‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 109 sur 146 · ANTAGONISME ENTRE JUIFS ET CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

ANTAGONISME ENTRE JUIFS ET CHRÉTIENS

point jusqu'au moment où l'Esprit-Saint vint les éclairer en descendant sur eux au jour de la Pentecôte.

Nous en avons une preuve bien frappante dans ce que raconte l'évangéliste saint Luc au chapitre XXIV. Le soir du jour de Pâques, deux des disciples de Jésus se rendaient de Jérusalem au village nommé Emmaiis. Le divin Ressuscité les aborde, sans se faire reconnaître ; il les interroge sur la cause de leur tristesse. « Les princes des prêtres et nos magistrats, disent-ils, ont condamné à mort Jésus de Nazareth et l'ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël du joug » des Romains.

Dès que les Pharisiens avaient vu la direction que prenait la prédication de Jésus et le genre de royauté qu'elle préparait, ils l'avaient pris en haine comme renversant leurs desseins et mettant en péril leurs espérances. C'est pourquoi ils le traitèrent en ennemi et le mirent à mort. Puis ils attendirent qu'un autre se levât, soulevât la nation contre les Romains, les délivrât de leur joug et de là partît à la conquête du monde. C'est ce qu'ils ne cessent d'appeler de leurs vœux. Toujours ils attendent ce roi conquérant, et la réalisation des espérances qu'ils n'ont cessé d'entretenir parmi eux.

Lorsque les rois mages étaient venus à Jérusalem demander : a Où est né le roi des Juifs ? » la ville, comme le dit saint Matthieu, avait été troublée « toute entière ». Hérode le vit. Il savait par sa propre expérience et par les troubles qu'il avait dû comprimer, que la nation juive était remplie d'esprits turbulents et violents, que leur foi ardente dans les oracles des prophètes, interprétés à leur manière, pousserait à se précipiter dans les aventures les plus téméraires. Il ne se trompait pas. Ce qu'il voulait faire en massacrant les innocents, dans lesquels devait être compris « le roi des Juifs nouvellement né », ils le firent, eux, le Vendredi-Saint ; c'est ce qui, dans la suite des siècles, les précipita à la suite de vingt-cinq personnages qui, successivement, vinrent se présenter comme le messie destiné à réaliser leurs espérances de domination sur tout le genre humain.

Jamais les Juifs n'ont abandonné cette espérance, jamais ils n'ont cessé d'en poursuivre la réalisation. Ainsi s'explique tout ce qu'ils ont tenté, tout ce qu'ils ont fait dans le monde depuis le drame du Calvaire, ce qu'ils font de nos jours.

Peuple énergique, dit le juif Bernard Lazare, parlant des siens, peuple vivace, d'un orgueil infini, se considérant comme supérieur aux autres nations, le peuple juif voulut être une puissance. Il avait instinctivement le goût de la domination puisque, par ses origines, par sa religion, par la qualité de race élue qu'il s'était de tout temps attribuée, il se croyait placé au-dessus de tous.

Ce que M. Lazare dit au passé, la race à laquelle il appartient le dit au présent et elle en espère la réalisation dans un futur prochain, toujours très prochain à ses yeux.

Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ fut amené devant Pilate, toutes les sectes et toutes les classes du peuple juif, pharisiens et sadducéens, prêtres et docteurs, aristocratie et foule plébéienne, poussèrent d'une même voix le cri de mort : ce Qu'il soit crucifié. »

Quel crime lui reprochèrent-ils? Celui de s'être déclaré roi. Il venait de le commettre de nouveau en leur présence sur l'interrogation de Pilate. L'amenant devant lui, les princes des prêtres avaient dit : ce Voici un homme, se disant roi, » Pilate lui demanda : ce Êtes-vous le roi des Juifs ? » et Jésus répondit affirmativement : ce Vous le dites. » Pilate insista : ce Vous êtes donc roi », et Jésus répondit : ce Je suis roi ». Mais il ajouta : ce Mon royaume n'est pas de ce monde, si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour m'empêcher de tomber entre les mains de mes ennemis. » Que Jésus se déclare roi, le roi des Juifs, qu'il n'ait point d'armée, et qu'il ne veuille point en avoir, c'est là précisément ce qui irrite les Juifs. Ils attendaient un roi, ils l'appelaient de leurs vœux ; mais un roi qui les délivrerait du joug des Romains et ferait pour eux la conquête du monde, assujettissant toutes les nations aux descendants d'Abraham.

Cette ambition, ils la nourrissaient depuis leurs origines. Leur premier législateur, Moïse, leur roi David et les autres prophètes qui suivirent, leur avaient dit que de leur race naîtrait un homme à qui Dieu, le Seigneur du ciel et de la terre, dirait : ce Demande et je te donnerai les nations pour partage, pour domaine les extrémités de la terre », ce m,oi, je t'ai établi roi sur Sion, ma montagne sainte ». (Ps. II, 6 et 8.)

De même, au jour de l'Annonciation, l'ange avait déclaré à Marie : ce Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son

CAUSE de l'antagonisme. 293

père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n'aura point de fin1. »

Ces prédictions n'étaient point seulement connues des Juifs qui y étaient particulièrement intéressés, ils les avaient répandues dans le monde, grâce à leurs émigrations et à leurs diverses captivités, si bien que les rois d'Orient, qui vinrent adorer Jésus dans son berceau, demandèrent aux habitants de Jérusalem : « Où est celui qui vient de naître roi des Juifs? »

Dès son entrée dans la vie publique, Notre-Seigneur vit les Juifs se partager, précisément au sujet de sa qualité de roi. Les uns voulaient l'acclamer roi, espérant qu'il serait ce qu'ils voulaient qu'il fût, les autres voulaient se défaire de lui, le jugeant impropre à leur rôle. Aussitôt après la première multiplication des pains, Jésus obligea ses disciples d'aller s'embarquer à Bethsaïde, et lui s'enfuit seul sur la montagne, parce qu'il savait qu'ils allaient venir pour l'enlever et le faire roi2. Auparavant, la synagogue de Nazareth l'avait entraîné au sommet de la montagne sur laquelle la ville était bâtie pour l'en précipiter, car ils voyaient bien qu'il ne serait jamais le roi qu'ils rêvaient, et qu'il importait de ne pas laisser cours à une opinion contraire. Mais Jésus, passant au milieu d'eux, s'en était allé à Capharnaûm. L'heure de son immolation n'était point venue.

Nous trouvons la même opposition de sentiments aux débuts de la Semaine Sainte. A son entrée à Jérusalem, Jésus vit des foules étendre leurs vêtements sur le chemin, le joncher de branches coupées aux arbres et crier tout d'une voix: ce Hosanna au Fils de David ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le règne de David, notre père, qui va commencer. » « Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur 3 ! » Cette démonstration, si opposée à ce qu'ils pensaient et à ce qu'ils voulaient, irrita au plus haut point les Pharisiens et les Princes des prêtres. Ils se dirent les uns aux autres : « Vous voyez que nous ne gagnons rien. » Dès lors « ils cherchèrent à se saisir de lui ; mais ils craignirent le peuple 4. » Le mercredi de cette

i. Marc, VI, 45.

Page 1