CHAPITRE XXXII
La Société des Nations.
A ne considérer qu'une grande partie de l'humanité on pourrait dire que la destruction de la chose chrétienne est un fait accompli, que la face du monde est changée, renouvelée, que le christianisme a disparu sans retour, qu'il est vaincu, remplacé. Le délire du mal est monté assez haut et Dieu garde un silence assez terrible, pour que le monde ait tout à redouter. Cependant nous ne pouvons craindre cette chose que la folie humaine désire par-dessus tout, la disparition de l'Eglise de Jésus-Christ ; Non praevalebunt.
Mission donnée à M. Wilson d'en proposer la constitution et de la faire accepter. — Wilson était bien l'homme propre à cette œuvre. — L'accueil qui lui est préparé et lui est fait. — Machine dressée contre l'Église. — L'appui que lui donnent les Loges.
Rentrer dans la Terre promise, en reprendre possession, ce n'est que l'indispensable préliminaire du Grand Œuvre qu'Israël se propose depuis tant de siècles et que la Révolution est venue mettre en mesure de réaliser. Il reste à faire de Jérusalem la capitale du monde, d'y établir le siège du gouvernement du genre humain, le tribunal auquel seront soumis les différends qui continueront à s'élever entre les peuples. A cette fin, l'Assemblée œcuménique de Versailles a été amenée les yeux voilés, ou à demi-ouverts, à constituer la Société des Nations.
La Première Partie du Traité de paix a pour titre Pacte de la Société des Nations,, de sorte que tout ce qui suit, toutes les dispositions prises en vue d'établir la paix, paraissent n'être qu'une annexe à ce pacte.
On peut se demander comment et par qui l'Assemblée des peuples de l'Europe, de l'Amérique, de l'Asie et même de l'Afrique a pu être amenée à élaborer une telle œuvre, à fonder une telle institution, à promulguer un tel acte ! M. Wilson, souverain temporaire, mais presque absolu des Etats-Unis, Etat qui compte un nombre de Juifs, de Francs-Maçons et de protestants plus considérable que n'en renferme tout autre. C'est à ce monde que M. Wilson propose d'abord son Ternérakaï Décalogue. Cette appellation rend bien l'idée que les gens sensés se firent aussitôt de l'utopie de M. Wilson. Lors de la Fête de l'Indépendance, il se rendit à Mont-Vernon et là, comme d'un autre Sinaï, il promulgua devant le tombeau de Washington le Credo et le Décalogue, d'après lesquels doit s'organiser le monde pour un ce Ordre nouveau » qui serait le règne de la Justice et de la Paix. Cet ordre, il annonçait qu'il le ferait reposer sur une ce Société des Nations » entre elles, à laquelle seraient données comme charte les quatorze propositions présentées par lui au Parlement des Etats-Unis, le 18 février 1918. Il y dit que le règne de la paix, tel qu'il le propose et que le monde la désire, demande la destruction de tout pouvoir arbitraire, en quelque lieu que ce soit, qui puisse la troubler ; c'està-dire la destruction de toute souveraineté autre que celle qui appartiendra au gouvernement des nations unies.
Dès son arrivée en Europe, M. Wilson alla dans les principales villes des divers Etats dire la nécessité d'instaurer la société des peuples de façon à arriver, par la conjonction de leurs armées, à imposer silence aux convoitises et aux ambitions et à substituer le règne du droit à celui de la force. Pour cela, une Assemblée permanente des représentants des divers peuples constituerait un tribunal au jugement duquel seraient déférés tous les litiges nationaux, tribunal ayant le pouvoir de faire accepter ses décisions par la force armée des nations ainsi unies.
Cette conception n'était point l'enfant de M. Wilson; elle n'avait point pris naissance dans sa tête; c'est une idée d'origine maçonnique, c'est dans les Loges qu'elle a été élaborée, c'est sans doute là qu'il l'a reçue, car M. Wilson est Franc- Maçon, et que, peut-être, il a été chargé de faire adopter par l'Europe et le reste du monde.
M. Wilson était bien l'homme qui devait être choisi pour une telle mission. Il était kantien d'éducation et d'esprit 1 et sur son kantisme était venue se greffer l'initiation maçonnique. C'est par là que s'expliquent ses idées, son langage, ses projets, reproduction de ceux des humanistes du XVe siècle et des Jacobins de 1788 : Il faut que la société soit réorganisée, il faut que le genre humain recommence, que la suite de son histoire s'établisse sur des données nouvelles.
Franc-Maçon, M. Wilson l'était comme ses prédécesseurs à la Présidence des Etats-Unis2. C'est ce qui explique l'accueil
i. Cela se voit dans sa manière de raisonner directement empruntée au Fondement de la métaphysique des mœurs et au Projet d'une paix universelle.
2. L'histoire arrivée à Taft aux débuts de sa présidence, marque avec quelle rigueur est observée la tradition qui veut que tous les présidents des États-Unis soient Francs-Maçons.
Il est d'usage qu'à chaque président nouvellement élu la Maçonnerie américaine offre un cadeau de bienvenue, généralement un objet d'art, qui lui est remis par une délégation composée de délégués du Suprême Conseil pour la juridiction Nord des Etats-Unis d'Amérique, dont le siège est à Boston, du Suprême Conseil pour la juridiction Sud des Etats-Unis d'Amérique, siégeant à Charleston, auxquels se joignent ceux de la Loge d'origine du Président.
Or, lors de l'élection de M. Taft, les deux Suprêmes Conseils eurent beau chercher, on ne put découvrir sa Loge d'origine; aussi l'embarras fut-il grand. Force fut donc de s'adresser directement à lui et de lui demander dans quelle Loge il avait été initié.
— Mais, répondit-il, je ne suis pas Maçon.
— Comment, vous avez été élu Président de la République et vous n'êtes pas Maçon? Cela est impossible, il faut que vous soyez Maçon, sinon il ne nous est pas possible de vous conserver comme président.
M. Taft se résigna à l'inévitable, on lui conféra par communication les trente-trois grades du Rite Ecossais, ce fut une séance de deux heures. Il pouvait ainsi demeurer président.
M. Wilson n'a pu faire exception à la règle ; comme' tous ses prédécesseurs, il est Maçon.
Pendant la guerre, quinze jours avant la publication des fameuses quatorze propositions de M. Wilson, l'abbé Landron, fils d'un conseiller municipal d'Amiens, vicaire à Bellegué (Loire-Inférieure) et sous-lieutenant, se rendit à Nantes chez un ami également ecclésiastique et lui raconta ce qui suit :
« Il y a quinze jours, dans ma casbah à six mètres sous terre, j'ai entendu un homme entrer chez mon voisin... en criant joyeusement :
— • Bonjour, Vénérable, comment vas-tu ?
— ■ Et toi, Vénérable?
— ■ Eh bien ! nous allons avoir la paix ?
— Oui, demain je vais peut-être aux tranchées, me faire trouer la peau.
— Tu n'as donc pas reçu la lettre du convent?
— Non. Quelle lettre? Et toi?
— Je l'ai reçue hier soir. Elle dit : Le Pape n'a pu faire la paix, n'ayant aucune autorité morale, financière et militaire. Nous, nous l'avons. Nous abandonnons le Kaiser, qui n'a pu nous rendre maîtres de l'univers. Comme nous tenons les gouvernants de France, d'Italie, d'Angleterre et des Etats-
qui lui fut fait en France et le retentissement que la Presse, en tous pays, donna à son entreprise.
Les circonstances se prêtaient à merveille à cette ovation. Le Président de la République américaine arrivait chez nous suivi des troupes qui venaient faire compensation à la défection de la Russie. On était tout à la joie et à la reconnaissance. M. Wilson nous trouva donc dans la disposition de prêter une oreille accueillante à ses propositions. On ne prit point garde tout d'abord à ce qu'avait d'effarant cette prétention d'un chef d'Etat transatlantique de venir se poser de sa propre autorité comme l'arbitre du monde, ayant pouvoir de déterminer les principes sur lesquels il reposerait désormais et les institutions qui entreraient dans sa nouvelle structure.
Que M. Wilson fut le mandataire de la Franc-Maonnerie, nombre de documents le montrent. En voici quelques-uns assez instructifs.
Au congrès maçonnique de 1917, on s'occupa de la Société des Nations. Elle y fut définie et sa constitution définie dans ses points principaux.
Le Bulletin hebdomadaire des Loges de la région parisienne (n° du 1er au 15 novembre 1918) contenait cet avis :
Dimanche 10 novembre 1918. — G.-. L. •. D. •. F.-. La Fidélité. Temple, 8, rue de Puteaux. — Ouv. \ des Trav. •'. à 14 h. 30. — P. •. V. ■'. et corresp...
La Fin de la diplomatie secrète par la politique de notre F. \ Président Wilson. — Conférence par le F,-. Lucien Le Foyer, ancien député de Paris.
Vingt jours plus tard, le 30 décembre, la Dépêche algérienne donnait cette information :
Comité de vigilance et d'action maçonnique d'Alger.
Le 8 décembre, la réunion plénière des Francs-Maçons d'Alger a voté l'envoi au Président Wilson du télégramme suivant :
« Au moment de votre arrivée sur la terre de France, les Francs-Maçons des quatre Loges d'Alger, réunis en tenue plénière le dimanche 8 décembre, envoient a leur illustre frère Wilson leurs hommages les plus fraternels et leurs félicitations les plus vives pour son œuvre maçonnique dans la guerre du droit et de la liberté des peuples. »
Unis, c'est par Wilson que nous aurons la paix, et les catholiques la paieront. Wilson nous rendra maîtres de l'univers. »
Ce récit a été entendu par deux autres prêtres qui en ont confirmé l'authenticité par une lettre datée du Ier octobre 1919.
Quinze jours après, Wilson faisait paraître ses quatorze propositions, dont la dernière mettait, dans sa pensée, les nations sous la coupe de cinq Juifs Francs-Maçons.
Le secrétaire de M. Wilson avait adressé au comité d'action maçonnique d'Alger* cette réponse :
Le Président m'a ordonné de vous transmettre sa profonde estime au sujet des mots de bienvenue exprimés dans votre télégramme du 15 décembre.
Les félicitations au F.-. Wilson pour son œuvre maçonnique ont donc été approuvées et reçues avec reconnaissance.
Dans son n° de janvier 1919,, l'Etoile flamboyante (page 22) publiait cet autre document :
Estimant que l'adoption des quatorze articles du message du Président Wilson assurera aux peuples le pouvoir de disposer librement d'eux-mêmes, amènera la suppression du militarisme, fléau de l'humanité et la constitution de la Société des Nations; l'Assemblée plénière des FF. •. de Toulouse envoie au Grand Démocrate qui a si éloquemment affirmé les principes mêmes de la maçonnerie universelle, l'hommage de sa gratitude pour l'œuvre magnifique qu'il a entreprise.
La Foi catholique, dans le n° de juin 1919, a reproduit un article publié par le F.-. Aulard dans le Pays, du 10 mai 1918, duquel on peut conclure que le F.*. Wilson n'est, dans son œuvre de guerre et de paix, que l'agent de la secte internationale qui bolchévise le monde. « Son œuvre, déclare M. Aulard, c'est de faire triompher dans tout l'univers par la Société des Nations le laïcisme maçonnique qui doit détruire et remplacer l'Eglise 3 ».
Est-ce à dire que tous les membres de la Conférence aient voulu ce qu'a voulu M. Wilson et lui aient prêté consciemment leur concours? Non, certainement. Mais nous avons ici un nouvel exemple et non moins frappant de la facilité avec laquelle la secte, par ses suggestions plus ou moins approchantes, plus ou moins voilées, arrive à employer à l'exécution de ses desseins les plus cachés des hommes non prévenus.
Tous, les aveugles et les voyants, ont fait le traité de paix de telle sorte qu'ils ont sauvé l'Allemagne en sauvant l'unité alle-
3. Il n'y avait que les Juifs à avoir les moyens de travailler à cette œuvre satanique avec des espérances de succès. La Morning Post du 27 août 1919, parlant de ces espérances, a observé que l'Internationale Juive voit dans la Société des Nations une occasion précieuse de les voir se réaliser. « Le Juif international, dit-il, connaît tous les peuples et toutes les langues. Il est également chez lui à Francfort, à Londres, à Petrograd, à Paris, à New-York. Il est expert aux négociations de finance internationale. Il a sa politique internationale, et il est ainsi tout prêt pour la Ligue des Nations. Nous prédisons que, si la Société des Nations se forme, elle tombera promptement aux mains de l'Internationale juive. »
mande, préparé ce que la secte se propose et espère accomplir, l'écrasement définitif de la France par l'Allemagne et l'anéantissement de l'Autriche ; et cela pour fonder, ou mieux renforcer l'hégémonie protestante et anglo-saxonne, pour remplacer, dans le monde entier, l'Eglise par la société démocratique de Wilson, caricature laïque et maçonnique de la chrétienté d'autrefois.
Comme toujours c'est Dieu qui tient le dernier mot.
S. Em. l'Archevêque de Paris a rappelé, en présence du président du Conseil des Nations, le F.*. Léon Bourgeois, des plus hauts représentants de l'Etat et d'une nombreuse assistance des plus distinguées, ce qu'a été la chrétienté d'autrefois, la Société des Nations telle que l'Eglise l'avait conçue et voulut la réaliser. Tenu par la grippe, il ne put assister en personne à cette assemblée ; il y fit lire sa déclaration par son auxiliaire, Mgr Roland-Gosselin.
L'Eglise catholique, y fut-il dit, vaste Société des nations, fondée par Jésus-Christ, destinée, comme son nom l'indique, à s'étendre sur tout l'univers, avait voulu au moyen âge, réaliser cet idéal entre les peuples qui professaient sa doctrine et obéissaient à ses lois : c'était la chrétienté.
De nos jours, l'unité des croyances n'existe plus dans le monde; mais il est encore des principes de morale unanimement, reconnus par tous les peuples civilisés.
Ces principes, Son Eminence les a ainsi exposés :
Le christianisme enseigne, en effet, que tous les hommes sont frères, créés tous par le même Dieu et tous appelés par lui aux mêmes destinées éternelles.
Issus d*un même père à l'origine, les hommes, à mesure qu'ils se sont multipliés, se sont groupés d'abord en familles, puis en tribus, enfin en nations ; mais ces différents groupements ne doivent pas demeurer étrangers, moins encore hostiles les uns aux autres. Dans le dessein de la Providence, des liens plus étroits doivent unir ensemble les membres d'une même famille, d'une même nation; mais il doit exister aussi des relations entre les nations diverses comme entre les différentes familles.
Deux lois doivent présider à ces relations : elles se nomment la justice et la charité. La justice dit aux peuples comme aux individus : « Rendez à chacun ce qui lui est dû. » La charité ajoute : ce Aimez-vous les uns les autres. »
Telles sont les bases nécessaires d'une vraie Société des nations. Que la justice règne d'abord entre les peuples, par le respect des droits de chacun et, quand ces droits ont été violés, par les réparations qu'ils exigent.
Une fois la justice assurée, que la charité, qu'une bienveillance réciproque s'exerce de nation à nation, comme d'homme à homme.
A ces conditions, le monde jouira de la paix.
Si cet idéal devait se réaliser, la future Société des Nations devrait faire dans son sein une place digne de lui, c'est-à-dire, la première, au
Représentant suprême de la plus haute autorité morale qui soit au monde, de celle qui, parlant au nom de Dieu, prêche aux hommes avec le plus d'efficacité de se rendre mutuellement, justice et de s'entr'aimer.
On aura remarqué le mot ce future » que Son Eminence a employé en parlant de la Société des Nations telle que l'a faite le traité de paix. Elle était née ; mais elle n'avait encore que quinze jours d'existence quand son père, le F.*. Bourgeois, la présenta aux plus hautes autorités et les invita à se pencher sur son berceau pour lui souhaiter prospérité.
Que deviendra-t-elle ? Que sera-t-elle? Que fera-t-elle si ses jours se prolongent? Ses origines et ses patrons ne le font que trop présumer et trop craindre.