Ce chapitre fut écrit en 1915. Nous le laissons tel quel
humain, ne peut ne pas voir se dresser devant lui. Il y a des hommes qui ne peuvent souffrir que l'on parle de justice divine ; qui s'indignent contre le prédicateur et contre Dieu lui-même, si quelqu'un essaie de leur montrer que Dieu peut en user, qu'il doit en user et qu'il en use. Si ces hommes voyaient sur leur chemin un ver de terre se dresser contre eux et avec un air de défi lancer sa bave dans leur direction, ne lèveraient-ils point le pied pour l'écraser et mettre fin à son insolence ^ ?
Qu'ils comparent et qu'ils se taisent.
En écrasant la chenille dont la vue lui déplaît, l'homme lui ôte l'existence, la précipite dans le néant. Il fait subir son cruel caprice à un être sur lequel il n'a, de lui-même, aucun pouvoir, n'ayant été pour rien dans sa création, n'étant pour rien ni dans son existence, ni dans l'exercice de ses facultés ; à un être qui ne peut être coupable à, son égard, dépourvu qu'il est de raison.
Cet homme, qui se révolte contre Dieu, qui dit vouloir anéantir Dieu, il y a vingt ans, — mettons cent ans, — était comme cet insecte, moins qu'un grain de poussière perdu au fond des mers, il n'était rien. Dans son néant, il n'a pu se créer, s'il est, c'est par la volonté de l'Etre nécessaire, de Celui qui est par soi, qui est cause première , de tout ce qui existe, et qui maintient tout ce qui subsiste; il retomberait dans le néant si la main divine qui le soutient, l'abandonnait à lui-même. Et voici que ce néant, ce chétif et ce défaillant prétend pouvoir impunément se dresser contre Celui de qui il tient tout ce qu'il est et tout ce qu'il a, vie, intelligence, parole, cœur, volonté, liberté, toutes choses qu'il tourne en blasphème contre son Auteur ! L'étonnant est que son arrogance ne reçoive point immédiatement le châtiment qu'elle mérite, qu'il puisse subsister un instant enflé d'un tel orgueil. La bonté divine lui laisse le temps du repentir; s'il n'en use point. Dieu aura l'éternité.
Il en va autrement pour une nation qui ne sera point éter-
i;. Cette attitude de la chenille de nos jaifdins est assez frdquepte et assez caractéristique pour qu^elle ait donné lieu au proverbe :
Fier comme une onaine.
Onaine = chenille, onisous, ou le bas latin, honnina C Glossaire de la langue romane, rédigé d'après les manusucrits de la bibliothèque impériale, par J.-B. Roquefort).
JITSTICE ET MISÉRICORDE. 397
nelle. Elle aussi est de Dieu et par Dieu. Il Ta faite pour sa gloire. Si elle l'outrage jusqu'au point extrême où nous avons vu se porter notre France, quel autre sort peut être attendu que celui des races que l'eau ou le fer ont fait disparaître ?
Il y a eu des nations qui ont été condamnées à mort au pied de la lettre comme des individus coupables, et nous savons pourquoi. I.a Sainte Ecriture nous a dit la sentence qui fut portée contre ce la grande Babylone avec laquelle les rois et les habitants de la terre se sont enivrés du vin de la prostitution, en d'autres termes, de l'apostasie ». Des sentences semblables ont été portées contre d'autres peuples. Oh peut les lire dans le Lévitique, dans le Deutéronome, dans le P^ et dans le IV* des livres des Rois.
oc Bien peu d'hommes, c^est une observation de M. J. de Maistre, bien peu d'hommes, parmi cette génération matérielle, sont en état de connaître la date, la nature et Vénormité de certains crimes commis par les individus, par les nations et par les souverainetés ; moins encore de comprendre le genre d'expiation que ces crimes méritent, »
On ne sait plus ce qu'est Dieu, on ne sait plus ce qu'est l'homme, on ne comprend plus ce qu'est l'offense de l'homme, lorsqu'elle est faite à Dieu, offense inexpiable, alors surtout que cet homme est un chrétien, qui a été régénéré par le sang du divin Rédempteur. Mais combien la chose devient plus grave encore si cet homme est non un individu, mais une nation agissant par ses fondés de pouvoir, une nation prévenue et comblée plus que toute autre de faveurs exceptionnelles. Quel peuple a été plus éclairé d'en haut que le peuple français ? Quel peuple, si ce n'est le peuple hébreu, a été appelé à une plus haute jnission ? « La sainteté de la vocation, a dit Salvien, augmente l'énormité de la faute, et plus on a reçu de grâces et plus on pèche gravement. C'est pourquoi la pureté de notre religion nous accuse et Sodome sera condamnée moins que Capharnaum à cause des miracles dont cette dernière ville a été témoin ». Ne s'applique-t-elle point tout naturellement à nous cette parole de saint Paul : « Bien qu'ils connaissent le jugement de Dieu déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais encore ils approuvent ceux qui les font ^. » A chaque consultation, le suffrage uni-