Lisez : neuf bourses ne trouvent pas d'amateurs
en 1910 i)0urvijs du brevet élémentaire, qui répond A un examen anodin. Et pourquoi t-es jeunes gens se donneraient -ils la peine d'affronter les épreuves du brevet supérieur, puisque les Chambres ont voté un amendement, l'amendement Mauger, qui met sur le pied d'égalité les brevets élémentaires et les brevets supérieurs ? Ce bel hommage au principe de la fausse égalité démocratique a porté ses fruits.
» Beaucoup de jeunes gens sortis des Ecoles primaires supérieures se portent vers d'autres fonctions, comme les postes, les contributions indirectes, qui demandent à peu près la même instruction première et qui rapportent davantage. La loi de l'offre et de la demande ne joue plus en faveur de l'enseignement primaire... »
Ces déclarations du Journal des Débats ont-elles besoin d'être confirmées ?
On peut se reporter aux rapports des inspecteurs d'Académie de la Haute-Marne, de Seine-et-Oise, du Tarn, de l'Aveyron, de l'Hérault, du Gard, de la Somme, de la Manche, de Meurtheet-Moselle, c'est-à-dire de tous les points du pays, qui déclarent que « la situation ne laisse pas d'être inquiétante » (Haute-]\Iarne) ; « que le personnel masculin se fait rare » (Seine-et'Oise) ; « que l'effectif, qui a progressivement diminué depuis quatre ans, est devenu insuffisant » (Hérault) ; ce que le recrutement des élèves maîtres ne s'opère pas avec toute ]a facilité désirable » (Somme) ; bref, « que nous traversons une crise pour le recrutement du personnel des instituteurs » (Tarn) . Et on précise qu'en Meurthe-et-Moselle, cette année, les candidatures à l'école normale furent de 38 pour 35 places à pourvoir; que, dans le Gard, il y avait eu, en 1911, 60 inscrits et 47 seulement en 1912 ; que, dans la Manche, 6 aspirants sur 18 ont été reçus avec des notes inférieures à la moyenne; et que, dans la Somme, pour attribuer les 27 places mises au concours, il a fallu se résoudre à admettre des candidats qui avaient 23 points de moins que la moyenne de 150 points.
Cependant, à mesure que diminuaient la valeur pédagogique et même morale des instituteurs, leurs prétentions croissaient \
7. Veut-on savoir l'estime que les libres-penseurs ont pour les instituteurs laïques qu'ils ont substitués aux instituteurs congréganistes ?
\'oici ce qu'écrit Henry Maret, un radical bien connu :
(( Ils ont tout : ils ont l'école oflïcielle, ils ont l'argent, ils ont le pouvoir ; cependant, ils se plaignent d'être opprimés et, à toute occasion, réclament l'appui du gendarme. Quels braves, mes enfants! Jamais despotes couronnés n'ont compris mieux qu'eux un régime de liberté, et on les entend dire à tout bout de champ : « Il ne doit pas y avoir d'autres écoles que les nôtres. »
» Ni d'autres sciences, ni d'autres arts, ni d'autres pensées, ni d'autres
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M. Augagneur, le farouche socialiste anticlérical, écrivait dans le Lyon Républicain du 21 avril 1911 :
Allons-nous assister à des conciles d'instituteurs primaires, fixant une doctrine autoritaire sur toutes choses, évoquant devant leur omniscience, leur omnicompétence, tous les problèmes politiques, économiques et sociaux, édicant des règles de conduite aux citoyens, indiquant les lois auxquelles il est pieux de désobéir. ^Nlais, chers maîtres, vous allez nous faire regretter les curés. Le pays veut bien payer pour faire donner des leçons, mais non pas pour en recevoir.
M. Gustave Téry, révolutionnaire libre-penseur, appartenant à l'Université, écrivait le 30 janvier 1912, dans VŒuvre :
Je crois connaître les instituteurs mieux encore que les professeurs qui furent mes collègues. J'ai rencontré parmi eux d'insupportables demisavants, de prétendus ce libres-penseurs, 3) dénués de toute tolérance, de fougueux révolutionnaires, une assez forte proportion de bavards, d'énergumènes et d'imbéciles ; mais il n'est pas douteux que dans son ensemble, le personnel de l'enseignement laïque est animé de meilleurs desseins.
En mai 1907, M. Jaurès, à la tribune, après avoir admiré le rôle de l'instituteur, traçait son portrait, le montrait sans mesure d'esprit ni modestie de pensée, et ajoutait :
L'instituteur est obligé par le programme de savoir beaucoup de choses, et il ne peut les connaître que dans des résumés qui suggèrent à son esprit l'illusion et l'orgueil d'une philosophie imiverselle. Pour nos instituteurs d'élite, quel est le péril ? Le péril, c'est une tentation d'orgueil