‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 68 sur 98 · ANARCHIQUE · texte numérisé non relu

ANARCHIQUE

Voilà ce qu'ont écrit les amis de l'école laïque. Ce sont de dures vérités.

De quoi se plaignaient en 1912 les maîtres de l'enseignement officiel ? M. Edouard Petit, autrement dit Moïse Klein, juif et inspecteur général de l'instruction publique en pays chrétien, en France, va nous l'apprendre. Il déplorait non pas que les écoles publiques jetassent des apaches dans la société, non pas que les instituteurs et institutrices officiels diminuassent en qualité et en nombre, mais que les écoles libres continuassent à faire concurrence aux écoles laïques et ne permissent point à celles-ci d'englober toute la jeunesse française. Il écrivit dans la Semaine universitaire du Siècle un article où il adjurait les gouvernants de se préoccuper de la situation qu'il signalait, la préférence des familles pour les écoles libres ; il les suppliait de

opinions, ni d'autres goûts, ni rien d'autre, en un mot. C'est ça leur république ! »

ne pas attendre que le mal soit devenu inguérissable, pour lui appliquer la médication qui convient, c'est-à-dire le monopole.

Pour asseoir son diagnostic, M. Edouard Petit s'appuyait sur les rapports annuels des inspecteurs d'académie, qui viennent confirmer les renseignements que nous avons donnés cidessus. M. Edouard Petit prend soin de nous avertir que ces documents sont plutôt « discrets et atténués ». Raison de plus pour en faire état.

Dans le département d'Ille-et- Vilaine, en face des 50.000 enfants qui fréquentent l'école publique, 44.000 forment la clientèle des écoles privées. « Il y a là, dit M. Gaston Dodu, inspecteur d'académie à Rennes, deux forces en présence, l'Eglise et l'Ecole, qui sont en équilibre et sollicitées par la conscience d'une influence à peu près égale ».

Dans la Vendée, les positions, d'après l'inspecteur Marlet, sont les suivantes : « L'Eglise a 30.068 disciples, l'Etat 40.795. L'Eglise a gagné, à la suite de la lettre des évêques, 1.190 unités en 1910-1911. »

M. Léon Gistucci, inspecteur d'académie à Saint-Brieuc, parle, lui aussi, de la lutte scolaire dans son exposé annuel. Il aboutit à des conclusions non moins pessimistes. « L'Ecole publique a perdu, écrit-il, 1.663 élèves, dont 1.502 filles, car presque partout c'est l'école des filles qui s'ouvre, vu l'abondance des brevetées formées si souvent dans les écoles primaires supérieures de l'Etat, r,

En Maine-et-Loire, la perte des écoles publiques est de 1.244 élèves, et ce déficit émeut M, l'inspecteur d'académie Renaud.

Dans la Loire-Inférieure, nous retrouvons encore l'équilibre que déplore M. Dodu dans l'Ille-et- Vilaine. Les forces s'y répartissent ainsi : 50.000 élèves dans les écoles publiques, 40.000 dans les écoles privées.

M. Dantzer, inspecteur d'académie à Vannes, fait des constatations de même nature en ce qui concerne le Morbihan. Dans cette région, les contingents des écoles de l'Etat et des écoles libres ont une importance à peu près égale.

M. P^douard Petit trouva ces résultats affligeants et adjura nos gouvernants de courir à la « défense de l'école laïque ».

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