‹ Les pourquoi de la guerre mondiale (volume 3)Chapitre 95 sur 98 · FREDERIC LE PLAY · texte numérisé non relu

FREDERIC LE PLAY

dans les coutumes du passe. » Il visita une fois le Danemark, la Suède et la Norvège, trois fois la Russie, six fois l'Angleterre, deux fois l'Espagne, trois fois l'Italie, une fois la Moravie, la Hongrie, la Turquie d'Europe; il fît un grand voyage dans la Carinthie, dans le Tyrol ; il visita ou traversa nombre de fois l'Allemagne ; bref, la Scandinavie exceptée, il a visité à peu près trois fois, en moyenne, chaque partie de l'Europe. Des missions spéciales, qui lui furent confiées par des gouvernements, par des souverains ou par de très puissants particuliers, le mirent à même de faire des observations comparées, approfondies, depuis la Belgique jusqu'aux confins de l'Europe et de l'Asie.

Il connut ainsi à fond, avec le monde industriel, toutes les <îlasses de la société, il put recueillir et amasser les matériaux de son oeuvre d'observation sur les sociétés. La direction de l'Exposition universelle de 1856 vint le mettre en évidence et lui permettre de produire au jour le fruit de ses études et de ses méditations.

ce Avant Le Play, dit M. La-Tour-du-Pin-Chambly, les principes de 1789 gouvernaient presque universellement les esprits politiques. Sans doute, Burkes, lors de leur proclamation, Bonald lors de leur épanouissement, et d'autres encore, les avaient discrédités dans nos rangs. Ceux qui portaient le plus haut l'étendard de ces rangâ dans les assemblées politiques ne manquaient pas de s'en réclamer, et c'était parole courante parmi eux qu'il n'avait rien paru de plus beau depuis l'Evangile, dont nombre de catholiques non moins marquants croyaient d'ailleurs y reconnaître l'inspiration.

» Il en était résulté un état que Le Play se prit à décrire ainsi: « Des erreurs inouïes, en haut comme en bas, ont produit un mal c[ui ronge et dissout le corps social ». Et il eut le courage non seulement de dénoncer et de flétrir cette idolâtrie de ce qu'il appela « les faux dogmes », mais encore de les disqualifier par une démonstration scientifique, fruit d'un quart de siècle d'observations recueillies dans toutes les régions civilisées.

» C'est alors seulement qu'il se fut armé ainsi de toutes pièces, et qu'il eut mis ces pièces en valeur dans « l'Exposition universelle » de 1867, qu'il commença la propagande infatigable a laquelle son école doit d'avoir pu correspondre à ce souhait :

« Prions Dieu que les honnêtes gens voient enfin la nécessité de revenir aux choses saines, aux éternelles pratiques des bonnes époques : ce sont les classes dirigeantes qui, par leur ignorance du passé et leur inertie dans la crise actuelle, achèvent notre ruine ».

Le Play inaugura une méthode nouvelle en sociologie, méthode expérimentale, celle des monograi:)hies de familles, et il put ainsi justifier le Décalogue comme loi fondamentale des sociétés. Les ouvriers européens furent un événement dans le monde des économistes, et le prix de statistique que lui décerna l'Académie des sciences en fit la nouveauté du jour.

Dès lors il ne s'arrêta plus dans la carrière ; après avoir décrit les maladies sociales de la France, il s'appliquera à les guérir. Il en proposa les remèdes huit ans après son premier ouvrage, en 1864, dans sa Réforme sociale en France, déduite de Vohservation comparée des peuples européens. En 1881 il publia La Constitution essentielle de Vhumanité ; puis d'autres ouvrages.

Déjà en 1856, le péril qui menaçait la France et qui l'accabla en 1870 puis de nos jours, lui paraissait imminent. Il voyait non seulement les foules aveugles, mais une multitude d'hommes, très clairvoyants sous d'autres rapports, fermer les yeux sur ce péril, mais même refuser de les ouvrir. Il annonce la catastrophe, il réitère ses avis et avertissements, il se multiplie pour les conjurer, en travaillant à unir les yeux des bons sUr le terrain des « vérités nécessaires ». Il n'est point écouté comme il aurait dû l'être, et soudain la catastrophe annoncée éclate, la France est envahie. « Quand la religion, a dit De Boiiald, a assez longtemps averti un peuple par les orateurs les plus éloquents, les écrivains les plus profonds, et qu'elle n'a pu le corriger, elle lui envoie d'autres missionnaires qui sont infailliblement écoutés », soit par un châtiment qui amène à résipiscence, soit par la ruine dernière. »

Après 1871, il réitéra ses cris d'alarme, voyant que la France ne se convertissait point ; et une seconde catastrophe bien plus terrible vint punir notre aveuglement et notre endurcissement.

Veuille Dieu, lorsque ces jours mauvais seront passés, nous donner de saints Pasteurs du peuple : rois et prêtres, revêtus de son autorité, pour nous remettre dans \a voie du salut.

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