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ver sel rendait aux mêmes hommes le pouvoir qui leur avait permis de faire les lois d'athéisme et les lois d'apostasie sociale. L'apostasie est ainsi devenue le péché de la nation ; et ce péché national venant s'ajouter aux innombrables et si graves péchés personnels que nous avons eu la douleur de constater dans toutes les conditions, dans tous les rangs et à tous les âges, ne disent-ils pas que la justice divine ne soit comme forcée de nous abandonner au sort que l'outrage suprême a appelé sur les cités antiques ci-dessus nommées ?
Nous osons nourrir en notre cœur des espérances meilleures. Nous sommes châtiés, et châtiés par le plus terrible des fléaux, celui qui contient ou amène tous les autres, la guerre et quelle guerre ! « Le dernier fléau, dit Louis Veuillot, ce n'est pas la famine, ce n'est pas la peste, ce n'est pas la mort ; c'est l'homme. Lorsque l'homme est livré à l'homme, alors on peut dire qu'on connaît la colère de Dieu. »
Nous la connaissons.
A chacun de nos péchés, la guerre nous inflige une peine correspondante. Le luxe, avons-nous dit, appelle comme châtiment la ruine. A combien de milliards s'élèvent les pertes subies par l'Etat et par les particuliers en ces années de combats et de rapines ? La luxure s'expie par l'effusion du sang ; il a coulé chaque jour en flots plus gros, plus pressés que le monde ait jamais vus.
« J'arroserai le pays des flots de ton sang Jusqu'aux montagnes ». C'est l'une des menaces que Dieu met dans la bouche d'Ezéchiel ; elle s'exécute sur nous, et la terre ne se dit pas encore suffisamment abreuvée !
Mais en même temps que de signes d'une Volonté miséricordieuse nous sont prodigués !
« Qui donc, a demandé en 1918 le cardinal Mercier, depuis qu'a éclaté la grande catastrophe ne se sent sous la domination d'une puissance supérieure ? Qui n'éprouve l'enveloi^pement du mystère ?
En-deçà et au-delà de la ligne de fou, que de calculs déjoués ! Que de combinaisons mises à néant ! Que de prévisions démenties !
» Ce n'est ni le lieu ni le moment de refaire l'histoire de ces trois longues années de guerre, mais laissez-moi vous remémorer, d'une part, ces masses gigantesques, ivres de leurs preniiers succès, sûres d'elles-mêmes, brusquement arrêtées à qnelqvcs IcHomètrci; de Paris et devant le ruisseau de l'Yser ; d'autre part ces puissantes offensives sans résultat décisif : d'une part, une guerre sous-marine, avant-coureur annoncé d'un triomphe prochain, et qui n'a d'autre effet utile que d'amener à l'Entente son plus
puissant allié ; d'autre part, une pression économique neutialisée par des conquêtes territoriales que rien ne faisait prévoir ; songez à ces multiples surprises, heureuses pour les uns, fâcheuses pour les autres, déconcertantes pour tous : le pronostic fameux sur la limite extrême de la durée de la guerre : « trois mois ou trois ans » tombé à faux ; la révolution russe ; les événements d'Italie ; les échecs de la diplomatie, et tout à coup, — rayon de lumière dans un ciel noir, — l'objectif de deux siècles de croisades, glorieusement atteint, les Lieux Saints arrachés à la domination de l'Islam, rendus aux nations chrétiennes.
» Que de fois l'imprévu s'est jeté en travers des assurances humaines! Voici trois années de guerre révolues ; la quatrième est en cours ; et la solution que, coup sur coup, l'on croyait tenir, recule vers l'inconnu,
» L'homme s'agite et Dieu le mène. »
NOTES COMPLEMENTAIRES.
Les Hébreux à leur entrée dans la terre promise furent chargés de venger la justice divine par le châtiment des nations idolâtres et corrompues du pays de Chanaan. Ils reçurent l'ordre d'exterminer ces nations, les Hethéens, les Amorrhéens, les Gergésiens, les Phérésiens, les Chananéens, les Hévéens, les Jébuséens, dont il leur fut dit : ce Vous exterminerez tous les peuples que le Seigneur votre Dieu doit vous livrer » (Deutér., VII, 16).
Une loi de la Providence que l'histoire nous manifeste est qu'elle attend pour punir les peuples qu'ils nient accumulé leurs crimes : il vient un moment où Dieu ne les supporte plus. C'est ce qui eut lieu pour les villes de la Pentapole détruites au temps de Loth ; pour les nations qui habitaient le pays de Chanaan et que les Israélites reçurent l'ordre de détruire entièrement. Le chapitre X du Lévitique signale leurs crimes énormes et même contre nature.
Au livre I^'' des Rois, Samuel vint transmettre à Saûl les ordres du Seigneur avec injonction de les accomplir. Ces ordres étaient ceux-ci : ce Va, frappe Amalec, et dévoue par anathème tout ce qui lui appartient ; tu ne l'épargneras point et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes. Saûl passa son peuple en revue à Telaïm, prit deux cent mille hommes des tribus du Nord et dix mille hommes de la tribu de Juda. Avec cette armée, Saiil envahit le pays d:'Amalec depuis Hévila jusqu'à Sur, qui est en face de l'Egypte. Il dévoua tout le peuple par anathème.
Déjà du temps de Moïse les Amalécites s'étaient montrés les ennemis du peuple de Dieu et dès cette époque ils avaient été condamnés à périr (Ex. XVII, 8 et suiv.) . Leur destruction avait été maintes fois prédite et même commandée. Cette fois Dieu avait ordonné d'en finir avec eux. Il avait attendu jusque-là par miséricorde, ce La colère divine, dit saint Laurent-Justini en, procède lentement. Elle attend la conversion. Plus elle a attendu vainement et plus grièvement elle frappe ». Saiil n'exécuta pas exactement l'ordre divin. Il épargna Agag, le roi des Amalécites, ainsi que les meilleures brebis, les meilleurs bœufs, et tout ce qu'il y avait de
bon, il ne détruisit que ce (]uî était chétif et sans valeur. On sait que cette désobéissance fut la cause de la sentence qui le priva de la royauté transférée à David. Unp observation bien digne de considération se présente ici. La réprobation de la nation sainte que Dieu s'était autrefois choisie pour en faire son peuple de prédilection, les horreurs du siège de Jérusalem par Titus, la destruction de la ville et du temple, avec des circonstances d'atrocité et de douleur qui n'ont point leurs pareilles dans l'histoire du monde, la dispersion de la nation portant par toute la terre comme Caïn le stigmate de la malédiction : tous ces châtiments furent attirés sur le peuple par ses chefs. Nulle part. Dieu, dans ses rapports avec les hommes, n'a écrit en traits si profonds cette vérité que, dans l'action de sa Providence sur le monde, il fait dépendre le sort des peuples et des nations de la conduite de leurs gouvernants : le déicide que le peuple juif exigea, en demandant la mise en liberté de Barabbas, préférablement à Jésus, fut commis par eux à l'instigation de ses chefs.
Nous venons de rappeler les rigueurs de la justice, nous ne devons point taire les miséricordes de celui dont le premier attribut est, du côté des <:réatures, la Bonté.
Rien ne suscite davantage l'admiration de celui qui lit l'Ancien Testament que de voir combien de fois la miséricorde de Dieu nous est rappelée et mise en scène là où nous nous attendrions à rencontrer davantage sa justice ou sa toute-puissance. Dans la vision dont Moïse fut gratifié sur la montagne, l'Ecriture nous rapporte les paroles qui sortirent de son cœur divinement instruit : « Souverain Dominateur, Seigneur Dieu, qui êtes plein de compassion et de clémence, patient, riche en miséricorde, et véritable; qui conservez et faites sentir votre miséricorde jusqu'à mille générations, qui effacez l'iniquité, les crimes et les péchés, vous devant qui nul n'est innocent par lui-même )). Le Psalmiste fait éclater à tout moment les mêmes convictions et les mêmes sentiments : « Vous êtes. Seigneur, rempli de douceur et de bonté, et vous répandez avec abondance vos miséricordes sur tous ceux qui vous invoquent » : « Le Seigneur est miséricordieux et plein de tendresse ; il est patient et tout rempli de miséricorde. Il ne sera pas toujours en colère et n'usera pas éternellement de menaces ».
Le prophète Joël dit à son tour : k Convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est bon et compatissant, qu'il est patient, riche en miséricorde, et tout prêt à se repentir du mal dont il vous a menacés ».
C'est la grandeur même de cette miséricorde que Jonas allègue pour excuser la répugnance qu'il avait montrée à entreprendre la mission que Dieu lui donnait pour Ninive : « Voyez, Seigneur, je vous en prie, n'estce pas là ce que je disais, lorsque j'étais encore dans mon pays ? C'est pour cela que je vous ai prévenu en fuyant à Tharsis ; car je savais que vous êtes un Dieu clément, bon, patient, plein de miséricorde et toujours prêt à révoquer "vos menaces ».
Pour qui a lu les saintes Ecritures, partout s'est manifestée à ses yeux cette vérité que Dieu est toujours plus disposé à la miséricorde qu'à la sévérité ; et comme le dit l'Eîilise dans une de ses oraisons, il fait éclater sa toute-puissance, plutôt en épargnant les criminels et en leur faisant grâce, qu'en aucune autre manière.
La misériccde infinie de Dieu so montre même à ré^rard de ceu:^. peuples ou individus, qu^l est forcé de punir, par la manière dont il agit
a leur égard. Tout d'abord il attend très patiemment la conversion du pécheur : ce II use de patience, dit saint Pierre dans sa seconde Epître, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais que tous reviennent à la pénitence i ». Et il continue son discours en recommandant aux pécheurs de ce regarder cette longue patience du Seigneur, comme leur salut », c'est-à-dire, de la considérer comme leur apportant de plus grandes facilités pour sauver leur âme. Ne voyons-nous pas le châtiment du monde par le déluge retardé, au moins cent ans, à partir du jour où Noé commença à prêcher aux hommes la pénitence. De même, les Egyptiens ne furent accablés de calamités qu'après que Dieu leur eut mainte et mainte fois offert les moyens de changer de conduite envers son peuple. Saûl fut laissé sur le trône de longues années après que Dieu l'eut rejeté. Notre-Seigneur confirma tout ce qui précède en montrant une indulgence extrême envers Judas en lui fournissant les meilleures occasions pour se repentir.
Il est vrai que les pécheurs sont quelquefois arrêtés brusquement par la mort dans leur vie de désordres. On peut croire que Dieu voit qu'ils ne feraient que s'endurcir davantage, s'il leur permettait de vivre plus longtemps ; ou bien que les intérêts de son royaume exigent qu'il punisse plus promptement ses ennemis. Car, de même que c'est un acte de miséricorde d'attendre ceux qui peuvent encore se repentir, c'en est un aussi de mettre un terme à la vie de ceux qui n'emploieraient un plus grand nombre d'années qu'à scandahser davantage et se préparer, dans la vie future, une punition plus grande et plus terrible.
Une autre vérité dont les témoignages sont sans nombre, est que Dieu, non seulement attend la pénitence du pécheur, mais lui envoie, de plus, de nombreux avertissements du châtiment qui doit tomber sur lui, s'il s'obstine à ne point se repentir. Cette règle que Dieu s'est imposée dans le gouvernement de sa Providence, nous la voyons se manifester dans les avertissements donnés par les personnages que nous avons ci-dessus mentionnés, ceux qui furent adressés par Jonas aux Ninivites ; ceux dont furent si souvent l'objet les méchants rois de Juda et d'Israël, ceux mêmes adressés si souvent par les prophètes aux nations infidèles. De même, Notre-Seigneur semble avoir saisi toutes les occasions d'avertir Judas du danger qu'il courait ; et la dernière prophétie qu'il proféra sur la montagne des Oliviers ne fut qu'un long avertissement donné au monde par l'annonce des prodiges qui précéderont le jugement général. Lorsque les appels de la Bonté divine n'ont point été entendus et que Dieu se voit forcé de punir, alors même il n'oublie pas sa miséricorde. Le Psalmiste nous dit : ce Le Seigneur ne nous a pas traités selon nos péchés, et il ne nous a pas punis selon la grandeur de nos iniquités ».
Au sein même des plus grandes calamités, saint Bernard veut qu'on ait confiance, une confiance ayant pour fondement, non aucune considération humaine, mais l'invincible assurance que donne la foi en la Bonté divine : ce Nous reconnaissons en Dieu, disait-il, une justice et une miséricorde également souveraines ; mais la miséricorde lui est comme naturelle ; il la puise dans son propre fonds et dans sa divine essence. Nous l'appelons Père des miséricordes, et non Père des jugements et des vengeances. Il est miséricordieux par lui-même ; il est juste, moins par sa nature que par nos maux qui le forcent à nous punir. »