LES EMPEREURS PRUSSIENS
ques de nature à exciter la susceptibilité des gouvernements voisins ». Bismarck fit alors appeler M. de Gontaut, ambassadeur de Paris à Berlin, et lui dit : « Le gouvernement allemand ne juge pas suffisante la satisfaction que vous avez cru lui donner par la circulaire de M. de Fourtou ; il lui faut un peu plus. Il ne suffit pas d'avertir les évêques ; Us doivent être punis; c'est la seule manière de prouver que vous n'êtes pour rien dans les offenses que nous recevons d'eux et que vous en répudiez la solidarité... Si vous laissez continuer ces procédés, c'est vous qui aurez rendu la guerre inévitable, et nous la ferons avant que le parti clérical se rende maître du pouvoir, et la déclare au nom de la religion catholique persécutée. » Bismarck savait bien que MM. de Broglie, de Fourtou et Decaze ne feraient point la guerre pour mettre fin au Kulturkampf en Allemagne, mais il voulait l'établir aussi en France : « Il ne suffit pas d'avertir les évêques, il faut les punir », les punir comme il les punissait chez lui. (Voir les articles de M. de Broglie dans le Correspondant, 10 octobre 1895.)
Nos gouvernants d'alors donnèrent quelques satisfactions à Bismarck en suspendant V Univers, et en citant devant le Conseil d'Etat Mgr Plantier, évêque de Nîmes, etc.
En Allemagne, les catholiques avaient des motifs d'espérer dans le nouvel état de choses créé par la constitution de l'Empire. Loin de faire opposition au gouvernement pendant la guerre de 1870-1871, ils l'avaient secondé de tout leur pouvoir. Ils n'avaient eu qu'une pensée, le triomphe de l'Allemagne sur l'ennemi traditionnel. En Bavière, au moment où la Diète hésitait à s'allier contre la France, Pierre Reichensperger, l'un des plus illustres chefs du parti catholique, avait décidé les Bavarois à s'unir à la Prusse. Pendant la terrible campagne, les soldats catholiques avaient marché avec un entier et aveugle dévouement derrière les drapeaux de la Prusse. Les catholiques pouvaient donc espérer qu'après la victoire à laquelle ils avaient largement contribué, leurs intérêts seraient pris en considération.
L'Empereur n'ignorait pas leurs sentiments. Après Mentana, dans toute l'Allemagne avaient eu lieu des manifestations en faveur du Saint-Siège. Le 18 novembre, de Cologne, une adresse couverte en quelques jours de deux mille deux cent quatre-vingt-