‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 77 sur 98 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

A la veille de Tinvasion,

ÉZKCHiEL. — Je vois une chaudière qui bout et elle est du côté du septentrion.

Le Seigneur. — C'est du septentrion que le malheur se répandra sur tous les habitaiits du pays. Car je vais appeler toutes les familles du royaume du septentrion, et elles viendront et placeront chacune leur siège à Ventrée des portes de Jérusalem, contî'e toutes ses murailles à Ventour, et contre toutes les villes de Juda. Et je prononcerai mes sentences contre eux pour toute leur méchanceté ; parce qu^ils nx'ont abandonné, et ont adoré Vouvrage de leurs mains.

Jer., I, 15-16

En 1913. — M. Poincaré élu président. — Il déclare intangibles les lois scélérates. — M. Viviani, ministre de l'Instruction publique, oppose la morale laïque à la morale chrétienne. — M. Barthou, président du ministère, porte à la Ligue maçonnique de l'enseignement les encouragements de M. Poincaré. — Suppression du pain et du vêtement aux enfants pauvres des écoles libres. — En 1914. — Nouveaux projets de loi : celui de M. Dessoye. Celui de M. Brard. Celui de M. Beauquier. — Le monopole de l'État annoncé. . — But avoué du monopole.

Le 17 janvier 1913, M. Poincaré fut élu président de la République. Dans son message au pays, il dit : ce Depuis sa naissance, la République s'est appliquée sans trêve à la recherche du mieux. Elle a fondé sur des principes immuables Porgani-

sation de l'enseignement public » ^ : Principes immuables, la. gratuité, l'obligation et la laïcité; lois intangibles, celles qui astreignent dix millions d'enfants à l'enseignement sans Dieu et contre Dieu, à l'enseignement qui fait les criminels, de l'aveu des magistrats appelés à les punir et de l'aveu des condamnés eux-mêmes !

En prenant la direction du ministère qui avait précédé sa présidence de la République, M. Poincaré avait proféré ces autresparoles :

« Parmi les influences moralisatrices dont dispose l'Etat, l'une des plus efl&caces est assurément l'école publique ( !) . Fidèles à la pensée de ses fondateurs, nous voulons que l'ccoie laïque, si souvent calomniée par l'esprit de parti, (?) demeure une école nationale, ouverte à tous les enfants de France et scrupuleusement respectueuse de la liberté de conscience. (!?) Avec tous les républicains, nous sommes décidés à la défendre contre les attaques systématiques dont elle est l'objet.

Six semaines après la prise de possession du fauteuil présidentiel, la Chambre aborda, le 3 mars 1913, la discussion de deux projets de loi, l'un sur l'obligation scolaire, l'autre sur la défense de l'école laïque. Elle les vota avant l'expiration de son mandat législatif et les envoya au Sénat. M. Viviani, ministre de l'Instruction publique, vanta, comme M. Poincaré, les influences moralisatrices de l'école laïque,

« Pour la sanction de la morale, a dit M. Viviani entre beaucoup d'autres choses aussi belles, nous ne faisons pas appel à la contrainte divine; nous ne promettons pas aux honnêtes gens les douceurs du paradis et nous n'effrayons pas les autres par les obscurités, d'ailleurs intermittentes, de l'enfer. L'humanité doit se racheter elle-même par sa souffrance et son labeur.

» Dans vos écoles confessionnelles, vous vous attachez à détruire les principes souverains sur lesquels le régime actuel est fondé, vous cherchez à faire pénétrer dans l'âine de l'enfant le germe de malentendus irrémédiables, destinés à séparer le pays en deux fractions. Je dis que s'il y a un régime qui a le droit de se dresser en face d'elle (l'Eglise) , c'est le régime républicain, car la République aussi est une croyance, car vous ne lui permettriez pas de remplir son rôle, qui est d'élever les âmes 2. »

I. Le lecteur doit se rappeler en commeniçant ce chapitre l'observation faite ci-dessus au sujet de MM. Poincaré et Clemenceau : L'histoire ne peut se taire malgré les sentiments d'admiration et de gratitude qu'ont fait naîtredans les coeurs les actes postérieurs des personnages d'ont elle a le regret d'enregistrer l'attitude préalable.

2. M. Viviani avait déià dit que la République, elle aussi, est une « croyance )) une foi, une religion.

Quelle religion ? Les lois qu'elle a déclarées « intangibles » constituent son décalogue, un décalogue opposé à celui du Sinaï. Celui-ci ordonne

SIÈGE DE l'aME ENFANTINE. 383

En novembre 1912, le ministre de l'Instruction publique avait déposé sur le bureau de la Chambre trois nouveaux projets scolaires : celui sur la réorganisation des conseils départementaux, celui du brevet unique, destiné à remplacer pour les instituteurs les deux brevets alors existants, et celui qui augmente le traitement des instituteurs, leur apportant le joli cadeau de quarante millions, en récompense de l 'antipatriotisme, accompagné de révolte, qu'ils venaient de manifester à Chambéry.

Le lendemain la commission de l'enseignement a repris la discussion sur la fréquentation scolaire au point où elle l'avait laissée.

Le président a donné lecture du nouvel article 21 proposé par le rapporteur, M. Dessoye, et par M. Viviani. Le voici :

Quiconque par violences, menaces ou par tout acte ayant entraîné ou susceptible d'entraîner un dommage matériel ou moral, aura provoqué les parents ou personnes responsables d'un enfant à empêcher cet enfant de participer aux exercices réglementaires de l'écolç publique où il est inscrit, ou de se servir des livres régulièrement en usage dans cette école, sera puni d'un emprisonnement de six jours à un mois et d'une amende de 16 à 500 francs ou de l'une de ces deux peines seulement.

« Cet article, observa le Temps, est formidable pour la sécurité publique et attentatoire à la liberté des citoyens. Avec ce texte, on pourra coiïrer tous les honnêtes gens suspects de manquer de tendresse vis-à-vis de la laïque et traîner en justice tous les prêtres pour un refus d'absolution au confessionnal ». Bien entendu, dans ce rapport, la commission n'envisageait pas l'éventualité d'une répression contre les maîtres qui violeraient la neutralité scolaire, ni contre les fonctionnaires reconnus coupables d'actes de pression contre les écoles privées.

Aussi a-t-elle repoussé la proposition de M. Groussau qui demandait d'ajouter à l'article 21, adopté dans la séance précédente, le paragraphe suivant :

ce Seront punis des mêmes pejnes ceux qui, dans les écoles publiques, auront attaqué la religion que les parents ont le droit de faire enseigner à leurs enfants, conformément à l'article 2 de la loi du 23 mars 1882. »

M. Groussau avait fait remarquer qu'il est illogique de créer

d'adorer le Dieu du ciel et de la terre ; celui-là veut qu'on ne lui rende aucun devoir et que les enfants soient élevés dans son if^norance. ^

Oui, la République a une relig-ion. c'est la religion de l'ennemi de Dieu et du genre humain, la religion de Satan.-

384 CtILPABIIJTÉ DE LA 5ÎATI0N.

des délits nouveaux à la charge d^s simples citoyens si l'on ne sanctionne pas de la même manière Les devoirs des fonctionnair^es envers les citoyens.

Le gouvernement de la République n'avait point attendu jusque-là pour élever autour de l'école laïque un rempart de sanctions pénales ; lois et sanctions qui par leur existence même montraient que l'école athée allait à l'encontre des vœux du pays, et que gouvernement et parlement faisaient œuvre de tyrannie.

I.a loi de 1880 avait édicté des peines; et, de 1880 à 1914, «cette coercition s'est aggravée d'année en année par des lois de plus en plus restrictives de la liberté de conscience, de la liberté de la presse, de la liberté de la parole. Toutes avaient été promulguées en vue de la a défense laïque ».

Lorsque fut déposé le projet de loi dont nous venons de donner l'article 21, M. de Gaillard Bancel demanda du haut de la tribune, aux sectaires qui se montraient prêts à le voter :

c( Et comment donc est intitulé votre projet de loi ? Projet de loi ayant

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