ET LES CATHOLIQUES
Comment les catholiques allemands ont-ils pu fermer les yeux sur l'histoire de la dynastie prussienne et se boucher les oreilles pour ne point entendre des sons si clairs et si perçants, précédés et suivis de tant d'autres clairons donnant la même note?
L'Allemagne était unifiée, et le successeur des margraves de Brandebourg, après avoir vu ses ancêtres passer du Margraviat au Grand-Electorat et du Grand-Electorat à la royauté, était devenu l'Empereur des Germains. Le compte était réglé d'un côté, il demandait à l'être de l'autre. Il fallait que le Hohenzollern, après avoir reçu satisfaction, donnât satisfaction à son tour, c'est-à-dire, aidât la secte à atteindre son but à elle : l'anéantissement du catholicisme.
Dans une lettre adressée à Mme Adam, et que Mme Adam publia elle-même, est rapporté le renseignement suivant dû à M. Alfred Gousset : « Dans l'ivresse du triomphe, passant à Reims le 6 novembre 1870, M. de Bismarck a dévoilé à deux personnes, dont l'une vit encore, M. Virlé, député, ses plans d'avenir ainsi exposés : « La force du catholicisme est en France. Si nous pouvions l'extirper de là, nous serions maîtres des Latins. »
Guillaume et Bismarck se mirent aussitôt à l'œuvre. Le catholicisme fut attaqué en même temps en France et en Allemagne ; en Allemagne pour que l'Empire fût complètement protestant ; en France, pour que la fille aînée de l'Eglise ne puisse devenir le foyer d'une réaction catholique en Europe. L'Allemagne fut dotée du Kulturkampf et la France de la République sectaire.
D'abord, pour commencer, ils accusèrent le gouvernement constitué par l'Assemblée nationale de se mettre au service du cléricalisme et celui-ci s'empressa de s'en défendre. Entre autres ingérences de Bismarck dans nos affaires intérieures qui eurent lieu à cette époque, qu'il suffise de rappeler celle-ci : Lorsque les évêques de France répondirent au cri de douleur et d'indignation poussé par Pie IX contre le traitement odieux et chaque jour plus rigoureux du Kulturkampf dont l'Eglise avait à gémir en Allemagne, M. de Fourtou, Ministre des Cultes, envoya une circulaire engageant les évêques à « ne pas renouveler des atta-
Les Pourquoi de la Guerre mondiale. — III 6