Ri^cits de V llliist ration . novembre i()i^. (.). IbJd
10. Plus tard, un des <:iénéraux allemands, von Ardenn, écrira le 9 octobre 19 18, dans le Bcrliner Tageblatt, ces lignes impressionnantes : a Le général Foch a remporté des succès si importants et si indiscutables, que les Empires Centraux ont maintenant perdu presque tout le bénéfice de;^ offensives antérieures et que nombreux sont ceux qui se demandent quelle est la force mystérieuse qui tire constamment en arrière les armées allemandes, pourtant vouées à la marche en avant ». (Eclio de Paris du 11 octobre 1918).
11. Au commencement d'octobre 1918, le Président du Conseil disait au général de C... << Les événements dépassent les calculs humains ».^
Pouvait-il mieux renouveler le vieil adage chrétien : « L'homme s'agite et Dieu le mène » ?
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Ou sera-t-il précédé d'un nouveau déluge de sang : anarchie, bolché- TÎsme ou commune, — jusqu'au jour où la France épuisée et pénitente re- •courra au Dieu pacificateur et miséricordieux ?
Ou bien encore, le Sacré-Cœur, rebuté dans ses miséricordes, abandon- 'Uera-t-il l'ingrate nation, se réservant à ses seuls justes ?
Tout ceci est connu de Dieu seul.
Mais l'espoir, un invincible espoir, est permis après tant de preuves d'amour. Aussi bien le Sauveur, se penchant sur le monde, y trouverait-il de moins médiocres que nous ?
En attendant, que les époux, dits chrétiens, respectent le mariage, affermissent leur foi et élèvent chrétiennement leurs nombreux enfants.
Que les prêtres soient de plus grande foi et de plus haute piété.
Bref, que chacun de nous « sauve la France en soi », en attendant que Dieu sauve toute la France.
Ce que « JBayard » n'a point Dn\ — Le Grand Quartier général du maréchal Foch a séjourné au château de Bombon, près de Mormant (Seine-et-Marne) du 2 juin au 17 octobre 1918. C'est là que furent préparés les derniers plans de la bataille de la Marne. Chaque dimanche le maréchal assistait à la messe dans l'humble église d'un petit village, à quelques centaines de mètres du château. On le voyait assez souvent visiter le Saint- Sacrement dans cette église et y communier tous les mois. Le 8 juillet, à son réveil, le curé de Bombon eut l'inspiration d'écrire au général Foch :
« Avant de quitter, bientôt peut-être, ma paroisse, veuillez, » je vous prie, agenouillé devant une statue du Sacré-Cœur de y) Jésus, Roi de France, et avec une profonde humilité et une » très grande confiance, I>ui consacrer toutes vos armées fran- » çaises. Demandez-Lui, avec supplication, une prochaine et » décisive victoire, et que la France reste triomphante — autant » et surtout par ses traités que par ses glorieux succès ».
c( Votre offrande sera bientôt récompensée ».
La lettre fut remise ce même jour au Général même. Le lendemain, plusieurs personnes le virent entrer à l'église en compagnie de deux officiers. Et le 16 juillet, vers 2 heures aprèsmidi, il vint faire au curé une courte visite. A peine entré au salon, lui prenant la main avec vivacité, il dit : « Monsieur le curé, je viens vous remercier, Vcii fait tout ce que vous m'avez demandé et même plus ».
Le 18 juillet fut livrée notre offensive et elle fut pleinement victorieuse.
Le chancelier de l'Allemagne, le trop fameux Hertling, a
écrit le J5 juillet : « Nous nous attendions à des événements graves à Paris, pour la iin du mois de juillet. C'était le 15 juillet. Le 18, même les plus optimistes parmi nous, ont compris que tout était perdu. L'histoire du monde s'est jouée en trois jours ■^~. »
A son entrée dans la cathédrale de Strasbourg, le Maréchal dit 'en présence de la foule assemblée au chanoine Schnekelé qui venait de le haranguer au nom du chapitre :
c( Oui, nous avons la victoire ; et cette victoire, ainsi que vous l'avez dit, ^Monsieur le Chanoine, nous la devons à Dieu ; et c'est pour le remercier que: je suis venu ici ».
Sans le Seigneur qui fut pour nous,
oui, qu'Israël le répète !
Sans le Seigneur qui fut pour nous,
Quand les hommes se levèrent contre nous,
ils nous eussent alors dévorés tout vivants
quand leur colère se déchaîna contre nous !
(Mais) béni (soit) le Seigneur
qui ne nous a pas livrés en proie à leur dent (meurtrière)
Et nous avons pu dire, au jour de la délivrance :
Notre vie a échappé, comme le passereau au filet de l'oiseleur,
le filet s'est rompu et non?; nous sommes échappés :
Notre secours est dans le nom du Seigneur,
qui a fait le ciel et la terre ! Ps. cxxiii.
Parmi les « impondérables » qui inclinent le cœur de Dieu vers nous, il faut placer en première ligne les prières de nos saints, des saints de France. wSans parler de ceux que notre patrie a envoyés au ciel aux siècles passés, combien est grand le nombre de ceux que la Sainte Eglise a canonisés de nos jours !
Quand la Sacrée Congrégation des Rites publia son premier catalogue des causes des saints qui suivaient la procédure régulière, ces causes se trouvaient au nombre de 216, chiffre considérable, mais qui a été rapidement dépassé. Le troisième de ces catalogues a été publié en 1909, quatorze ans après le premier, il enregistrait trois cent vingt et une causes françaises, dont 24 de Bteniieureux en voie d'arriver à la canonisation et 31 de martyrs.
Durant le long règne de Pie VI, il n'y eut pas de canonisation. Pie VII
12. Le Matin, N'' du ii janvier 1919. Article : Le« derniers propos du Comte Hertling.
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en fit une. Les pontificats de Léon XII et de Pie VIIT n'en virent point. Grégoire XVI en une seule cérémonie canonisa cinq Bienheureux.
Pie IX a fait deux canonisations. Dans la première, qui eut lieu le 8 juin 1862, il mit sur les autels 26 martyrs du Japon, dont 23 de l'ordre de Saint-François et trois Jésuites, et Michel de Sanctis, de l'ordre des Trinitaires. Sept ans plus tard, le 29 juin 1867, il canonisa les Bienheureux Josaphat, archevêque grec ruthène de Plock, Pierre de Arbuès, des chanoines réguliers de Saint-Augustin, martyr, les 19 martyrs de Gorcum, Paul de la Croix, fondateur des Passionnistes, Léonard de Port-Maurice, frère-mineur de la stricte o)3servance et Germaine Cousin, l'humble vierge toulousaine morte en 1601 à l'âge de 22 ans.
Le pontificat de Léon XIII nous fournit une moisson encore plus abondante. Le 8 décembre 1881, il canonisait quatre Bienheureux : Jean-Baptiste de Rossi, chanoine de Sainte-Marie 'ni Cosmedin, Laurent de Brindisi, capucin, Benoît Labre, le pauvre volontaire, et Claire de Montefnico, religieuse augustine. Sept ans après Léon XITI procédait, le 15 janvier 1888, à une nouvelle canonisation qui comprenait les sept fondateurs des wServites, ainsi que Pierre Claver, Jean Berchmans et Alphonse Rodriguez, jésuites. Le 27 mai 1897, Antoine-3'Jarie-Zarcaria, fondateur des Barnabites, était canonisé, avec Pierre Fourier, chanoine régulier et curé de ]Mattaincourt. Enfin la dernière année du siècle, le 24 mai 1900, Jean-Baptiste de la Salle, fondateur des Frères des Ecoles chrétiennes, et la vierge augustine, Rita de Cassia, étaient solennellement rangés parmi les ?aints.
Pie X dans un pontificat bien moins long que ceux de Pie IX et de Léon XIII a- fait deux canonisations, la première le 11 décembre 1904, Alexandro Sauli, Barnabite, évêque de Pavie, et Gérard Majella, du Très Saint Rédempteur, furent les héros de cette fête ; puis le 20 mai 1909, saint Joseph Oriollere de Barcelone et saint Clément-Marie Hofbauer, Rédemptoriste. Il a de plus prononcé 73 béatifications lesquelles comprennent les Français dont les noms suivent :
B. Jean-Marie-Baptiste Vianney, curé d'Ars (8 janvier 1905) ; les B^es Carmélites de Conipiègne, martyrisées à Paris sons la Terreur (27 mai 1906) ; la B^^ Julie Postel, fondatrice des Soeurs de la IMiséricorde (17 mai 1908) ; la B^e Madeleine-Sophie Barat, fondatrice des Dames du Sacré-Cœur (24 mai 1908) ; la B^^ Jeanne d'Arc (18 avril 1909) ; B. Jean Eudes, fondateur des Eudistes et des Sœurs de X.-D. de la Charité (25 avril 1909) : les BB. François de Capillas, Etienne-Théodore Guénot. évêque, Jean-Théophane Vénard, Jean-Pierre Néel, Pierre-François Xéron, missionnaires, et leurs 29 compagnons, martyrisés en Chme, indo-Chine et Annam (2 mai 1909).
Le 26 juin 1909 N. S. P. le Pape Benoît XV a signé le décret d mtroduction de la cause de Béatification du P. Jacques Laval de la congrégation du Saint-Esprit, appelé « TApôtre des noirs ». Dès (pie le calme sera rétabli, le Souverain Pontife procédera à la Canonisation, de Marguerite-Marie et de Jeanne d'Arc ; à la Béatification de T^oiuse de Marillac, fondatrice des Filles de la Charité, et des Filles de la Chante : Madeleine Fontaine avec trois de ses compagnes martyrisées a Cambrai pendant la Terreur ; et à la Béatification des onze l rsulines également martyrisées pendant la Terreur à Valenciennes.
La France est « le pays des saints )>. Est-il un pays ({ui donne a Dun. plus de missionnaires et plus de religieux ; est-il un pays qui, pendant cette o-uerre ait eu autant de héros offrant généreusement leur vie pour le salut de la France et le triomphe de la Sainte Eglise ; est-.l une armée
iûïiée qui ait vu tant d'officiers communier dans les tranchées avec leurs soldats ; est-il un pays possédant une élite plus chrétienne d'officiers, d'industriels et de propriétaires ?
La foi et les armes de ces « impondérables », comme dit Bayard, agissent pour nous et nous obtiendront de la Bonté divine non seulement miséricorde, mais résurrection. La France de demain, a dit Mgr l'évêque de Bayonne dans sa dernière Instruction pastorale,
<c La France de demain sera une France plus belle, plus glorieuse. Peut-être l'imprévoyance, les irrésolutions, les vieilles rancunes des gouvernements humains retarderont-elles l'heure du triomphe, et peut-être aussi, l'anarchie qui menace le monde nous réserve-t-elle des surprises et de nouvelles épreuves. En dépit de tout, notre pays verra s'ouvrir devaiit lui des destinées plus brillantes, plus hautes.
» Dieu nous a donné la victoire parce qu'il nous aimait. Il nous aimait parce que, plus que toute autre nation, nous portions son nom aux extrémités de la terre, que, pour Lui, le sang de nos missionnaires coulait sur tous les continents, que, dans la personne des petits et des pauvres, nous l'avons toujours honoré et servi ».
Ce simple relevé des causes de béatification et de canonisation proclame bien haut qu'en dépit de tous les scandales du temps présent, notre génération compte, comme les précédentes, des héros et des héroïnes capables de vertus héroïques. La sainteté n'est point morte dans l'Eglise : pardessus tous les autres pays, la France en ofïre une moisson qui nous donne <onfiance ; pouvons-nous désespérer du salut de la France quand elle présente tant de justes au Seigneur ?
Six personnages ont été fréquemment cités dans ce premier volume, on les verra figurer encore dans les deux autres livres.
La plupart de nos lecteurs les connaissent ; mais à d'autres il peut être agréable, de se faire une idée de ce qu'ils ont été et de l'estime que méritent leur talent, leur science et leur vertu. Nous serons courts, afin que, comme dit saint Grégoire le Grand, nous ne soyons pas à charge à ceux qui savent, tout en instruisant ceux qui ignorent a Ut ita nescientihiis fiât cognita et tamen scientihu^ non sit onerosa y).
Joseph de Maistre.
J. de Maistre naquit à Cliambéry en 1754. Il était aîné de dix enfants. Son père, le comte François-Xavier, était président du sénat de Savoie.
Rien n'égale sa vénération et son amour pour sa mère. Il avait coutume de dire : a Ma mère était un ange à qui Dieu avait prêté un corps. » Le comte Joseph parcourut d'abord les différents degrés de la magistrature.
Il était marié et père de deux enfants lorsque la Révolution éclata et amena l'invasion de la Savoie. Tous ses biens furent confisqués. Il se réfugia en Suisse. Là il écrivit et publia ses considérations sur la France. Il travailla en même temps à son ouvrage sur la Souveraineté et à six ou sept opuscules. En 1797 il passa à Turin. De là, lui et sa famille furent ballottés de pays en pays.
Il écrivit un jour à M. le comte de Rlacas comment il fut amené à se faire le défenseur des Papes et de leur souveraine autorité : « Je suis né dans une famille de robe, imbu des préjugés du gallicanisme; j'ai siégé pendant 20 ans dans un parlement gallican: j'ai connu, étudié et fait exécuter les libertés
de l'Eglise gallicane. J'ai ensuite été président d'un de ses tribunaux en Italie. Les deux systèmes (le gallicanisme et l'ultramontanisme) et les écrivains qui les ont soutenus sont de ma connaissance théorique et pratique. J'ai lu Bellarmin, Zaccharia, les frères Ballerini autant que Bossuet et C'^. J'ai passé quatre ans dans un pays protestant, très lettré; j'ai vu, j'ai entendu les ministres. J'ai lu une foule de livres et de controversistes anglais... Je suis ardemment et systématiquement attaché à l'Eglise catholique. »
En 1802 il reçut du roi l'ordre de se rendre à Saint-Pétersbourg en qualité d'envoyé extraordinaire et de ministre plénipotentiaire. C'était au commencement du règne d'Alexandre qui conservait au fond du cœur des principes sincèrement religieux que La Harpe, son lirécepteur, n'avait pu étouffer. Il ne cessa de donner à J. de Maistre de nombreuses preuves de son estime.
Pendant son long séjour à Pétersbourg, dans les intervalles c^ue la politique lui laissait, J. de Maistre se livra de nouveau aux études philosophiques et religieuses. C'est là qu'il composa : Des délais de la justice divine ; — Essai s^ir le principe générateur des institutions humaines ; — Du Pape ; — De VEglise gallicane ; — hes soirées de Saint-Pétershoiirg ; — Examen de la pliilosophie de Bacon; et quatre ou cinq opuscules. Ces ouvrages ont été en grande partie provoqués par des personnes de la société et poui- résumer les conversations dans lesquelles elles lui demandaient de les éclairer. Sa supériorité dans toutes les branches de la philosophie rationnelle et dans l'art de la parole étaient admirées de tous. En 1817 il demanda au roi son rappel. A Turin il donna la dernière main ailx ouvrages qu'il avait apportés en portefeuille de Pétersbourg, et les fit paraître successivement. Ce fut dans le monde littéraire une véritable explosion d'admiration qui ne fait que grandir. Parlant du premier de ses ouvrages. Les considérations sur la France, Sainte- Beuve dit que « l'impression que fit ce livre au moment où il parut fut vive, mais sa grande explosion n'eut lieu que vingt ans plus tard, lorsque les événements en eurent vérifié les ])()iiits les plus mémorables ».
Chef de la grande chancellerie du royaume avec le titre de