ENFANTINE
» Dans la jeunesse, dans l'âge mûr. dans la vieillesse, quelle sera la place de ces êtres incertains, qui ne sont à proprement parler d'aucun sexe ? Par quel attrait peuvent-elles fixer le jeune homme qui cherche une compagne ? Quels secours peuvent en attendre des parents i7}firmes ou vieux ? Quelles douceurs répandront-elles sur la vie d'un mari ? Les verra-t-ojt descendre du haut de leur génie pour veiller à leurs enfanta, à leur ménage ? Tous ces rapports si délicats qui fout le charme et qui assurent le bonheur de la femme, n'existent plus alors : en voulant étendre son empire elle le détruit. En un mot, la nature des choses et l'expérience prouvent également que si la faiblesse des muscles de la femme lui défend de descendre dans le gymnase et l'hippodrome, les qualités de son esprit et le rôle qu'elle doit jouer dans la vie lui défendent plus impérieusement encore peut-être de se donner en spectacle dans le lycée ou dans le portique. »
Nous avons dit que lorsque M. Victor Duruy fut appelé au ministère de l'Instruction publique par Napoléon III, il s'occupa tout d'abord des femmes. Il fonda des cours pour jeunes filles. Ces cours se fixèrent et devinrent un enseignement permanent dans des collèges ; les collèges s'agrandirent et s'élevèrent au rang des lycées.
Le but qu'on s'était proposé jusque-là dans l'éducation des jeunes filles était moins le développement de l'intelligence — qui n'était point cependant délaissé, nous en avons pris des preuves dans l'histoire — que la formation du cœur. On savait quel esprit d'abnégation, de sacrifice, de dévouement à toute épreuve est nécessaire à la femme qui veut rester à la hauteur de son devoir. Et l'on savait aussi que ce riche fonds de vertus, la femme ne le possédera point, si elle n'a été placée, dès l'enfance, dans une atmosphère profondément imprégnée de l'esprit chrétien ; si l'idéal des vertus qu'elle devra pratiquer au cours de la vie ne lui a été mis -sous les yeux par l'exemple et par l'enseignement des principes évangéliques. C'est pour cela que les écoles de filles étaient confiées à des religieuses et que les familles de la bourgeoisie et de la noblesse faisaient aussi appel aux religieuses pour tous les pensionnats où elles faisaient élever leurs jeunes filles.
Les religieuses inspirent aux jeunes filles, aussi bien aux jeunes filles du peuple à l'école primaire et dans les réunions dominicales, qu'à celles de la bourgeoisie et de la noblesse dans leurs pensionnats, le respect d'elles-mêmes, la décence et la pureté ; et celles-ci, devenues femmes et mères, maintiennent au foyer, malgré les entraînements et les séductions du monde, la
foi et les mœurs chrétiennes. La secte le sait. Aussi les femmes élevées par les religieuses furent-elles dénoncées comme étant le grand obstacle que rencontraient ceux qui ont mission de déchristianiser notre pays. Cet obstacle, les personnes élevées par les religieuses le présentent comme mères dans l'éducation des enfants, comme filles et comme épouses, par leur influence incessante et souvent efficace sur le père et sur le mari. La vertu de la fenmie vraiment chrétienne enveloppe l'homme même vicieux et parfois arrive à le tirer de sa corruption. Le juif prussien Henri Heine, le plus cynique des impies, a émis un jour cette infernale idée : ce Pour tuer l'Eglise, — et il faut la tuer — il n'y a qu'à prendre l'enfant et à corrompre la femme. » Plus récemment, M. Bienvenu-Martin présidant, alors qu'il était ministre de l'Instruction publique, la distribution des prix du lycée des filles d'Auxerre, parla dans le même sens, quoiqu'avec moins d'effronterie. Il rappela cette parole d'Edgar Quinet : a Elever des hommes est beaucoup sans doute, ce n'est rien si vous n'élevez pas les femmes : les hommes feront des lois, les femmes seules feront les mœurs. » Et le ministie expliqua qu'il fallait élever les femmes de manière à les délivrer de l'asservissement « aux forces et aux idées du passé ».
Aux hommes le soin de faire de mauvaises lois; aux femmes le soin de faire de mauvaises mœurs.
Henri Heine et Bienvenu-Martin se faisaient l'écho des instructions données à la Haute-Vente : c< Pour abattre le catholicisme, il faut commencer par supprimer la femme, » la femme qu'a faite la civilisation chrétienne. Or, pour supprimer la femme chrétienne, la faire disparaître de la société, rien de plus efiicace, rien de plus sûr qu'un enseignement contraire à la doctrine chrétienne, à la morale ciirétienne.
Aussi la secte s'y est-elle appliquée. •
Pour les classes inférieures, elle a chassé des écoles les religieuses, qu'elle a remplacées par des institutrices formées à sa guise dans les écoles normales. Pour la bourgeoisie elle a créé ses collèges et ses lycées de filles.
Dès 1879, une commission parlementaire adopta les résolutions suivantes proposées par M. Camille Sée, juif comme
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Edouard Petit, comme presque tous les autres auteurs des lois antichrétiennes.
Création immédiate, dans un certain nombre de villes, de collèges de filles.
Obligation de créer d'autres établissements du même genre dans un certain délai.
Professeurs payés par l'Etat. — Frais d'établissement à la charge de l'Etat — Bourses créées par l'Etat, les départements et les communes.
M. Paul Bert, rapporteur, n'hésita pas à dévoiler le dessein de la secte dans la fondation de ces coûteux, inutiles et funestes établissements.
« Ce que nous avons eu pour objet principal, c'est la discipline de l'intelligence, bien sûrs que lorsque les sciences naturelles lui auraient appris à observer, les sciences physiques à prouver, les sciences mathématiques à préciser et à tirer les conséquences, nous aurions préparé un esprit libre de préjugés, difficile à séduire et sur lequel n'auraient pas facilement prise, d'où qu'elles viennent, les sorcelleries et les superstitions. Par l'étude des phénomènes naturels... l'enfant n'aura pas seulement appris à se défendre contre les folles terreurs et les niaises crédulités qu'elles engendrent, il y aura puisé le sentiment profond, le respect de la loi (!?)... »
Exclure de l'éducation des hommes ce que le F.*. Paul Bert désigne par ces mots méprisants : a préjugés, superstitions, niaises crédulités », c'est-à-dire Dieu, l'âme, la vérité et la morale chrétienne, pour ravaler cette éducation à la simple et stérile connaissance de faits dont on ignore le principe et la fin, c'est une œuvre anti-sociale au premier chef. Mais étendre aux femmes cette proscription de toute spiritualité pour fixer leurs regards sur la matière et ses évolutions, c'est briser en elles tous les élans de l'âme, éteindre toutes les pudeurs; et obtenir, quoi ? des calculatrices, des savantes, des philosophes, des femmes sans respect pour leur mari, des mères sans pitié pour leurs enfants, des familles sans dignité et sans moralité, et pour tout dire, une société de laquelle tout ordre sera absent : Uhi nullus ordo sed sempiternus liorror inhabïtat, c'est la définition de l'enfer.
Après avoir débuté à 4.000, le nombre des lycéennes et collégiennes a suivi cette marche progressive: 1881, 4.600 élèves.