CHAPITRE XXVI
L'éducation féminine,
M. Buchanam a fort bien rcmarqvé que « dans tous les pays où le christianisme ne règne pas, on observe une certaine tendance à la dégradation des femmes i »
La plus funeste des dégradations est celle de la femme. — Victor Duruy inaugure l'éducation laïque des femmes par ses cours pour jeunes filles. — Les intentions de l'Église et les intentions de la secte dans l'éducation féminine. — Les collèges et les lycées de filles. — Leur multiplication.
M. Windthorst a un jour fait entendre ces paroles au Reichstag : c( L'influence des femmes sur la vie tout entière est excessivement grande. Si nous étudions attentivement l'histoire^ nous devons reconnaître que très souvent les femmes ont exercé une bien plus grande influence sur la marche du monde que nous, les fils orgueilleux d'Adam. Mais l'influence de la femme est plus grande encore au sein de la famille. Là les femmes sont les gardiennes des bonnes mœurs, de la vraie piété, du sentiment religieux. Tous ceux qui ne sont pas entièrement corrompus, portent gravé dans leur cœur le souvenir de ce qu'ils doivent à leur mère. L'amour de sa mère ne s'éteint jamais au cœur d'un bon fils : il survit à la mort ; un bon fils aime à visiter souvent la tombe de sa mère : c'est la preuve de la puissance maternelle. Et une mère qui comprend et remplit dignement, par sa parole et son exemple, cette mission de gardienne du sentiment religieux et des bonnes mœurs, devant
I. Buchanam, poète et historien, né en Ecosse en 1506, fut professeur à Paris à Sainte-Barbe. Protestant, rentré en Ecosse, il fît opposition à Marie Stuart et montra beaucoup de passion contre elle dans un libelle.
son mari et devant ses enfants, une telle mère fait un bien immense et sans pareil. Qu'y a-t-il de plus touchant qu'une femme qui prie ? Si des dames me demandaient dans quelle position elles doivent se faire photographier, je serais tenté de leur répondre : Dans l'attitude où vous êtes quand vous faites réciter le catéchisme à vos enfants. (Applaudissements prolongés.) Et lorsque de jeunes demoiselles me posent la même question ("riresj, je leur dis : Jusqu'au moment où vous prenez le voile, celui du couvent ou celui de la mariée, faites- vous photographier le chapelet en main. » (Applaudissements.)
Dans cette rapide revue des moyens employés par la République pour arriver à athéiser la France par l'éducation, nous n'avons qu'incidemment parlé des jeunes filles ; la secte poursuivait cependant leur perversion intellectuelle et morale en même temps que celle des jeunes gens. C'est même sur elles qu'elle a porté tout d'abord son attention. La femme dégradée dégrade l'homme, l'un et l'autre dégradent la société. La femme qui peut tant sur le cœur de l'homme lui rend toute la perversité qu'elle en reçoit, et les nations croupissent dans ce cercle vicieux dont il est radicalement impossible qu'elles sortent par leurs propres forces.
Par une opération toute contraire, le moyen le plus efficace de perfectionner l'homme c'est d'ennoblir et d'exalter la femme, c'est ce que le christianisme a fait et à quoi il travaille sans relâche avec un syccès infaillible, susceptible seulement de plus ou de moins, selon le genre et la multiplicité des obstacles qui contrarient son action.
On vient de lire la parole de Buchanam. Elle exprime une vérité d'expérience en tous temps et en tous lieux. Napoléon III, puis la République qui instituèrent et développèrent les collèges et lycées de filles, ne tinrent point compte du fait qui a pu être observé en tous temps et en tous lieux.
Cabanis, le médecin matérialiste, ami de Mirabeau, avait pourtant dit à leurs ancêtres :
« Pour le petit nombre de celles (les étudiantes) qui peuvent obtenir quelques succès véritables dans ces genres tout à fait étrangers aux facultés de leur esprit, c'est peut-être pis encore. De toutes les connaissances que vous prétendez leur inculquer, il ne leur reste que quelques notions partielles, incomplètes, qui forment presque toujours dans leur tête les plus bizarres combinaisons.