élèves
1902 21.188 » 1907 34.262 élèves
Quel chiffre avait-il atteint en J914 ? nous ne l'avons point trouvé.
Les lycées approvisionnent l'école normale supérieure de personnes qui seront chargées de former les élèves des écoles normales ordinaires qui seront les institutrices de nos villes et de nos villages. Cette école normale supérieure fut fondée à Fontenayaux-Roses. Nous ne rapporterons point ce que la chronique en a dit,^ qu'il suffise de noter que la direction en fut donnée à M. Félix Pécaut, ancien pasteur protestant, qui, étant pasteur, engageait dans ses prêches, à ne point croire à la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quand il sortit de Fontenay, il fut remplacé par un autre protestant, qui, étant, lui aussi, pasteur, calomnia en j 872 le culte catholique avec tant de mauvaise foi et tant de méchanceté qu'il fut poursuivi en 1872 devant la Cour d'assises de la Gironde. On voit là l'esprit qui a présidé à l'organisation de l'enseignement féminin sous la troisième République.
c( Les femmes chrétiennes, dit un jour M. de Keller, avaient fait de la France la première nation du monde; vos librespenseuses en feront la dernière des nations. »
Comment étaient élevées les femmes qui avaient fait de la France la première des nations ? I^es livres de familles publiés récemment par M. Charles de Ribbe nous le disent. Là sont consignés les instructions, les conseils donnés par nos ancêtres aux jeunes filles de leur temps. Nous ne saurions trop engager les mères de famille à se procurer ces livres et à en faire une lecture attentive et répétée ^. Les idées qu'elles y trouveront seront en contraste absolu avec celles qu'elles ont elles-mêmes reçues. Mais dans l'état actuel des esprits il faut que ces con-
2. Les familles et la société en France avant la Révolution, d'après des documents originaux, par Charles de Ribbe. 2 volumes. Paris, Joseph Albanel.
La vie doviestiqne. Ses modèles et ses règles, d'après des documents originaux. 2 volumes. Paris, Edouard Bnltenweck.
Une famille au XV I^ siècle. Paris, Joseph Albanel.
Une grande Dame dans soiï ménage au temps de Louis XIV. Paris, \'ictor Palmé.
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trastes soient éclatants pour nous faire revenir au bien en fait de morale et à la vérité en fait d'idées. Voici quelques courts extraits de ces livres :
Etienne de La Boëtie, au XVI^ siècle, fit les recommandations suivantes à sa nièce lorsqu'il vit la mort venir le séparer d'elle.
« Ma nièce, m'amie, pour me décharger, je t'avertis d'être premièrement dévote envers Dieu; car c'est sans doute la principale partie de notre devoir et sans laquelle nulle action ne peut être ni bonne, ni belle. Après Dieu, il te faut aimer et honorer ton père et ta mère. Ne te laisse point emporter aux plaisirs. Fuis les hommes, car encore que sur le commencement, leur société n'ait rien de mauvais, toutefois petit à petit elle corrompt l'esprit, le conduit à l'oisiveté, et de là dans le vilain bourbier du vice. Crois-moi. la plus sûre garde de la chasteté à une fille c'est la sévérité. »
Antoine de Courtois a consigné dans son Livre de raison cette belle exhortation à l'une de ses enfants.
« Au nom de Dieu, mon enfant, garde ton âme et ton cœur à deux mains : ne te livre pas à tout sentiment... J'ai demandé à Dieu pour toi d'abord d'éviter le mal, puis la douceur, l'aiïabilité, parce que c'est le seul moyen de se faire aimer de ses alentours, d'être en paix avec soi-même et avec les autres ; et enfin, la sagesse parce que sans elle la vie n'est qu'une honte en ce monde et un malheur dans l'autre. »
Plus loin, s 'adressant à toutes ses filles, il leur dit :
ce Mes bonnes filles, je vous en supplie au nom du sang pur qui coule dans vos veines, au nom de votre bonheur, que la pudeur et la religion soient vos sauvegardes ! Vous n'aurez de salut qu'auprès de votre mère, et en fuyant toutes les occasions de danger... Que ne suis-je toujours près de vous pour vous conseiller et vous défendre ! Mais au moins que mon souvenir vous garde, et que mes dernières recommandations soient toujours présentes à votre mémoire.
» Gardez-vous de toute liaison, de tout tête-à-tête, de toute correspondance. Conservez votre corps pur et sans tache et votre cœur libre. Ne vous arrêtez pas aux compliments des gens du monde ; lorsqu'ils font la cour à une femme c'est trop souvent pour la déshonorer.
» Le langage que je tiens ici est dur et sévère ; mais il est la vérité même, et cette vérité votre père doit vous la dire. Que dis-je, votre père! N'est-ce pas le bon Dieu qui vous parle par ma bouche ?
» Ne vous liez qu'avec des amies d'une conduite irréprochable et pures comme vous l'êtes. N'ayez avec elles que des conversations honnêtes ; celle qui s'occupe des fautes des autres n'est pas loin de les imiter.
» Sortez peu, rappelez-vous le dicton si connu : FiJlc peu mie, fille recherchée.
» Ne lisez aucun livre en cachette et surtout aucun roman dangereux. Evitez les bals et les spectacles : ce sont des occasions de chute ; ils ne servent d'ailleurs qu'à faire naître des passions, ou exalter l'imagination qui est la source de toutes les erreurs et fait le tourment de la vie.
» Toujours auprès de votre bonne mère et de vos respectables parents, travaillez sans cesse, faites de bonnes œuvres, attendez dans une grande
quiétude de cœur et d'esprit celui qui doit vous donner son nom et l'auguste dignité de mère de famille. Examinez-le avec le calme de la sagesse, jugez-le dans ses qualités vraies et solides. Il devra avoir des mœurs, l'amour du travail et de l'ordre, un état qui convienne à votre fortune et à la sienne.
» Soyez sûres que vous serez toujours aimées et respectées de celui qui vous aura reçues dans votre pureté chrétienne. Si, toujours fidèles à vos serments, vous conservez la douceur du caractère, une humeur égale et aimable, vous passerez en paix des jours d'innocence et de bonheur. »
Quelle douce et forte tendresse de cœur respire dans ces paroles, mais une tendresse contenue par la raison et éclairée par la foi. Nos ancêtres aimaient leurs enfants, mais loin de se reposer dans la satisfaction qu'ils trouvaient dans cet amour, ils y puisaient l'énergie nécessaire pour former ces enfants à la vertu par une discipline austère, si austère, nous l'allons voir, qu'elle paraîtrait révoltante aux âmes efféminées de ce Jour.
La mère des Du Laurens professait cette maxime que « les
filles ne doivent jamais être séparées de leur mère », et l'une
d'elles nous raconte naïvement comment cette maxime était mise
en pratique :
te Ma mère, dit Jeanne, nous menait toujours devant elle, soit à l'église, soit ailleurs, prenant garde à nos actions. Que si nous regardions çà et là, comme font ordinairement les enfants, elle nous souffletait devant tous pour nous faire plus de honte ; et disait que quand les enfants marchaient derrière nous, on ne peut voir la contenance qu'ils tiennent, enjoignant aux maîtres qui menaient mes frères de faire de même. Elle ne manquait à nous apprendre toutes choses vertueuses : point de vanité, jamais elle ne nous menait au bal, disant que nous sommes assez fragiles sans nous produire en vanités. »
La fille aînée de M™^ Acarie, une grande dame du XVIP siècle, raconte dans ses mémoires comment sa mère s'y prit pour la corriger de ses défauts : la vanité et l'orgueil. Le moyen paraîtra héroïque, et chez la mère qui sut l'employer et chez la fille qui sut s'y soumettre.
ce J'étais orgueilleuse ; ma mère me chargea dans la maison des services les plus humiliants, comme de balayer l'escalier, et, parce qu'elle s'aperçut que je prenais pour le faire les moments oh je ne pouvais être vue, elle m'enjoignit de balayer à l'heure où il venait le plus de monde et de laisser la porte ouverte quand je le ferai. «
Une autre pratique de M'°® Acarie çtait de ne consulter jamais ses filles sur la couleur et la façon de leurs objets de toilette, de ne leur laisser jamais porter de la soie, de ne jamais non plus leur demander leur goût pour la table et de les habituer à la nourriture la plus commune. On n'est point étonné
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de voir ces habitudes sévères dans les plus grandes familles de cette époque, lorsque Ton sait à quel régime étaient soumis les enfants de Louis XIV.
Nous avons entendu à ce sujet les plaintes de M. Edouard Petit. Voici des renseignements pris à d'autres sources et plus précis.
Nous ne pouvons mieux terminer ces citations que par les paroles de Napoléon F"" exprimant ses vues sur l'éducation des filles lorsqu'il fonda l'établissement d'Ecouen :
« Qu'apprendra-t-on aux demoiselles qui seront élevées à Ecouen ?
» Il faut commencer par la religion i>ans toute sa sévérité. N'admettez à cet égard aucune modification. La religion est une importante affaire dans une institution publique de demoiselles. Elle est, quoi qu'on puisse dire, le plus sûr garant pour les mères et pour les maris. Elevez-nous des croyantes et non pas des raisonneuses. La faiblesse du cerveau des femmes, la mobilité de leurs idées, leur destination dans l'ordre social, la nécessité d'une constante et perpétuelle résignation et d'une sorte de charité indulgente, tout cela ne peut s'obtenir que par la religion ; je désire qu'il sorte d'Ecouen, non des femmes très agréables, mais des femmes vertueuses, que leurs agréments soient de mœurs et de cœur, non d'esprit et d'amusement.
»... En général, il faut les occuper toutes, pendant les trois quarts de la journée, à des ouvrages manuels, elles doivent savoir faire des bas, des chemises, des broderies, enfin, toute espèce d'ouvrages de femme.
» Je ne sais pas s'il y a possibilité de leur montrer un peu de médecine et de pharmacie, du moins de cette espèce de médecine qui est du ressort d'une garde-malade. Il serait bon qu'elles eussent un peu de cette partie de cuisine qu'on appelle office. Je voudrais qu'une jeune fille sortant d'Ecouen pour se trouver à la tête de son ménage sût travailler ses robes, raccommoder les vêtements de son mari, faire la layette de ses enfants, procurer des douceurs à sa petite famille, soigner son mari et ses enfants, s'ils sont malades, et savoir, à cet égard, parce qu'on le lui aurait inculqué de bonne heure, ce que les garde-malade ont appris par l'habitude.
» Quant à la nourriture, elle ne saurait être trop simple : de la soupe, du bouilli, une petite entrée. Il ne faut rien de plus.
» Il faut que leurs appartements soient meublés du travail de leurs mains ; qu'elles fassent elles-mêmes leurs chemises, leurs bas, leurs robes, leurs coiffures. Tout cela est d'une grande affaire dans mon opinion. Je veux faire de ces jeunes filles des femmes utiles, certain que j'en ferai par là des femmes agréables. »
Que l'on mette ces lignes où le bon sens éclate à tous les mots, en regard des sots discours qui ont demandé à la Chambre des Députés et au Sénat la création des lycées féminins. Malheur aux jeunes filles qui sont soumises à cette expérience funeste. Le Voltaire ne put s'empêcher de dire à ses amis : ce Dieu préserve les fils que vous avez déjà faits des filles que vous voudriez faire ! »