LA FRANCE NE RECOUVRE PAS SES FRONTIÈRES NATURELLES
à Paris ou à Versailles pour prendre part à la cérémonie. Tel était le fruit de la politique de nos Rois vis-à-vis des Etats rhénans, qui, dans tous nos conflits du XVIIIe siècle avec l'Empire, n'ont jamais adopté d'autre attitude que la neutralité ou l'alliance avec la France.
Ainsi s'expliquent les acclamations dont nos troupes furent saluées à leur entrée dans ce pays au lendemain de notre victoire de 1918. Combien il était aisé et naturel, combien il eût été rassurant non seulement pour nous, mais pour l'Europe de délivrer ces régions de la domination prussienne, à elles imposée par les traités de 1814 et 1815 ! Ni le traité de Versailles, ni la commission chargée de diriger son exécution, ne le voulurent. En regard de cette mesquinerie à notre égard, faut-il mettre la libéralité, la générosité dont ils usèrent à l'égard de l'Angleterre? Elle put se faire sa part aussi belle qu'elle le voulut.
Elle obtenait la livraison entière de la marine de l'Allemagne, la cession, sous des rubriques diverses, de presque toutes les colonies de cet empire, elle voyait sa domination étendue, assurée dans les mers du Nord et de la Baltique. Par la Perse et la Mésopotamie, la Grande Bretagne a pu se mettre en mesure d'obtenir que son empire pût désormais être d'un seul tenant, de Calcutta au Caire. La Syrie forme une enclave dans cet immense domaine, et c'est pourquoi la politique anglaise refuse de laisser la Palestine attachée à la Syrie, comme le veulent la nature, la géographie et les vœux de la population, à moins toutefois que la Syrie ne tombe sous son influence, malgré les légitimes revendications de la France.
L'Amérique a également atteint son but de guerre. Elle put venir à Paris, se donner aux yeux du monde le prestige de jouer le grand premier rôle dans le règlement des affaires du globe. Elle est devenue le banquier nécessaire de tous les Etats de l'Europe. Bien plus, et chose étrange, elle s'est posée et elle a été acceptée comme le docteur des nations dans la personne de son Président, M. Wilson.
La Conférence s'est aussi montrée généreuse pour la nation juive, en particulier pour les communautés juives de Pologne, de Roumanie, de Tchéco-Slovaquie et de Yougo-Slavie. Elle a institué en leur faveur un régime qui fait de ces tribus une sorte d'Etat dans l'Etat sous le contrôle des grandes Puissances. De
364 l'œuvre de l'assemblée de Versailles.
là les résistances des Polonais d'abord, puis des autres, à signer les traités que la Conférence leur proposait. Celle-ci persiste à vouloir l'observance stricte des franchises qu'elle accordait aux Hébreux. Bien mieux. L'article 12 déclare que ces stipulations constituent des obligations internationales et seraient placées sous la garantie de la Société des Nations.
Quelle explication donner à cette diversité de traitement fait aux nations catholiques, France, Belgique, Autriche-Hongrie, Pologne, d'une part, de l'autre aux nations protestantes, Allemagne, Angleterre, Amérique? Nous n'en voyons point d'autre que celle-ci déjà formulée par J. de Maistre : les mystérieuses influences des sociétés secrètes sur les diplomates. Depuis le traité de Westphalie, toujours elle a marché dans le même sens.
En 1814 et 1815, cette explication pouvait seule répondre aux questions que soulevèrent les décisions prises au congrès de Vienne. Il a livré la Belgique catholique à la Hollande protestante ; il a rendu plus indissolubles les liens qui enchaînaient la Pologne à la Prusse, à la Russie et aussi à l'Autriche; il a installé la Prusse protestante sur le Rhin depuis Benghem jusqu'à Emmerich, pays absolument catholique, gouverné, jusqu'au traité de Westphalie, par les archevêques de Trêves, de Cologne et de Mayence. Cette région ainsi collée à la Prusse était loin de l'aimer, et celle-ci, sentant cette inimitié, s'efforça par tous les moyens de la courber sous le joug de Luther, conformément aux instructions données en 1818 au gouvernement de Berlin, par Ancillon, ministre du roi de Prusse : « Ce qui nous couvrira contre la France, protectrice des catholiques, ce ne sont ni les garnisons, ni les villes de guerre, ni les forteresses fédérales, ce sera le mur d'airain du protestantisme ». Comme auparavant en Pologne, comme depuis en Alsace-Lorraine, pour dresser ce mur on employa les fonctionnaires et les instituteurs.
Lorsque, en 1845, le baron de Loe, devant les Etats provinciaux rhénans, dénonça et démontra l'effort systématique de la Prusse pour faire reculer le catholicisme devant l'agressive marée des fonctionnaires et des instituteurs protestants, sa voix fut étouffée, et Loe fut traduit en justice pour avoir fait publier son discours par un journal bavarois.
Il y eut des heures de persécution proprement dite : celles de