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CHAPITRE XXXII

Qu'attendre ?

Dieu tout-puissant et éternel qui, par V excès de votre bonté, surpassez les désirs et les mérites de ceux qui vous supplient, répandez sur nous votre miséricorde, pardonnez-nous les fautes qui donnent à notre conscience sujet de craindre et accordez-nous les grâces que nous n'osons attendre de nos prières.

Laissez-vous fléchir, Seigneur, et accordez à vos fidèles le pardon et la paix, afin qu'ils soient purifiés de toutes leurs fautes et qu'ils vous suivent avec U7i cœur rempli de confiance.

Oraisons liturgiques.

Les clioses étant telles que nous venons de les exposer, il est permis de dire que si les « élus du peuple » ont commis ce crime de briser Palliance qui unissait la France au Christ et à son Eglise depuis quatorze siècles, le peuple y a été pour peu. L'apostasie officielle des Chambres et du Gouvernement n'a point été l'apostasie réelle de la nation.

On peut ajouter que la France a fait ce qu'elle a pu, ligotée comme elle était par la secte, et endormie par les soporifiques que le libéralisme lui administrait. Sans parler de ses bonnes œuvres et de ses prières, sa générosité en ' dévouement et en argent, lors de la laïcisation des écoles et de la spoliation totale de l'Eglise, pour la défense de la foi religieuse ont eu un élan des plus méritoires. Partout, les catholiques se sont associés pour enseigner le catéchisme, partout ils ont ajouté aux impôts écrasants qu'ils paient à l'Etat, des dons volontaires qui s'élevaient chaque année à un bon nombre de millions. Les Jules Ferry et les Aristide Briand pouvaient répéter le mot d'un ministre de Vici or-Emmanuel, constatant l'insuccès de ses tentatives de

déchristianiser l'Italie : « Nous sommes impuissants. Les mœurs chrétiennes sont plus fortes que nos lois ».

I.a France avait mérité d'être châtiée, la justice de Dieu avait un long compte à régler avec elle. Ses mœurs n'étaient plus chrétiennes; c'étaient des Français qui avaient fait les lois de laïcisation et de déchristianisation, c'étaient des Français qui les avaient mises en œuvre par lès moyens que leur donnait la place qu'ils occupaient dans l'administration, dans l'enseignement,, dans la magistrature et dans l'armée. La nation portait la responsabilité de leurs actes ; mais la miséricorde ne manquait point de titres à faire valoir en notre faveur. Nous sommes sous le coup de la justice, mais la miséricorde viendra. « Lorsqu'une terre, dit l'apôtre saint Paul, abreuvée par la pluie qui tombe, souvent sur elle, produit les plantes utiles à ceux qui la cultivent, elle reçoit la bénédiction de Dieu ». Ce fut le cas de l 'ancienne- France. L'Apôtre continue : « Mais quand elle ne produit plus que des ronces et des épines, elle est abandonnée et près d'être maudite, et l'on finit par y mettre le feu ». C'est le cas de la France révolutionnaire, a Toutefois, mes bien-aimés, poursuit l'Apôtre, quoique nous parlions ainsi, nous avons une meilleure opinion de vous et de votre salut, car Dieu n'est pas injuste, pour oublier vos bonnes œuvres et la charité que vous avez montrée pour son nom, vous qui avez rendu et qui rendez encore service aux saints » (Héhretix, vi, 7-10). Les bonnes œuvres sont toujours prospères en France, elle en a créé de nouvelles en ces derniers temps, et, par son prosélytisme, elle les a fait imiter dans les autres pays. De plus, la France a rendu et continue à rendre service aux saints dans les missions. Ce sont là des titres à la bienveillance divine. Dieii est juste et sa sainteté lui commande de châtier le pécheur. Mais il n'est pas seulement juste, il est aussi miséricordieux, et, connue le dit le psalmiste, s'il est une fois juste, il est deux fois miséricordieux. Misericorf^ et miserator et justus Dominus ^ : deux parts de miséricorde contre une de justice.

Est-ce assez ? demande Monsciynenr Pic, après aroir fait cette observation. Est-ce assez? Et quand IMicure de la justice a sonne, est-ce pour toujours? Laissons encore parler le roi prophète : Misericors Dominas et justus, et Deus noster miserciur, « Dieu est miséricordieux, et il est encore

. Psaume CXI, 4.

miséricordieux. » C'est-à-dire qu'il commence par la miséricorde, par beaucoup de miséricorde, et que, s'il est forcé de donner quelque chose à la justice, c'est pour revenir bientôt à la miséricorde. En telle sorte que la justice de Dieu ne se produit qu'avec une double escorte de pardon ; elle ne marche, dit saint Ambroise, expliquant ce verset du psaume, qu'enfermée et comme resserrée entre deux haies de miséricorde : Germino septo interclusa misericordise . Mais il est encore un autre mot que les interprètes se sont plu à commenter; c'est celui-ci : Quoi^lam multus est ad ignoscendum ^ : « Dieu (la traduction est difficile), Dieu est multiple, il est plusieurs pour pardonner. » Qu'est-ce à dire ? N'est-ce point le premier enseignement et le point le plus élémentaire de la rehgion qu'il n'y a qu'un seul Dieu ? Oui, sans doute. Mais pour caractériser certains hommes dont l'unique occupation est de faire du bien à leurs semblables, n'est-ce pas une façon de dire usitée qu'ils savent se multiplier, ou, s'il m'est permis de citer une locution plus familière, qu'ils se mettent en quatre, en dix, en cent, pour rendre service ? Eh bien ! acceptez cette même figure de langage ennoblie par l'Esprit Saint, et comprenez comment Dieu, qui est nécessairement un dans sa nature et dans son être, se multiplie en quelque sorte et devient plusieurs quand il s'agit de pardonner : Quonîam imdtus est ad ignoscendum. S'il n'y a qu'un seul Dieu pour tout le reste, en matière de pardon, c'est comme s'il y en avait plusieurs. Le Dieu qui vous pardonne aujourd'hui ne veut point être considéré comme le même qui vous a pardonné hier, comme celui qui vous pardonnera demain : Quonîam multus est ad ignoscendum. »

L'Eglise n'ignore point que la miséricorde est la perfection dominante de Dieu considéré dans ses rapports avec nous et son attribut de prédilection, et elle ne manque pas de nous en instruire : elle récite à l'autel et elle nous fait lire dans nos livres de messe ces belles et instructives oraisons :

(c O Dieu, qui manifestez principalement votre toute-puissance en exerçant le pardon, la pitié, la miséricorde. » Deus, qui omnipotentiam tuam pareendo maxime et miserando manifestas : « O Dieu, dont c'est le caractère propre d'être miséricordieux toujours et de toujours pardonner. :» Deus cul proprivm est misère ri semper et parcere. ce O Dieu, dont la miséricorde ne peut se compter, ne se peut énumérer, parce que cette miséri^ corde est sans terme et sans mesure. » Deus, cujus misericordise non est numerus.

Quand l'Eglise exalte ainsi la miséricorde de Celui dont elle est l'épouse, elle ne fait, observe encore le cardinal Pie, que s'inspirer des paroles de l'Esprit-Saint qui l'anime et la vivifie. » Prenez le texte sacré, la Sainte Bible, infailliblement, à livre ouvert, vous tomberez sur le mot de miséricorde. Y a-t-il, dans l'Ancien Testament, un livre, une page qui ne parle de la miséricorde de Dieu ? C'est une redondance, une synonymie perpétuelle, pour redire de mille manières la même chose, à savoir que Dieu est miséricordieux, que sa grandeur, que son bonheur, c'est de pardonner. Si Moïse, dans un cantique célèbre, énumère et glorifie les merveilles du Tout-Puissant, la terminaison de chaque strophe, la reprise et comme le refrain de l'hvmne, c'est que Dieu est bon, qu'il est miséricordieux, et

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