MAINTIEN DE L'UNITE GERMANIQUE
V Action française à la Lanterne, réclamaient cette dislocation. Que fit le Congrès de la Paix? Il lui était facile de vouloir traiter séparément avec chacun des Etats germaniques qui avaient envahi la France 1. A tous les points de vue, cette manière de faire offrait les plus grands avantages. La Conférence a voulu traiter avec Berlin, ne s'aboucher qu'avec la Prusse, devenue, depuis la fuite de Guillaume, la République impériale, l 'Empire-république, continuant à comprendre dans son unité tous les royaumes et principautés agglomérés par Bismarck. Ce fut une faute immense, la faute capitale, d'écrire en tête du traité: « Et l'Allemagne d'autre part », ce qui fit dire au Washington Post :
Quand les Alliés se rendront compte, enfin, que l'unité allemande contient en germe une puissance guerrière qui serait pour le monde un danger mortel, ils s'occuperont peut-être de morceler l'empire allemand — chose qu'aurait dû faire la Conférence de Paris. Il faut que les Etats allemands soient séparés les uns des autres si l'on veut que l'Europe vive en sécurité. Puisqu'il s'agit d'avoir une politique allemande pour la vie de tous les jours et aussi en vue de la révision du traité, il ne saurait y en avoir d'autre que celle-là.
Tout au moins l'antique monarchie austro-hongroise eût pu être maintenue dans son isolement et même être fortifiée pour servir d'obstacle aux desseins protestants des pangermanistes, mais non, elle fut mise dans une quasi-impossibilité de résister à l'attraction de Berlin, qui ne négligera pas, dès qu'il le pourra, d'employer la force s'il en est besoin, pour se la soumettre et se l'annexer absolument 2.
i. Cela était d'autant plus facile que l'on eût répondu par là aux vœux des populations que l'Assemblée de Versailles a méconnues et feint d'ignorer. Lors de là première conférence allemande fédérative qui eut lieu en 1920 à Cassel et qui réunit, en nombre imposant, des représentants de toutes les parties de l'Allemagne, une décision fut prise à l'unanimité, demandant « l'Allemagne libre où tous les Etats fédérés jouiraient de droits égaux ». Il est cependant bon d'ajouter que cette Allemagne fédérative ne renonce nullement à devenir « la Grande Allemagne ». Elle accueillit par une longue salve d'applaudissements ce télégramme du professeur Fcerester, qui se trouvait alors en Suisse: <c L'Allemagne peut, par l'extension intérieure du principe fédéraliste, travailler d'une façon décisive à la Fédération mondiale et donner ainsi une preuve convaincante de l'initiative qu'elle prend pour une nouvelle organisation de la vie des peuples. »
2. La campagne de presse en faveur du rattachement à l'Allemagne, commencée avant la guerre, n'a cessé de se poursuivre en Autriche même ; et l'Entente, sur cette question comme sur tant d'autres, paraît hésitante ou plutôt impassible. Affligé d'une ruine matérielle complète, le peuple autrichien doit faire face aux difficultés les plus graves qui puissent assaillir un Etat : embarras financier et misère, gouvernement socialiste, revendications
II. — Maintenue dans son unité, l'Allemagne reste l'arme au bras.
Le traité de paix a prescrit le désarmement. Pour qu'il fût sérieux, il eût fallu tout d'abord que les Alliés soient d'accord pour le vouloir. Le veulent-ils tous ? Il y a bien des articles du traité de Versailles qui prescrivent le licenciement et le désarmement, mais des délais successifs ont été accordés au gouvernement de Berlin. Ces concessions ont donné à l'un de ses journaux, le Lokal Anzeiger, l'audace de dire :
Le gouvernement devra faire comprendre à l'Entente avant le 10 juillet que la réduction de l'armée à cent mille hommes est complètement impossible et équivaudrait à livrer l'Allemagne sans défense aux tentatives d'émeute des indépendants et des spartakistes.
Une question a été posée à ce sujet à la Chambre des Communes. Le Ministre de la Guerre a reconnu que la commission militaire de contrôle interalliée avait fait connaître que l'Allemagne conservait quatre mille cent trente-cinq canons ou obusiers en plus de l'artillerie de fortification, et qu'elle possédait quinze mille deux cent quarante-huit aéroplanes transformables en avions de guerre dans un laps de temps très court r et cela malgré l'article 198 du traité de paix qui ne lui permet pas de posséder des forces aériennes militaires ou navales 3.
Cette déclaration du ministre anglais nous renseigne-t-elle complètement? On peut en douter. Les Alliés ne sont pas cer-
ouvrières les plus hardies, dangers menaçants pour l'Eglise. A la suite de l 'abdication de Charles Ier, les classes bourgeoise et paysanne tombèrent dans l'abattement et s'effacèrent. L'or des soviétistes russes fit passer la force armée aux mains du prolétariat socialiste. On importa alors de Russie les conseils d'ouvriers et de soldats qui s'arrogèrent le droit de perquisitionner dans les immeubles. Cherchant à se défendre, les bourgeois convoquèrent une grande assemblée, mais les communistes armés envahirent la salle. Une garde bourgeoise fut alors créée et entra en action avec succès le 12 février 1920. Les chrétiens sociaux formèrent, en mars 1919, une coalition avec les socialistes en vue des élections. Elle exigea des sacrifices de part et d'autre. Les plus grands furent consentis par les chrétiens sociaux, bien que tout semble devoir les séparer de leurs associés : Religion, sociologie, question agraire, politique intérieure et extérieure.
3. En mai 1920, lord Nortcliffe, au cours d'un banquet qui réunissait les personnalités les plus en vue de l'aviation en Angleterre, a déclaré qu'en se basant sur les rapports d'enquêteurs très sérieux, on devait admettre que l'Allemagne avait réussi à dissimuler trente mille avions tant anciens que récemment construits.
<( Il faudrait être absolument imbécile, a dit lord Nortcliffe, pour ne pas prévoir que l'Allemagne se réserve de jouer sa dernière carte dans l'air. Le nombre de ses pilotes augmente constamment et leur entraînement se poursuit avec une méthode admirable. »
l'allemagne n'est pas désarmée. 357
tains du nombre d'hommes que l'Allemagne garde sous les armes et encore moins de ceux qu'elle pourrait armer4. L'unité créée par Bismarck et maintenue par le traité de Paix a réveillé les idées et les passions de l'esprit public national un instant abattu. Une circulaire, approuvée par le général Von Seckt, qui est l'âme de la résistance au traité, a prescrit de communiquer par langage chiffré tous les déplacements des officiers chargés par l'Entente de contrôler les effectifs de l'armée allemande.
Des étudiants des Universités allemandes sont allés rendre visite aux étudiants de la Hollande. Le Maasbode (n° du 28 avril 1920) a publié un article du Dr Gérard Brom, secrétaire de l'Association des Etudiants catholiques néerlandais, où il dit :
J'ai causé avec un étudiant qui fut au front pendant quatre ans et qui y fut grièvement blessé. Il a donc éprouvé toutes les misères de la guerre. Au lieu d'y avoir gagné des idées plus humaines, sa haine des Français était devenue si grande qu'il déclarait froidement et énergiquement : « Il y aura une nouvelle guerre (Ein Krieg wird kommen) . » • — Il ajoutait : « Il faut d'abord nous remettre un peu de la défaite. » Et il murmurait : « Ah ! ces Français ! » avec une colère indicible.
L'opinion de cet étudiant est très violente, certes, mais, hélas! nombreux sont ceux qui la partagent, sans l'exprimer catégoriquement.
M. Renkin, Ministre de l'Intérieur en Belgique, s'est retiré après avoir prononcé un discours, pour lequel il n'eut point l'approbation de ses collègues. Il y avait dit :
On ne peut assez répéter aux Belges que les portes de leur pays restent ouvertes aux entreprises de l'Allemagne. Les alliances et arrangements militaires avec la France et l'Angleterre peuvent fournir un moyen de nous couvrir. Mais se réaliseront-ils ? Et dans quelles conditions ? Nous l'ignorons encore.
C'était un avertissement courageux donné non seulement à la Belgique, mais à l'Europe.
4. D'après des renseignements qui paraissent fondés, voici quelles étaient à ce moment les forces militaires du Reich :
i° 200.000 hommes de Reichswehr et à peu près autant d'hommes appartenant à l'ancienne armée ou à des formations diverses, soit 400.000 hommes.
2° 120.000 hommes environ de Sicherheitswehr , dont l'organisation se généralise et se perfectionne ; 200.000 hommes environ de volontaires et de troupes techniques, dont on poursuit activement le recrutement.
30 Enfin, une masse considérable de <c gardes d'habitants », astreintes à des appels et à des exercices périodiques, et dont l'effectif total paraît atteindre environ deux millions et demi d'hommes.
Ces mêmes renseignements avertissent que l'Allemagne créait en Suède et en Norvège des usines de guerre et que la maison Krupp cherchait à s'installer en Hollande.
358 l'œuvre de l'assemblée de Versailles.
III. — Ce n'est pas seulement dans son unité et dans son armée que l'Allemagne est protégée et défendue contrairement aux intérêts de tous dans le présent et pour l'avenir, mais encore dans ses finances.
Phénomène bien digne d'attention, dès la constitution de l'Assemblée de Versailles, on vit le relèvement du mark allemand coïncider avec la dépréciation de notre monnaie, et les opérations de change international se faire à la hausse, non au profit de la France, mais au profit de l'Allemagne, sur le mark et non sur le franc. C'est donc qu'au sentiment de la banque internationale l'Allemagne avait des chances de ne pas payer et nous de n'être pas payés.
L'Allemagne a eu ainsi les moyens d'entretenir des forces armées importantes et aussi de soudoyer les grèves et les troubles sociaux en tous pays, les armées révolutionnaires en Pologne et en Russie. Ce qui ne l'empêchait point d'assourdir le monde, avec une impudence inouïe, des cris de sa détresse économique, et d'éluder ainsi tout paiement d'indemnité. A ses réponses dilatoires, restait à lui faire connaître qu'au bout d'un délai fixé, l'occupation serait étendue. Jamais ni les délégués anglais, ni les délégués américains, ni les délégués italiens, ni les délégués japonais n'ont été de cet avis : toujours la France a été battue au vote et l'ultimatum s'est éclipsé. En cela encore, l'Allemagne fut trop facilement écoutée par certains de nos alliés, malgré le trouble général que toute l'Europe en ressent.
Le 16 mai 1920, l'agence Havas recevait de son correspondant de Londres cette dépêche et la transmettait aux journaux :
« Les chefs de gouvernement se seraient arrêtés au chiffre de cent vingt milliards de marks à exiger de l'Allemagne, comme indemnité5. Mais il ne semble pas que l'accord se soit encore
5. M. Klotz, six mois auparavant, avait parlé de quatre cent soixante-cinq milliards. Pourquoi cette descente de quatre cent soixante-quinze à cent vingt milliards? Parce que l'Allemagne ne cesse de se dire hors d'état de payer et que les Alliés prêtent à ses plaintes une oreille trop complaisante, et que notre résistance passive l'autorise à continuer ses cris et ses gémissements.
En fait, l'Allemagne ne s'acquitte pas de sa dette et elle a le ferme propos d'y échapper par tous les moyens, dont le premier est de gagner du temps. Le temps gagné par elle est perdu pour nous. En attendant, la France continue, pour les réparations, a « avancer » des sommes qui se chiffrent chaque mois par un milliard.
11 ne pouvait en être autrement. Occupée seulement jusqu'au Rhin et gardant son unité, l'Allemagne était engagée, excitée à violer des engagements
l'allemagne est protégée dans ses finances. 359
réalisé sur les modes de paiement. Le premier ministre anglais, assure-t-on, si désireux qu'il fût de marquer sa bienveillante sympathie en faveur des régions dévastées, ne put accepter qu'un droit de priorité fût reconnu à la France en vue de leur reconstitution, estimant qu'on ne peut choisir entre les victimes de la guerre, et encore moins donner un traitement de faveur pour les réparations à ceux qui ont subi des dommages dans leurs biens par rapport à ceux qui ont souffert dans leur personne, comme les soldats mutilés ou tués, dont l'Allemagne doit payer les pensions. »
Ces milliards de marks, seront-ils jamais versés? Ce qui s'est fait jusqu'à ce jour permet d'en douter. L'article 235 du traité dit que, jusqu'au 1er mai 1921, et à titre de provision, l'Allemagne paiera ce l'équivalent de vingt milliards de marks en or ». Interrogé, en avril 1920, M. Fr. Marsal a répondu à la Chambre :
Au compte du remboursement des frais des armées d'occupation, nous avons reçu, jusqu'au 1er février dernier, six cent quatre millions de marks, ce qui représente, au cours du mark, moins d'un dixième de nos frais réels qui se montent à un milliard six cent millions de francs.
Ainsi nous avions reçu des marks-papier qui, en raison des fluctuations du change, ont une valeur variable et incertaine. Et cependant l'article 235 est formel. Il parle de marks-or ou de leur équivalent, convertibles en francs-or, en livres sterling ou en dollars. Nous étions donc bien loin du compte avec nos billets de la Reichsbank. Qu'en sera-t-il à l'avenir?
M. Millerand a déclaré à la Chambre, peu après, que si l'Allemagne manquait plus longtemps à ses engagements, on devrait envisager l'occupation de nouveaux territoires, et par cinq cent trente-cinq voix contre soixante-huit, la Chambre a approuvé.
Pour la France, a dit le ce Times » du 1eT juin 1920, la guerre et ses leçons sont de terribles réalités; et une paix telle que celle qui lui a été administrée jusqu'ici n'est pas la paix, — c'est purement et simplement une seconde figure de la guerre.
qui affectent toute sa vie nationale. L'exécution de ces engagements est étendue sur une longue série d'années : trente au moins. Sommes-nous condamnés, pendant trente ans, sans compter ce qui se passera ensuite, à prendre tous les six mois des mesures d'astreinte dont a parlé M. Millerand? Autant dire que la France vivrait en état d'alerte perpétuelle, alors qu'elle a besoin pour sa restauration de sécurité et de repos. L' « astreinte » est indispensable pour que l'Allemagne ne nous enlève pas l'un après l'autre les résultats de 1918. Mais il y a aussi « contrainte » pour nous, contrainte d'infliger des fatigues à nos soldats et des frais à notre trésor.
360 l'œuvre de l'assemblée de Versailles.
Voici la situation respective de l'Allemagne et de la France au point de vue financier qui résulte de cette manière d'entendre et de faire un traité de paix. La guerre nous a coûté deux cent neuf milliards ; les dévastations commises par les Allemands se montent à deux cents milliards au moins. Notre dette ne peut être inférieure à deux cents milliards, dont trente-trois que nous devrons payer en monnaie du pays aux Américains, aux Anglais et à divers neutres. Cependant notre change a baissé d'une manière inquiétante. Nos achats à l'étranger en deviennent ruineux. La confiance que nous inspirions à nos prêteurs diminue. La Banque de France a dû émettre une quantité de billets qui dépasse de beaucoup la quantité d'or correspondante. Nous avons pour trente-cinq milliards de papier-monnaie en circulation. Il faudrait que la Banque puisse faire rentrer ces billets et en détruire la plus grande partie, car leur abondance exagérée, en avilissant leur valeur, est, malgré leur cours forcé, une cause primordiale de la cherté de la vie.
Notre budget annuel sera porté à quinze ou seize milliards. Comment un pays de trente-six millions d'habitants pourra-t-il le supporter? Tous ses habitants auront à payer en moyenne quatre cent cinquante francs par tête. Tout le fruit de notre travail tombera aux mains des lanceurs d'emprunt, exigé par eux en justice.
L'Allemagne a une dette de guerre à peu près égale à celle de la France, mais avec une population de soixante-dix millions d'Allemands contre quarante de Français6.
6. M. Doumer, à la séance du 21 mars 1920, a donné des chiffres plus troublants encore. Il a dit : « Un budget de vingt-et-un milliards (le nôtre) donne pour trente-huit millions d'habitants cinq cent cinquante francs d'impôt par tête d'habitant... <( L'Allemagne aura demain soixante-sept millions d'habitants. A cinq cent cinquante francs par tête, cela fait un produit d'environ trente-sept milliards. Croyez-vous que, dans ces conditions, l'Allemagne ne pourrait facilement nous payer une annuité de douze milliards de francs, qui représenterait, intérêts compris, les charges d'une dette de deux cent cinquante milliards de francs or, amortissable en trente ans. »
Elle ne le fera pas. Elle se sent trop bien appuyée. M. Paul Garun a publié à Lyon, en 1920, une brochure qu'il a intitulée les « Ploutocrates au pouvoir ». 11 y dit que la mauvaise paix nous a été imposée par le consortium de ploutocrates internationaux et de socialistes pacifistes, écumeurs de la finance et de la presse, dont M. Woodrow Wilson a imposé les suggestions au Conseil suprême des Alliés : « La guerre n'aurait pas dû coûter un sou à la France; la plus élémentaire justice exigeait que l'Allemagne réparât complètement les dégâts dont elle était responsable ; elle le pouvait. Les Français avaient assez prodigué leur sang pour n'avoir pas à donner leur or ; individuellement même, dans la mesure du possible, les Français combattants auraient dû
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Un écrivain qui signe Trygée dans divers organes, a pu dire avec vérité : « La France sort de la guerre écrasée et ruinée. L'Allemagne en sort moins écrasée, moins ruinée que la France. Et ceci du fait des décisions des Quatre. »
M. Frédéric Mathews, dans le Journal des Escomptes, a résolument averti la Société des Nations de ce que cet état de choses doit amener : « Si on laisse la France dépouillée, a-t-il dit, les Alliés peuvent culbuter l'un après l'autre comme des quilles. »
Autrefois, la moindre petite guerre nous valait des provinces, en sorte que les sacrifices d'hommes et d'argent que devaient faire les Français, avaient au moins cette compensation.
Aujourd'hui on a répondu en fait à leurs justes revendications : Vous avez raison. La raison doit vous suffire, alors surtout que l'honneur vient s'y joindre. Et la justice, devions-nous répliquer, qu'en faites-vous? La Haute Finance est venue encourager les définiteurs du traité de paix dans leur désir de justice; la paix doit être douce, disait-elle, et faisait-elle dire. C'était surtout le cri des banquiers de New-York, gros créanciers des pays belligérants de l'Entente, associés aux banquiers de Francfort, de Hambourg et de Berlin, moyennant la famille de Warbourg 7.
être indemnisés de leurs quatre années de luttes et de souffrances ; ils auraient dû avoir leur part : on ne leur a donné qu'une indemnité dérisoire, et ce cadeau n'a pas été porté au compte de l'ennemi, mais des autres Français. « Un terrible compte de peuple à peuple est ouvert, » a dit M. Clemenceau. Ce compte n'a pas été réglé. Il ne l'a pas été, parce que la paix est l'œuvre combinée des socialistes (dont l'intérêt du parti gémit de ce qu'ils osent appeler « le boulet de la Victoire », et appelle une paix ruineuse génératrice de mécontentements, de souffrances et de haines civiles) et des ploutocrates (qui, avant de faire bénéficier le pays de ses immenses sacrifices, ont voulu commencer par en bénéficier eux-mêmes).
Si l'Allemagne avait payé ce qu'elle devait et ce qu'elle pouvait, n'auraiton pu, par exemple, diminuer la quantité des billets de banque en circulation ? La financé internationale s'y est opposée : La France victorieuse paiera pour l'Allemagne vaincue. Nos institutions démocratiques ont été impuissantes à faire contrepoids à la force de l'or.
7. La Pall Mail Gazette a publié cette information qu'elle avait reçue de Londres :
« On peut affirmer, sur la foi d'une haute autorité, qu'un groupe très influent de financiers internationaux d'origine allemande et germanophiles met tout en œuvre pour mitiger autant que possible la rigueur des conditions de paix que les puissances alliées et associées vont imposer à l'Allemagne. Cette conduite n'est pas dictée par des raisons humanitaires, mais par des motifs pécuniaires.
» Des privilèges commerciaux du caractère le plus tangible sont, dit-on, le prix que ce groupe financier exige de l'Allemagne reconstituée, en échange de son aide.
» On dit que l'Allemagne est vivement désireuse de payer ce prix. Plu-
Paix douce au point de vue des revendications pernicieuses, soit : l'âme chevaleresque de la France y est naturellement portée. Mais que pour être douce, la paix exigeât de nous le sacrifice de nos frontières naturelles et de notre situation dans le monde, cela ne devait point être, et pourtant c'est ce qui s'est fait.
La rive gauche du Rhin eût dû être placée sous notre protectorat afin de maintenir au cœur de l'Allemagne, avec le sentiment de sa défaite, une prudence aussi nécessaire à elle que rassurante pour nous. Il n'en a rien été. Sans doute nous occupons cette rive, mais l'occupation qui nous a été accordée est compliquée de trop de réserves et de trop courte durée.
Le traité de Paix ne nous a point rendu même notre frontière de 1814, si nécessaire pourtant contre les agressions toujours possibles, toujours méditées et préparées de l'Allemagne, agressions aussi à craindre pour le reste du monde que pour nous.
D'ailleurs, l'histoire des pays rhénans montre combien sa population s'est toujours montrée en rapports avec la France au point de vue économique comme au point de vue intellectuel, particulièrement au temps de Philippe le Bel, de Louis XI, d'Henri II et de Louis XIV. Profitant de leurs dispositions, la monarchie française n'a cessé de maintenir ce peuple dans l'orbite de notre politique et ainsi de préparer de ce côté, comme du côté des Pyrénées et des Alpes, l'acquisition de nos frontières naturelles.
Les relations entre la France et les Etats rhénans restèrent aussi cordiales jusqu'à la Révolution. A chaque changement de règne en France, un office solennel était célébré dans la basilique d'Aix-la-Chapelle, pour demander à Dieu de bénir le nouveau Roi et son gouvernement. A la naissance d'un Dauphin, la ville de Cologne organisait des bals et des réjouissances publiques. Au mariage du Roi ou du Dauphin, les Electeurs accouraient
sieurs réunions ont eu lieu entre les représentants des principales banques allemandes et ce consortium international.
» Toute l'affaire est en réalité une conjuration secrète contre le commerce britannique et la reconstitution industrielle de la France. Il est très significatif que jusqu'à présent les Allemands eux-mêmes ne figurent pas en évidence dans la cabale qui se cache ingénieusement sous le couvert de banques et autres entreprises neutres d'origine allemande.
» L'exploitation de la Russie pour le bénéfice de l'Allemagne fait partie intégrante du projet. »