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CHAPITRE XXX Le Sionisme

Restaurer la puissance juive à Jérusalem, ce n'est pas seulement assurer un lieu d'asile aux Juifs malheureux ; c'est, dans l'idée sioniste, ranimer dans leur cœur leur foi en euxmêmes, leur rendre la conscience et l'orgueil de leur race. La Palestine n'est-elle pas la terre où sont attachées toutes les traditions religieuses et nationales du peuple Juif? A Jérusalem, et surtout à la colline sacrée de Sion ont toujours été attachées ses espérances mystiques.

Herzl, dans la Neue frète Presse.

Les aspirations d'Israël vers Sion ont toujours la même intensité.

— Origines du Sionisme. — Les congrès sionistes. — Leurs institutions. — Leurs démarches auprès des souverains. — Auprès de la Conférence de la Paix. — Les amis de la Terre sainte et de la France. — Lloyd George et Clemenceau.

— Les Juifs s'établissent en Palestine. — Leur projet d'un Parlement international.

Au point où elle est arrivée, la situation des Juifs dans le monde appelle les moyens d'aboutir, d'atteindre le but visé depuis tant de siècles.

Ces moyens, non seulement déterminés, mais en voie d'exécution, sont deux, l'un agissant au sein de la nation juive, l'autre sur tous les peuples.

Le premier tend à donner à cette nation la capitale d'où elle régnera, c'est le Sionisme; l'autre tend à amener tous les peuples à venir se placer volontairement dans les mains et sous l'empire de la Synagogue, c'est la Société des Nations.

Le Sionisme n'est point né de nos jours, il date de la dis-

persion des Juifs qui a suivi le siège de Jérusalem par Titus. Jamais ils n'ont cessé d'espérer d'y rentrer. Dans la seconde moitié du IVe siècle, Julien l'Apostat voulut tenter de leur donner cette satisfaction. Dans sa haine du christianisme, il voulut faire mentir la prophétie de Notre-Seigneur et restaurer le temple dont il avait été dit : il n'y restera pas pierre sur pierre. On sait comment cette tentative échoua.

Les espérances sionistes ne s'éteignirent pas pour cela. Elles furent soutenues par les patriarches qui succédèrent à Hillel, mort en 429. Les chefs des exilés à Babylone eurent soin d'entretenir le feu sacré.

De nos jours, il a éclaté aux yeux du monde et le sionisme est devenu une question qui a pris une place importante parmi toutes celles qui préoccupent et qui agitent le monde.

On peut faire remonter à Moïse Hesse la conception du sionisme moderne. Avant d'en faire l'histoire, il faut montrer que la pensée et les sentiments sur lesquels il s'appuie n'ont cessé d'être vivants parmi les Israélites.

c< Ce que le peuple juif faisait il y a cinq mille ans, dit Chateaubriand, il le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l'empêcher de porter ses regards vers Sion. »

Chaque année, le 20 avril, par toute la terre, la nation juive se lève, à la même heure, comme un seul homme, saisit la coupe de bénédiction et redit par trois fois : « L'année prochaine dans Jérusalem 1 ! »

Dans le livre Les nations frémissantes contre Jésus-Christ et son Eglise, M. l'abbé Joseph Lémann dit :

J'affirme que dans toutes les parties du monde où ils sont dispersés, nos anciens coreligionnaires aiment encore Jérusalem, prient souvent en se tournant du côté de Jérusalem, se font entre eux la charité au nom de Jérusalem, espèrent revoir Jérusalem. Et je sais des pays, où des juifs trop pauvres ou bien trop âgés pour entreprendre le voyage sacré, voir de leurs yeux Jérusalem et y coller leurs lèvres, se font venir de petits sachets remplis de terre de Jérusalem. Sur leur lit de mort, ils recommandent à leurs enfants de les ensevelir avec cette terre de la patrie sur le cœur...

Toute la religion juive est fondée sur l'idée nationale ; il n'est pas une aspiration, pas une pulsation qui ne soit vers la patrie. En nous levant, en nous couchant, en nous mettant à table, nous invoquons Dieu, pour qu'il hâte notre retour à Jérusalem, sans retard, de nos jour^!

i. Archives Israélites, 1864, p. 335 à 350.

Dès le commencement de l'ère chrétienne, les Juifs résidant à Jérusalem venaient pleurer à l'endroit même où avait été enfoncée la pierre fondamentale du Temple. Cet endroit a nom la pierre sacrée. Ils l'oignaient d'huile et l'arrosaient de leurs larmes. Aujourd'hui, cet emplacement de la pierre sacrée est enclavé dans la mosquée d'Omar, élevée sur les ruines du Temple de Salomon. Les Juifs pleurent maintenant devant un avantmur du Temple ou mur d'enceinte resté debout.

Voici comment M. Joseph Lémann décrit cette scène :

Tous les vendredis soirs, depuis dix-neuf siècles, quand le voyageur chrétien se dirige de ce côté, à la tombée de la nuit il aperçoit des groupes de pauvres juifs pleurant ensemble. D'un côté, les femmes assises en cercle dans l'attitude de la douleur... Plus loin, les hommes, accroupis sur les débris du Temple, baisent des restes de murs ; ils y appuient leur tête, ils enfoncent leurs mains avec une sorte de frénésie dans les crevasses de la pierre... On les entend réciter les lamentations de Jérémie et tous gémissent en répétant ce cri de douleur: ce Combien de temps encore, ô mon Dieu!

Les Annales de Notre-Dame de Sion en Terre Sainte (décembre 1878) décrivent la même scène presque dans les mêmes termes :

Le vendredi, à trois heures de l'après-midi, au pied d'une haute muraille noircie par les siècles, seul reste des assises qui soutiennent l'esplanade du Temple de Salomon, une centaine de malheureux Israélites, la Bible à la main, récitent à haute voix les lamentations de Jérémie; quelques-uns poussent des sanglots à fendre l'âme; d'autres se serrent convulsivement sur les pierres de la muraille antique, et les baisent avec amour; il en est qui plongent leurs mains dans les crevasses de ces ruines vénérables, et les passent ensuite sur leurs yeux et leurs lèvres ; tous lèvent leurs regards et leurs bras vers le ciel, appelant avec instance le secours de Dieu et la venue du Messie ! !

jf. Nous vous en supplions, ayez pitié de Sion ;

Bj. Rassemblez les enfants de Jérusalem.

$■. Hâtez-vous, hâtez-vous, Sauveur de Sion ;

b). Parlez en faveur de Jérusalem.

•j?. Que bientôt la domination royale se rétablisse en Sion.

Bj. Consolez ceux qui pleurent sur Jérusalem, etc.

Le prophète Jérémie ne semble-t-il pas avoir vu cette scène de douleur, lorsqu'il s'écrie au chapitre XXX, verset 15e : ce Pourquoi gémis-tu sur tes ruines ? Ta douleur est incurable à cause de tes iniquités. A cause de ton endurcissement, j'ai fait tomber ces maux sur toi. »

Il a paru que les temps modernes se prêtaient à la réalisation de ces vœux et que le devoir était d'y aider.

De là le Sionisme.

La nouvelle phase du sionisme remonte, avons-nous dit, à Moïse Hesse.

En 1848, ce socialiste juif publia un livre, Rome et Jérusalem, où il exposa l'idée d'un foyer national juif à reconstituer sur le sol de la Palestine. En 1880, fut constituée une association des ce Amis de Sion », destinée à promouvoir l'idée du retour en Palestine. Les A mis de Sion trouvèrent un appui officieux auprès des directeurs de l'école d'agriculture, fondée à Jaffa en 1870 par un Juif français, Charles Netter, et avec leur aide ils fondèrent une vingtaine de colonies agricoles.

Le sionisme trouva bientôt un champion décidé en Théodore Herzl, de Budapest, correspondant à Paris du grand journal judaïsant de Vienne, la Nouvelle Presse libre. Sa qualité de journaliste, défenseur de Dreyfus, lui procura de nombreuses et puissantes sympathies, non seulement parmi les Juifs, mais aussi parmi les protestants. Il fît du retour des Juifs en Palestine une question de politique internationale à laquelle tous les gouvernements civilisés devaient prêter leur concours.

« Dès lors, dit le P. Lagrange dans le Correspondant, le sionisme grandit, prit une force que ses initiateurs ne soupçonnèrent pas aussi grande, la foi religieuse des Juifs, surtout des Juifs de Russie. Chaque jour ils implorèrent le retour à Sion. »

Herzl entra en pourparlers avec le padischah Abdul-Hamid pour l'établissement de colonies en diverses régions de l'Empire ottoman. Vint la révolution qui détrôna le vieux Sultan. Il se trouva en présence des Jeunes Turcs qui, loin de vouloir favoriser l'établissement des Juifs en Palestine, firent connaître qu'ils avaient pour programme d'unifier tous les groupements religieux de la Turquie dans une égale participation aux droits civils et politiques. « Tous Ottomans », tel était le mot d'ordre du nouveau gouvernement.

Cependant Herzl s'était adressé aux masses juives, allant leur parler dans les différents pays de l'Europe, et il avait organisé des congrès internationaux qui proclamèrent à haute voix les aspirations sionistes.

Le premier eut lieu le 24 août 1897 à Baie. Les sionistes décidèrent d'ériger un palais dans cette localité. M. Marmoréen, de Vienne, fut chargé d'en dresser le plan d'après ces indications: une grande salle de séances, des bureaux pour les secrétaires, des salles de restaurant et une salle destinée à recevoir la « Bibliothèque nationale juive ». Le comité d'action exprima en même

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