TOUT CELA
Pour que cette destruction fût rapide et facile, M. Payot avertit les enfants que :
« Tandis qu'autrefois, le père avait le droit de faire mourir son enfant, aujourd'hui vos parents ont le devoir de vous élever et de respecter votre dignité. Personne n'a Je droit de vous imposer ses croyances ».
Ailleurs, à la page J09^ au paragraphe intitulé : « La Morale est-elle universelle ? » l'auteur s'écrie, comme couronnement de sa doctrine la'ique :
a Vous dites : seul l'homme a connaissance du bien et du mal, et voilà ce qui le distingue, ce qui le classe hors rang... Calmons-nous. Avez-^ous observé déjà la conduite des porcs à qui on a servi la pâture 'f Le plus fort — il y a toujours un porc qui est le plus fort — aurait grande envie d'écarter de l'auge ses congénères, mais la fermière est là. Il jette de temps en temps vers elle un coup d'œil, et, dès que la porte est fermée, -des grognements criards vous avertissent que la force abuse. Rouvrez îa porte, tout cesse.
« Ce cochon, je l'atteste, possède la science du bien et du mal. w
Et pour conclure, il fait cette prescription à ses subordonnés, les maîtres, les éducateurs des enfants de la France et des familles chrétiennes :
Toute l'attention que nous mettions à moraliser, nous la mettrons maintenait à ne pas moraliser. Mais, me dira-t-on, que deviendront alors la société et la morale ? elles deviendront ce qu'elles pourront.
Cela n'empêchait pas les ministres de l'Instruction publique de dire dans leurs discours officiels que l'école la'ique élève les cœurs !
A Limoges, un assassin de 17 ans était condamné à mort. L'avocat qui le défendait s'écria devant les jurés :
(( La société a-t-elle fait tout son devoir envers l'accusé? En chassant Dieu des écoles, n'a-t-on pas en même temps chassé toute moralité? C'est vrai, la criminalité, depuis quelques années, se développe prodigieusement ; les jeunes gens suivent les mauvais exemples qui leur sont donnés et les assassinats se multiplient. Si l'accusé avait reçu l'instruction religieuse d'autrefois, le crime du s, septembre n'aurait pas été commis. )>
Dans le N° du T'" octobre 1905 de la Revue d^ enseignement et ,d^ enseignement supérieur le même a écrit à l'adresse des trente ou quarante mille instituteurs :
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ce Déclarer que réduçation est Fart de faire des hommes honnêtes, c'est affirmer que Ton sait ce que c'est qu'un honnête homme et que l'on a une conception bien arrêtée de ce qui est bien et de ce qui est mal. Nous savons ce que vaut cette prétention. »
Il n'est pas inutile de produire les chiffres qui démontrent mathématiquement ce qui est résulté de cet édifiant enseignement.
En 1830, le nombre des délinquants de droit commun âgés de seize à vingt ans n'était que de 6.900 ; il s'élevait à 9.000 en 1840 ; à 13.900 en 1850 ; à 18.500 en 1860 ; à 19.500 en 1870 ; à 23.300 en 1880; à 27,300 en 1890. En 1900, les statistiques accusent pour la première fois le chiffre de 30.000, qui est même dépassé de plusieurs centaines.
Mais, à partir de ce moment, et en vue d'endormir l'esprit public, on a donné pour consigne, nous venons de le voii*, aux magistrats de restreindre les poursuites à charge des mineurs dans les plus strictes limites. Ce qui n'a pas empêché les comptesrendus de nous apporter des chiffres de plus en plus graves. En 1904, M. Vallé, Garde des sceaux, a fait cet aveu :
« Je dois à la vérité de reconnaître que le chiffre de 35.626, indiqué comme représentant l'ensemble des mineurs poursuivis, est loin de correspondre au nombre réel des jeunes prévenus à la charge desquels ont été relevés des faits délictueux. L'obligation d'ouvrir, conformément aux instructions de la chancellerie, une information régulière dans les poursuites de ce genre, détermine souvent des magistrats, tout au mioins dans les parquets les plus chargés, à classer les affaires de minime importance, à seule fin d'éviter Venconibreinent, qui ne manquerait pas de se produire dans les cabinets d'instruction. (Rapport du 22 septembre 1904 sur l'année 1902) ».
Malgré cette mesure, les chiffres ont repris leur mouvement ascensionnel; en 1905, 34.804 mineurs ont été, non pas seulement poursuivis, mais condamnés! Dans la seule année 1911, quatorze mille six cent cinq petits français âgés de moins de dix-huit ans ont été traduits en justice.
La statistique des crimes et délits montre comment la criminalité s'est développée dans la mesure même où les gouvernements successifs retirèrent à la Religion la place qui lui est due dans l'éducation.
Pouvait-il en être autrement ? E'un de ceux que nos gouvernants ont préposés à l'éducation de la jeunesse, M. Bayet
n'a pas craint de lui dire qu'elle n'a pas plus de libre arbitre que les animaux, et que les lois et les codes qui défendent et punissent certaines actions sont des monstruosités.
« Il m'a semblé que, sur plus d'un point, cette idée, sainte mais vieille, de la responsabilité individuelle craquait, et qu'on en pouvait sans témérité prévoir la disparition... Dès l'instant qu'on admet, dans le monde social, Texistence de lois en tous points semblables à celles qui régissent la chute d'une pierre, il est aussi puéril de rendre un individu, quel qu'il soit, responsable de ses actes, que de blâmer l'arbre chétif ou de féliciter l'arbre vigoureux. Toute tentative en vue d'atténuer la rigueur de cette conséquence est foncièrement anti-scientifique... Xerxès, faisant frapper l'Océan, nous fait sourire ; car nous savons les mouvements des eaux soumis à des lois connaissables. Serons-nous moins risibles, un jour, nous qui frappons le criminel, sans songer que des lois analogues soulèvent la tempête et suscitent les crimes ? Notre geste apparaîtra-t-il moins ridicule et moins vain ?
» Donc, en définitive, ne rédigeons pas un Code de devoirs, la science ne connaît ni devoirs, ni responsabilités. »
Dans son ouvrage a La France au point de vue moral », page 158, M. Fouillée, bien que rationaliste, fait ces constatations à la honte de l'école laïque :
« A Paris, sur 100 enfants poursuivis, on en trouve 2 à peine qui soient sortis d'une école religieuse. Sur 100 enfants détenus à la Petite Roquette Vécole congréganiste n'en fournit que 11, l'école laïque 87. »
Plus loin, page 162, l'auteur ajoute :
« Quelque opinion que l'on ait sur la valeur objective des dogmes religieux, encore n'eût-il pas fallu méconnaître cette vérité élémentaire de sociologie que la religion est un frein moral de premier ordre et plus encore un ressort moral... »
Bien d'autres hommes indifférents ou hostiles à la religion ont parlé de même.
Nos écoles, hélas ! nous déshonorent devant le monde entier. c( Une grande revue américaine, La North America, écrivit : I^a principale cause de la criminalité en France, c'est la politique antireligieuse. »
Le fameux écrivain des Etats-Unis, M. Price-Collier disait dans le même temps dans le livre qu'il écrivit sur son voyage en France :
« Si jamais une nation a soulïert de la pourriture sèche, c'est la France, le respect y a disparu et la foi y a été étouffée. Il en est sorti V Apache, fruit de l'école, dont la malhonnêteté, la débauche, la brutalité et la bassesse ne peuvent se rencontrer nulle part ailleurs. «
En même temps que croissaient de jour en jour le budget
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de l'Instruction publique et les statistiques de criminalité, la valeur pédagogique des instituteurs et même leur nombre ne cessait de décroître. Ce n'est pas une feuille cléricale qu'on va lire, c'est le Journal des Débats, 5 juillet 1913, 27.
« Le fait est là : on ne trouve plus d'instituteurs. On n'a plus le choix entre les candidats, on est réduit à prendre tout ce qui se présente et ce qui se présente est, faute de concurrence, de plus en plus médiocre. Quelques chilïres suffisent à montrer l'étendue du mal. En cinq ans, le nombre des candidats aux écoles normales a diminué d'un quart, alors que les besoins, par suite de la disparition de tant d'écoles libres, n'ont cessé d'augmenter. De 4.969 candidats en 1906 nous tombons à 3.849 pour 1911 '5. En dépit de loute leur bonne volonté, les jurys d'admission n'arrivent plus à compléter les effectifs des écoles normales : le chiffre des promotions annuelles a diminué d'une centaine et il faut voir comment on arrive à maintenir encore ce minimum d'effectifs. L'Association de la presse de l'enseignement, qui a mis cette question à l'étude, donne, en attendant mieux, quelques indications sur la situation lamentable, parfois ridicule, où se débattent à cet égard certains départements. Dans l'Ille-et- Vilaine neuf places de normaliens restent vacantes ^ en Î910, faute de candidats. En Seine-et-Oise, de même, on n'a pu recevoir que 19 normaliens alors qu'il y avait 35 places. En Seine-et-Marne, au dernier concours, pour IV places disponibles, on ne trouve que 5 candidats acceptables : il fallut, pour compléter le cadre, « repêcher » 12 refusés. On devine de quelle qualité ils doivent être. Dans l'Orne, on n'a même pas la ressource de recourir à ce procédé désespéré : pour 20 places, il ne se serait présenté que 9 candidats.
» Voilà comment se recrutent les écoles normales. Il est évident que les maîtres qui en sortent ne sauraient avoir la même valeur que ceux d'autrefois, produit d'une sélection plus sévère. Mais ceci n'est encore rien. Les instituteurs anciens normaliens sont aujourd'hui une infime minorité. Il faut de plus en plus, pour répondre aux besoins pressants, recourir à de simples brevetés élémentaires, dont le niveau intellectuel est des plus modestes et la préparation pédagogique absolument nulle. Ici encore, citons quelques chiffres. Dans les Hautes-Pyrénées, pour 238 postes à pourvoir depuis dix ans, on n'a disposé que de 79 normaliens. Dans la Seine, en 1910, pour 195 postes vacants, on avait 33 normaliens. Dira-t-on que les candidats non normaliens offrent tout de même des garanties suffisantes ? Dans l'Oise on a dû prendre 18 maîtres en 1909, et 17
5. Voici ce qu'établit une statistique, publiée par le ministère de l'Instruction publique, des candidats aux Ecoles normales primaires :
Années Instituteurs Institutrices
On constate, ajoute le ministère de l'Instruction publique, que le nombre
des instituteurs candidats aux écoles primaires, a progressivement fléchi de