I.e F.*. Augagneur qui présidait la séance, avait ajouté
ce Nous avons terminé V exécution de ce qu'on a appelé le programme anticlérical : la loi sur les Congrégations, la Séparation des Eglises et de VEtat. C'est déjà beaucoup, mais il n'y aura rien de définitif tant que le monopole de renseignement ne sera pas réalisé. (Compte-rendu du Convent de 1905, p. 330 et 341).
Au lendemain du vote de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la Raison avait parlé de m.ême :
2. Neutralité confessionnelle : neutralité entre le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme, etc Neutralité philosophique: neutralité entre croyants si infidèles, neutralité qui ne permet point d'affirmer l'existence de Dieu.
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« Le combaf ne fait que commencer. La séparation des Eglises et de l'Etat n'est qu'un engagement d'avant-garde, qu'une escarmouche importante, mais non ime bataille décisive !
(c Le vrai champ de lutte entre la Libre Pensée qui veut que la France soit maîtresse chez elle et la Papauté est et sera désormais la question de l'enseignement...
» Cette question du monopole de l'enseignement a du reste été longuement étudiée. La réforme est mûre : et c'est un devoir pour la Libre Pensée, d'obtenir des futurs députés républicains qu'ils l'inscrivent dans leur programme. »
Il n'y a point d'exemple qu'un vœu du convent soit resté lettre morte et n'ait pas été finalement transformé en loi par le Parlement républicain. Aussi les différents ministres qui se sucr cédèrent eurent-ils soin de faire voter les lois ci-dessus rappelée? qui étaient autant d'étapes vers le monopole de l'enseignement primaire et de proposer l'abrogation de la loi Falloux pou^ établir le monopole de l'enseignement secondaire. Déjà en 1859, le F.*. Eugène Sue avait rédigé ce plan de résistance au progrès des idées religieuses: «Que nul citoyen ne soit autorisé par l'Etat à ouvrir une maison d'éducation s'il n'appartient à l'Université laïque ».
c( Il y a, a dit Louis Veuillot, quelque chose de curieux et d'insondable dans les mystères de l'humanité, c'est cette folle inimitié d'un être aussi petit que l'homme, aussi petit surtout que certains hommes, contre la majesté de cette œuvre de Dieu : l'Eghse catholique. Sa grandeur les écrase, c'est vrai. Mais pauvre petit être, qui te force à te faire écraser » ?
Où devait aboutir ce monopole ? La secte eut soin de le dire. « Une fois toutes les écoles communales laïcisées, une fois la dernière école libre fermée, disaient les loges parisiennes dès novembre 1877, on matérialisera l'enseignement dans les écoles de l'Etat restées seules. » C'est ce que les journaux de la secte, la Petite République, la Lanterne, V Aurore, V Action appelaient élégamment «. laïciser la laïque ».
ce Quel progrès formidable ne feront pas nos idées, disaient les Francs-maçons, pour encourager les législateurs, le jour où nous aurons supprimé tout enseignement religieux ! » « Il le faut, a dit M. Rabier, fidèle écho du convent de 1902. La Répubhque doit à V universalité de ses enfants, la même éducation, sans religion »... Quand filles et garçons de plusieurs générations
auront grandi dans l'incrédulité, i)eu importera de fermer les églises, elles seront désertes". ■»
On comprit qu'on ne pouvait apporter à décréter le monopole de renseignement la fougue que l'on avait mise à légiférer la séparation : de là les mesures temporisatrices que nous avons déjà rencontrées. M. Buisson, peu de jours avant la guerre, en proposa d'autres. D'après son projet de loi, nul ne pourra professer dans une école, lih"re ou non, sans un brevet de capacité obtenu en deux examens, dont le premier porterait sur les connaissances générales du candidat et dont le second, qui ne pourrait être subi qu'après deux années de fréquentation des cours des Ecoles normales de l'Etat, attesterait que le candidat a été préparé professiçnneUement selon les formules de l'Etat.
Ainsi donc, en attendant, l'Etat serait chargé de la formation professionnelle de tous les maîtres et maîtresses de l'enseignement privé comme de l'enseignement public. Avec un cynisme sans exemple, M. Buisson n'a pas hésité à faire connaître à ha Lanterne lea espérances qu'il fondait sur ce séjour des futurs maîtres chrétiens dans les écoles normales officielles. « Il est possible, qu'ils restent catholiques, mais ils auront perdu ce qui fait le venin, ce qui fait l'odieux de l'enseignement clérical et nous aurons fait notre œuvre >> : œuvre d'entraînement vers l'athéisme ; venin versé de force dans le cœur des instituteurs qui voudraient être des maîtres chrétiens, afin que par eux, il soit versé dans le cœur de ceux-là même des enfants de France que leurs parents voulaient mettre à l'abri d'un tel empoisonnement.
Tels étaient, au moment de la déclaration de guerre, les pensées et les plans stratégiques de l 'état-major républicain. S'ils ne décrétèrent point alors le monopole de l'Etat, c'est qu'ils ne voyaient encore les esprits assez pervertis pour s'y soumettre bénévolement. Il y avait d'ailleurs à l'établissement du monopole des obstacles, qui pour le moment da moins, paraissaient
3. Remarque profonde de Pic de la Mîrandole : « Les païens n'ont jamais profané leurs propres temples. Le démon ne les tentait pas, ne les troublait pas dans leurs cérémonies ; il les laissait tranquilles dans leurs erreurs. Il emploie toutes ses forces à nous détourner du sacrifice de nos autels, parce quç o'èst UH; sacrifice également glorieux à Dieu et salutaire pour
rïous.
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insurmontables. La^ République ne disposait pas de ressources suffisantes en argent ^ ni en maîtres, ni en bâtiments pour lui permettre d'amener de force dans ses établissements la population scolaire des écoles et des collèges libres et d'assumer la responsabilité de son instruction.
Dans ces conditions comment songer au monopole de l'enseignement ? P^t cependant, au moment même où éclata la guerre, un grand nombre de députés voulurent tenter l'épreuve. Le projet de loi qu'ils voulaient présenter eût pu échouer une première fois, une deuxième fois il eût fini par être accepté, comme l'ont été tous ceux que la Franc-Maçonnerie a voulus. Aucune de ses volontés depuis quarante ans n'a manqué d'être introduite dans le Code, même les plus tyranniques et les plus funestes.
4. Pour ce qui est de l'argent, M. Compère Morel désira savoir quelles dépenses supplémentaires au budget actuel entraînerait le monopole de l'enseignement. Par le journal officiel M. Viviani a répondu :
<( Le ministre de l'Instruction publique estime à plus de 500 millions le coût de la suppression de l'enseignement libre. » Et encore ne donne-t-il aucune appréciation exacte en ce qui touche le point spécial des constructions. Il ignore, en effet, comment les communes procéderont à l'installation des écoles nécessaires.
« Le vot€ d^^ Monopole nécessitera l'ouverture de 25.000 classes ; chaque classe recevant en moyenne 40 élèves. Le prix moyen d'une salle de classe étant de 16.646 francs, la dépense totale atteindrait au minimum 416.150.000 francs et pourrait peut-être s'élever jusqu'à 450 millions.
La création des 25.000 classes entraînerait la nomination d'un nom^bre égal d'institutrices ou instituteurs. La dépense qui en résulterait s'élèverait, Sùu taux moyen de 2.136 francs, à 53.400.000 francs. Quant au montant des retraites payées annuellement par l'État, il serait accru d'environ 7 millions.
C'est donc bien une dépense de 510.550.000 fr. que l'Etat devrait faire immédiatement &i le monopole de l'enseignement était établi. Quant aux communes, elles auraient à payer le montant des constructions ou d'acquisitions d'immeubles, et les indemnités de résidence et de logement des nouveaux membres de l'enseignement. Il est impossible d'évaluer les dépenses ■que les communes seraient ainsi appelées à faire. »