‹ Les pourquoi de la guerre mondialeChapitre 124 sur 146 · DE BONALD · texte numérisé non relu

DE BONALD

L'Assemblée des Nations a refusé à la France ses frontières naturelles. — Elle a aiîisi mis l'Europe dajis un danger incessant. — En même temps, elle comblait les vœux des nations protestantes. — Elle suivait en cela d'anciens errements.

La même assemblée s'est aussi appliquée à enlever à la France ce la magistrature » qu'elle exerçait dans l'Orient et à y substituer l'influence protestante de l'Angleterre et de l'Amérique.

Au lendemain du jour où le geste de la France a délivré l'Europe et le monde, une assemblée oecuménique se réunit à Versailles pour étudier et dicter les conditions de la paix, et pour placer l'Allemagne en des conditions telles qu'elle ne puisse désormais écouter ses convoitises et se mettre en état de se jeter sur le monde si profondément troublé par la guerre, que l'ambition germanique venait de faire à tous les peuples sur le sol de la France.

Cette Assemblée fut composée de telle sorte que l'Angleterre put y disposer de près de la moitié des voix, que l'Amérique put en prendre la direction et que ces deux puissances protestantes purent recevoir le concours des représentants de populations encore païennes, mais bien armées, telles le Japon.

Le Saint-Siège n'y figura point, non qu'il refusât de s'y rendre, mais parce qu'il n'y fut pas convoqué, sous le prétexte spécieux mais sans consistance que la Papauté n'est pas une nation. Actuellement sans doute et par le fait de la Révolution ;

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354 l'œuvre de l'assemblée de Versailles.

mais si les Etats du Pape n'existent plus, la Papauté reste une puissance, et une puissance hors ligne, la plus à même d'apporter à l'Assemblée les principes sur lesquels doit être basée la paix pour être salutaire et durable.

A la France fut donnée la présidence de l'Assemblée dans la personne de M. Clemenceau, présidence qui ne fut qu'honorifique ; l'autorité réelle fut exercée par le Président de la République des Etats-Unis, M. Wilson, qui arriva avec un programme tout fait et acclamé d'avance par la Presse libérale de tous les pays.

Qui a pu concevoir une telle organisation? Qui a eu la puissance de la faire adopter? Et à quelles fins? Les tendances qu'elle manifesta dès le premier jour et ce qu'elle fit ne le dirent que trop.

I. — La première œuvre de cette Assemblée des peuples de l'Europe, de l'Amérique, de l'Asie et même de l'Afrique fut de consolider l'œuvre de Bismarck que la victoire, pouvait-on croire, avait mise en pièces; de maintenir l'Allemagne dans l'unité qu'il lui avait donnée, la mettant toute entière aux mains de la Prusse, gouvernée par l'aristocratie militaire de Berlin. Bismarck s'était donné la tâche d'achever l'œuvre des Hohenzollern, œuvre de déprédation, de spoliation et de brigandage qu'ils avaient commencée lorsqu'ils n'étaient encore qu'à la tête d'une principauté et qu'ils poursuivirent avec plus d'âpreté et d'audace lorsqu'ils purent gravir les degrés d'un trône royal. Ils se jetèrent successivement sur la Pologne, sur l'Autriche, sur le Danemark, sur l'Alsace-Lorraine. Ils ambitionnaient la conquête de l'Europe et du monde. Pour se garer, pour être en mesure de se défendre contre leurs entreprises, les autres nations s'étaient vues dans la nécessité d'armer toute leur population virile et d'épuiser leurs trésors. L'agression avait eu lieu et l'Allemagne avait été refoulée et vaincue. La chose la plus urgente à faire, la plus nécessaire était, semble-t-il, de briser l'unité germanique, de ramener l'Allemagne à son antique institution de royaumes et de principautés indépendantes les unes des autres. C'est ce que demandait l'affranchissement des peuples et le respect de la justice internationale. Tout le monde le comprenait. Aussi les organes de l'opinion en France, appartenant aux nuances les plus distinctes et les plus opposées, de

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