‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 12 sur 146 · VERS L EMPIRE · texte numérisé non relu

VERS L EMPIRE

est une communauté humaine... L'Etat moderne est une organisation constitutionnelle humaine; son pouvoir est réglé par le droit public. Sa politique cherche le bien possible d'après les conceptions de la raison humaine avec des moyens humains. Il se sent indépendant et libre au regard de l'Eglise, et il affirme même sur elle son droit élevé. » Il dit encore que la conception de l'Etat moderne, de l'Etat indépendant de toute théocratie, c'est-à-dire de toute soumission à la loi divine remonte à l'année 1740, année de l'avènement au trône de Frédéric II, dit le Grand. Il ajoute même que c'est à cette date et non à 1789 qu'il faut faire remonter l'ouverture de l'ère de la Révolution.

Cette conception de l'Etat enseignée dans les Universités, propagée par la Presse, s'est répandue dans la masse du peuple d'autant mieux qu'elle est partagée par les maîtres des écoles primaires. Elle est devenue la lumière qui guide les électeurs et les législateurs.

C'est donc de la Prusse que nous est venue la conception et la réalisation de l'Etat athée, l'apostasie sociale.

Les Hohenzollern ont constamment le nom de Dieu sur les lèvres, il se lit dans tous leurs actes, il brille au ceinturon de leurs soldats. Il ne faut point s'y tromper, leur Dieu n'est point le créateur du ciel et de la terre, encore moins, l'Homme- Dieu Rédempteur du genre humain, c'est le Dieu-Etat incarné en eux. Leur conduite en guerre ne le montre que trop. Us n'y tiennent aucun compte des lois divines. Tous les préceptes promulgués sur le Sinaï et imposés à tout le genre humain y sont foulés aux pieds.

Leurs rapines méthodiques ravissant pièce par pièce tout ce que possède le malheureux envahi, l'enlèvement des jeunes filles par quartiers et par rues, manu militari, puis l'enlèvement des jeunes gens et des femmes pour les soumettre à un travail d'esclaves à leur profit, leurs mensonges, les violations de la parole donnée et acceptée et le mépris de leurs engagements, la lacération des traités internationaux portant leur signature : tout cela couvre tout ce qu'ils font des plus honteuses souillures. Les conditions dans lesquelles ils entreprennent leurs guerres en font un pur brigandage, un brigandage qui enlève la vie à des millions d'hommes et qui jette les deux tiers de l'humanité dans la misère. Leurs déclarations de guerre n'invoquent

aucun motif : j'ai la force et j'en use. Il n'y a pour eux d'autres lois que leur volonté, ils sont la loi, toutes les lois, et ils sont le dieu qui les fait à son gré.

Par la bouche d'Isaïe, Dieu, le vrai Dieu, leur dit :

Parce que ton cœur s'est élevé,

Et que tu as dit : ce Je suis un dieu, je siège sur un trône de Dieu, »

A cause de cela, je ferai venir contre toi

Ceux qui te feront descendre dans la fosse 12.

Après le congrès de Francfort et au moment de la réunion des plénipotentiaires à Berlin, Donoso-Cortès avait dit :

ce Si la motion passe, si le roi de Prusse accepte, la guerre générale est inévitable, et le résultat infaillible de cette guerre sera le second et dernier naufrage de cette grande illusion qu'on appelle l'unité allemande. L'œil le plus pénétrant ne peut entrevoir le terme des effroyables événements qui commencent de ce côté du Rhin; mais, dès maintenant, on peut affirmer qu'il y aura beaucoup de sang versé et beaucoup de ruines ».

Le roi de Prusse n'accepta point. L'un de ses successeurs crut pouvoir ceindre la couronne impériale, lorsque, après sa victoire sur la France en 1871, il put, dans le palais de Versailles, dire à son peuple, l'associant à son orgueil : « Race des Germains-, nous sommes l'homme de nos œuvres, comme Dieu nous nous sommes faits nous-mêmes. »

Dès lors l'ambition des Hohenzollern ne connut plus de bornes: Empereur d'Allemagne, il aspira à devenir le suprême monarque du monde.

C'est ce qu'avait prévu Donoso-Cortès et ce que cette folie produirait. Dans la lettre à son correspondant qu'il écrivit le 1er mai 1849, il disait :

« C'est la guerre générale, c'est le feu prenant à la fois à tous les coins de l'Europe et peut-être du monde; c'est le cataclysme universel, le plus grand cataclysme qui soit tombé sur les peuples et qu'aient vu les nations ».

Il ajoutait :

oc L'Europe n'en sortira, suivant la prédiction de Napoléon, que républicaine ou cosaque, si elle n'en sort pas catholique, troisième issue, que n'avait pas prévue le grénie du grand capitaine. »

L'universel cataclysme est venu. L'Europe en sortira-t-elle Cosaque de par le bolchévisme ou entièrement livrée à la république et à la démocratie? Espérons que cette dernière épreuve l'aura convertie.

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