‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 93 sur 98 · JOSEPH DE MAISTRE · texte numérisé non relu

JOSEPH DE MAISTRE

ministre de l'Etat, J. de Maistre fut alors arrêté dans sa carrière littéraire par les. affaires publiques dont il s'occupa avec ardeur.

Il s'endormit dans le Seigneur le 26 février 1821. Il pouvait dire : Bonurn certamen certavi, fidem servavi.

Il était dans ses relations privées le meilleur des hommes, plein de bonté et de bonne grâce, son amabilité enjouée, son esprit naturel, ses connaissances profondes et variées jointes à la fierté d'un haut caractère lui attirèrent en Russie comme dans son pays une grande considération personnelle et de nombreux et véritables amis dans les hautes classes de la société où ses fonctions l'appelaient. Toute sa vie il se montra compatissant aux souffrances et aux misères d 'autrui. Dans ses derniers jours alors que depuis des mois il avait le corps entièrement paralysé, a il nous dictait chaque jour, écrivit sa fille Constance à M. de Place, des Mémoires en faveur des pauvres ». Il exerça à Saint-Pétersbourg une influence des plus heureuses. Dans ce milieu passionné contre le catholicisme il sut lui attirer de vives sympathies. M, Lacretelle a mis en lumière le rôle et le zèle du grand penseur dans la conversion de M""^ Swetchine, de la comtesse Rostopchine, de la comtesse Tolstoï et de ses sœurs, de la princesse Dietrichstein, de la comtesse Golovine et de ses filles, etc. Son influence sur l'esprit des hommes qui l'approchaient ne fut pas moins profonde, quoique moins manifeste, à cause de la situation qu'ils occupaient en pays « orthodoxe ».

Lamartine écrivit à J. de Maistre le 17 mars 1820 : « M. de Bonald et vous, M. le comte, vous avez fondé une école impérissable de haute philosophie et de politique chrétiennes : elle portera ses fruits, et ils sont jugés d'avance ».

Ces fruits nous les goûtons, nous nous en nourrissons toujours, même ceux qui n'appartiennent point à l'Eglise. Sans de Maistre, Auguste Comte n'aurait point rendu à l'action civihsatrice du christianisme les hommages que l'on sait. Plus près de nous H. Taine, Ch. Maurras, Paul Bourget, etc., sont évidemment ses disciples, a II est facile de voir, dit M. G. Lecigne, que dans la bibliothèque de la ieune école, les œuvres de de Maistre sont familières à toutes les mains, car la doctrine est familière à tous ses enfants ».

Il faut ajouter que les libéraux, même les catholiques de

l'école libérale, ont en horreur les œuvres et j)ar suite la personne de J. de Maistre. Mais il est facile de voir que ces derniers ne connaissent l'homme et sa doctrine que par ouï dire.

De Bonald.

Louis ]^e Bonald naquit à IVîilhau, en Rouergue, d'une famille ancienne le 2 octobre 1754. Théodore de Bèze, dans son Histoire de V Eglise réformée, fait mention du zèle que l'un de ses ij^rands-oncles, conseiller au Parlement de Toulouse, déploya pour emiDecher le protestantisme de s'introduire dans cette ville.

De Bonald fit ses études à Paris au collège de Juilly dirigé par les Oratoriens. Revenu dans sa ville natale il fut élu maire, quoique jeune encore. Les temps devenaient mauvais, on était à la veille de la Révolution ; De Bonald sut contenir les partis. Lorsqu 'éclata « la grande peur », c'est-à-dire, l'alarme répandue en un même jour dans toute la France d'une invasion de brigands, il adressa à toutes les villes du département une invitation à former une association pour la défense commune. En 1790 il fut jiommé président de l'administration départementale ; mais, les exigences de l'Assemblée nationale ne pouvant s'accorder avec les devoirs de sa conscience, il donna vsa démission et dut s'exiler dans le Palatinat du Rhin. C'est là qu'il composa son premier ouvrage : La théorie du Pouvoir politique et religieuoc, imprimé à Constance par des prêtres émigrés qui y avaient établi une imprimerie française pour soulager leur misère. L'édition fut saisie par le Directoire. Napoléon en fit copier textuellement et mot pour mot quelques passages. Plus tard il proposa à l'auteur de le faire réimprimer à ses frais, ce à quoi De Bonald ne consentit point, pour n'avoir pas à supprimer le passage où il annonçait le retour de Louis XVIII .

Après six années d'exil De Bonald rentra en France. Ses biens avaient été confisqués, il ne lui restait qu'un coin de terre de peu de rapport. Il n'eut pas même la consolation de

I. Plus tard Louis Bonaparte, roi do Hollande, lui écrivit pour l'attirer auprès de lui et lui confier l'éducation de son fils. De Bonald ne crut pas devoir accepter cette offre.

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