prendre pour diminuer le nombre des illettrés ».
« Les statistiques récemment publiées par l'administration militaire, concernant le degré d'instruction des conscrits, ont fortement ému l'opinion publique, « constate le ministre. » Il en résultait, en effet, que le nombre des illettrés, loin de diminuer, s'était accru dans des proportions alarmantes. En 1906 et en 1907, on a compté plus de 11.000 conscrits ne sachant ni lire ni écrire, et près de 5.000 sachant lire seulement.
A ce témoignage, joignons celui d'un officier.
« Ceux qui cherchent à dissimuler l'importance du nombre des illettrés
auraient été bien étonnés s'ils avaient vu les énormes détachements que chaque bataillon de mon régiment envoyait, tous les soirs, cet hiver, épeler b, a, ba. Chacun représentait bien la valeur d'une compagnie et demie ou de deux compagnies.
» Six à huit compagnies d'illettrés dans un régiment, c'est coquet ! Le nombre des illettrés ce conscrits )> atteint sans doute 13.526. Mais le nombre des illettrés incorporés dépasse très largement ce chiffre. »
A Lille, d'après les chiffres fournis par le Réveil, journal maçonnique, en 1912, les soldats illettrés composaient le quart de la garnison.
281 illettrés au 43^ de ligne ;
340 » 16' bataillon de chasseurs à pied;
62 » 6^ régiment de chasseurs à cheval ;
137 » l^'" escadron du train.
Total : 820 illettrés dans la garnison de Lille !
Soit, sur un effectif d'environ trois mille hommes, plus d'un quart, près de 30 0/0 !
Autre source d'information.
M. Ernest Mir, ancien directeur de l'école normale, a fait cette déclaration :
« J'ai voulu savoir, combien il y avait d'illettrés parmi les déposants des Caisses d'épargne, et j'ai fait appel au trésorier de la Caisse d'épargne d'Auch. Voici les renseignements que ce fonctionnaire m'a fournis :
» Le nombre de déposants du premier semestre 1912 est de 260. Le nombre des illettrés est de 27, soit 10.38 pour 100. yy
Plus de dix pour cent ! Cent sur mille ! Et encore, les déposants à la Caisse d'épargne sont généralement des personnes rangées, d'un niveau social qui dépasse la dernière moyenne.
Il y a trente ans, Jules Ferry s'écriait : a C'est une honte qu'il y ait sur le sol de France 10 pour 100 d'illettrés ! » Làdessus on bâtit les palais scolaires, on fit les lois scolaires et... M. Briand fut obligé de reconnaître, en 1911 : ce II y a aujourd'hui 15 pour 100 d'illettrés! »
Autrefois, alors que les Frères ignorantins tenaient les écoles communales, presque tous les enfants de dix ans savaient lire, écrire, compter et user du système métrique.
Les plus intelligents avaient des notions exactes sur la géographie, l'histoire et même souvent sur les sciences naturelles. Maintenant il y en a très peu qui sachent autre chose que lire et
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écrire, et, on vient de le voir, il y en a beaucoup qui ne savent même point cela. La cause de l'état de choses actuel est que beaucoup de maîtres d'écoles, au lieu de s'intéresser réellement à leur classe, font de la propagande anti-religieuse; et pour les autres, ils sont victimes des programmes. On a la prétention d'apprendre tellement de choses aux enfants que leur esprit se trouble, que leur mémoire confond et qu'ils font des coq-à-l'âne que nombre d'officiers ont recueillis avec pitié.
Si le but des lois scolaires faites par la République était de développer l'instruction publique dans le pays, devant ces résultats il n'y avait qu'à y renoncer. C'eût été sage; mais non, le zèle pour l'instruction dont on se pare dans les discours publics n'est en réalité pour rien dans ces lois et dans les dépenses énormes qu'elles ont exigées. La République ne demande à l'école que de lui faire des hommes selon son cœur, c'est-à-dire des hommes sans Dieu, pour qu'ils aient la satisfaction de voir si l'humanité ne pourrait point vivre sans Dieu. Le monde vit-il jamais pareille folie et pareille scélératesse ?
Combien d'argent cette expérience a-t-elle enlevé du trésor qui devait être employé à préparer notre défense contre l'agression des Allemands de jour en jour plus menaçante ?
Le budget de l'Instruction publique était à la fin du Second Empire, en 1869, de 39 millions (chiffres ronds). Après la guerre, il fut porté en 1873, à 41 millions; à 170 millions en 1885. En 1902, il était monté à 217 millions ; à 303 millions en 1909 et à 360 milUons en 1914, le gouvernement ayant ajouté au projet de budget rédigé par lui-même et déjà soumis au Parlement, 46 millions de supplément, ce qui aurait fait 406 millions. Cela ne satisfit point les instituteurs en révolte à Chambéry qui réclamaient 200 millions de supplément % soit un budget de 600 millions, au lieu des 39 millions qui en 1870 procuraient un résultat meilleur.
C'est à près de cinq milliards, exactement 4 milliards 920 rnillions de francs, que se chiffrent les dépenses incombant à l'Etat de 1879 à 1913, au titre de l'enseignement primaire.
I. Les chiffres ci-dessus sont ceux établis par M. Gallon dans le Bulletin de ia société d'éducation et d'enseignement, où ses études statistiques ont été particulièrement remarquées.
Il faudrait ajouter à ce chiffre ce que paient les 36.000 communes pour l'instruction publique".
Ce n'est pas tout. Il faudrait pour avoir le coût exact de l'instruction publique, faire état de ce que coûte annuellement en intérêts le capital employé à construire ce que l'on a appelé c( les palais scolaires », c'est-à-dire des bâtiments d'écoles et des los^ements d'instituteurs souvent beaucoup trop luxueux, les derniers surtout. C'est avec des emprunts que ces dépensées ont été faites et nous en payons les intérêts ; quant à rembourser le capital, nul n'y songe. Des gens compétents ont affirmé que ces intérêts s'élevaient à une bonne cinquantaine de millions par an.
Ce n'est pas tout encore ; il faut joindre le montant des retraites faites aux membres du corps enseignant et qui augmentent sans cesse. Notre dette viagère pour les seuls fonctionnaires civils dépasse cent millions annuels^ et croît toujours ; pour combien les retraités de l'instruction publique entrent-ils dans ce chiffre ? Le calcul n'a pas été fait (du moins à ma connaissance), mais assurément ils doivent former une belle portion du total.
c( Ce qui fera au clergé une guerre vraie, utile, efficace, avait dit M. René Bethmont, ce sont les millions qu'on consacrera à l'enseignement laïque ». La guerre au clergé, ou plutôt la guerre aux âmes baptisées et à Dieu, a été jugée de si haute importance que les millions ont été ajoutés aux millions au point d'arriver au nombre des milliards que la Prusse avait exigés de nous; et cela au moment où une nouvelle guerre et bien plus désastreuse devenait d'année en année plus menaçante.
Nos gouvernants et nos législateurs peuvent-ils au moins se vanter d'avoir donné à la jeunesse une éducation patriotique ? La campagne faite par les instituteurs en faveur du pacifisme à outrance et contre le service militaire répond à cette question. Mais voici un fait qui montre bien le fond de leur âme à ce sujet :
2. A Lille, l'enseignement primaire seul coûte chaque année à la caisse municipale un petit million, soit le dixième du budget.
A Douai, le budget de l'instruction publique était en igoi de 190.377 fr. 55 : en 1910 il s'élevait à 379.222 fr. 72 ; il était doublé en dix ans, etc., etc.
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Dans un discours académique, prononcé en 1910, M. Babelon, réminent conservateur du musée des Médailles, souleva les acclamations de son auditoire. Il disait :
Il n'est pas vm de nos viîlages qui ne possède ses archives, et dans lesquelles on ne retrouve l'histoire de la vieille église, du vieux château, de telle vieille maison bourgeoise ou paysanne, de telle ruine, de telle fontaine, de telle légende locale ou régionale. Partout, ou presque partout, des sociétés archéologiques ont recueilli ces précieuses chroniques, mais personne, ou presque personne, parmi la population, n'en a la moindre connaissance. Les gens du bourg ou de la petite ville naissent, vivent et meurent, presque tous, dans la plus complète ignorance <le leur bourg ou de leur cité !... Eh! bien, faisons cesser cette lamentable ignorance, en inscrivant dans le programme de chaque école tout ce qui peut y être enseigné d'intéressant, de bien ou de glorieux pour la localité. Vulgarisons l'archéologie. Que les enfants de nos villages sachent tous désormais l'histoire de leur village. Ils n'en auront que mieux l'amour du sol et n'en aimeront que mieux la France!
« Ces sortes de discours doivent être soumis au ministre ; et le ministre, au seul énoncé du sujet s'est écrié : (c C'est impossible ! »
Ainsi, l'un des membres les plu« justement renommés de l'Institut vient soumettre au ministre son projet d'entretenir l'illustre auditoire de la nécessité d'apprendre aux jeunes Français à aimer la France, et le premier cri du ministre est pour déclarer impossible un pareil projet. Répandre l'amour de la France dans la jeunesse des campagnes ? Jamais, et tout plutôt que ça !
Une multitude d'autres faits consignés dans VEcole et la patrie avaient annoncé l'exclamation du ministre. Par exemple, un éditeur scolaire avait entrepris une publication intitulée : Les Grands Français, et il avait placé parmi eux Paul Bert. Dans la seconde édition, Paul Bert avait disparu, M°'^ Paul Bert très surprise, se précipita chez l'éditeur, lui demandant la raison de cette suppression, et l'éditeur de lui répondre textuellement : « M. Paul Bert, madame, a fait des manuels patriotiques, et il ne faut plus de patriotisme ! » Un inspecteur général de l'Université découvrait dans un cahier d'élève, ce sujet de narration : Un éclair eur français tue deux ulûans, et reçoit, pour cette action d'éclat, la médaille militaire. Aussitôt, l'inspecteur déchirait la page avec indignation et déclarait le sujet digne «d'une éducation de sauvage » ! Un autre inspecteur général, recteur de l'Université de Chambéry, invitait les maîtres de sa province
à faire disparaître de leurs écoles toutes les gravures représentant des batailles ou des faits d'armes! On lisait le soir, aux cours d'adultes, dans certaines écoles de la frontière, les articles du Pioupiou de l'Yonne, un infâme petit journal de l'époque, et, à l'Ecole normale supérieui'e elle-même, un Gabriel Monod professait ouvertement : Un homme a deux patries, la sienne et r Allemagne! ! !
Pouvait-on, après cela, s'étonner des déclarations antipatriotiques et antimilitaires des Amicales et de leurs délégués aux congrès de Lille, de Clermont, de Chambéry, et des aveux du ministre, reconnaissant du haut de la tribune dé la Chambre des députés' que, sur cent instituteurs, quarante étaient nettement antipatriotes et que quarante à cinquante autres ne parlaient jamais de la patrie.
I/enseignement moral est-il plus cultivé dans l'école laïque que l'enseignement scientifique et que l'enseignement patriotique ?
c( Ouvrons des écoles et nous fermerons des prisons, » avait dit M. Floquet lors de la présentation du projet de loi sur l'école gratuite, obligatoire et laïque. On a fermé les écoles congréganistes, on a ouvert des écoles laïques et on a dû mettre des annexes aux prisons. Elles regorgent de bandits qui ne sont pas encore majeurs^.
Afin de ne pas les laisser déborder, comme aussi pour ne pas allonger les listes de statistique criminelle et faire qu'elles ne puissent plus être invoquées contre l'école sans Dieu, on a d'abord « correctionnalisé ». c'est-à-dire mis au rang de simples <( délits » nombre de méfaits qui jusque-là étaient qualifiés (c crimes ». Puis, en 1907, une loi a relevé la minorité en matière
3. L'athée Herbert Spencer a aînsi exprimé ce que tout le monde voit et tout ce que le monde sait :
« Ils ne sont pas illettrés les banqueroutiers, les fondateurs de compagnies en l'air, les fabricants de produits falsifiés, les marchands de denrées alimentaires sophistiquées, les usurpateurs de marques de fabrique, les voleurs au poids, les armateurs qui font naviguer des embarcations hors d'état de tenir la mer, les fraudeurs des compagnies d'assurances, les tripoteurs du turf, les joueurs en grande majorité. Les empoisonneurs sont-ils des ignorants? Les partisans de l'instruction à outrance se croient bien armés avec leurs chiffres... Eh bien ! les chiffres établissent que le nombre de ces divers criminels est plus considérable par rapport aux classes lettrées que ne l'est le nombre des meurtriers par rapport à la population totale. »
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de répression pénale, de 16 à 18 ans, et reculé ainsi l'âge légal du crime.
M. Barthou, alors qu'il était garde des sceaux, dans sa dernière « statistique annuelle de la criminalité », a fait lui-même ces aveux:
ce Le contingent de crinriinalité, apporté chaque année par la jeunesse à la criminalité totale, a évidemment grossi. L'augmentation a surtout porté sur les mineurs de seize à vingt ans. Pour les enfants de moins de seize ans, les chiffres ne donnent qu'une idée incomplète de la réalité. Il paraît, en effet, que, pour ces malheureux enfants, on se borne presque toujours << à les renvoyer ave«* une simple admonestation, en classant l'affaire «.
Ainsi donc, même dans les aveux de la croissante criminalité des jeunes gens, nous n'avons qu'une part très incomplète de la vérité. Jusqu'où sont tombés ces enfants ? Nous ne savons pas : mais la réticence attristée du rapport officiel permet de le supposer. Où les renvoie-t-on ? Le rapport n'en dit rien ; mais on le devine assez : on les renvoie au gouffre d'où, trois ou quatre ans plus tard, on les tirera de nouveau, et cette fois pour les juger.
Et cependant, malgré les ce renvois avec simple admonestation », malgré le « relèvement de la minorité en matière de répression pénale », « malgré la transposition des crimes dans la catégorie des délits », les prisons s'emplirent de plus en plus.
En 1913, des détenus s'évadaient de la Santé. Le parquet de la Seine s'émut de la répétition de ces faits. LTne enquête fut ordonnée. Les fonctionnaires du greffe, chargés des formalités de la levée d'écrou, ont répondu en levant les bras au ciel : « Conmient voulez-vous que nous connaissions chacun des prisonniers de la Santé ? Ils sont plus de deux mille. On est obligé d'en mettre deux et trois dans chaque cellule! ^»
^. M. Lepine, préfet de police, fit, en 1908, ces aveux devant le Conseil municipal de Paris, On remarquera que ce ne sont point ici des propos de journalistes, mais, peut-on dire, un document officiel : « Depuis vingt ans, dit-il, on n'a jamais touché au Code pénal que pour en détruire l'action, que pour désarmer la société. Pour contenir le mauvais instinct du malandrin, il ne suffît pas qu'il soit arrêté, il faut encore qu'il soit puni. Or, il n'est pas puni. On commue, on gracie, on libère, et la police passe son temps, au moins une fois sur deux, à retrouver dans les rues, non seulement les malandrins arrêtés par elle, mais encore ceux condamnés par les tribunaux. » Cette indulgfence, cette complicité, pourrait-on dire, de nos gouvernants, qui a tant servi à la propagande du vice, n'arrêtait point sur leurs lèvres, bien au contraire, le témoignage qu'ils se donnaient à eux-mêmes de travailler à élever les cœurs, à ennoblir les âmes !
Faut-il s'en étonner ? Qu'on voie le mépris qu'affichent dans leurs livres et dans leurs périodiques les chefs de l'enseignement laïque, pour toute éducation et toute moralité.
« L'éducation détruit plus qu'elle n'édifie. L'enfant n'arrive pas neuf à l'école. Il y apporte les préjugés de ses parents, les craintes accumulées dans la race par l'oppression religieuse. Ce qui importe, c'est de détruire