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LES SIONISTES A LA CONFERENCE DE VERSAILLES

qu'il avait de débarrasser son empire des Juifs, c'était de les envoyer en Palestine. Il fit appel à l'Angleterre qu'il célébra comme la grande puissance du monde, et à la France où il trouva dans les amis de Dreyfus et dans la personne de F.*. Léon Bourgeois des soutiens dévoués. Il s'adressa même au Pape, se réclamant des ancêtres communs aux Juifs et aux chrétiens, Abraham, Moïse et David. Herzl mourut prématurément en 1904. La question sioniste était posée non seulement au sein d'Israël, mais devant les nations.

La guerre est venue alors et elle a donné au sionisme de nouvelles forces et de plus grandes prétentions.

La guerre terminée, les sionistes n'ont point manqué de saisir l'occasion que leur offrait la Conférence de Versailles pour aller plaider leur cause auprès de toutes les nations et faire valoir les revendications plusieurs fois millénaires de leurs ancêtres sur la terre qui fut donnée à eux par Dieu lui-même. Le Conseil des dix reçut leurs délégués et de cette conférence ils emportèrent la conviction que la Société des Nations créerait en Palestine un Etat autonome et donnerait à l'Angleterre le mandat de préparer le retour des Juifs dans la Terre Sainte.

Le promoteur du mouvement sioniste écrivit dans son journal:

Le sol national, la Palestine, sera certainement concédé aux Juifs : les grandes Puissances, plutôt que de laisser l'une d'elles s'emparer de ce pays, préféreront certainement y voir se fonder un petit Etat neutre et pacifique comme doit l'être fatalement le futur Etat juif.

On remarquera ces mots « petit Etat », « Etat neutre et pacifique » « comme doit l'être « fatalement » l'Etat juif ». Ce n'est point la manière de parler en usage chez les Juifs. Ici leur intérêt les portait à se faire petits, humbles et suppliants.

Un acte du gouvernement de la Grande-Bretagne, notifié, pourrait-on dire, au Parlement des nations par le membre anglais de la famille des Rothschild, ne fut sans doute point sans influence sur l'investiture qui fut donnée à ce peuple :

Foreign Office, 3 novembre 1917.

Cher Lord Rothschild,

J'ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, sympathisant avec les aspirations juives sionistes, déclaration qui, soumise au Cabinet, a été approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement

en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait pour porter atteinte soit aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et à la condition politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Sincèrement vôtre,

Arthur- James Balfour.

La publication de ce document causa chez les Juifs un enthousiame qui, chez plusieurs, devint un délire. Le R. P. Lagrange a reproduit les pensées et les espérances qu'ils manifestèrent :

Dans cet ébranlement qui secoue les fondements de la terre, quand le monde entier est dans les douleurs, quand l'Empire persécuteur, l'Empire des pogroms, s'effondre plus lamentablement que Babylone, un nouveau Cyrus montre aux Juifs le chemin de la sainte Sion. Est-ce donc pour les y ramener que Dieu a frayé un chemin parmi tant de ruines ? Le Seigneur l'avait dit :

Je ramènerai de l'Orient ta race,

Et je te rassemblerai de l'Occident.

Je dirai au Septentrion : Donne!

Et au Midi: Ne retiens point!

Fais venir mes fils des pays lointains

Et mes filles de l'extrémité' de la terre.

Une association se forma alors entre ceux qui étaient opposés au rétablissement en Terre Sainte du ro}^aume d'Israël : chrétiens et musulmans. Elle se plaça sous la présidence d'honneur de S. Em. le cardinal Mercier et la présidence effective de M. Joseph Reinach, et publia ce programme :

L'objet de l'association est de s'opposer avec énergie à toute constitution d'un Etat confessionnel en Palestine ; de poursuivre le maintien de la Palestine comme partie intégrante de la Syrie, ou tout au moins de faire octroyer à la Palestine une charte d'autonomie.

La surveillance de cette charte serait confiée à une puissance libre de tout engagement envers le sionisme.

Les compétitions qui éclatèrent alors entre l'Angleterre et l'Amérique, l'une et l'autre désireuses de supplanter la France et de l'évincer de ses droits séculaires, soulevèrent de grosses difficultés. M. Lloyd George vint exprès de Londres à Paris pour en conférer tête à tête avec M. Clemenceau. Aucune communication officielle n'a fait connaître ce qui a été dit, encore moins ce qui a été résolu dans cet entretien qui intéresse les Juifs, et en particulier les sionistes, plus passionnément que la foule des Français. Les faits viendront sans doute le révéler

les juifs s'établissent en Palestine. 385

plus tard. Mais déjà il. paraît certain que l'Angleterre s'est montrée favorable à la création d'un Etat juif, impliquant une nationalité juive. Le Times demandait aux Puissances de réaliser ce l'idée biblique d'un peuple uni de Dan à Bersiba ».

La persistance des sionistes à refuser tour à tour les territoires qu'on a offert de leur concéder en Amérique d'abord, en Afrique ensuite, dans des régions plus propres à la colonisation que ne l'est la Palestine aujourd'hui, montre bien que leur but est la restauration d'Israël, en conformité à la prédestination qu'ils lui supposent, d'arriver à la domination de tous les peuples.

Les grands Juifs ne sont point étrangers à cette pensée. Ils n'entendent pas, eux, abandonner personnellement l'Europe où ils ont des situations privilégiées, où ils sont les rois de la finance. Il est d'ailleurs utile pour le but final que poursuit la nation qu'ils demeurent chez les divers peuples. « Les Rothschild, disait déjà M. Edouard Drumont, si prudents et si habiles, s'intéressent énormément à cette reprise de possession du royaume d'Israël. C'est ainsi qu'Edmond Rothschild, après avoir fait acheter pour son compte une quantité de villages, a réuni toutes ces colonies juives entre les mains de VAnglo Jewish Association, en y ajoutant un don de vingt millions. »

Aux premiers jours du XXe siècle, le Bulletin de la société italienne de Géographie donnait ces renseignements :

Un tiers de la Palestine est entre les mains des juifs. Ils ont des propriétés considérables partout : plus de quarante pour cent des terrains cultivables du district de Jaffa ; soixante-quinze pour cent de la surface du district de Tibériade; de larges étendues de terrain à l'ouest du Jourdain, aux alentours de Jérusalem, de Jaffa et de Caïfa. Ils ont fondé des écoles, établi une imprimerie, et rédigent un journal très répandu. Jérusalem est déjà une ville conquise ; la majorité de sa population actuelle est juive.

En Palestine, le nombre des juifs croît d'année en année. Dire leur nombre exact serait impossible puisque les registres de l'état civil sont inconnus, et que les recensements périodiques se réduisent en somme à des estimations plus ou moins approximatives. Mais on n'exagère pas en portant leur nombre, pour toute la Palestine à cent mille, donc la huitième partie de la population totale du pays.

A Jérusalem, au XVIIe siècle, il y avait à peine une centaine de familles juives ; en 1877, on y comptait quinze mille Juifs ; en 1903, ce chiffre s'était élevé à trente-cinq mille; et actuellement on peut évaluer leur nombre à cinquante mille. En dehors

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de la ville sainte, leurs colonies sont disséminées dans le pays entier ; à Hébron, ils sont quinze cents, à Jaffa, quatre mille, à Gaza, cent, à Naplouse, deux cents, à Kaïfa, neuf cents, à Acco, un mille, à Tibériade, trois mille cinq cents ; à Safed, ils forment l'immense majorité de la population : vingt-quatre mille sur trente-cinq mille habitants.

La constitution d'un parlement juif est en question depuis l'organisation du sionisme. Ce parlement serait international. Le Jewish World du 15 décembre 1908 a publié à ce sujet les déclarations éminemment suggestives d'un Juif actif et remuant, M. B.-J. Belisha:

Ce que nous voulons, dit M. Belisha, c'est une institution qui serait puissante et effective, une institution représentant tous les Juifs dans une Assemblée internationale juive, qui serait basée sur les principes démocratiques et serait responsable devant la nation juive.

Il nous faut un Pai-lement juif pour Israël réuni. Les organisations sionistes et territoriales ne sont que des sections. Nous avons besoin d'un Parlement qui agirait comme Grand Conseil de toute la nation. Naturellement, ce ne pourrait être un corps législatif ; il ne pourrait maintenir ses décisions par la force, mais il pourrait exercer un grand pouvoir moral.

Ce que je propose, c'est que cette assemblée internationale se compose de cinq cents membres, élus par toutes les communautés juives du monde, proportionnellement à leur nombre et à leur importance. Tout homme ou femme ayant dépassé dix-huit ans pourrait être électeur en souscrivant la somme de deux shillings six pence par an, et si un million d'individus donnaient leur adhésion à cette proposition, nous aurions un revenu annuel de cent vingt-cinq mille livres sterling...

Le bureau central siégerait à Londres ou à Paris. Il y aurait une session annuelle du Parlement qui durerait un mois, et cette session serait tenue à tour de rôle dans tous les principaux centres juifs du monde, pour exciter l'intérêt du parti et le maintenir. Ce Parlement siégerait jusqu'à ce que nous puissions le transférer sur une terre qui nous appartienne.

Ce Parlement serait l'essai, l'ébauche de la Convention que les révolutionnaires de 93 appelaient déjà de leurs vœux pour gouverner la République universelle.

Par tout ce que nous venons de dire, il est facile de voir combien est profond et étendu le mouvement qui, depuis un siècle, agite le peuple juif.

Note complémentaire,

M. Roger Lambelin a publié dans le Correspondant les résultats d'une enquête personnelle sur le sionisme :

... Les populations de la Palestine, de mœurs douces et pacifiques, mirent quelque temps à s'émouvoir des projets sionistes tendant plus ou moins directement à leur expropriation et à leur expulsion, mais quand elles comprirent la gravité des périls qui les menaçaient, elles cherchèrent à s'unir pour protester d'abord contre les atteintes portées à leurs droits incontestables et ensuite pour organiser la résistance. Le 26 janvier, à Naplouse, l'Association islamique-chrétienne, à l'issue d'une réunion générale à laquelle assistaient les notables du pays, décidait « de boycotter complètement les juifs en raison de leur prétention de s'emparer du pays, et de continuer ce boycottage et cette opposition jusqu'à ce que l'idée sioniste disparaisse, ou que nous périssions jusqu'au dernier homme...

Des protestations semblables se produisirent partout. Celle qui eut lieu à Jérusalem fut particulièrement imposante. Plus de dix mille personnes y prirent part. Le cortège se déroula pacifiquement dans les rues de la Cité sainte, et ses délégués remirent au gouverneur, aux représentants des puissances, des exemplaires d'une protestation dont voici les principaux passages :

La Palestine, patrie de Jésus-Christ, la Palestine, où le Khalife Omar a bâti une mosquée que révèrent les musulmans du monde entier, refuse aujourd'hui que ses montagnes soient transformées en volcans jetant^ feu et flammes et que l'eau de son Jourdain soit changée en sang pour la plus grande honte de l'humanité.

Les habitants de Bethléem, tous chrétiens, latins ou grecs, firent aussi une manifestation pacifique du même genre.

A Jaffa, tous les magasins de la ville furent fermés. Après s'être assemblés à l'église latine, chrétiens et musulmans, ayant à leur tête les notables et les chefs des communautés, se rendirent au gouvernorat. Le mufti présenta à Stanton Pacha une protestation écrite contre l'invasion juive ; et un. télégramme ainsi conçu fut envoyé à la Conférence de la paix :

La décision des alliés de détacher la partie ouest de la Syrie et d'en faire un foyer national juif constitue une tache noire pour la civilisation occidentale ; elle condamne à mort toute une population qui vit en ce pays

depuis des milliers d'années. Nous attendons de la part des alliés une meilleure fidélité à leurs engagements et à leurs principes et plus de bienveillance envers un peuple qui demande justice.

Les autorités britanniques ne s'attendaient pas à l'unanimité et à l'énergie de ces protestations. Un haut personnage anglais fut débarqué au Caire, chargé par le gouvernement de Londres de procéder sur place à une enquête. Mais l'enquêteur choisi, sir Herbert Samuel, est un Juif et un Juif acquis aux idées sionistes. Il passa quelques semaines en Terre Sainte et déclara publiquement que le mouvement d'opposition au sionisme était tout superficiel. Les événements ne tardèrent pas à lui donner d'éclatants démentis. Les bagarres qui se produisirent et qui firent d'assez nombreuses victimes, forcèrent à proclamer la loi martiale.

Le cardinal Dubois, au retour de sa mission, a aussi manifesté son opinion sur le sionisme. Il demanda : ce A quel sentiment le gouvernement anglais a-t-il obéi en favorisant l'établissement d'un ce Foyer national juif » en Palestine? Pourquoi la promesse en fut-elle faite publiquement, en 1917, par M. Arthur- James Balfour à lord Rothschild? » Il indiqua à quel point l'introduction du sionisme en Palestine est contraire aux vœux et aux droits des populations et, aussi, combien elle est la négation des principes posés par le président Wilson.

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