POUR BUT LA DÉFENSE LAÏQUE
» La défense laïque ! C'est ce cri que vous jetez à tous les échos du pays.
» Ainsi vous, IMessieurs, vous avez besoin de vous défendre, vous qui avez tout ! Vous avez les pouvoirs publics. Vous avez la majorité dans les Chambres. Vous avez des légions de fonctionnaires. Vous avez une armée d'instituteurs. Vous avez sous la main toutes les ressources du pays. Vous avez tout, et cependant vous êtes alarmés, vous êtes troublés, vous êtes inquiets et vous avez besoin de vous défendre ! »
«: Vous défendre ? En vérité, et contre qui ?
» Contre nous, contre rous qui n'avons rien, contre nous que vous avez spoliés et dépouillés, contre nous qui n'avons que notre bonne volonté, que notre dévouement et les sacrifices que volontairement nous nous imposons.
» En vérité, Messieurs, permettez-moi de vous le dire, quel plus bel hommage pourriez-vous rendre, je ne dis pas a nous-mêmes, mais à nos œuvres, mais à nos écoles libres, à nos écoles religieuses, à la merveilleuse et surnaturelle vitalité de l'Eglise et à la puissance infinie de Dieu .''... »
La foi laïque élevait les âmes, au dire de M. Viviani. Les journaux les plus républicains étaient contraints à ce moment même d'avouer le degré de turpitude où elle avait fait tomber les plus distingués de ses disciples. C'était le moment où se dévoilaient les scandales des affaires Caillaux, Rochette, Monis et C*.
La Bataille syndicale :
« Comme tout cela est sale ! on remue la pourriture à plein nez. Et
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quelle fin plus logique pouvait-on souhaiter à la législature qui s'achève ? Elle prend fin sur une honte formidable, et c'est justice. »
La République française :
« Fermez au plus tôt cette bouche d'égout. »
La Petite République :
, ce Le pays dira tout le dégoût qu'il ressent pour les politiciens dont les intérêts particuliers priment les intérêts généraux du pays. Il flétrira les ministres qui sont intervenus en faveur d'un escroc. Il n'excusera pas les faiblesses des magistrat* complices des ministres condamnés. »
h^ Intransigeant :
« Le peuple se détourne chaque jour un peu plus de ce théâtre d'agités (la Chambre) qui n'est qu'une foire où l'on vend son influence au premier détrousseur venu. »
h^ Humanité:
« Les intrigues et les m.anœuvres sortent du Parlement. Et. quelles intrigues ! Et quelles manœuvres ! Les ministres pèsent sur les magistrats et ceux-ci font chanter les ministres. »
MM. Viviani et Poincaré n'ignoraient rien de cela, ce qui ne les empêchait point de vanter les influences moralisatrices du laïcisme et de dire qu'il élève les âmes.
L'un des premiers actes de M. Poincaré, en sa qualité de Président de la République, fut de recevoir le Conseil de la Ligue de l'enseignement qui lui fut présenté par M. Dessoye, et d'accepter la présidence d'honneur de cette ligue. En témoignage de sympathie il promit de se rendre à la solennité du Trocadéro organisée par la Ligue au nom des sociétés d'éducation populaire de France.
Peu après, M. Barthou, président du Conseil et ministre de l'Instruction publique, alla au Congrès de la Ligue de l'enseignement, donner connaissance et lecture de cette lettre de M. Poincaré :
ce Je vous serai obligé de vouloir bien transmettre au Comité de la Ligue et hux membres du Congrès mes meilleurs remerciements pour Tadresse qu'ils m'ont envoyée.
» J'ai été très heureux d'accepter, comme mes deux éminents prédécesseurs, la présidence d'honneur de la grande association républicaine dont j'ai été le collaborateur et le conférencier. Je n'oublie pas que l'année dernière, à pareille époque, dans le pays de Jules Ferry, devant la ce ligne bleue des Vosges»; j'ai présidé la dernière séance du Congrès 0.2 la Ligue, et qu'ensemble nous avons célébré la mémoire de l'illustre
homme d'Etat qui a fondé l'école laïque et si vaillamment servi la Répa-
blique et la patrie.
» Je demeure très reconnaissant a la Ligue du chaleureux accueil qu'elle
m'a fait lorsqu'elle a bien voulu fêter au Trocadéro mon élection a la
première magistrature, et je lui renouvelle l'assurance de mon dévouement,
» Croyez, etc. -r, , t,
Raymond Poincare. »
Inutile de rappeler ici ce qu'est la Ligne de V enseignement , cela a été dit plus haut. Ajoutons cependant que, en 1895, dans le Bulletin de la Ligue de l'enseignement, le F.\ Jean Macé 'précisait, une fois de plus, le genre de relations qui unit la F.'. M.', et la Ligue. Parlant de son œuvre et du Grand-Orient de France, il écrivit : « Ici, la fille est chez sa mère. »
La Ligue de l'enseignement est donc, de l'aveu même de son fondateur, la fille de la F. .-M.*, Ce qui était vrai en 1895, l'est encore aujourd'hui. Le F.*. Dessoye était président de la Ligue au moment où M. Poincare assurait de son dévouement cette fille des Loges. Rien n'était changé, et la Ligue et la F. '.-M.-, comme jadis, poursuivaient la même guerre anticatholique.
Appelé à la présidence de la République M. Poincare avait donné cette assurance à ceux qui l'avaient élu :
ce Nous sommes décidés à entourer l'école nationale de tout un ensemble d'institutions protectrices et supplémentaires ; œuvres post-scolaires, caisses des écoles, commissions destinées à rendre effective une obligation tant de fois restée morte ».
M. Doumergue, alors qu'il était président du Conseil, avait fait la même promesse :
« Nous avons défendu l'école, c'est-à-dire l'enfance contre l'Eglise ; et nous avons préparé contre elle et ses patronages la défense de la jeunesse. Le cabinet radical est debout, et, fort de ses actes, il fait largement confiance à la démocratie française, qui n'écoutera ni les hommes de Rome, ni ne subira les lois du capital férocement égoïste. »
Ces promesses furent tenues, et: tout d'abord en ce qui concerne la caisse des écoles. Cette caisse fut créée pour garantir plus que jamais les écoles laïques contre la concurrence des écoles religieuses, en refusant aux pauvres de celles-ci le pain et le vêtement distribués aux pauvres de celles-là sur les deniers publics. Le 2 février, la Chambre des députés vota cette cruelle iniquité par 532 voix contre 26.
Le Parlement se trouva alors en présence de divers autres projets de loi ayant toujours le même objet : la défense de
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l'école laïque. Il y avait celui de M..Dessoye, celui de M. Braïd, celui de M. Beauquier, celui de M. Buisson, etc.
Une nouvelle Chambre fut élue au mois de mai 1914, et le cabinet Doumergue céda la place au cabinet Viviani. Dans sa déclaration celui-ci dit :
ce Ce n'est pas, à l'heure actuelle surtout où le parti clérical, levé en face de la République, encourage contre elle toutes les réactions, que l'a majorité républicaine désarn?.era. Notre premier effort sera d'achever avec le concours du . Sénat, dont les sentiments républicains nous sont une garantie de succès, le débat sur les lois de défense laïque. Nous deman- (ions à la commission de l'enseignement de la Chambre, de hâter le dépôt du rapport sur le contrôle de renseignement secondaire yrivé et nous développerons l'organisation post-scolaire ; par la liberté, la propagande, et l'action, le parti républicain défendra le patrimoine de la Révolution contre l'esprit de domination. « Nous voulons une Répubhque aussi éloignée de la persécution contre ses adversaires, que de la faiblesse dont ils voudraient profiter, »
Le projet de M. Dessoye, présenté à la législature précédente, vint le premier en discussion. La com.mission avait porté l'emprisonnement de six jours à un mois, et l'amende de 16 à 500 francs pour ceux qui entraveraient d'une façon quelconque l'enseignement neutre. Comme toujours, M. Groussau monta le premier sur la brèche pour défendre les droits des pères de famille et de l'âme chrétienne. M. Buisson ne put rien répliquer, mais il interrompit M. Groussau à tout instant. M. Steeg interrompit aussi l'orateur dès ses premières phrases.
Un autre projet avait pour auteur M. Brard, ce député sectaire du Morbihan qui, dans sa tournée électorale, présentait à ses électeurs un billet attestant qu'il faisait ses Pâques. Le projet Brard était un pas de plus vers le monopole; il interdisait la création d'écoles libres dans les communes ayant moins de 3.000 habitants.
Au congrès de Pau, il formula cette variante :
« Dans toutes les communes où les établissements d'enseignement primaire public sont suffisants pour rece/oir toute la population scolaire, il ne pourra être ouvert fie nouveaux établissements privés qu'avec l'autorisation du ministre de l'Instruction publique basée sur l'avis préalable du conseil départemental ».
A la proposition de loi de M. Brard, M. Beauquier, député
du Doubs, opposa, un contre-projet qui était une aggravation.
En voici l'article unique :
(c A partir du 1^^ janvier 1914, les écoles libres d'enseignement primaire et secondaire (filles et garçons) sont supprimées, à l'exception de celles qui seront autorisées par le gouvernement. Cette autorisation sera également nécessaire pour toutes celles qui voudront se fonder dans la suite. L'enseignement supérieur des Facultés reste libre. Toutefois cet enseignement ne pourra être donné qu'aux jeunes gens des deux sexes âgés au moins de vingt ans, »
C'était accélérer la marche vers le monopole. Après quarante ans de guerre, la République était déconcertée de voir que ses lois, ses décrets, les expulsions, les confiscations, les exils, les violences aux pères de famille, n'avaient encore pu avoir raison de renseignement religieux. Elle songea alors à emplo3^er le grand moyen d'extirpation radicale : le monopole de l'État sur tout renseignement, primaire, secondaire, supérieur.
Le projet datait de loin. Au mois de septembre; 1905, le Convent annuel du Grand-Orient de France avait voté d'acclamation le monopole de l'enseignement à tous les degrés.
ce Considérant que la réponse presque unanime des Loges est favorable au monopole de l'enseignement par l'Etat ;
» Considérant que les assemblées de 1900, 1901, 1902, se sont prononcées dans le même sens ;
» Considérant qu'il ressort de. l'examen des dossiers que la très grande majorité des Loges estiment qu^il est urgent que le législateur fasse aboutir cette réforme ;
Décide qu'il y a lieu de réorganiser l'enseignement en France sur les bases suivantes : 1° Islonopole de l'enseignement ; 2° Neutralité absolue des programmes au poiri\t de vue confessionnel et philosophique^ ; 3° Gratuité de l'enseignement à tous les degrés, etc.
» Emet le vœ\i que le législateur s'inspire des délibérations des Convents, de 1900, 1901, 1902, pour l'organisation future de l'enseignement en France. »